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Full text of "Trouvères belges du XIIe au XIVe siècle : chansons d'amour, jeux-partis, pastourelles, dits et fabliaux par Quenes de Béthune, Henri III, duc de Brabant, Gillebert de Berneville, Mathieu de Gand, Jacques de Baisieux, Gauthier le Long, etc."

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TROUVÈRES RËLGËS 



MÉLANGES 



ïïEHSMSlïïJ 




I ■> ~<^- T Jt I 




TROUVÈRES RELGES 



MÉLANGES 






2:'^^r 



TROUVÈRES RËLGËS 



DU XII" AU XIV" SIÈCLE 



CHANSONS D'AMOUR, JEUX-PARTIS, PASTOURELLES, 

DITS ET FABLIAUX 



PAU 



Queues de Bëtlmnef Henri III* due de Brmbaiity Glllebert 
de Beraevllle» Matlileii de CMind^ Jfacquea de Belaleuz» 
CMiatlilep le IjOiis» ete« 

PUBLIES, D*APRËS LES MANUSCRITS, ET ANNOTES 



rAft 



M. AUG. SQHELER 



AMMié de rAMdAmi* rvjù% d« Bdgiqae, BiUiothéciin do Roi des BelgM 

•t da Comte de Plandte. 



BRUXELLES 

COMPTOIB UNIVERSEL D'iMPRUfERIB ET DB LIBRAIRIE 

ROB SAIRT-iBAN, 36 
1876 



1 



INTRODUCTION. 



Depuis 1865, où feu M. Yan Hasselt fit paraître le 
premier volume de Cléomadès^ la Commission académique 
chargée de la publication des anciens écrivains nationaux, 
a, dans le domaine de la poésie, mis au jour une série de 
douze volumes, comprenant l'œuvre poétique de Baudouin 
et de Jean de Coudé (3 vol.), de Watriquet de Couvin 
(1 vol.)» d*Âdenés li Rois (5 vol.) et de Froissart (3 vol.). 
Ces publications ont, dans leur ensemble, obtenu un accueil 
très-encourageant dans lé cercle des personnes vouées à 
rétude de Tancienne littérature et de l'ancienne langue 
françaises ; aussi la Commission ne faillira-t-elle pas i 
la tâche qu'elle s*est imposée, de faire paraître successive- 
ment les principales œuvres appartenant au contingent 
qu*ont fourni les provinces de Tancienne Belgique au 



n INTRODUCTION. 

Parnasse français, et d'ëpuiser la liste des sujets qui figurent 
encore sur son programme. 

En attendant qu'elle mît sous presse qttelque composi- 
tion plus importante sous le rapport de retendue, elle 
adopta, dans sa séance de mai 1875, la proposition qui lui 
fut faite de réunir, en un volume , un certain nombre 
d'opuscules en vers que l'intérêt et le mérite littéraires 

« 

qualifiaient suffisamment pour faire partie de sa collection . 
C'est ce volume de mélanges que nous soumettons au 
public. Un grand nombre des éléments qui le composent 
ont déjà été imprimés, mais à part qu'ils se trouvent dissé- 
minés dans des recueils divers et spéciaux, la plupart 
d'entre eux ont été livrés à la publicité d'une manière si 
peu conforme aux conditions que la science d'aujourd'hui 
impose aux éditeurs d'anciens textes, qu'il y avait utilité à 
en refaire une édition nouvelle et critique, fondée sur les 
manuscrits originaux. Nous avons donc consacré à la 
réunion des pièces qui suivent, à leur transcription et 
coUationnement, à l'établissement d'un texte fidôle et rela- 
tivement correct, et aux éclaircissements qu'il comporte, 
non-seulement deux quinzaines de travail à la Bibliothèque 
Nationale de Paris, mais bon nombre de veilles d'étude au 
foyer domestique, et nous osons exprimer l'espoir que notre 
livre rencontrera, chez les amis et les investigateurs des 
lettres anciennes , le même intérêt et la même faveur que 
nos publications analogues antérieures. 

Les 72 pièces dont il se compose se répartissent sur 



IHTROftUGTlON. VU 

trme auteurs divers et se subdivisent, sous le rapport du 
genre poétique, en 65 chansons d'amour, jeux-partis et 
pastourelles, 4 dits, 2 fabliaux et 1 narration satirique. 
Toutes ont été composées dans l'espace de temps qui s'étend 
de la fin du douzième à la premlôre moitié du quatorzième 
siècle. 

Nous allons, dans ce qui suit, passer en revue les 
diverses parties qui ont concouru à la formation du volume, 
en 7 joignant quelques renseignements concernant les 
auteurs, ainsi que les sources qui nous ont servi pour la 
publication de leurs œuvres. 

L Les CHANSONNIERS out fourni la plus large part de nos 
mélanges : ils sont au nombre de 10 ; savoir : 

1. QuBNSS DB Bbthunb (1) (14 pièccs). Des détails biogra- 
phiques sur ce personnage, célèbre à divers titres, se lisent 
dans tous les ouvrages traitant de l'ancienne poésie fran- 
çaise ; ils ont été le plus complètement mis en œuvre dans 
l'article qui lui est consacré dans la Biographie nationale 
hdge^ à laquelle nous renvoyons le lecteur. Nos études ne 
nous ont pas mis à même ni de les enrichir, ni de les modi- 
fier sensiblement. Les 14 chansons, que nous réunissons 

(1) QiteiMi est, comme on sait, la forme nominatiYe de Canon^ et ai 
noaa n'easaions paa hésité à braver la routine, noua aurions partout 
cité ce nom, en dehors des anciens textes où il se trouve au caa-sujet, 
80U8 la forme de Canon de Béthune. CVst ainsi, nous l'avons déjà dit 
aiUeurs, qu'il faut dire Adenet le Bot p. Aden/t li Bote ; de même 
Beuton(p. Bueva) de Commarehis, Philippe J^ousket (p. Mouskes 
on Mouikés)^ etc. 




Tlll IRTRODIJCTIOM. 

ici pour la première fois (1), ont déjà toutes, u 

par groupes, paru dans divers recueils publiés en 

en Allemagne et en Belgique (ils sont indiques 

notes introductives des chansons) ; toutefois parmi les 

textes qui ont eu cours jusqu'ici, il en est peu qui ne mëri* 

tassent d*âtre revus sur les manuscrits et notablement 

épurés. 

2. GuiLiAUMB DB BÉTHUNK, le frère aîné de Queues 
(2 pièces) (2). Voyez, à son sujet , FHistoire littéraire de 
France, t. XX, 610-11, Dinaux, Trouvères, III, 216 et la 
Biographie Nationale belge, II, 367. 

3. Henri III, duc de Brabant (4 pièces) ; nous nous 
contentons de signaler, au point de vue littéraire, l'Hist. 
litt. de France, t. XX, 679, et Dinaux, Trouvères, IV, 

(1) Dinaux, à la fin de sa notice sur Bôthune (III, 407), indique, 
comme Tarait déjà fait La Borde {Essai. II, 315), le début de trois 
chansons qu*il qualifie de « connues » et ajoute quUl s'abstient de les 
reproduire afin de ne pas allonger outre mesure sa notice. Le fait 
est qu*il aurait eu bien de la peine à les découvrir. La Borde les 
avait citées sur la foi de la table du ms. 844 (notre ms. C) ; or cette 
table est trompeuse, et pour Tattribution des pièces, et pour le con- 
tenu réel du volume ; ce dernier, en tout cas, ne renferme pas les 
trois pièces en question. D*ailleurs la deuxième , débutant par Dex 
est assis en son saint,, n'est autre chose que la 6* strophe de 
notre n<> 1 (p. 4). Les deux autres Au point d^fver et OenU nCest 
la saison d'esté, si toutefois elles sont de Quenes de Béthune, restent 
encore à trouver. 

(2) La chanson On me reprend damours, attribuée par La Borde 
(II» 310) à Ouillaume de Béthune, est placée dans le ms. 1490 de la 
Vaticane sous le nom de Jehan le Petit (voy. KeUer, Romvart, p. 273) ; 
nous n* Tavons donc pas admise. 



IMTtOOUCTIOM. IX 

p. 103, et quant à sa qualité de personnage politique, outre 
Butkens, Trophées de Brabant, I, 252-278, le travail tout 
récent de notre savant confrère, Â. Wauters, Henri III ^ 
duc de Bràbant (Bulletins de l'Académie roy. de Belgique, 
2* série, t. XXXVIII. tf 12. et 39, n» 2). 

4. GiLLBBBRT, DE Berneville (32 pièces). Ce poëte 
belge de talent, ami et compagnon du duc de Brabant, a 
des articles spéciaux dans Dinaux, Trouvères, II. 188 et 
III. 205, dans l'Hist. litt. de France, t. XXIII, 578-687, 
et dans la Biographie Nationale belge, II, 282. 

5. Mathieu de Gand (7 pièces). Voy. Dinaux, II, 297, 
et l'Hist. litt. de France, t. XXIII, 657. M. Paulin Paris 
voit dans Mathieu de Gand et dans Mathieu le Juif un seul 
personnage ; nous ne saurions, sans preuves, partager 
cette manière de voir. 

\, 6. Pierre de Gand (1 pièce) (1). Voy. Dinaux, II, 341, 

et Hist. litt. de France, t. XXIII, 683. 

7. Renaut de Trie (1 pièce). Voy. Dinaux, IV, 638, et 
Hist. litt. de France, t. XXIII, 707. Les deux ouvrages 

(1) Dinaux, dans son article sur Pierre de Gand (Tronyèrea, II, 
343), joint à cette pièce unique deux autres (Fune débutant par An 
mai la matinée^ Fautre par Aman me font souvent ehanieir), qu*il 
attribue également à Pierre de Gand. Cette attribution est due à une 
I négligence regi*ettable ; lesditea chansons se trouvent en effet dans 

le ms. de Berne, ainsi que dans la copie Mouchet (Dinaux écrit Mou- 
chp)y à la suite de la chanson que nous donnons, mais elles y sont 
anonymes ; Fauteur des Trouvères ne parait pas avoir remarqué que 
le ms. de Berne range les pièces (anonymes et autres) dans Tordre 
alphabétique de la première lettre. 



X INTRODUCTION. 

allëguës identifient ce poète avec Renier de Trith, le 

compagnon de Baudouin de Constantinople, personnage 

# 

glorieusement mentionne dans les mémoires de Villehar- 
douin ; ils s'appuient, pour justifier cette identification, du 
fait que dans la chanson dont il s*agit, on voit paraître 
les noms de Syrie et d*Ancel de Lille. Nous trouvons l'ar- 
gument trop faible pour nous rallier à cette opinion, d'autant 
plus que le mot Syrie ne se présente que dans la locution 
banale « pour tout l'or de Syrie ». Il y a d'ailleurs une 
trop grande dissemblance entre le nom de Renier de Trith 
et celui de Renaus de Trie^ sous lequel la chanson figure 
dans le manuscrit de Paris, pour ne pas réclamer des 
preuves plus concluantes. Sans insister sur le Renaud de 
Trie qui vivait en 1219 et qui fonda la branche des 
seigneurs de Fontenai, personnage écarté par M. Dinaux 
lui-môme , nous rencontrons à plusieurs reprises un preux 
chevalier français du même nom dans les Tournois de 
Ghauvency, par Jacques Bretex ; il serait tout aussi facile, 
malgré la difi'érence des époques, d'attribuer notre chanson 
à ce chevalier-là qu'au Valenciennois Renier de Trith ; 
seulement, en le faisant, nous perdions le droit de le faire 
figurer dans ce volume, du même chef qui nous interdisait 
l'insertion des productions du trouvère Jean de Trie : la 
famille de Trie appartient à llIe-de-France. 

8. Jean de Tournât (1 pièce). La seule pièce que nous 
ayons découverte sous ce nom est un jeu-parti échangé avec 
Colart ; elle est restée inédite. Nous nous abstenons de 



INTRODUCTION. XI 

toute conjecture à Tëgard de ce personnage, qui est peut- 
être le mdme que celui dont il s'agit au n^ suivant ; il 
reste tout aussi douteux si son partenaire est Colart le 
Bouteiller ou Colart le Changeur. 

9. Jehan de la Fontainb db Touknay (1 pièce). Voy. 
Dinaux, II, 270 (article fait d'après de La Borde, Essai sur 
la Musique, II, 194 et 331), et Hist. litt. de France, 
t. XXIII, 642-43. 

10. JocELm DB Brugbs (2 pastourelles). Voy. Hist. litt. 
de France, XXIII, 634. Le ms. de Berne renferme encore 
sous le nom de Jocelins tout court, une chanson débutant 
par Or chanterai corn hom desesperm. Comme il existe 
encore d'autres trouvères de ce nom (ainsi Jocelin de Dijon) 
et que la chanson en question sort du caractère propre à 
celles que nous reproduisons, nous ne l'avons pas admise. 

r 

Nous passons à l'énumëration des divers manuscrits 
d'où nous avons tiré soit les textes mêmes reproduits dans 
ce livre, soit les variantes consignées au bas des pages ; 
nous la faisons dans l'ordre des lettres que nous avons, 
comme marque abréviative , assignées à chacun d'eux. 
Chaque piôce de nos chansonniers est précédée d'une note 
indiquant le ms. reproduit et ceux qu'il nous a été permis 
de coUationner. 

A. — Ms. 389 de la bibliothèque de Berne, vélin, 
13* siècle, 249 fol. — Cette précieuse source n'a point été 
consultée par nous directement ; nous pouvions nous en 
dispenser après la reproduction qui en a été faite de 1867 



XII INTRODUCTION. 

à 1868 dans les tomes 41 à 43 de YArcAw fit das Stu- 
dium ier neueren Sprachen^ par le D' Jules Brakelmann, 
jeune romaniste allemand, sur les travaux duquel la science 
fondait de grandes et légitimes espérances, quand, en 1870, 
un boulet français vint le frapper à mort dans les plaines 
de Oravelotte. Cette reproduction n*est pas, à la vérité, 
faite sur l'original, mais sur la copie qui existe à la Biblio- 
thëque nationale (fonds Moreau 1687-1689, anc. Mou- 
chet 8) ; toutefois, en considération de l'exactitude reconnue 
de cette copie, le travail de Brakelmann peut à bon droit 
tenir lieu du manuscrit. Les passages âont rares où l'on 
oserait soupçonner son texte d'une infidélité involontaire (1). 
Nous avons jugé utile d'abandonner les traits phonétiques 
particuliers au dialecte bourguignon, dans lequel est écrit 
le manuscrit de Berne, ainsi que le suivant ; c'eût été un 
excès de fidélité que de propager le^ produits de nos chan- 
sonniers dans une langue qui n'était pas la leur, mais celle 
d'un scribe qui les accommodait au parler spécial de son 
public. Dans ce travail de transposition du texte bourgui- 
gnon en langage proprement français, nous n'avons pas 
procédé avec toute la rigueur systématique que compor- 
terait un monument littéraire d'une valeur supérieure ; 



(1) Des d5 chansonB qae nous publions, 21 sont tirets du ms. de 
Berne ; dans ce nombre, nous nous sommes servi du teste de Brakei- 
mann exclusÎTement pour 1 1 ; pour les dix autres, nous avions la 
ressource des recueils de Wackernagel (5 pièces) et de Hofmann 
(5 pièces), qui ont été faits sur le manuscrit même. 



ITITHODUCTION. XIII 

cependant, nous ayons visé à ne point pêcher contre Tusage 
et la règle de la langue d*oïl de Tëpoque. 

B. — Bibliothèque nationale de Paris (B. N.) , mss. 
français, 20050 (anc. St. Germain 1989), 173, fol. pet. in-8, 
13* siècle ; manuscrit de jongleur, avec 426 chansons (en 
grande partie pourvues de notation musicale) ; les noms 
des auteurs font défaut. 

C. — B. N, 844 (anc. 7222) , 215 feuillets in-fol. , 
13» siècle, avec notes, miniatures et vignettes (dont l'en- 
lèvement a cause des mutilations regrettables dans le 
corps du volume). Les fol. 1-185 contiennent 463 chansons 
(de 84 poètes). 

D. — B. N. 12615 (anc. suppléra. franc, n* 184), désigné 
par Laborde comme ms. du duc de Noailles, 233 feuill. ' 
in-fol., fin du 13* ou commenc. du 14* siècle, avec nota- 
tion musicale (les portées, toutefois, sont souvent laissées 
vides) ; les chansons françaises qu'on y trouve, sont au 
nombre de 435 (sous 71 noms d'auteur). 

E. — B. N. 845 (ancien fonds 7222* = fonds Cangé 67), 
190 feuill. in-4% fin du 13* siècle, avec notes et vignettes ; 
399 chansons de 76 auteurs, et 93 anonymes. 

F. — Bibliothèque de l'Arsenal à Paris , belles-lettres 
françaises 63, 211 feuill. (420 pp.) In-fol. ; renferme 342 
chansons (notées) de 81 poètes, et 139 anonymes. Ce 
manuscrit est de la même main que le précédent et pré- 
sente, en ce qui concerne les pièces communes aux deux, 
absolument la même leçon ; cette circonstance, combinée 



XIV INTRODUCTION. 

avec le défaut de temps, m'a détermine & le laisser en 
dehors de mes opérations de collation. 

G. — B. N. 847 (anc. fonds 7222^ = fonds Cangé 65), 
228 feniU. in-8% 13* siôde ; il renferme, de fol. 1 à 203, 
190 chansons de 60 auteurs, et 114 anonymes. 

H. — B. N. 846 (anc. fonds 7222' = fonds Gange 66), 
141 feuill. gr. in 8"* avec notes et vignettes, fin du 13* siècle; 
351 chansons sans noms d'auteur et rangées dans l'ordre 
alphabétique du début. Dix feuillets de parchemin ajoutés 
contiennent en outre des pièces soigneusement écrites par 
le marquis de Cangé et tirées de nos mss. CDE. 

I. — B. N. 24406 (Lavallière 59) ; 155 feuill. in-4 ; 
14* siècle, avec la musique ; 330 chansons sans noms 
d'auteur. 

K. — B. N. 12581 (anc. suppl. franc. 198), 429 feuill. 
in-fol., 14* siècle ; renferme, mêlées à des pièces en vers 
et en prose de tout genre, 59 chansons sans noms d'au- 
teur. 

L. — Ms. Clairembaut, 13* siècle, 284 feuill. in fol., 
renferme 490 chansons (notées), dont 328 ayec noms 
d'auteur, 130 anonymes, et 32 consacrées à la Vierge. Ce 
manuscrit, bien connu par l'usage qu'en avait fait La Borde 
pour son Essai sur la Musique^ etqui avait depuis long- 
temps disparu, s'est retrouvé récemment ; M. Gaston 
Paris, chez qui il était temporairement déposé lors de 
notre voyage à Paris en juin dernier, le mit obligeamment 
à notre disposition, et nous en avons largement fait notre 



INTRODUCTION. XY 

profit, sauf en ce qui concerne Qaenes de Bëthnne. Ce poëte 
faisait l'objet de notre deuxième voyage en septembre, et 
malheureusement alors, Tabsence de M. Paris nous priva 
de Favantage de revoir le précieux volume. Il ne doit, 
d'ailleurs, renfermer que très-peu de chansons de Quenes, 
et en tout cas, à en juger d'après une liste des noms d'au- 
teur que nous possédons , elles se trouvent parmi les 
anonymes (1). 

M. — B. N. 1591 (anc. 7613), 184 feuill. in-4 ; 81 chan- 
sons de 50 auteurs, et 172 anonymes. 

N. — Ms. de la Vaticaue n^ 1490 (fonds de la reine 
Christine), ms. très-connu ; nous ne l'avons utilisé que 
d'après les extraits authentiques donnés dans la Romvart 
de M. Keller. 

Nous aurions manqué aux obligations d'un éditeur con- 
sciencieux si nous avions négligé d'indiquer, pour chaque 
chanson, les ouvrages où, à notre connaissance, elle avait 



(1) On avait pendant longtemps identifie le ms. Clairembant avec 
le n® 845 (notre ms. E) de la Bibliothèqae Nationale, qui en effet 
présente des analogies frappantes en beancoap de points. M. Brakel- 
mann, séduit par l'antorité de plusieurs philologues distingués, avait, 
dans son travail sur les chansonniers français (Herrig's Archiv^ 
t. XLII, p. 52} également affirmé cette identité, mais un examen atten- 
tif de la question, dont il exposa les résultats dans sa notice a manus- 
crits perdus » (Jahrbuch/Ur romanische Ziteraturt t. XI» pp. 94-108) 
le fit revenir sur cette opinion. Le fait de la découverte du ms. en 
question a pleinement justifié Targumentation de M. Brakelmann. 
Nons apprenons que le ms. Clairembaut est sur le point de rentrer 
à la Bibliothèque Nationale, d'où quelque accident Tavait fait sortir. 



' I 



Xfl INTRODUCTION. 

déjà para (1). Ces ouvrages n'ayant ëte cites que sommai- 
rement, nous réunissons ici les titres, en ce qui concerne 
les principaux d'entre eux, d*une manière plus exacte. 

/• B. de La Barde. Essai sur la musique ancienne et 
moderne. Paris, 1780, 4 vol. in-4. 

Paulin Paris. Le Romancero français. Histoire de 
quelques anciens trouvères, et choix de leurs chansons ; le 
tout nouvellement recueilli. Paris, 1833, in- 12. 

Arthur Dinaxm. Trouvères, jongleurs et ménestrels du 
Nord de la France et du Midi de la Belgique (4. vol. in-8). 
T. I. Trouvères Cambrésiens. Paris (Valenciennes), 1838. 
— T. IL Trouvères de la Flandre et du Tournaisis. Ib. 
1839. — T. IIL Trouvères Artésiens. Ib. 1843. —T. IV. 
Trouvères Brabançons, Hainujers, Liégeois et Namurois. 
Bruxelles 1863. 

J. A. 0. Buckon. Recherches et matériaux pour servir 
à une histoire de la domination française aux XIII*, XIV* 
et XV* siècles dans les provinces démembrées de TEmpire 
grec à la suite de la quatrième croisade. Paris, 1840, 
gr. in-8. 

Le Roux de Lincy. Recueil de Chants historiques fran- 



(I) Dans ces indications nous n*avons tenu compte que des publica- 
tions faites sur les manuscrits ou donnant certains éclaircissements ; 
c*est pour cette raison que nous avons passé sous silence le mémoire 
de M. Van Hasselt, couronné en 1838 par T Académie royale de Bel- 
gique et intitulé : « Euai s%r Vhisioire de la poésie française en 
Belgique* » 



INTRODUCTION. XVII 

çais depuis le XII* jusqu'au XVIII* siècle. Paris, 1841, 
2 vol. in-12. 

Adettert Keller. Romvart. Beitraege sur Kunde mittel- 
alterlicher Dichtung aus italiaenischen Bibliotheken. 
Mannheim, 1844, in-8. 

A . WackemageL Altfranzoesische Lieder und Leiche aus 
Handschriften zu Bern und Neuenburg. Basel, 1846, in-8. 

Ed. Maetzner. Altfranzoesische Lieder, berichtigt und 
erlâutert mit Bezugnahme auf die proyenzalische, altita- 
lienische und mittelhochdeutsche Liederdichtung. Berlin, 
1853, in-8. 

C. Hofmawn, , « Sitzungsberichte » (Bulletins des 
séances) de rAcadëmie royale de Munich, années 1865 et 
1867. 

Karl Bartsch. Romances et pastourelles françaises du 
XIP et XIIP siècles. Leipzig,* 1870, in.8. 

£àrl Bartsch. Chrestomathie de l'ancien français 
(VIII*-XV* siècles). Accompagnée d'une grammaire et d'un 
glossaire. Troisième éd. corr. et augm. Leipzig , 1875, 
gr. in-8. 

Il nous importe de déclarer que nous nous sommes 
abstenu de discuter l'attribution des pièces que nous 
publions ; il y a lieu , par ci, par là , de la contester, la 
même chanson étant souvent, dans les divers manuscrits, 
placée sous le nom de divers auteurs. La critique sur cette 
matière délicate est encore fondée sur des bases trop peu 
solides pour oser s'y engager ; toutefois, nous avons eu 



XYUI IMTRODUCTIOIf. 

soin de signaler les cas assez rares où on doute de cette 
nature pourrait se produire. 

Notre première idëe avait été d'établir un romancero 
belge aussi complet que possible ; mais des difficultés mul- 
tiples nous ont fait renoncer à ce projet et nous restreindre 
à Tassemblage des productions de nos trois anciens lyriques 
les plus renommés, Queues de Bétbune, Henri III de Bra- 
bant et Giilebert de Berneville, en y joignant quelques 
noms de moindre réputation, mais non moins dignes de 
trouver place dans ce recueil. Nous aurions volontiers 
incorporé dans ce volume le bagage poétique de Gauthier 
de Soignies, dont la mémoire est si chère à la ville belge 
de ce nom ; c'est moins l'incertitude qui règne encore sur 
la véritable nationalité de ce trouvère, qui nous a déter- 
miné à remettre cette tâche, que l'impossibilité de l'accom- 
plir avant longtemps. En admettant que les droits de la 
petite commune de Soigny en Champagne soient finale- 
ment reconnus supérieurs aux prétentions traditionnelles 
de la ville hainuyère, nous nous croyons autorisé à nous 
approprier Gauthier de Soignies tant que les titres con- 
currents ne sont pas péremptoirement établis. Et en ceci 
nous nous prévalons du sentiment exprimé tout récemment 
par un philologue français dont la bienveillance égale la 
réputation scientifique (1) : c Quand bien même la Belgique 

(1) Gaston Paris, Romania, t. V, p. 115» à propos d*un compte-rendu 
sur les trois ouvrages d*Adenet le Roi publiés en dernier lieu dans 
notre collection. 



IHTEODUCTION. XIX 

« 8*aimexerait sans preuves absolument concluantes tel ou 
« tel auteur jusqu'à présent sans patrie, nous ne lui en 
s ferions pas un grand reproche, puisque cette naturali- 
« sation plus ou moins régulière vaudrait à cet auteur 
« d*étre imprimé plus tôt et au moins aussi bien qu'il pour- 
« rait rétre en France. » 

II. Jagqubs db Baisibiix. Dits bt fabliaux. Avant les 
communications que nous avons faites en 1869 au BihUo- 
pkUe belge, on ne connaissait de Jacques de Baisieux que 
deux fabliaux, intitulés l'un : Des trois chevaliers et del 
chainse, l'autre : La Vessie à prestre. 

Le premier a été analysé par Le Grand d'Aussy dans les 
Fabliaux et cofUes (t. I, p. 229, éd. Renouard) ; puis on 
en trouve la traduction en prose dans le 3* vol. des 
Mémoires swt FanciefiM chevalerie par Sainte Palaye 
(pp. 138 et ss.) ; enfin il a été imprimé en 1823 par Méon, 
dans le tome I, p/91 et ss. de ses nouveaux Fabliaux. 

Le second, la Vessie à prestre, fait également partie et 
du recueil de Le Grand d'Aussy (t. IV, p. 177) et de celui 
de Méon (t. I, p. 80-90). 

C'est d'après les auteurs cités qu'ont été faites les ana- 
lyses insérées par M. Le Clerc dans X Histoire littéraire 
de France (t. XXIII, pp. 157 et 171), et que M. Dinaux 
a rédigé son article Jacques de Baisieux, dans le 4* vol. 
de ses Trouvères, p. 383. 

Le seul manuscrit qui à notre connaissance renferme les 
cinq pièces réunies dans ce volume, est le précieux codex 



XX INTRODUCTION. 

de la bibliothèque rojale de Tarin coté anciennement 
g. I, 19 (yoy. le catalogue de Pasini, n"* LXXXIV, p. 493) 
et désigné maintenant par L. V. 32. 

C'est le même qui nous a été si ntiie ponr notre édition 
de Baudouin de Condé, et qui a fourni le fabliau La VewDe 
de Gauthier le Long publié en 1866 et réédité ci-aprôs , 
ainsi que Le roman des JffUs, inséré dans le t. XXIV des 
« Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique » 
(1868) (1). Les deux pièces faisant partie du recueil de 
Méon ont été puisées à la même source, mais par l'in- 
termédiaire des copies Mouchet conservées à la Biblio- 
thèque nationale de Paris (fonds Moreau 1727). Les 
nombreuses fautes qui déparent le texte de Méon nous ont 
fait regretter de ne pas avoir, à l'époque où nous dispo- 
sions du manuscrit de Turin, transcrit également les deux 
fabliaux publiés par le philologue français, au lieu de nous 
borner à noter fugitivement les écarts les plus saillants. Il 
est juste de remarquer que plusieurs des erreurs de Méon 
sont imputables à la copie Mouchet, dont il nous a été 
loisible de prendre une rapide inspection à Paris. 

Nous laissons au lecteur l'appréciation de la valeur litté- 
raire des productions de Baisieux ; nous avons lieu d'es- 
pérer, toutefois, qu'il ne leur contestera pas quelque intérêt 

(1) Un dépouillement détaillé de ce manascrit a été donné dans 
les t. I et II du Bibliophile belge^ et reproduit dans Topascule inti- 
tulé : Notice et extraits de deux mss. français de la Bibliothèque 
royale de Twrin^ par Aug. Scheler. Bruxelles, 1867, in-8<». 



INTRODUCTION. XXI 

tant an point de vue des sujets et de l'invention, que sous 
le rapport du style, de l'ordonnance et de la langue. Deux 
des poëmes (ce sont ceux qu'a publies Méon) appartiennent 
au domaine du fabliau chevaleresque et anti-monacal ; les 
trois autres s'élèvent dans les hautes sphères du symbo- 
lisme et traitent d'abord de la signification mystique atta- 
chée aux diverses parties de TÉpée, puis de l'inféodation à 
l'Amour, le céleste seigneur, enfin des vertus médiatrices 
de la Vierge. 

Nous n'avons rien de nouveau à dire sur la personne de 
lauteùr. Si Baisieux est bien le lieu de son origine , 
trois localités peuvent se le disputer : l'une appartient au 
département de la Somme et à Tarrondissement d'Amiens, 
une autre se trouve à 12 kilomètres de Lille, la troisième 
enfin est la commune belge de ce nom située dans l'arron- 
dissement de Mons. Une seule circonstance milite en faveur 
de la Flandre : c'est que Jacques déclare avoir traduit la 
Vessie à prestre du thiois (1) en roman. Nos recherches 
ont été infructueuses jusqu'ici pour retrouver le poëme 
thiois qui a servi de modèle à notre trouvère ; l'un ou 
Tantre de nos philologues flamands réussira peut-être mieux 
dans la solution de ce problème. 

La comparaison des textes que nous avons fait paraître 
dans le Bibliophile belge il y a sept ans, ainsi que celle des 

(1) Vers 319. La copie Moachet donne fux au lieu de tiex ; cette 
choquante bévue , Sainte Palaje , Méon, Téditear de Le Grand et 
Dinaux Tout reproduite sans le moindre soupçon. 



XXII INTRODUCTIOH. 

éclaircissements dont nous les y ayons fait suivre, tëmoi- 
gnera du soin que nous avons mis dans le redressement 
des défectaosites qae nons y avions laisse subsister. 

m. GiiuTHiBR Lb Lono» trouvère tournaisien. La Veuve, 
fabliau. Cette pièce était inédite lorsque, en 1866, nous la 
présentâmes à l'Académie d*archéologie de Belgique, qui la 
fit insérer dans le t. XXII de ses Annales. Elle reparaît 
ici avec de notables améliorations tant en ce qui concerne 
le texte, que dans les notes explicatives. 

Ce qui captivait particulièrement notre attention, en la 
rencontrant au fol. 167 du même ms. de Turin qui renferme 
les compositions de Jacques de Baisieux, c'est moins son 
mérite littéraire (lequel d'ailleurs n'est en aucune manière 
inférieur à celui de la plupart des pièces du genre), que la 
circonstance que le nom de l'auteur appartient à l'histoire 
littéraire du pays et que cette unique pièce du poëte tour- 
naisien n'était connue encore que par une sèche et impar- 
faite analyse, faite il y a près d'un siècle par Le Grand 
d'Aussy (Paris, Onfroy, .1779, in-S», t. III, p. 55). 

Voici ce qu'on trouve à son sujet dans X Histoire litti- 
Taire de France (t. XXIII , p. 172), qui , ainsi que 
M. Arthur Dinaux dans les Trouvères de la Flandre et du 
Towmaisis (p. 185) , range Gauthier parmi les poètes du 
XIII« siècle : 

a C'est encore un fâcheux tableau des ménages de la 
bourgeoisie que les aventures de la Veuve qui, après avoir 
fait parade de sa douleur à la mort de son premier époux 



INTRODUCTION. XXllI 

et avoir refasë tour à tour en mariage, par coquetterie 
plutôt que par desespoir , un riche bourgeois de Tournai, 
puis le jeune Baudouin, Godefroi, Favin (1), Guillebot, 
Jean, choisit enfin, comme Théroïne du fabuliste, un malo- 
tru dont il faut qu'elle endure la mauvaise humeur, les 
reproches et même les coups de bâton. Le récit de Gauthier 
Le Long ne saurait âtre comparé aux deux fables de Lafon- 
taine (liv. VI, fable 21 ; liv. VU, fable 5), mais ne manque 
cependant ni de vivacité, ni d*esprit. Imbert (t. I, p. 268), 
cette fois, en a fait une assez jolie nouvelle. » 

Dire que le poëme est un fabliau du moyen âge retraçant 
une scène d'intérieur de la vie bourgeoise, c'est faire pré- 
voir que le ton en sera quelque peu libre et que le langage 
des personnes qui j figurent portera l'empreinte de cette 
crudité d'expression qui se mêlait si facilement aux expan- 
sions du vieil esprit gaulois. 

Au point de vue de la langue nous n'y avons rien remar- 
qué qui distinguât notre auteur ; en ce qui concerne le 
tour et la grammaire, on y retrouve toutes les particula- 
rités de l'époque. Par contre, nous avons été frappé par 
un certain nombre de termes nouveaux qui paraissent 
appartenir au terroir et dont nous ne sommes pas toujours 
parvenu à déterminer, ni même à deviner, la signification. 

Quelques passages sont restés obscurs par suite de la 
défectuosité de notre texte. Malheureusement , Le Grand 
d'Âussy ne nous a point indiqué le manuscrit qui lui a servi 

(I) \jSa/b% Focwin, 



XXIV INTRODUCTION. 

pour son analyse (le mot traduction ne convient nullement), 
et MM. Le Clerc et Dinaux qui, après lui, se sont occupés 
de Le Long, se taisent à leur tour sur ce point. Cela nous 
a prive de Tavantage de recourir à un collationnement pour 
parer à l'inintelligibilitë de plusieurs endroits de notre 
fabliau. Les quelques corrections que nous avons introduites 
dans le texte et qui sont signalées au bas des pages, seront 
pour la plupart, pensons-nous , admises par les érudits 
compétents. 

Nous laissons la question de la nationalité de Gauthier 
Le Long dans le vague où elle se trouve ; la mention de 
Tournai au v. 336 peut n'être amenée que par la rime, il 
est vrai, et n'autorise pas à autre chose qu'à placer la 
scène du fabliau dans les environs de cette ville. Cepen- 
dant on est en droit d'inférer de certains traits du poëme, 
surtout des nombreux noms propres qu'il renferme, que 
Tauteur connaissait parfaitement le théâtre sur lequel il 
produit l'héroïne de sa composition, et en attendant que la 
lumière se fasse , nous qualifierons Gauthier Le Long 
de trouvère tournaisien. 

IV. Le Triomphe des Carmes ou, selon la rubrique du 
ms., le Combat de Saint- Pol contre les Cannois, 

Ce poëme, écrit dans un style vif et coloré , est sans 
doute inspiré par une intention satirique, mais cette inten- 
tion est plutôt dirigée contre l'esprit de lucre qui s'est 
manifesté de tout temps dans le sein des corporations reli- 
gieuses, que contre les institutions mêmes de l'Eglise. L'au- 



INTRODUCTION. XXV 

teiir» qui dst reste absolument inconnu, ne montre aucune 
hostilité contre le clergé, mais il trouve son plaisir à en 
dépeindre les faiblesses ; son récit a Tair de ne pas avoir 
d*autre but que de rappeler aux habitants de Valenciennes 
un événement ecclésiastique qui s'est passé chez eux à 
l'occasion du service funèbre d'un grand personnage, et 
dont il décrit les épisodes avec malice, mais sans tristesse 
et sans fiel. 

Le Triomphe des Cannes a été pour la première fois 
édité par M. Dinaux en collaboration de M. Aimé Leroy, 
dans le t. III (1833) de la première série des Archives 
historiques et littéraires du nord de la France et du midi 
de la Belgique (1). Le texte qu'ils ont reproduit était mal- 
heureusement un rajeunissement fait par un auteur du 
XVI* siècle, étranger à la grammaire et aux formes lexiques 
du commencement du XI V^ ; c'est dire qu'il pullule de 
fautes grossières et contre les règles grammaticales et 
contre la versiBcation. S'il faut pardonner aux éditeurs de 
1833 d'avoir hésité à dépouiller le poëme de l'habit moder- 
nisé dont on l'avait, fort inintelligemment, afi*ublé , nous 
serions sans excuse si nous le remettions sous presse dans 
la forme pitoyable dont il a fallu se contenter jusqu'ici. 

Louis de La Fontaine, seigneur de Salmonsart, né à 
Valenciennes en 1522; mort à Liège en 1587» avait uti- 
lisé le récit rimé du combat de St. Pol contre les Carmois 
pour en faire le 29* chapitre de son ouvrage sur les anti- 

(1) 11 en exût6 des tiréB à part : Valenciennes 1834, 33 pp. in-8. 



XXVI INTBODUCTION. 

qoitës de Valenciennes, ouvrage resté inédit (1) ; il Tavait, 
comme il le déclare lui-même, « copié hors d*uDg bien 
yieulx libvre escript & la main de langaige depravet et rhé* 
torique inusitée , ledit libvre fort maulvais à lire et la 
lettre fprt effacée ad cause d'antiquitez » . Outre une copie 
également rajeunie du XVIIP siècle, en possession de Tun 
d'entre eux, MM. Dinaux et Leroy n'avaient à leur dis- 
position que la leçon factice du seigneur de Salmonsart, 
dont l'œuvre repose en un manuscrit du XVI* siècle i la 
bibliothôque de Valenciennes (2), et ils s'y sont servilement 
attachés, en cherchant, dans leurs notes et éclaircis- 
sements, moins à redresser les altérations, qu'à dissiper 
certaines obscurités produites par ces altérations mêmes. 
En l'abscence d'un manuscrit du temps (3) qui nous 
eût révélé la rédaction propre de l'auteur, qualifiée de 
d^ravée par un lecteur du XVP siècle, nous avons pris le 
parti de rendre, par voie scientifique, son costume naturel 
et primitif an texte défiguré que nous ont livré les éditeurs 
de Valenciennes. A première vue la chose nous parut très- 
faisable, et ne requérant que peu d'effort pour quiconque 

(1) n Tétait da moins en 1833. 

(2) Un antre ma. des AntiquUéi de Valenciennes se trouve à Mons ; 
un troisième, enrichi de grandes ^gnres coloriées, a été acqnis au 
commencement de ce siècle par M. Bourdon d*Hérj, d où il passa à 
un M. Evrard de Douaj. 

(3) M. Dinaux, dans Tarticle quUl a consacré à notre podme dans 
le 4* vol. de ses Trouvères , pp. 33-42, nous apprend que M. Motteley 
en avait déniché un, qui avait attirél ^attention de Monmerqué, mais 
il ne dit pas ce qui en est advenu. 



ihtroductiom. xxyii 

8*68t familiarise avec les allures et les formes de la langue 
d*un contemporain et concitoyen de Tauteur, le trouvère 
et chroniqueur Jean Froissart. Les romanistes jugeront si 
nous avons accompli cette tâche avec succès ; Findication 
scrupuleuse des leçons modifiées est destinée à leur fournir 
le moyen d'exercer leur critique. Tout en nous attendant à 
quelques censures de détail, nous espérons qulls ne nous 
accuseront pas d*avoir été trop présomptueux ou trop hardi 
dans notre tentative de restitution. 

Les notes explicatives qui terminent le volume ont, 
comme celles d^t nous avons accompagné nos précédentes 
publications, un double caractère : elles sont destinées, 
d*abord, à guider le lecteur dont la connaissance du vieux 
langage ne dépasse pas les notions essentielles, et à le 
préserver de méprises et de fautives interprétations ; puis 
elles signalent tous les traits et faits qui nous semblaient 
solliciter Tattention du linguiste et pouvoir profiter à Ten- 
richissement de la science. 

Bruxelles, en mars 1876. 

Àuo. SCHELER. 



/ 



ï. 



CHANSONS DE QUENES DE BETHUNE. 



i. 



Cette pièce se troaye, k ma connaissance, dans les mss. soirants : 
A n» 3, C '4tf», D 100, F p. 93, G 29, H 90»», I 74, L fol. ?., M 40, 
N 23^ ; en oatre, en français italianisa, dans le Codex Estensis (n® 49 
des pièces attribuées à Moniot). 

Bile est placée sons le nom de Bôthane dans ADMN ; sons celai du 
Châtelain de Coucy dans CPO ; anonyme dans HI. 

Le nombre et la succession des strophes varie ; le ms. A qne j*ai 
sniTi, en donne six et nn envoi de 4 van ; CD, six sans envoi, placées, 
retativement à notre texte, dans Tordre suivant : 1 2 6 5 4 3 ; H, six 
(dans notre ordre) ; GIMN, dnq, ainsi rangées : 01 : 1 2 4 6 5, MN : 
12 6 5 4. 

Les impressions sont nombreuses ; je citerai : Sinner, Catal. codi- 
cum manuscriptorum biblioth. Bemensis III, 305, et Wackemagel, 
AltfnuDZ. Lleder nnd Leiche, p. 23 (diaprés A) ; De la Borde, Essai 
;rar la Musique II, 302 (d'i^près G) ; Fr. Michel, Chansons du Châle- 
lain de Con^, p. 86 (d'après A, mais avec des variantes) ; Paris, 
Romancero français, p. 93 (d'après divers ; on n'y trouve que nos 

1 



2 CBAMSOm 

8tr. 1 2 65 3) ; sur ses traces, Leroox de lincy, Chants historiques 
1, 113 ; DinanZy Trouvères III, 397 ; Buchon, Recherches et matériaux 
pour servir à l'histoire de la domination française en Orient, I, 421 
(d'après D); Keller, Romtart, p. 254 (d'après N), reproduit, avec 
corrections, par M&tsner, AltfiransOsische Lieder, p. 7, où Ton trouve 
aussi en supplément (pp. 86 et suiv.) les textes publiés par De la 
Borde, P. Paris, Wackemagel, Dinaux et Fr. Michel ; enfin Bartsch, 
Ghrestomathie (3* éd. 1875), p. 222 (d'après C). 



A 



T, amors, corn dure départie, 
Me covient faire à perdre la millor 
Ki onkes fust amée ne servie ; 
Deus me ramainst à li, par sa douçor, 
Si Yoirement com j^en part à dolor I 
Deus, c'ai je dit ! Jà ne m'en part je mie : 
Se li cors vait servir Nostre Signer, 
Tous li miens cners remaint en sa baillie. 



For li m*en vois sospirant en Surie, 
10 Ee nus ne doit faillir son creator ; 
Ki li faura à cest besoing d'aîe, 
Sache de voir faura 11 à grignor, 
Et sachent bien li grant et li mener 
Ke là doit en faire chevalerie, 
15 G*en en conquiert paradis et honor 
Et les et pris et Tamor de s*amie. 



i H Omn, I haï, — 3 CDHMN Me eovanra faire de la m., GI por lam. 

— 4 H ramtrint, I remaint. — 5 IMN Si vraiement. GDM que m*0fi 
part. — 6 GDM La$ (p. Deus). — 7 Gf Ainz m mes cors. — 8 GDGM N Li 
euers {Mes cuers G) rtmaini del tout ens. b. — iO GDM Car je ne doi. •» 
Il N la (p. li) ; ce doit être un lapsus — 13 GI Sachiez de voir qu'il fintdra 
à greignor ; GDMN Sachiez que ii li f. — 13 OH Et saehiés, N Si saeent. 

— 15 GI C*ofi t c, M Oi» î c, GDN Oà on t. — 16 CÙGÏiU Et pris et hs. — 



DB QUENBS DB BBIHURB. O 

Lonctens avoua esté prea par oisease, 
Or i parra ki à certes iert preus, 
E*il Toist yengier la honte doloreuse 
20 Dont tons li mons est iriés et honteus, 
Quant à no tens est perdus li sains leus 
Où Deus por nos soffri mort angoisseuse ; 
Or ne nos doit retenir nulle honeurs 
D'aler vengier ceste perde honteuse. 

25 Ei or ne veult avoir vie anoieuse, 

Si voist morir liés et baus et joieus. 

Car celle mors est douce et savereuse 

Où conkis est paradis et honeurs, 

Ne jà de mort n*en i morra uns seus, 
30 Ains vivront tuit en vie glorieuse. 

Et sachiés bien, ki ne fust amereus, 

Moult fust la voie et bone et deliteuse. 

il-U. Cette strophe manque dans GIMN. ^ 17 CD Dieui, tant awnu 
(awm), ^ 18 D Or verra on. — 10 £D S^irom vengier. — H Veeeu avone 
à A. d. — 90 CD Dont ehatctnu doit estre i. et A.— 31 C Qu*à noetre tang. 
— 32 Notre ma. A a le lapsus engoisse p. engoissouie. — CD Mort glo- 
rieuse. — 25-24 CD 5*or t laissone nos enemis morleus, A tous joure matr 
iert no vie honteuse. — 25 GDGIMN Ki ci ne veut ; H Q*or veut avoir hotUe 
et vie ennuioute (leçon contraire an sens). — CI Vie honteuse» — 26 GI 
S^aiile morir por Dieu liez et joieus ; CDMN Si voit (on voist) pour Dieu 
morir Ués etj. — H joianz (contr. à la rime). — 27 GI Car ceste m. ; M 
Que telie m. ; W Que celé m. -^ GI bone et glorieutc-^tè CDMN Dont on 
conquiert le règne preeieue ; 1 Con i conquiert le règne glorieus. — Ce 
vers manque dans G. ^ 29 Le ms. A porte : Nejà des mors n^en i aurait 
(ae aura) un soûl ; comme la rime appelle la forme sous (nomin. sing. 
nasc.), j*ai substitué à cette leçon celle de tous les antres manuscrits. I^ 
▼ers manque dans I. — 30 G Ainswstront tuit, CDN Ains nesteront en v. 
g.^ M ne$teron> •— 31-32 CD Qui revenra moult par ert (D mouU sera) 
eOreue A tous jours maie en iert honore ^etpeuse ; GI Je nH soi plus, qui 
ne fiut amoreuê^ Trop fust la voieet b. et d. ; dans I, ces deux vers for- 
ment le 0*et7«dn couplet (le 5« manquant) et sont suivis d*un %t qui 
dérange là succession voulue des rimes : Pour Dieu vengier le père pre- 
eieue, «- Nos deux vers manquent dans N. 



4 cfliJisoiis 

Tait li dargié et li home d'eaga 

Ki de bienfaifl et d'amones vivront , 
35 Partiront toit en oeet pèlerinage, 

Bt les dames ki chastement vivront 

Et loianté portent céans ki iront ; 

Et s'eles font par mal conseil folage, 

A laskes gens manveses le feront, 
40 Car tait li bon iront en cel voiage. 

Deas est asis en son saint héritage, 
Or i parra com dl le seoorront 
Cai il gita de la prison ombrage 
Qaant il fa mis en la crois ke Tare ont ; 
45 Certes toit cil sont boni qai n'i vont, 

S*il n*ont poverte ou mellée oa malage, 

• 

35. A porte, cootmirement à U règle, clergiés. Il frat on tenu H élargie, 
comme ont GDM, oa, au pluriel, iuit li ekrgié, selon Hl ; tout li élargies de 
N est également fiiotif. — 34 GIN {tid m aumoineg et en bien fet {fe$) fnan- 
roHi {maindrout); CDU Qui en amnoene et en bien fais vunront; les mss. 
DHN ont 6i0ffu fais, — 35 Notre ms. porte en cest ; j*si mis à eest confor- 
mément à tons les autres mss. et à la construction habituelle parlû* (pren- 
dre part) A qqcta. ^ 36 GI ehasteé (chateé) tennmt, H ehastes se tenroni, — 

37 Mon ins. a Kt loiaUeis porte; c'est évidemment une erreur p. el loialteit 
portent, que J'ai reçu dans mon texte ; G se loiauté font à eeus qui % vont ; 
H Kt loiatUé portent ces qui iront. — Notre vers manque dans GDIMN. — 

38 Les mss. GM, ainsi que A, écrivent celés ou celles; ce n'est qu'une 
variante orthographique de s^eles.^ 39 I^a leçon do mon ms. Etais keHg gens 
menasees lor feront est le résultat d'une méprise ; Je Tai corrigée d'après G ; 
M A lasses gens et à (cet à est de trop) tnavex le feront, G A reereanz et 
nuiuvais le f, DN As lasches gens et mauvais le /., I Aus lasches gens 
maueaises ; H Ha, les quelm gens mauioesu le f.-^ 4^0 G s*en vont en cest v, 
^ HM viage. ^ 41 H haut, I droit (p. saifit). — 42 H Or parra bien. — 
GDtecî^Naeti. — 43Dj«l0. — 44 GDN fu mors. —Notre ms. A porte 
tuit p. turc, qui est la bonne leçon ; ce lapsus se retrouve dans HI ; M a 
turs (qui est un nom. sing.). — 45 GI Biensont honi tuit cil quiremauront, 
CDMN Saehiés cil sont trop honi qm n'iront (M n*t vont). - 46 GI Se nés 
retient poverteg ou malage ; GDHN S^il n^ont (N si n*ont) poverte u viellece 
tf m. — A donne maillege p. malage. 



DE QUBRES DB BETHDNE. 

Et cil ki sain et jone et riche sont, 
Ne porront pas demorer sans hontage. 



Las, je m'en vois plorant des eus del front 
50 Là où Deus veult amender mon corage, 
Et sachiés bien c'a la millor don mont 
Penserai plus que ne fais à voiage. 



47 G riche ei sain et fort êeront ; M tain et riche et jone êont ; H jone et 
sain et ridie êont, I riches et fort et saint seront, — 48 GI /Vî pueent, 
CDU Nepueent. — 49-52 manqueni dans tons les autres mss. 



2. 



Jeu-parti» publié d'après A n^ 4 ; il se trouve encore dans la Bod- 
léienne d*Oxford, fonds Douce 308 (n<* 27 des jeux-partis). 

Imprime par Dinanx III, 406 (avec maintien de Torthographe 
lorraine de roriginal), et par Hoûnann, Sitzungsberichte, 1867, II, 
p. 486. 

Bien que cette pièce soit inscrite au nom de « Cunes de Betunes », 
il est peu probable qu'elle soit de lui, puisque les interlocuteurs s'ap- 
pellent Bertran et Guichàrt. 



A, 



.mis Bertrans, dites moi le millor 
D'un jeu parti, de vos le veul oïr : 
Ki de s'amie auroit eu l'amor, 
Et amplement de li à son plaisir. 



\ 



I 



4 binnwL Et parlement. 



6 CHÀlfSONS 

5 Et scelle adont sans forfait s'en partoit 
Por autre amer, et puis pais refaisoit, 
Por lui tenir de samblant sans plus mais, 
Likés vaut mieus, tous jors guerre ou tel pais ? 



— Sires Guichars, sachiés ceste dolor 

10 Ke je vos oi reconter et jehir, 
Ont autre fois ett tost li plusor ; 
Sovent voit on ceste chose avenir : 
Tel dame lait son bon ami sans droit, 
Ki s^en repent quant elle 8*en parcoit ; 

16 Guerre en amors n'est proes, por çou m'en tai ; 
La pais vaut mieus servir à cuer verai. 



— Amis Bertrans, U cuers verais, por voir, 
Est partout bons, ce sai certainement, 
Et cil est fous, selon le mien savoir, 
20 Ki fausse dame aime à son essient, 
Ke bien savés qu'en reprouvier dist on 
Ke leres est li compains à laron. 
Et cil est fous et fait gaber de lui, 
G'on sert de bordes et on festoie autrui. 



25 — Sires Guichars, or puet on bien savoir 
Ke vos d'amors savés pou ou noiant, 
Car je veul mieus toz jors de li avoir 
K'elle m'esgarde bien debonairement 



10 Din. oî (qui fansseJa mesure j* — Ms. reseonieir, ^11 Hoftnann cor- 
rige toit en tuU, ^ 14 Ms. pensait ^ Din. partoit. ^ 15 Ms. tais, — 28 Ms. 
tn*esgairce (forme insolite). 



DE QUERBS DE BETHCNE. 

A bel samblant et à douce raison, 
30 C'avoir & li mellëe ne tenson ; 

Soflrirs atrait amors, certains en sui, 
Et orguels fait à mainte gent anui. 



— Amis Bertrans, vostre sens n'est pas grans, 
On on vos a espoir en vain chargié, 

35 Ke tout prendrés à gré com peneans ; 
Aine ne tî home de si pou apaier : 
Quant d*an semblant et d'un très povre ris 
Vos puet tenir, trop estes vrais amis ; 
Celui semblés oui on tout son chastel, 

40 Ki puis en prent de teste un bel juel. 



— Sires Guichars, jà nus sages amans 
Ne m'en tenroit por ce mal afaitié 
Se j'en gré pren douz mos et biaus semblans, 
Ains ke tôt laisse ; ce seroit malvaistié. 
45 Encor vaut mieus avoir, ce m'est avis, 
Pou ke mains, car de ce sui toz fis 
Ke par douçor fait on savage oisel 
Sage et privé et guerpir son rivel. 



— Par Deu, Bertrans, vos par mentes moult bel, 
50 Mais n'i aurai avant talent novel. 



39 Ms. â doux raiam. — 32 Ms. gem. — 37 Din. wâ (p. ru). — 40 Din. 
tatL —46 Yen défectueux ; peut-être faut-il Vnpoui le ms. écrit marUf 
comme an t. 82 eompatu p. eampains. 



8 cHAmom 



3. 



Il y a peu de vraisemblance que cette chanson soit composée par 
Qaenes de Bethane, bien qu'elle porte son nom dans le ms. M d'où 
je Tai tirée, et dans D, qui a servi au teite de Buchon. 

Outre M 10 et D 98, on la trouve sous la rubrique « Cevaliers » 
dans G 22, sous celle de Jacques d*Espinais dans F p. 215, enfin sous 
celle de Gautier d'Espinais dans B 100 et Ë 104, C, 135, H II. 
Je n'ai eu le temps de coUationner que les mss. D et G. La pièce 
a été imprimée, d'après D, par Buchon I, 419, et d'après M, par 
Dinaux III. 387. 



l\\ 



.a oomancier de ma nouvelle amour 
Ferai chançon, car pris m'en est talens, 
Et*)[>roierai à celle que j^aonr, 
Pois que du tout sui ses obediens ; 
Pour Dieu li proi ne me soit desdaignans, 
Ains dainst vouloir que par moi soit servie, 
Si en serai plus liés toute ma vie. 



Ce ne me doit nolz tenir à folour 
Se je désir estre ses bienvoillens, 
10 Puis que biautés fait de li mireour 
Et en tous biens est ses entendemens. 



3 D car nCen ett pris. — • 3 D d oetî. — G 5t prière ma dame qui, — 
4 C A qui je $ui del toui o6. — D It m o6. — 5 D ne ntt (a m'i ?} êoU ; 
Gqu^UneioU.^6Udaiivoloir,Bdaintif)ahir.'^Q quedemoi.^B D 
5e ne. — M bieA vattlene, D 6iene voithau, G 6<en vueiUane, — 10 G 
fiât. -^U de U mtrœr. — li D £< ene to« 6. ef/ thii ent. ^ G Sont Hmi, 



M QUEHIS DB BETHUKE. 9 

Diez 1 que serai envoisiez et joiens, 
Se jà nul jour vers moi tant s'omelie 
Que par son gré Yoë apeler amie. 



15 Je m*en délite, en Fespoir que j*en ai, 
Si doucement qu'il m*eet souvent avis 
Qu'elle me doint s*amour de cuer verai. 
Mes tost m*en est dlz doùs espoirs péris. 
Que de paor sui mas et esbahis ; 

20 Tant dont raison que, scelle i met s'entente» 
Sans estre amés crieng mourir en atente. 



Et nepourquant tout adès servirai, 
Sans estre amés, comme loiaus amis, 
Que nulz fins cuers ne doit estre en esmai, 
25 Puis que il est en haute amour assis, 
Ains doit penser comment soit deservis 
Li très grans biens où il a mis s*entente. 
Ne jà nul jor por mal ne 8*en repente. 



n m'est avis, qui a droit veut jugier, 
30 Que nus amis ne doit d'amours partir, 



Il D eoifi iemi. — G tmit êerai renvoitiez, ^ 13 G etwen mot s'utn, — 
U D6 Voêe. — i5 D me délit, G Tant me delUe,., qu*en H ai, — 17 11 
me doit ; j'y ai sabstitoë, d'après D, doint ; G m'otroit. — M vnd. — 18 G 
me re$t, •* DG fatllit. — i9 BuchOQ mal (p. mat), — G de pour mt iriez 
et ef6. — 90 Tant dot r. $e été, — Dio. imprime celle ; c'est en effet la 
leçon da ms., mais elle doit être interprétée par e^eUe. — 21 G euitmorir^ 
D emm.— - 39 D nonporquani adès la «., G tozjon la «. — 93 G Sant/mit- 
eeté. — > Le mot floal amis maoqae an ms. — 94 G me$ fine euers... avec 
maî (!;. — Buchon a le mot impossible firat p. fine. — 95 G « «*efl en êi 
haui lien. — 97 Ms. M îfe na (n'i) p. Nejk.— G. Nejà por mal quHl ait ne. 
— 30 D fiuf amane, — G ntu ne doit de bone amor p. 



10 GHAMSORS 

Qu'en pou d^eure rent elle tel louier 
Qae nnlz n*auroit povoir du deservir. 
Por ce li weil bonnement obeïr 
Et weil proier à ma dame hounorée 
35 Qu'avec biauté Boit pitiés assemblée. 



Quens de Quelle, riens ne puet avencier 
Tant comme amours celui qui à li bée ; 
Entendez i, s*iert vostre hounours doublée. 



35 D Por foii la vot/ , G Por cela («- ce la). — 35 Ms. bUuUéê. — 
36-38 manquent dans G.^ 3711s. <i fut. — Dinanz imprime vée p» 
— 38 Ils. Entendez tet ert (liBes, comme J'ai fait, % riert). 



i. 



G 4Ô, collât, avec D 99. — Publié par Bucbon I, 421, Paris» 
Romancero français, p. 88, Leroux de Lincy I, 43, Dinaaz III, 393. 



B 



ele doce dame chiere, 
Vostre grans biautés entière 

M*a si soupris 
Que, se g'iere en paradis^ 
Si revenroie je arrière 
Par couvent que ma proiere 

M*e1i8t là mis 
Que je fusse vostre amis 



3 D S^en revenroie ar. ^ 8 D Que fuïêse. 



DE QUERES DE BBTHUHE. il 

N'a moi ne fussiez âere, 
10 Car aine en nule manière 
Neforfls 
Que fussiez ma guerrière. 



Pour une qu*en ai haïe 

Ai dit as autres folie 
15 Com irous ; 

Mal ait vos cuers convoitous, 

Qui m*enyoia en Surie ; 

Fausse estes voir plus que pie^ 
Ne mais pour vous 
20 N*aYerai mes ex plourous ; 

Vous estes de Tabeie 
As soufraitous, 

Si ne vous nomerai mie. 



16 DiD. a de son chef transformé mal ail en mal ett, — 21 II doit man- 
quer loit avant, soit après ce vers on antre vers rimant en te. — 93. Les 
textes imprimés ont hW da iouffraitoui^ qu*ont les deux mss., le mot 
j*ojfiv-d-f OUI ; fauteur voalait-il réellement faire ce Jeu de mots? Je 
n'oserai me prononcer. 



5. 



Mss. B 96, G 47, D 100b, E 183, H 18. — J*ai reproduit le texte 
de C« en le complétant par D et B ; l'ordre des conpleta est celui du 
ms. B, "qui seul les donne tons. 

Imprimé : Romancero, p. 95 (principalement diaprés B) ; Leroux 
de Lincj I, 109 ; Oinanx III, 398 ; Buchon, p. 422 (d*aprôs D). 



\ 



12 CHANSOMS 



B 



ien me deiisse targier 
De chançons faire et de mos et de chans, 

Quant me convient eslongier 
De la millour de toutes les vaillans, 
Et en puis bien faire voire ventance. 
Que je fai plus, certes, que nus amans, 
Si en Bui moult endroit l'ame joians, 
Mais el cors ai et pitié et pesanoe. 



On se doit bien enforcier 
10 De Dieu servir, jà ni soit 11 talons, 
Et la char fraindre et plaissier, 
Qui toujours est de pechier desirans ; 
Adont voit Diex la doble penitance. 
Helas ! se nus se doit sauver dolans, 
15 Dont doit par droit ma mérite estre grans, 
Quar plus dolans ne se part nus de France. 



Vous qui dismez les croisiés, 
Ne despendés mie l'avoir ainsi, 



i. B deuste à loisir. — 2 BDE chançon, — Bel de dis et,. — 3 B Quant 
il m'estu^ tUoigftier ; EH Quant je me doi, -r- Hh Et s*en pou^ D Si en 
puis, EH Et si en puis faire,^ 6 BEH por Dieu (p. certes). — 7 B nCarme 
— 8 B s'en ay à euer, EH Mes fai du cors, D del cors. ^ B pitiés. — 9 B 
Chascuns se doit. -^ hE efforcier. — 11 B vaincre et pi., EH En lach. 
vaincre et pi., D plaier. — Je n*ai pas rencontré dans les mss. le mot pla- 
gier qui se Toft dans le Romancero. — 12 B Que toujours est de pechiés ; 
D Ki adès est de pechier, EH Que de p. est adès d. — 13 B Et lors. — 
B noble p. — 15 B Dont doit bien estre ma meriteit grans (1. mérite moût 
gr.) ; H Donc doit estre H mérites mouU gr.;ELa mérite. ~ 16 E «t 
dolans ; Bfi s*enpart. — 17-52. Cette strophe manque dans EH. — 17 B. 
quirobez. 



DE QUEUES M BETHCNE. 13 

Anemis Diea en sériés. 
20 Et que porront faire si anemi 

Qaant tout li saint trembleront de doutance 
Devant celai qui onques ne menti ? 
Adont seront pecheour malbailli, 
Se sa pitiez ne cuevre sa poissance. 



25 Ne jà por nul desirier 

Ne remaindrai ci avec ces tirans, 

Qui sont croisié à loier 
Por dismer clers et borjois et sergens. 
Plus en croisa couvoitiés que créance ; 

30 Mais cele croiz ne lor iert jà garanz 
A nul croisié, car Dex est si poissanz 
Que il se venge à pou de demorance. 

Liqués s'en est jà vengiés 
Des haus barons qui or li sont failli ; 
35 C*or les vosist empirier. 

Que sont plus vil qu'onques mais ne vi si ; 



19 B AtMêminB Dm $errié$, — 30 B Lot que, D Dtex que, — BEH 
dire. — 21 BEH Là ou b. — B torbUrorU. — 23 BEH A ieel jor eerés 
tuU. — 24 BEH sapegance. — 26 B Afie remainrai si aveCf EH Ne remain- 
raiavecquet, — 27 B ahignies (!). — 28 B a p. dismer un mot semblable, 
mais plus long et indéchiffrable ; EH Por doner. — B chevaliers p. borjois, 
— ' 29 B Por an creuxe anviec'ancreance (sic !) ; E convoitié et cr, — 30 B 
Pues que la ereus an puet estre g, ; EH Et quant la crois n*en puet e. g. — 
31 EH A tex eroisiés sera Diex trop sofprans, — 32 BH Se ne f*en venge ; 
E Se fie f*en venche à pot sanz d.— 33-40.Cette strophe manque dans CD ; 
je la donne d'après B, qui seul Ta en entier. Les mss. EH en placent 
la seconde moitié comme demi-strophe à la fin du poème. Le Romancero 
en a puisé la première dans B, comme le dit Téditeur dans la note de la 
p. 97, et Je ne m'explique pu les divergences entre son texte et le mien 
aux TT. 33 et 35. —33 Rom. Nostre sire est. — 38 Rom. Or les. 



14 CHANSONS 

Mal dehait bers de si fiiite semblance 
Gom li oisiaus qui conchie son ni. 
Pou en i a n*ait son règne honni 
40 Pois qa*il i a sor ses homes poissance. 

Qai oes barons empiriés 
Sert sans eilr ; jà n'en ara servi 

Qu'il lor en prenge pitiés ; 
Por ce fait bien Dieu servir que je di 
45 Qu^en lui servir n'a eûr ne caance ; 
Qui bien le sert, et bien li est meri. 
PleQst À Dieu qu*amors fesist ausi 
Envers tos ceaus qui en li ont fiance. 



Or vos ai dit des barons ma semblanoe ; 
50 Se lor en poise de ceu que je le di. 
Si s'en preignent à mon maistre d'Oisi, 
Qui m'a apris à chanter dès enfance. 



37 EH Dahait li ben qui est de tel semblance (E fkuice). — 39 Leçon de 
EH; B porte Po i a ceui n'a s, r. h. ; Rom. Por tant çu'ti ait, — 41*48. 
Manque dans G; j'en donne la leçon D.— 41 B Qui si ait baron anpiriet; 
EH Qui (ei.— 43 Ma. Cest (p. sert). — B jà n'aura tant t., E jà tant n'aura 
jor servi (sic). — 43 Leçon de H ; B Que Umr, D Fil vous, E Que jor. — 
44 B vaut nUex; EH doit on D, servir et amer, que je di {et amer est une 
interpolation). — Bnchon : ke le di (leçon inexacte).— 45 B Qu'en lui 
n'affiert ne aeur ne chevance ; EH Qu'il n*i couvient ne eûr ne cheanee ; 
mon ms. D a : Qu'en lui servir n'a ens lui ne eûr ne kaance ; j*ai rectifié 
cette étonrderle de copiste. — 46 BEH Mais qui mieus sert, et mieus. -- 
47 EH Carpleûst Deu, — Buchon Imprime le non-sens se fist p. fesist. 
— 48 B qu*en li ont safiance. — 49-52. Cette strophe, manquant dans CD, 
est tirée de BH. — 49. H ùr ai je dit. ^HOBquei ai dit. — 52 B très 
m'anfanee. 



DE QUBIIB8 DE BBTHIJNB. 15 



6. 



Ma. D 101 f ooUationné etoc M 10. — Imprimé, d*après D, par Ba 
ehon, 1, 423 ; diaprés M, par Dinauz III, 386. 



C 



'hançon legiere à entendre 
Ferai, que bien m^est meatiers 
Que chaBcunB la puist aprendre 
Et c^on la chant volentiers, 
5 Ne par autres messaigiers 
N*iert jà ma doulors mostrée 
A la millor qui soit née. 

Tant est sa valors doblée 
Qu'orgaex et hardemens fiers 
10 Seroit se jà ma pensée 
Li descovroie premiers, 
Mais besoins et desiriers 
Et çon qu'on ne puet atendre. 
Fait maint hardement enprendre. 

15 Tant j'ai celé mon martire 
Torons & tote la gent, 
Que bien le devroie dire 
A ma dame solement, 
Qu*amors ne li dist noient ; 

20 Neporquant s^ele m'oblie, 
Ne Voblierai je mie. 



S M car Um^nt. — 3 et 4 Mi. fo p. la. » 8 Dinauz, eontre son ma., met 
id et 15, Cani p. tant. — i9 M (lt<. ^ 90 M £< tumpourquant ce (a <e) 
m'oubHe. — Si II IVe m'oMierai. 



46 CEAmùBS 



Porqaant se je n'ai aïe 
De 11 et retenement, 
Bien fera et cortoisie 
25 S'aucane pitiés l'en prent ; 
Au descovrlr mon talent, 
Se gart bien de Tescondlre, 
S*ele ne o»e velt ochire. 



Fols sui qui ne 11 ai dite 
30 Ma dolor qui est si grans ; 
Bien delist estre petite 
Par droit, tant sui fins amans, 
Mais je sui si mescheans 
Qae quanques drois m'i avance, 
35 Me retont ma mescheance. 



Tous 1 morrai en soffimnce. 
Mais sa biaatës m*est garans, 
De ma dame, et la semblance 
Qui tos mes maus fait plesans, 
40 Si que je muir tous joians. 
Que tant désir sa mérite 
Que ceste mors me délite. . 



Noblet, je sui fins amans, 
Si aim la millor eslite 
45 Dont onques cançons fu dite. 



83 te QuàB dans M. — 35 M recawtremmt. — ^ M Fausnù, — 95 Ms. 
nœichêanê. — 35 Ms. Ne relaut.r^ 38 M (et Je crois aussi 1l)^fa$, — 
41 M ma mente. — 43HAo6^f. — U M 5i ai la. — 45 M /ii. 



BB QOKNBS DB BBTflUHB. 17 



7. 



Cette pidce est placée sons le nom de Robert de Marberoles dam 
E 125, F p. 255, et G 82 ; sous celai de Qiles de Viâunaisona dans 
C 80 et D 124 ; anonyme dans B 103. Le ms. M 10 eet le seal qui 
Tattribne à Qoesnes, Malgré le donte qa*il y a lien de soalever contre 
la paternité de ce dernier, je Tai accueillie dans ce recneil sur Tanto- 
rite de M. Paulin Paris, qui le produit parmi les poômes de Béthune 
dans son Romancero, p. 85 ; Dinanz en a fait autant (III, 390). 

Mon texte est, sauf certains changements orthographiques, conforme 
à celui de B, et oollationnë avec ceux de G et M ; Paulin Paris avait 
fait le sien sur B, B et G combinés ; Dinaox, de son côté, a reproduit 
celui, de M. Paris. 



C 



'hanter m'estaet, que m*en est pris corage ; 
Non pas pour çeu que d'amors me soit rien , 
Car je n'i voi mon prou ne mon domage, 
Je n'i conois ne mon mal ne mon bien ; 
MèB se je ohant, li desdait en sont mien ; 
Si chanterai sans amors, par usage ; 
Je ne di pas qu'amors ne face bien 
A chief du tor foloier le plus sage. 



iGque prit m*en etf, M quar pris. -• S GM damer. — M rienê, — 4 B 
Ne t eofioît, G Ne n*î quenoie, M Je n't c. — M ne me$ maux ne met bieM. 
-« 5GM £l M. ^ G H déduis en est miens, M le dedmî en soU miens, — > 
6 G chanterai chant d'amour, — 7 Mon ms. porte me face hien ; le sens 
inspose la leçon ne face bien de GM. — S G du tof, M Au chief du tout. — 
Ms. tes plus sages (contre la rime), G li pi. s. (contre Is syntaxe), M le 
plus s. (seul admissible). M. P. Paris, isolant notre vers du précédent 
par nne virgule, met A ehêef dou tor foloient li plus sage. kAAX tiré la 
variante foUrieni du ms. E« que je n*al pas va f Mes trois mss. présentent 
tons foloier. 

i 



18 CIAMSQHS 

Tel blasme amors qui en toute sa vie 
10 Leaos amors ne bone ne conut^ 
Et tel i a qui coide avoir amie 
Bone et leal qui onques ne le fut : 
Pour moi le di oui ele a decett, 
D*une en cuidai avoir la aeignorie ; 
15 A chief du tor ne so que bes^te fn, 
Jamais d'aroors ne quier avoir envie. 



Jà fu tels jors que les dames amoient 
De leal ouer sans faindre et sans fausser. 
Et chevalier large qui tout donnoient 
20 Por pris et los et par amors amer, 
Mais or sont il esohar, chiche et aver, 
Et les dames qui cortoises estoient, 
Ont tôt laissié pour apenre à borser ; 
Morte est amors et mort cil qui amoient. 



0-!6 Ce couplet est le Uoiaième dans OU. — 9 6 7«{ plami Saman. 
— GM qui aifu (G one) jor de ia vie. — 10 B (et Psris) Iooim amor ; 
il ûint ou leal (ou loial) amor (GM) Ou Uaus amon, — G total 
am, ne wt ne ne quenui. ^ il B (et Par.) leaue ; j*ii corrigé^ selon 
la grammaire, leal (GM loiaX). — Paris ^ ne la fu^ leçon iDcorrecte 
de G ; M a te et B Tëquivalent Um, — 13 G et Par. qu'une enad.^ M 
qu'amours ont, — U G Quanifen euide (k lire etiW >» cuidai)^ M QuatU 
je CMÛtat. — 15 M chief du tout. -^Unesot qnel^ G ne «oî quH (m», dans 
le texte deParis^estliiatif).— 16 GUJamaiidam. nemepnndrae.^îl" 
14. Ce couplet a le cinquième rang dans G et le quatrième dans M. ^ 17 G 
Vn jor fa jà^ M Je vi un jour, — M en dames. — 18 M De euer Mal 
loiaumeni sans f. — î9 G Ces chevaliers larges^ M Li chevalier Mai. — 
10 G Pour los et pris avoir de bien amer^ M Pour los et pris et honneur 
atkUer, — 11 G Or sont esehar et chiches et aver^ M Or sont il tous et 
esdiars et avers. — H G Ces ehevaUers larges qui tôt donoieni^ M Et ces 
daenes qui pour amour vatoieni. -* 13 M pour aprendre à guiUier, — 
14 GM Morte est amors, mort sont cil. 



DE QUE1IB8 DE BETHDNE. \9 

25 Mainte en i a çainte d*ane corroie 

Qui lor amis ne font fors de guiller; 

Cestai yoelent et & cestai s^otroient, 

Celui tienent, cestai laissent aler. 

Qui en porroit une leal trover, 
30 Bien en devroit ses cuers avoir grant joie ; 

J'en sai une, se me voloit amer 

De bone amor, asettrés seroîe. 

Fous est et gars qui à dame se torne, 
Qu'en lor amor n'a point d'afiement ; 
35 Quant la dame se cointoie et atome, 
C'est por faire son povre ami dolent ; 
La joie en a U riches faus qui ment, 
Et à povre se fait eschive et morne ; 

25-3S. Ce couplet manque ans mss. 6 et 11 ; il y est remplacé par le 
suivant, occupant dans G le quatrième rang et dans M le cinquième : 

Or est amers et remise et raillle, 
Li fans amant Tout fet du tôt faillir. 
Par leur barat et par leur tricherie, 
Par leur faus plaindre et par leur faus souspir ; 
5 Qant il voelent décevoir et traîr, 
La plus estrange apelent douce amie. 
Puis font semblant et chiere de morir 
Li traltour qui* le cors Dieu maudie. 

[Nous avons donné le texte de G ; variantes de M : — 1 amoun et 
tokmliM faiUie, — 3 lA fol amant le» on fait défaillir, — 5 Par barat {letir 
est sauté). ^ 5 ttouloient, — 6 appellent il amie, — 8 Lî /r., Damedieuê 

33-40. Deuilème couplet dans GM . — 33 Mon ma. a $e done au lieu de 

u tome^ que J*ai pris dans G à cause de la rime ; M donne $*{^owrHê. — 

35 G M tient cointe. — 36 B Ce por. ^ M ami rifhe dolent ^ mais riche 

est barré. — 37 GM Et la joie est au riche faue (M fol) qui ment.. -* 38 M 

Vers le povre $r fait egquieue et morne ; G Et au p. te tient et chiche et m. 



25 — u Par Deu, ma dame, j'ai bien oï parler 
a De vo biaaté, mais ce n'est ore mie, 
« Et de Troies ai je oï conter 
a K'elle fu jà de très grant signorie, 
« Or n*i puet on fors la place trover ; 

30 tt Por ce yos lo, dame, à escuser 
(( Ke cil soient reté de tricherie 
<c Ki désormais ne vos verront amer- » 



— « Par Deu, vassaus, mar vos vint en pensé 
(( Ke vos m'avés reprové mon aage ; 

35 « Se je avoie tout mon jouvent use, 

Si sui je riche et de moult haut parage, 
(( On m'ameroit à petit de biauté ; 
« Certes encor n'a pas un mois passé 
« Ke li marchis m'envoia son message, 

40 « Et li Barrois a por m'amor josté. » 



i8 GDBG Dame, fait il, H CeHeê, dame. — 26 GDBGH De vostre pris, ^ 
37 GDG rai je ot. — 38 H Kifujadie, — BGDEG de mouU grant — 39 B «« 
laplace^ CDEG fort les places. — 30 CD £/ si v€>us lo ainsi, EG Par tel 
raison vos <o, H J^iut, dame, vos lo, — 31 CE de Viresie (oa erisie) ; D de 
iresie ; H repris de Vèresie ; B aratteit (arestefi ?) li^eresie; notre ms. ^ 
roteit (moi analogae à moneit, p. meneit, v. 6). — 33 G moût ânes fol, 
D trop avez fol ; EG Dans chevaliers, mar i ave's gardé. Les mss. AB ont a, 
panseir contre la rime ; de même D fol penser. — 34 GD Quant vos m*aves 
EG Quant vos avés. — 33 GD Se favoic m, j. tout «., H Se f eusse jà tout 
fnon tens usey. — 36 EGH Si nti je tant bêle (H riche) et deh.p,-^ GD si 
grant p.— 37 GDEG Con m^ameroit. — BG à moult pou deb.^E Qu*en 
nCameroit à pou davantage (!). — 38 GD Encor n'a pas un mois entier 
passé, EG Qu'oncor tCa pets, ce cuit, tin m. p.,. H Que il n*a pas encor. J*ai 
corrigé mon ms. A qui porte : ij. mois paisseis («» passés). ;h .ij» mois 
passeit. -«- 40 Mon ms. porte : Et H Bretons aUsit (ss ala) por moijoster. 
A part que tous les mss. ont li Barrois, le vers pèche par la rime ; J'ai 
donc reçu la leçon de GD, dont les antres mss. ne diffèrent qn'en offrant 
ploré an lieu de jousté, -— B a por moi moult ploreU, 



DB QUIMM DE BBTBUNE. 25 

— « Par Dea, dame, ce yo8 a bien grevé 
« Ke T08 gardés tous jora eu signorage ; 
a On n*aime pas dame por parenté, 
t Ains Taime Ton quant ele est bêle et sage ; 
45 s Vos en sarés par tens la vérité : 

« CSar tel cent ont por Tostre amor josté 
« Ki, s'estiés fille au roi de Gartage, 
s N'en averoient jamais la volonté. » 



41-48 Cette strophe msnqae dtns EGH ; les mss. CD Is donnent dsns 
l'ordre de vers snivsBt :▼?. IS67854S, ordre moins naturel à mon 
sens. — 41 AB M M» fntet bien (B nunUt) grweir ; la rime imposait la leçon 
de CD. — 42 B à êignorage. — CD Que voue fiex en voêtree, ^ 45 Mon 
ms. a le lapsus por tt^moro^. —44 Bproiu ei toge. —CD Ame qwmi ele 
e$i bêle et eomrUnee H ioge,-^ 45 Ce vers est ainsi estropié dans mon ms. : 
Veeen9aieeieperîeneonkkveHeit\\t le redresse d'sprès la leçon des autres 
manuscrits. — 46 CD Maie M .VIL anijà pour voue eoepiré, — B pkTeU,-^ 
47-48 CD Se vof eetitz fille au roi de Cartage Quijamèiymr n*en aroni 
(G n*aroil) volenté, — B d rot (notes que dans les mss. A et B le son d 
équifant souvent k al ou au). — 48 B N'en auront il jamaiê lor voUnieit, 

Le ms« Douce est, sauf les eu suivants, à peu près concordant avec B, 
et pour la leçon et pour le système ortbogrsphiqve : 6 loue jeun. 7 eonue 
et aeprocée. 8 A «offre. iO Comme notre teste. 19 eai p. soi, M Conques 
nune jour», il eteofetr. 25 Por Deu dame, SI Ke tuii eil êoient arreg' 
teU daxerie (mot curieux). 58 Certee n*aU (» n*a) foê encor deus nuriê 
paueiz. 4Ù Et U borjoiê ait (ara)par wCamor ploreit. 



9. 



Ms. A n 274, coUationné avec B 97b, G 47 et D 100^. 

Imprimé dans : de Laborde, Essai sur la musique, p. 169 ; Roman- 
cero français, p. 89 (nos str. 1,2 et 3 seulement, d'après B et D, 
avec quelques écarts) ; Leroux de Lincy I, 41 (copié sur le Roman- 
cero) ; Dinaux lU, 396 (copié sur le Romancero) ; Buchon, I, 422 
(d'après D); Hofmann, Sitsnngsberidite 1867, II, p. 507 (d'après A). 



24 CHANSONS 



L 



'autrier, un jor après la saint Denise, 
1ère à Betanes, où j*ai esté sovent ; 
Remenbra moi des gens de maie guise 
Ki m'ont sus mis mensonge & escient, 
5 Ee j'ai chanté de dames folement. 

Mais il n*ont pas ma chanson bien aprise, 
K'ains n*en chantai fors d'une seulement 
Ki me flst tant que vengenoe en fu prise. 

Il n'est pas drois que l'on me desconfise, 
10 Si vos dirai bien la raison cornent. 

S*on prent par droit d*un laron la justise, 

K'en afiert il à loial de noiant ? 

Noiant, par Deu, ki raison i entent ; 

Mais la raisons est si ariere mise 
15 Ke ce c*on doit loer blasment la gent, 

Et loent ce ke 11 sages mains prise. 

« 

Dame, lonc tens ai fait vostre servise, 
La merci Dieu, or n'en ai mais talent, 
C*une autre amors m'est el cuer si assise 
20 Ke tous li cors m'en alume et emprent, 

2 CD Fui à, — Mon mi. porte Butunes, ^ Z CD Là me iownni (D «o<- 
vint), — G cfff gent y D. de gent. — 4 CD mie sue. — D ensiant. -^ 5 CD 
laidetnent, — 7 CD Je n*en chantai que,^ 8 CD Qui bien forfiet,, fiut pr. ; 
B. Maie tant forfist.. fuet /m-.— 9 CD Si n^est pas. — Mon ms. s dun 
homme deecanfire^ qui contrarie la rime ; cette faote se reproduit dans 
B.^ 10 CD Si (D St) vous durai bien par raison cornent, — Il CD Quar se 
on fait Sun fort larron justice. — 12 CD Doit U desplaire as loiaus, B Doit 
\il\ desplaire à leals de la gent. — 13 Omis dans D. — C NetiU par Dieu, 
B NetiU certes. — 15 D m ittf doit. — CD blasmer loent, ^ B a la forme dia- 
lectale foier, — 16 CD Si loent ce que nus autres ne prise. — 17-84 Strophe 
mamiuant dans CD. — 18 B c^or. — 10 B lis m^est ou c, une autre amors 
assise, — 20 B Que me requiert et alume et esprent. 



DE QUBNES DE BETHUNE. 2B 

£t me semont d'amer ei hautement, 
K'en li ne trais ne orguel ne faintise ; 
Et j'amerai, ne paet estie autrement, 
Si me métrai del tout en sa franchise. 



25 En la millor del roiaame de France, 
Voire del ^ont, métrai tout mon pensé. 
Mais ce me fait soyent estre en doutance 
Ke sa valors ne me tiegne en viuté, 
Car tant redout Torguellouse biauté ; 

SO Mais ce me fait avoir bone espérance 
K*el monde n*a nulle si grant fierté 
C'amors ne puist plaissier por sa poissance. 



S2-33. Vers ioterTertls dans les mss. contniremeni i la ditpositioii des 
limes. ^ fi h En H fCen a. La leçon en mot de mon ms. esl fantive. — 
23 B Eijel ferai. — 96 GO Voire d. m. ai mon cuer aioumé; B ai mie UnU 
mon pense, — A mon pemeir. — 27 CD Ei tionpourquant paour ai et dou- 
tance. — 29 Omis dans A, Je remprunte à B ; G a : Q%Mnt trop redout org. 
6. ; D Car tant, — 30 Mon ms. porte Uai$ ce nCen a mainte fois conforté; 
>*ai préféré la leçon de B dans Tintérét de la TersiAcatlon, qui veut ici une 
rime en anee. — GD ont : Or m'i doint Dex (D Or Dex m'en doin$t) trover 
uraie espérance. — 31 GD Qu'en tout te mont n'a orgueil ne fierté. — 32 D 
ptaier. 



10. 



Ms. C 45, coll. avec D, 09. — Cette oélèbrs chanson se voit impri- 
mée dans : Romancero fr., p. 83 ; Leronx de Linoj, I, 30^ Dinanx, 
III, 389 ; Buchon, I, 420 ; Bartsch, Chrestomathie (3« éd.). p. 222. 



M 



out me semont amours que je m*envoise, 
Quant je plus doi de chanter estre cois. 



i h j'en m'envaiic. 



36 cBANsons 

Màs j'ai plus grani talent que je me coiie ; 
Por oe s'ai mis mon chanter en defois 
5 Que mon langage ont blasmé li François 
Et mes chançons, oiant les Champenois, 
Et la contesse, encor dont plus me poise. 

La roïne n'a pas fait que courtoise, 
Qui me reprist, elle et ses flus li rois ; 
10 Encor ne soit ma parole Françoise, 

Si la puet on bien entendre en françois. 
Ne cil ne sont bien apris ne courtois 
Qui m*ont repris se j*ai dit mot d*Artois, 
Car je ne fui pas norris à Pontoise. 

15 Dex, que ferai? dirai li mon corage ? 
Li irai je dont s'amor demander ? 
Cil, par Deu, car tel sont li usage 
Qu'on n*i puet mais sans demant rienz trover, 
Et se je sui outrageus durover, 

20 Ne s'en doit pas ma dame à moi irer, 
Mes vers amors qui me font dire outrage. 



SD tie fitt pas. ~ 13 D mo$, •— U D fus, — 16 D Virraijtdmt, — 
19 D outraige. — 21 Le mt. G est lacéré à la fio de la strophe et ne va 
que Jasqn'au mot duûece vers. Le reste de la strophe est tiré de D. ~ 
Ce dernier porte au v. 19 frover, que Je tiens pour fautif. — 31 Bartsch 
imprime, sans nécessité, et contre le ms., foU an Ueu de foni. 



DE QUIiMBS DB BKTHONE. 127 



H. 



Ma C 46^, coll. avec 99^. — Imprimé par Huchon, I, 421, et 
par Dinauz, III, 392. 



S, 



^6 rage et denrerie 
Et destrece d'amer 
M*a fet dire folie 
Et d'amours mesparier, 
5 Nus ne m*en doit blasmer ; 
Se à tort me faunie 
Amours que j*ai servie, 
Ne me sai ù fier. 

Amours, de felenie 
10 Vous vaudrai esprouver, 

Tolu m*avez la vie 

Et mort sans defBer ; 

Là m*avez fait penser 

U ma joie est perie ; 
15 Celé qui je en prie 

Me fait d'autre espérer. 

Plus est bêle qu'jmage 
Celé que je vous di, 
Mais tant a vil corage, 
20 Anuieus et failli» 
Qu'ele fait tout ausi 
Com la louve sauvage 

I. D Cesi raige, » Din. rage de derverie. — 6 D S'ele à tort mi fausnie 
(Bachon imprime fausrie /) . — 15 Bochon em ne. — 33 D ieuw. 



CBANSONS 

Qui des leiu d'un boschage 
Trait le poieur i li. 

25 N'a pas grant vasselage 
Fait 8*ele m'a trahi, 
Nus ne l'en tient pour sage 
Qui son estre ait oï. 
Mais puisqu'il est einsi 

30 Qu*ele à tort me dégage , 
Je li rent son homage 
Et si me part de li. 

Moût est la terre dure, 
Sanz iave et sanz humour, 

35 U j'ai mise ma cure ; 

Mais n'i queudrai nul jour 
Fruit ne fuèille ne flour. 
S'est bien tans et mesure 
Et raisons et droiture 

40 Que li rende s'amour. 



U D pieur, ~ 25 C Quapoê; J'tdopte la leçon de D. -- 50 C mi de 
gage, D mi deeha$ce, — 54 D eve. 



12 



Mb. a n» 474, coll. avec B 28. — Imprimé : Wackernagel, Lieder, 
qo 24, Dinaoz III, 405. 



S^ 



'i voirement corn oele dont je chant 
Vaut mieus ke toutes les bones kl sont 
Et je Tain plus ke riens ki soit ou mont, 
S me doinst Deus s'amor sens décevoir, 



DB QUniBS M BBTHUfIB. 99 

5 Ke tel désir en ai et tel voloir» 

Ou tant ou pins» Deoe en sait la verte ; 
Com li malades désire la santé. 
Désir je li et 8*amor à avoir. 



Or sai je bien ke riens ne puet valoir 
10 Tant com celi de coi j*ai tant chanté, 
G*or ai veU et li et sa biauté, 
Et si sai bien que tant a de valor 
Ke j'en doi faire^et outrage et folor ; 
D*amer si hant ne m*averoit mestier, 
15 Et nonporcant maint povre chevalier 
Fait riches cuers venir à haute honor. 

Ains que je fuisse sospris de oeste amor, 
Savoie je autre gMit conseillier, 
Et or sai bien autrui jeu ensig^nier, 
20 Et si ne sai mie le mien juer ; 

Si sui com cil qui as eschas voit der 
Et ki très bien ensaigne Tautre gent. 
Et quant il jue, si par pert si son sen 
K'il ne se sait escourre del mater. 

25 Elas, iriést je ne sai tant chanter 
Ke ma dame parçoive mon torment, 
N'encor n'est pas si grans mes hardemens 
Kè je li os dire les mans que trai, • 



7 B 5t cofi maUuUi.'^ 10 B oon eeît de euija (I. faijà) chanté. — 13 bje 
àoi. — 14 B Ae lie m'aurait meêtier (avec cette leçon il Uni lier Smmr ti 
hoMi à la phrase précédente). — 17 ^je omis (ce qoi oblige li lire fyXne). 
— 18 A emignier ; oe mot< terminant aussi le vers suivant, J'ai donné la 
préféreace à la leçon de B.— 19 B (fattruî/etf.— 33 B lî /lerf ti\ — B4 A 
de maier, B doii ma/fr.^ts BHeku dolan$. — 28 A traù. 



30 GHAN80HS 

Ne devant li n'en os parler ne sai, 
30 Et quant je sui aillors devant autrui , 
Lors i paroly mais si pou m*i desdai 
K'un anui vaut li déduis que j'en ai. 

Trestout devis oomant je li dirai 
La grant dolor ke je trai sans anui, 

35 Ke tant la dont et désir quant g'i sui 
Ke ne li os desoovrir ma raison ; 
Si va de moi corne dou champion , 
Ki de lonc tens aprent à escremir. 
Et quant ce vient ou champ à cous ferir, 

40 Si ne sait riens d^escut ne de baston. 



31 A fMtrùuls, — 32 Ce Yen a été sauté par le scribe du nis. A ; il est 
donc tiré de B. — 33 Ni Wackernagel, ni Dînaoz, en copiant le ms. de 
Berne, ne se sont aperçus de romiasion du vers précédent, et Ils ont fait 
de celui-ci le dernier de la str. i. — B Encor dm». — 34 B fm trais, — 
37 B cofi fait del ch, — 39 B ot cox f. 



13. 



Ms. Â no 499 (anonyme), coll. avec C 45b et D 99 (str. 1, 4, 2 ; 
Quenea de Bethune). — Imprimé, d^aprAs D, par Biichon, I, 420; 
diaprés C, par Dinaux, III, 390. 



T 



ant ai amé c^or me covient haïr, 
Et si ne quier mais amer 
S'en tel leu non c'on ne sache mentir 
Ne décevoir ne fausser. 



3 CD nW (p. nmi) ; trahir. 



DB QUBNBS 0B BETHCNB. M 

5 Trop longuement ai Boflért eeste paine 
C'amon m'a fait endurer. 
Mais nonporcant loial amor certaine 
Poroie enoor reooTrer. 



Assés i a de oelee et de clans 
10 Qui dient que j'ai mespris 

De ce qu*ai fait coverture de saus 

Mais 11 plnisor ont mespris' i* 

De son anel ke je mis en traîne, 
Car à bon droit i f u mis, 
15 Car par l'anel fu faite la saisine 
Dont je sul mors et trais. 

A moût bon droit en fis ce que j*en fis, 
Se Deus me doinst bons chevaus ; 

Et cil ki dient ke je i ai mespris, 
20 Sont paijuré et tnit faus. 

Por ce deschiet bone amours et descline, 
Car on lor sueffre les maus, 

Et cil ki cèlent les faus covines 
Font les plusors desloiaus. 

25 Ki or vodroit loial ami trover, 
Si yeigne à mon loz choiMr, 

5 CD m'a duréce$te p. — 7 CD Et nonpourquoiit. — ' 8 C Vaudrai^ D 
Votcrat.^ 10 G que je meeprie, ^ H CD que fis couvertures,-^ 12 Notre le- 
çon est inspecte à cause de la répétition de meeprit ; D Mme à mfmli bon 
étroit le/te;C MmU à bon dr. te fie (vers incomplet). — 15-14 CD Et de 
ToMel qui fu mie en traXne Dont U miene eore fu trahie, — Je trouve dans 
mon BM. teraimte p. traîne. « 15 CD Cor par eetm, — 16 CD Dont je 
emeimatbaiUie(ei omit dans D) — 17-24 Ce couplet manque aux mss. 
CD. — Us. ftoM cheval, ^ 19 J'ai, pour la mesure, corrigé que fat en que 
je • m. — 25 Vers incomplet de deux syllabes. ~ 25 CD Qui vaudrait (tNiii- 
roii) or toial amour trouver, ^ 26 CD Siviegne à moi pour ehoieir. 



32 CHANSONS 

Mais belle dame se doit bien garder 
Ke ne m'ainst pas por tra&, 

K*elle feroit eom foie et oom vilaine, 
dû S'en poroit bien mal oïv^ 

Ensi con fist la fausse chapelaine 
Oui toz 11 mons doit haïr. 



tl CD Maiê ôîeit $e daU bone dame garder. *- tt CD ICele ne m'aini, 
— S9 CD fiie (p. oom). -- 30 CD Si Ven porraii maue venir. — 31 CD Au$i. 



u. 



Les strophes 1-3 sont tirëes de  n* 51Ô (qui n*en a pas davan- 
tage) et eollationnëes avec \GS^ et D 2Ô^ ; les str. 4 et 5 de C, coll. 
avec D. Dans CD la pièce porte le nom de Ooillaiime le Vinier. — 
Imprimé, d*après notre ms. A (copie Monchet), et dans Torthographe 
propre à ce ms., par Dinaux, III, 404. 



V. 



oloirs de faire chanson 
Mo muet par tel covenant 
Ke faire me font cest chant 
Cruel mesdlsant félon ; 

» Si chant por aus sans raison, 

Mais jel faic de cuer dolant, 
Car ne sont tel ne si bon 
C*on doie dire en chantant 
Lor murdre et lor traïson, 

10 Miens avenroit c'on deïst en plorant 
Lor mesdis et lor envie. 



A A offre ei$î au lieu de cruel, qui est la leçon de CD et qui seul con- 
Tient à la mesure. — 9 CD martre. — 10 CU aferUt. — li CD mesdit. 



DE QCBNBS DB BETHUNE. '>> 



Tant ont fait li mesâisant 
K*il sont de si haut renon 
Qu'es chans mon signor Gassori 

15 Sont ramentu tout avant, 

Et maint autre bon chantant 
Chantent de lor mesprison, 
Enoor soit ce en plorant ; 
Il en sont là à bandon 

20 Et plas de mesdire engrant ; 

Ce lor done de mal dire okeson 
K'il plaignent la tricherie. 

Pou saivent li mal laron 
Kel joie est de fin amant 

25 Cui amors trait à cornant ; 

Cil prise pou maint sermon 
Ke font mesdisant félon, 
K'adès vainquent li souffrant ; 
Ne rit li savages hom 

30 Kant il pluet ? car bel atent 

Ki li tôt sa sospeçon ; 
Ki soffrir seit, ne se voist jà doutant 
C'amors ne li face aïe. 



ISA K*il resont, — M La leçon de mon ms. Kt sem (p. Qtiet chans CD) 
a dû être abaodonoée, comme contraire au sens. — 15 A ramentuU^ CD 
amentu. ~ i6-17 A porte littéralement Et mahi autre bon. ont tant cltan- 
tei d. l, m. J'ai redressé les fautes diaprés CD, qui tooterois ont, an lieu de 
bon, l'adv. bien qui me semble pouvoir être admis. ^ 18 CD en plaignant. 
— 19 CD sontjai et bourdon. —21-32 CD Cil lor donnefU de mesdire 
oehoison Qui plaignent lor tricherie, — Je remarque Ici que mon ms. a se 
pour ce, mais c est son habitude de confondre ortbograpbiquement s et c. 
— 23 C Bien savent, D Peu «. — 25 CD Qu*amotirs tient à (D en) son c. — 
26 leçon de CD ; le vers est corrompu dans A : SU (=» cil) ploraissent par 
m, s. — 27 CD glouton. — 29 Mon ms. porte Dont saibt li s, h. ; cette 
leçon ne m*oCfrant pas de sens, j'y ai substitué celle deCD. —30 D^tie bel. 



54 CBAHSONS DE QUEUES DB BRTHUNK. 

En ce me vois atendant, 
35 Quar tout puis soufi^ir son bon, 

Si servirai dusqu'en som 
Celé qui me vait penant, 
Qu*amours dit qu'à mon créant 
Fera de mon guerredon ; 
40 £t si me rêvait disant 

Que saveurs faut en fuison 
Se désirs nel fait plaisant ; 
Plus me fera ce dit plaire mon don 
Que se fust pieça m'amie. 

45 Diex m'en face vrai pardon, 

Un pou la vois mescreant, 
Quar je n'en vois ri^nz plaignant 
Se la maie fuison non, 
N'en puis avoir guerison 

50 Sanz plainte tout mon vivant. 

Amours, si vous en semon, 
Tenez moi mon convenant^ 
Qu'encor tient & un chardon 
Celé de qui vous m'alez afiant , 

55 U trop est fort atachie. 



31 D Qu'il H taut — Mb. â topixion, — 54-55 Nos deux dernières 
strophes ne se trouvent que dans CD. — 38 D dût. — 44 G «>( fust, 
D M0 fust, — 30 L'orthographe plente de D me rassure sur la valeur de 
plainte dans G ; SI s^agit de plentè. 



IL 



CHANSONS DE GUILLAUME DE BETHUNE. 



1. 



Ma. A n® 249, oollationné avec C 183 (nos str. 1, 2, 5, 4, maiB trte- 
variées), E, 151 «t G 105^. La pièce se trouve aussi dans F, p. 316, 
et, quant aux trois premières 'str., dans B 167. Elle porte Tinscription 
ce li voies de Betune » dans A, mais dans BEF6 elle est anonyme, et 
dans C attribuée à Jean de Nneville. — Imprimée, diaprés A, par 
Dinauz, III, 220. 



K 



.ant 11 boscage retentist 
Dou chant des oisillons en mai 
Et la rose el vergier florist. 
En icel tens joious et gai, 
5 Lors chanterai de cuer verai, 
Car quant 11 maos d'amer me prist, 
El plus haut Heu del mont me mist. 

2 Le mot chant est ssuté dans A. — 3 C Qite la. — EG el rosier. — 5 C 
/»r« amerai drnter entier. — 7 C M lieu. — CEG m^nsûl. 



36 CHANSONS 

Grever me puet segorement, 
Ke jà conrois n'en sera pris, 
10 II ne sent pas les maus ke sent 
La nuit quant me sui endormis ; 
Pechiet fera s'or m'i fait pis, 
Car quant resgart son cors le gent, 
Plus double mon loiaul talent. 



15 Douce Dame, quant je vos vi 
A celle fois premièrement. 
Ne cuidai pas k*il f ust issi 
De tout en tout à vo talent ; 
Por vos languis à esciant, 

m 

20 Et quant n'i puis merci trover, 
Bien veul morir por bien amer.* 



8 G legieremetU, — 9 G Nejà, — Mon ms. A a fautivement carrfnu ; 
E eorroit, — 10 G Car ne Met, EG Nh$ ne set, — Il G quant dot esire 
auerit ; EG quaiUje (£ me) sui aaeri, — 12-14 Le ms. G rend la fin de la 
strophe de cette façon, en continnant la «phrase introduite an t. 10 par 
Car ne tel pa$ : 

La bêle por [cui] sui pensis, 

Si sai si liez que je l'ain tant 

Que toz li cors m*en esjoTst. 

Ges vers répondent à nos ?▼. 26, 28 et 20, mais modifiés selon le besoin 
d'un arrangement particulier. — 12 E $'ele me fet, G iel mi fet, — 14 EG 
Plui nCocil fium (E ton) 1. 1, •— 15-21 Gette strophe, la 4« dans EG, manque 
dans G. — 10 G A omis. — 17 E ctitde (lisez cuidé =» cuidai). — G enit. — 
22-28 Strophe 3« dans EG, aussi dans G, où elle se présente avec cette 
rédaction-ci : 

Ausi com ti solaus luisans 

Est en mai clers et seiguoris, 

Est ele bêle et avenans, 

Plus ke rose ne fleurs de lis, 

La bêle pour oui sui pensis. 

Et del monde est la plus Taillans ; 

Se 8*amor ai, toz sui manans. 



DE GUILLAUME DE BETHUNE. 37 

Ensi com li solaus losaus 
Est biaus et clers et signoris, 
A m'amie cors avenant 
25 Plus ke rose ne floars de lis, 
La belle pour cai soi pensis 
Et del monde la pins Taillant, 
S'en soi moult liés quant je Tain tant. 



Trestous li cuers m*en resjoïst 
30 D'une douce dolor ke j'ai ; 

Si tost com la yi, me sosprist 

Li siens avenans cors verais 

Et la bouche dont je morrai, 

Ki si très doucement me rist 
35 Ke por un pou ke ne m'ocist. 

S2 E ilttfi.— S4 EG Est m" amie au con,-^ 26-28 EG : 

Pècbië fera s*ele m'ocit. 
Car je raim tant Teraiemeot 
Que riens fors li ne m'embelist. 

29-36 Au lieu de cette strophe, on trouve dans EG i*envoi suivant : 

Chançonete, tu t'en iras 

A ma dame (G m'amie) et si di li (G li di) 

Qae quant la mer sèche sera 

Et l'en Ira II pië par mi — 

Ce ne fù onquei ne n'ert jii, — 

Lors partira m*amor (G m'ame) de li. 

Notre dernier eoaplet est le 3« des 4 dont se compose la pièce dans 
C. — 51 C m*ot souprii. — 32 Cors manque au ms. A ; je trouve dans G : 
Ses amiables cors li gais. — Ce dernier ms. intercale après ce vers le 
surnuméraire suivant : De mon tuer fui lors dessaisis.^ ^C Et sa bouche 
pour cui morrai, — 34 C ùont si. 



38 CUANSONS 



2. 



D*aprè8 N 128, en suivant le texte authentique publia par Keller, 
Romvart, p. 314 ; c'est de ce dernier recueil que la pièce a passé dans 
celui de Maetzner, p. 68. 



P 



uis que jou sui de l'amoureuse loi 
Que Jhesucris vaut croistre et essaucier 
Quant par amours fist de son cors envoi 
Pour nous sauver, moi voel esleechier. 
5 Or devons proier 

A Dieu, le roi de lassus. 
Qui vaut descendre ç& jus 
Pour nous faire haut monter, 
Que li nous doint si amer 
10 Qu'en nous soit reçus. 



Il fu reçus, disnement et en foi, 
En la Vierge, quant il si vaut logier, 
Et il i vint humlement en recoi 
En volenté de ses amis aidier. 
15 Sans li empirier 

Fu neuf mois en li repus ; 
Ançois k*il en fust issus, 
Eut il pris à li armer, 
Car et sanc, pour racater 
20 Tous ses loiaus drus. 



5 Ms. Or de vous proier, — 10 Ms. Que nous, — 13 Ms. il vint. 



DE GUILLAUME DE BETHCTIE. 3V) 

Armés s'en fu, si ala el tournoi, 
U il soufri ses armes depechier ; 
Sa digne car percièrent li don troi 
Pour ses menbres en la crois ataciei*. 
25 Pour noua calengier, 

Fu el cors à mort férus ; 

Là fu ses sans espandus, 

Dont bien nous doit ramenbrer, 

Car pour pechiés essorber 
30 Fu en croîs pendus. 

Moût doit peciës estre haïs en moi^ 
Quant & pendre fist men père jugier, 
Et s*ensamble nous tenons ambedoi, 
Me doit mes pères amer ne tenir chier ? 
35 Ains m*en doit cacier 

Hors de ses biens moût ensus, 

S*en nul pechiet demeur plus ; 

Jhesucrist à adosser, 

Je n'i voel plus demorer, 
40 Si ne face nus. 



Bien est entrés de boine amour el ploi, 
Qui de sen gré veut les peciés laissier, 
Prenc que veraie repentance ait en soi 
De cou k'onkes osa Dieu courecier. 



33 Us. Et ton samble. — 34 Ms. Ne doit m. p. amer. — 34 Mâtzner cor- 
rige ce vers alDsi : Ne me doit mes amer ne t, ch. Cette correctIoD me 
semble Inutile pour peu que Ton doone, au profit du mouvement poéti- 
que, le caractère interrogatif à la phrase. L*ad verbe aint a la valeur de 
« plutôt ». — 37 Ms. pechier. — 38 M s. J, a dosser, — 43 Mi. vraie. Pour 
remédier à Tinsuifisance de la mesure, Mâtzner laisse subsister vraie et 
cbaDge preuc en poreuc. — Ms. repoitance. 



40 CHANSONS DE GUILLAUMB DE BETHUNE. 

45 A li justicier 

Doit estre en volenté mus ; 
Gis biens li ert mieus rendus 
Que cuers ne porroit penser, 
Quant venra s'ame tenser 

50 Li dous rois Jhesus. 



Maugré Tavresier 
Mandons la dame salus, 
Qui nous puet armes livrer 
Pour Tanemi afoler 
55 Si k*il est vencus. 



m. 



CHANSONS DU DUC DE BRABANT 

(HENRI III). 



1. 



Je n'ai rencontre cette chanson que dans C, fol. 6, d où je l'ai trans- 
crite. Elle se trouve encore ailleurs, ainsi dans le ms. Egerton 274 
(fol. 1 1 6b) du British Muséum. Imprimée dans : de Laborde, Essai lii, 
174, Willems, Oude Vlaamsche Liederen, p. 7, et dans Dinaux, 
Trouvères, t. IV, p. 109. La coupe des vers a été bien mal comprise 
par Willems. 



A 



mors m'est u cuer entrée, 
De chanter m'a esmeii, 
Si chant por la bêle née 
A oui j^ai mon cuer rendu 
Ligement, 
Et sachent la gent 
Mercier 



i'i CHANSONS 

Ne doit on de mon chanter 
Fora li 
10 Gui j*aim si 

Que j en ai cuer et cors joli. 

Se j'ai dolor endurée 
Por amor, et mal sentu, 
Il me plaist bien et agrée ; 
15 Quant j^ai si bien esleu, 

N'ai talent 
D*amer faussement ; 
Amender 
Vueil et loiaament amer, 
20 Por li 

Oui j'aim si 
Que j'en ai cuer et cors joli. 

Amors est en moi doublée 
Plus que onques mais ne fu, 
25 Si servirai à durée ; 

Dex doint c^on m*ajt retenu 
Temprement, 
Amoureusement 
Sans fausser, 
30 Car je ne puis oublier 

Celi 
Oui j^aim si 
Que j'en ai cuer et cors joli. 

Et s'amors les suens avanct , 
35 De moi li doit souvenir, 



V. 10 Le ms. porte et cver, qui gâte la mesure. — 15 Willems cl 
Dioicz oDt eu ion de rattacher ce vers à ce qui précède. — 30 W. par li. 



DU DUC DE BRADANT (UEMRl Ul). 43 

Car je sui suens sans faiUance, 
A toz jors sans repentir ; 
Eotentis 
Serai mais tous dis 
40 I>avancier 

Amors et son nom haucier, 
Porli 
Oui j*aim si 
Que j'en ai cner et cors joli. 



45 Adès me croist ma poissance 
Et Tolentés de servir ; 
Sans celi où j'ai fiance 
Ne porrai mie guarir ; 
Si conquis 
50 M'ont si très douz ris ; 

Sans cttidier 
Sai que ne puis eslongier 
Deli 
Oui j'aim si 
55 Que j^en ai cuer et cors joli. 

« 

Cuens jolis 
De Flandres, amis 
Gui j*ai chier, 
Me sauriés vous conseillier 
eo De li 

Oui j'aim si 
Que j'en ai cuer et cors joli ? 

39 Dinaux fausse le sens eo écrivant de son chef serez p. serai. 



44 CHANSONS 



2. 



Ma. N 24, pièce transcrite par Keller, Romvai*t, p. 256, d'où Ta 
tirée Maetzner, Altfranz. Lieder, p. 10. — Notre chanson se trouve 
encore dans an ms. de la ville d'Arras, écrit en Tan 1278 par Jehan 
d*Amien8 le Petit ; c*e«t dans ce dernier que Dinaux a pris le texte 
qa*il a inséré dans ses Trouvères, IV, p. 111. 



S, 



'e cascuns dei monde savoit 
Coument boine amour set ouvrer, 
Jà nus ne s'esmerveilleroit 
De cou k'ele mi fait canter. 



5 Assés i puet on trover 

Plus grant pooir de ceatui ; 
Foie gent plaine d*anui, 
Trestout cil qui ami sont 
Guident la meilleur dpi mont 

10 Avoir coisie ; 

C est encor plus grant maistrie. 

Dame et amours, on ne me croit 
Que vous me fachiés chans trouver, 
Ains dient aucun orendroit 
15 K'autrui i fais pour moi penser, 
Mais ce ne me puet grever, 
Car jou ne cant pour nului • 



\ K. (Keller) tatiier, fanle de lecture évidente , redressée aussi psr M. 
(Mfttzner). — D. 'Dinauxj De çou ke H me, sans doute une faute de lecture. 
— 5 D. i omis.^ li K. Davie est amours ^ M. corrige avec raison et amours; 
D. donne es amours. — 13 D. faictes, — K chaos p. chans. 



DU DUC DE BBABANT (hEECBI UI). 45 

Fors pour vous à oui jou sui, 
Et Yostre amour m'en semont, 
20 Qui me maint el cuer parfont ; 

Là Tai sentie 
Et ferai toute ma vie. 



Je sai bien que, s'amours voloit, 
Le plus lié feroit soupirer 
25 Et ausitost, s'il li plaisoit, 
Le feroit joie démener ; 
Et tant vous os bien conter 
Que des siens n'i a celui 
Qu'ele ne feroit ancui 
30 Plourer des iex de son front 
Et puis rire ; esgardés dont 

S*à la foie 
Puis canter, s*ele Potrie. 



Dame, à cui j'ai trestout donné, 
35 Et cuer et cors entireme^t, 
SU vos daignoit venir en gré, 
Fait m'averïés biau présent ; 
Et tant saoent toute gent 
Que TOUS estes mes confors, 
40 Ma joie et mes depors, 

Et pour ce vous pri merci 
Que pour grever vostre ami 



f9 D. Metuemoui(l). — 20 1>. partout, — 22 D. £f serai. ^ 23 D. çiie 
ranuntr votoU. ~ 24 0. Le plus ke feroit. — 25 K. M . et D. ft It plaisait qai 
n*esl pas admissible. — 26 D. cio mener (en deux mots). -*- 29 D> imprime 
Ke te p. ICele. — 30 D. feroit autrui. — 31 K. es gardes (faute redressée 
par M.; D. esgarder.^ 32 D. A 2a fois. — 33 D. «e le totrie. — 38 D. toutes. 



4 



46 CHANSONS 

Ne créés mie 
Mauparliere gent haïe. 



43 D. fi« crtM mte.^44 D* Maupliere (cet éditeur a sans doute oégligé le 
signe abréYiatif placé aa-dessos da p).— K. mau par litre, — On voit que 
le ma. de Rome ne diffère en aucun passage de celui d*Arras, et que les 
diYorgences signalées dans le texte imprimé par Dinanx ne sont que des 
bévues de lecture. 



3 {Pastourelle). 



Cette pastourelle se rencontre dans nos mss. E 1 18^, F 242^, 6 90b, 
H 147^, I 137b (anonyme dans celui-ci), L 162^ ; copiée, sauf correc- 
tions, diaprés E. — Imprimée dans de Laborde , Essai, II, 172 ; 
Willems, 1. c, p. 1 ; Dinaux, IV, 1 12 ; K. Bartsch, Romances et 
pastourelles (Leipzig 1870), p. 248. 



L 



'autrier estoie montés 
Sor mon palefroi ambiant. 
Et pris m'estoit volontés 
De trover on nouTiau chant. 
5 Tôt esbanoiant 

M'en aloie ; 
Truis enmi ma voie 
Pastore séant 

Loin de gent ; 
10 Bêlement 

Lasalu 
Et li dis : « Vés ci vo dru. » 

\ . 1 fi^cstoie, — 3 E volerUé. — 7 I par tnt. — 9 E tony.— 12 G Puis W. 



DU DUC DE BRABANT (bEMRI III). 47 

— Biau sire, trop vos hastés, » 
Dist la tonse, « j'ai amant, 
15 « n n*68t gaeres loing aies, 
<i II revendra maintenant ; 
« Chevauchiés avant : 
a Trop m'esfroie 
« Qne il ne vos voie, 
20 « Trop est mescreant, 

« Ne talent 
« Ne me prent 
« De vo ju ; 
« Ailleurs ai mon cuer rendu. » 



25 — a Damoisele, car créés 
« Mon conseil ; je vos créant 
tt Jamais pouvre ne serés, 
« Ains aurés à vo talant 
« Cote traînant 
30 a Et coroie 

« Ouvrée de soie, 
« Cloée d*argent. » 
Bonement 
Se desfent, 
35 N'a valu, 

Quanque j'ai dit, un festu. 



— « Biau sire, car en aies, » 
Dist elle, « c'est pour noiant, 



15 K fuites. — 15 EG hig, — E aie, l de ci, ^ \S l Que trop mef- 
feroie. — 20 I mescheant. >- i3 EL vo gieu. — 24 E Toi aiUeun, I Car 
tnHours ai. — E tendu, — 51 E soee. — 51-52 L Cloée de soie. Ouvrée d^ar- 
gent. — 56 I Quanqu^a dit .i. seitl festu. — 57 E ahiz. 



48 CHANSONS 

« VoBtre parole gastés, 
40 a Que je ne pris mie un gant, 
« Ne vostre bobant 
a irameroie ; 
tt Vo don ne prendroie, 
tt Ne si n'autrement 
45 tt Vostre argent ; 

tt Vo présent 
« N'ai ett ; 
tt Maint prometeus ai veû. 

— « Damoisele, carprenés 
50 tt La ceinture maintenant, 
« Et le matin si raurés 
« Trestout Tantre convenant. » 
Lors va sorriant, 
Et j'ai joie : 
55 Tant fis qu'ele otroie 

Mon gré maintenant ; 
Le don prent 
Bonement, 
S*ai sentu 
60 De quel manière ele fu. 



AOEJetw vous prit, — I pas un, — 41 C beubatUyV beuban. — 42 E Ma- 
tneroie, — 43 I Krw dom, — 44 I Aisi n" autrement, — 45 I £n pramU, 
— 48 E premeteoTê, Gprameteun^ I prometettri, — 50 E eeinleure, — 
5f HI êi aurés. — 57 dom, — 58 HI JUainlmofU. — Fautes du texte de 
Willems : 40 priie (p. pris) ; 44 si atUrement (p. H''autrement) ; même 
faute daos Dinauz. 



DU DUC DB BRADANT (HENRI IIl). 49 



4 (Jeu'-parti). 



Ms. A, n^ 75, collationné avec B 114^ (anoayme et incomplet), 
C 6, E 1 17, G 89 ; H 147i>, L 161 . On trouve encore ce jeu-parti dans 
F, p. 241, Vatican 1522, fol. 160, Bodlôienne d*Oxford, ms. Douce 308, 
n^ 26 des Jeux- partis ; il a été publié par Jubinal dans « la Complainte 
et le Jeu de Pierre de la Broce », Paris 1835 (Notes) et dans son Rap- 
port au Ministre, p. 44 ; par Wackernagel, 1. c, p. 56, Willems, 1. c, 
p. 9, Dinaux IV, 1 14 (les 3 prem. strophes), et Bartsch, Chrestomathie, 
3* éd., p. 339. 



B 



iaus Gillebers, dites s'il vos agrée, 
Respondés moi à ce ke vos demant. 
Uns chevaliers a une dame amée , 
Et si sai bien k'ii en est si avant 
5 Ke de li fait nuit et jor son talyit, 
C*amors a si la dame abandonée : 
Dites s'amors va por oe aloignant. 

— Dus de Braibant, jà orés ma pensée : 
Jà li amors n'ira por ce faillant, 
10 Aingois seroit en loial cuer doublée. 
S on li faisoit bonté et biau semblant ; • 



t C Hé GiUbert. — 2 L Responéi. ^ 4 BC £< si (B se) vos di. — 5 G Que 
nuit et for fait de li son cornant ; B que it en fait neut et jor ses talans. 
— 6 BG Tant ont amors la, L si ont am., G si ont la dame am, ab. — 
7 CL vait, G vet, EH vont. — ECHL esloignant, — B Car me dittes vont 
amors défaillant. — 8 Les mss. varient entre Breban, Breben, Brebant 
et Braibant, — tGHjan orroijs, Lja m orrez. — 9 BG Ja bonc amors, — 
10 EGHL sera, — BG <ie Uual. ~ li ËHL ne biau. Corrigez dans Bartsch 
et p, ffi. — B S'ait ïi avoit bonteit ne tant ne quant, 

4 



OO CHA!SSOMS 

Se la dame est donée à son amant, 
Jà n^en sera de loi fors mieus amée, 
S*en son cuer a point de bonté manant. 

15 — Hé ! Qillebers, ou avés vos trovée 
Geste raison ? trop vos voi nonsachant : 
On tient plus obier la chose désirée 
Ke ce c'on a abandonéement ; 
Ne m'aies mie de ce reprenant : 

20 Tant est amors servie et honorée 
Ke les dames s'en gardent sainement. 

— Dus, j'ai moult bien vo raison escontée. 
Mais vos parlés trop mervilleusement ; 
Quant mieus me fait amors, et plus m'agrée 

25 Et mieus la ser et plus m'en truis engrant. 
Assés mostrés le vostre covenant ; 
Tost averié^vostre dame obliée, 
Je li lo bien k elle vos maint tandant. 

— Hé ! Gillebers, or est foie provée, 
30 S'en vo merci ne se met maintenant ; 

Quant on fait tant ke sa dame est gabëe. 
Dites vos dont c'on l'aime plus forment ? 



itCa doné, — 13 EGHL ne sera de U {G fut), G nen eera par ce. — 
B nuriru amée (leçon peu plausible suivie par Bartscb). — 16 EHL moult 
vos. — 17 G Ven tient ; B Am emme miez la, — 18 E abandonement. — 
B cùntait »> c'oiif aU (qu'on a). -;- 19 EGHL Ne m^aUe pat tpt parolet 
disant. -^ Cdece apretidant, B deceu aprenant. — 90 EGHL Plue e$t, — 
21 GEGHL QuatU (on can) la dame se garde, — 22 Les dernières strophes 
du poème manquent dans G. — L vo parole. -^ 24 EGHL Qtutnt mal me 
fet amors^ et meuz [ou melz) m* agrée, — 25 EGHL me truis, — 27 EGHL 
Plus tost auriez (G aurez, HL atirots). — 29 B /« to moult bien. — 31 EGHL 
Puisqft'on fet (L voit) tant que la dame. — 32 EGHL e*on aime. 



DU DUC ME BRABAKT (ttfiNRl lll). SI 

N^est pas amor où on va mal querant 
Dont sa dame poroit estre blasmée ; 
35 Nus ne le fait qui aime loiaument. 

— En nom Deu, dus, ce est chose passée, 
Je ne croirai k'il soit si faitement 

Ke par bonté soit dame refusée, 
Ains la doit on servir mieus que d'avant. 
40 Or nos metons en loial jugement, 
S'iert la raison de nos dous desevrée, 
Car nos estris dure trop longuement. 

— Gillebers, soit ! j*en preng por mon garant 
Le bon Raoul de Solssons, ke sevrée 

45 Ne flst d*amor nul jor de son vivant. 

— Dus, et j'en preng le bon conte vaillant, 
Celui d^Anjo ; la chose est bien alée, 

Car cist dui sont de bon entendement. 

33 it otc 2« va. — 36 EGHL Du$ de BriAani, ce at. — 37 G crerré. — 
38 EGHL Que por bontez soit dame mains amée. — 39 EH Lors la, — 
KGHL plus que devant. — 41 EGHL S'iert la tençon,,. desemrée (HL défi- 
née)» -— Mon ms. A portait : Si iert' la raixon de nos dous partie ; la coupe 
du vert et la rime m*ont engagé à modifier cette leçon. — 43 EGHL li 
estris. — 43-45 EGHL : 

GilUbert, soit, je preng sans demorte 
Le bon Raoul de Soissons à garant, 
Celui qui onques ne fist desevrée 
De Urne amur nul jor de son (E sont t) vivant 
(GHL qu^U fiist vivant). 

Celte version se trahit comme factice et par la correspondance boiteuse 
avec le dernier tercet, et par la mauvaise facture du troisième vers. Elle 
est fondée sur le désir /de faire des deux tercets finaux une stance de 
rime analogue aux précédeateit. — 46 EL £f je praign. — 47 E hien 
omis. — 48 EHL cil dui. 



IV. 



CHANSONS 



DE GILLEBERT DE BERNEVILLE. 



1. 



Ma. E 133 (ne se trouye qae là). 



A 



dès ai este jolis, 
Bien m'en vant, 
Encor le serai toz dis 
Mon vivant, 
5 Et ferai chançon plus lie 
Conques ne fis, por itant 
Que celé oui j'aim m*en prie 
Et dit à moi que je chant, 
S'en ai le cuer plus joiant. 

10 Sa biautez et si dous ris 
Plaisent tant 
A moi que j*ai en li mis 
Ligement 



DE GILLEBBRT DE BERNETILLE. 85 

Mon caer, qui ne se faint mie 
15 De faire tout son cornant, 
Loiaument, sans vilenie ; 
Quant remir son douz samblant, 
S'en ai le cuer plus joiant. 

Li trahitour mal apris, 
20 Souduiant, 

Ont tant fait que lor amis 
Ne demant 

A estre ; Dex les maudie ! 

n ont esté mi nuisant, 
25 Mais celé a tant seignorie 

Qui j'aim, que nés proise un gant, 

S*en ai le cuer plus joiant. 

Dex ! por quoi suefre anemis 
A tel gent 
30 Qui ont en fais et en dis 
Loiaument 
Toz jors bone amor chierie ; 
Et de tant vait malement 
As félons de lor envie ; 
35 Se dolent premièrement, 
S*en ai le cuer plus joiant. 

Qui seroit loiaus amis, 
Yraièment 

Vos di, et s'en sui toz fis, 
40 Doublement 

Seroit de painne merie. 

Anchiel de Ghastel, mon chant 

Vos envoi, car cortoisie 

M*avez fait et bonté grant, 
45 S'en ai le cuer plus joiant. 



.'>4 (:RA?(snRs 



2. 



Ce jea-parti est tiré du ma. A, n? 6, où il est intitulé : « Jugemans 
d'amors ». Il se trouve aussi dans le ms. Douce 308 de la Bodlëienne 

I 

d*Oxford (n<* 28 des jeux-partis). Il a été imprimé en partie par 
Dinauz, Trouvères, II, 53, et en entier par Hofmann , Sitzungsbe- 
richte, 1867, I, 488. 



A 



mors, je vous requier et pri 
Ke vos me faites jugement 
D'une amie et de son ami 
Kl entr'amé sont longuement, 
5 Despuis k'il furent jovencel. 
Or sont si grant ke del doncel 
A on pièce a fait chevalier, 
Et c'est prous, mais j'o tesmoignier 
Ke il ne poroit barbe avoir : 
10 Puet amor durer ne valoir ? 

— Oillebers, por verte vos di 
Ke la chose est si faitement 
Ke puis que Tuns l'autre a choisi. 
Je vuel k'il aince loiaument ; 

15 Quant il est l'un et Tautre bel, 
L*amor ferme de mon saiel. 
Et quant li du! cuer s'entr ont chier, 
Je les vuel ensemble laissier ; 
Cil iront outre mon voloir 

20 Kl les en voront removoir. 



9 Dinaux paroii, — 15 Hs. un et Cautre ; Hofmann corrige de même. 



«• »" 



DE GILLKBKRT DE BERNËVILLE. O*' 

— Amors, se ne dotoie si 

Vostre ire et vostre maltalent, 

Jà aariés la tènson à mi. 

Quant obeiîssiés à tel gent ; 
25 Ne sont digne d'avoir juël 

K*à dame soit ; nés un chapel 

Ne de roze ne d'aiglentier 

Ne lor devroit dame baillier, 

Et celle feroit grant savoir 
30 Se oelui met en nonchaloir. 



— Gillebers, por vostre merci, 
Parlés un pou plus bellement ; 
Tuit ne sont mie si joli 

Com vos estes, mien escient. 
35 S*une dame aime un garsoncel. 

Si 11 semble il pers de chastel ; 

Là fai je mon droit avancier 

Et ma signorie enforoier, 

Ke puis c*on aime ou blanc ou noir, 
40 Tuit semble bon, si com je croi. 

— Amors, je croi et sai de â 
K*elle n'a désir ne talent 

Ne cuer ke puist amer celui : 
Par enfance a comancement, 
45 Sans tricherie et sans rivel. 
On ne poroit un sec passel 



Î7 Mi. auglentiir (peut-être une forme lorraioe). — 36 Ms. 5e là. — 
40 Croi eonstltoe une rime cboquinte , je corrigerais volontiers : à dire 
wnr. — TuU n*est pas correct non plus ; il Dindrait tout, ou bien, comme 
a ùlt HoAnaDD, mettre êcmbUnt. — 46 M«. «oc paxel — AS Ne manque 
aums. 



56 CHANSONS 

Faire florir ne verdoier ; 
Nient plus ne puet monteplier 
L*anior de lui, jel sai de voir, 
50 Ne il ne doit amie avoir. 



— Gillebers, vos pariés enù 
Com uns bon sans entendement ; 
Se j*avoie celai traï 

Et vers lui ovré faussement, 

55 Je sembleroie le rainsel 
Ki se ploie à ebascun oisel, 
S^en feroie moins à proisier. 
Vos me volés mal consillier. 
Si com je croi ; au mien espoir, 

60 Querons ki nos en die voir. 

— ^ Amors, la contesse en apel, 
Se nus bom qui a tel musel 
Doit par amors dame embracier. 

— Cbastelains, venés moy aidier, 
65 De Biaume, tost ferés paroir 

Le droit, et le tort encbeoir. 



57 Ms. aproixier ; x, dans le système phonique et orthographique du 
ms. de Berne, équivaut à s doux on fort (cp. paxel «= panel que je viens 
de mentionoer). — 59 Ms. a mien (a sa al, au). 



DE GILLEBBRT DE BERMETILLE. 57 



3. 



Mts. A, n<^ 29 (c'est la yersion que je reproduis); B 115, E 67, 
F, p. 144,0 115^, L 92; rattribotion à Qillebert se Toit dans 
AEF6L ; la pièce est donnée sans nom d*auteur, dans M 91. 



A 



mors, por ce ke mes chans soit jolis, 
Vos ai nomë en cest comencement, 
Et Deus garisse toutes les Beatris ! 
Por une en ai salué plus de cent, 

Dont pas ne m*anoie ; 

Huimals ne poroie 

Avoir grant torment, 

C*k amors me rent, 

Ke vuel ke jes croie. 



10 Et jes croi si que gM ai trestout mis 
Et cuer et cors en son comandement ; 
Se nul bien sai, je Tai à 11 apris, 
S*elle ne fust, n'en setisse nient ; 
S^encor ne Tamoie, 



1 Bpor tant, — 3 BEGL fiomée aoant premieremeni. — 3 Tous les 
autres mss. Et Dex gart Aui.^ Mon ms. s trestouteê, qui fausse la mesure. 

— 4 B Une an iaà mon eomancement,^EGL TeU (ou celé) ai nomée à cett 
cotnancement. — SB Kcpas, EGL Qui pas. — 7 EGL nul torment, B nvs. 

— A grans tormens (contraire à la rime). — 8 EGL Car Amors. — GL mi 
rent, — 9 EGL Qui veut qu'en U croie ; B con (» qn*en)^h'.-> 10 BEGL 
Et g*icroi tant tout le cuer (B tout mon ctter, G que le cuer) i ai mis. 

— 11 BEGL Et tout le (B mon) cors, — 13 EGL de H. — heU lou m'aU 
(» le m*a) apris. 



r)8 CHANSONS 

15 De chanter perdroie 

Mon entendement, 
Mais je n'ai talent 
Ke partir m^en doie. 

N'en doi partir, car trop est li nons dous, 
20 Joie et honors de li vient et descent ; 
Un en i a desor les autres tous, 
Celui reclain adès sovrainement. 
Si m'en vient ma joie 
Et me met en voie 
25 D*amer loiaument ; 

• Si joli présent 

Nuit et jour m'envoie. 

i 

Bons nons et biaus, tu ies à la milior 
Ke nuls hon puist veoir ne esgarder. 
'30 Hé, Deus, g'i ai et cuer et cors mis tout ; 
Ce ne di pas ke me doie grever, 

18 GL en doie. — f9-3!â EGL : 

Ainz mes ohançoQ de si lié cuer ne fis, 
G*i ai noumez des hauz noDs plus de cent, 
Mes li UD8 est desor touz de grant pris , 
Geli reclain adès souvrainement 

Texte de B : 

Ans mais de chan ne fui si ébahis, 
Ke j'ai oommeit de hais nons plus de cent. 
Dont en i ait desor tous de hait pris, 
Seli recors adès souvrainement. 

— 23 A Se nCen^ B Ke »»•«».— 26 EGI- CejoHfpre$ent, — 27 LCha$cuft 
jor. — 28 B Htilê nons, — 29 A hon omis. — 30 EGL Elc a mon tuer, ii 
Vaim de bone (L si bone) amor ; B He Uiis mon cuer je Vains de botie amor. 
— Le mot tout de mon texte doit être fautif. — 31 BEGL Mes (B Je) tie di 
pas ffu'à moi doicprnser, — 32 B iTr sa. 



DE GILLKRKRT DK BKRNKVILLK. U9 

Car sa signourie 
A moi n'afiert mie ; 
Mieas la vuel amer 
35 Sans mercit trover, 

K*en fust abaisie. 



CiiaiisoD, va Ten à Cortrai sans sejor, 
Ke là dois tu premièrement aler ; 
Di ma dame de par son chanteor 
40 K elle te face bien soventre chanter. 

Quant f aura oïe, 
Ne t'atargier mie : 
Va sans demorer 
Erart saluer 
45 Ki Valeri crie. 



34 B /Ce to doie. «- 56 B ICe fuist, EGL Qu'el fust. — Après notre 4« sir., 
EGL ont la 8ai?ante : 

Nos n*e8t si bons ne tant ne set d'onor 
C'oncor ne paist, s'il la toU, amender ; 
Tant a de bien, de sens et de valor 
En son franc cors c*onqaes n'i pont entrer 

Noie vilainie ; 

Bien set cortoisie 

Et i^ire et mostrer. 

Ne Ten Yit lasser 

Nas qui soit en vie. 

37-45 Cette strophe finale manque dans L. — 30 EG âfa damt di. ~ 
30 J'ai substitué, dans mon texte, la forme soventre i somnt, qui est con- 
traire à la mesure. — h Ke se li plaist ke te /aicet efutnteir, EG Se if 
li plaist que te face chanter, — 42 EG Adonc ne t'oublie. — 43 EG sam 
arester. 



60 CBANSOMS 



4. 



Ne se trouve que dans C, fol. 133. 



A 



mors, vostre seignorie 
M'estaet recorder ; 
Vos faites à la foie 
En cuer oublier 
5 Raison ; je Toublie 

Par trop haut penser ; 
Mes por ce desconforter 
Ne me doi, qu^amors m*afie 
Que j'aurai amie. 

10 Ma dame ai de moi saisie 
Sanz deshireter, 
Âmors Ten a fet baillie, 
Ne m'en quier serrer. 
Que bon m'est, s'en prie 
15 Pitié qu'esprover 

Se veuille en bien assembler 
Ceste^amor, que gent haïe 
Ne le sachent mie. 

Quar par lor grant felenie 
20 Font maint cuer irer, 

Mainte joie ont atargie 
Par lor controver. 
Félon, vostre enyie 
Fait moult à douter, 
25 Quar il samble à vo parler 
Qu'il n'i ait pas courtoisie. 
Et c'est tôt boisdie. 



BB GILLSBKKT OS BERNBVILLB. Oi 

Mais j'eapoir qu'aurai aïe, 
Ce me fidt chanter ; 
30 II m*e8t vig, que que nus die, 
Par bien espérer 
A on plus jolie 
Joie qu'à penser 
C*on ne poroit achiever ; 
35 Puis qu'espérance est faillie, 
Joie est abaisiot 

Nonporquant aim je la vie, 

Qui sanz destorner 
Me fera, que que nus die, 
40 La mort endurer, 

Se don ne m'otrie 
Dont puisse amender, 
Amors qui si set oyrer 
Que sens et raison maistrie 
45 Et droit affeblie. 



5. 



Copié d'après A, n« 48 ; collationiié avec B 140^, E 70, H 9, I 44^, 
L 230^. Se trouve en oatrd dans F, p. 152, M 89 et dans le ma. Egerton 
274 (Britiah Mnaenin), fol. 99^. Le texte de ce dernier (moins le pre- 
mier couplet qui a été gratté) a été inaéré par M. Paul Mejer, dana 
lea Archivea des miaaiona acientiflquea et littérairea, 2* aérie, t. HI, 
p. 290. 

A 

L mu novel tens ke li yvers-se brise, 
Ke rosignor chantent et main et soir, 



I KHIL Au noifotau Um ke yvers se debrise, — 2 EIL roft^nol. 



Gi CH4NSÛH$ 

De bien amer a fait mes caers emprise 
Celle à cui 8ui liges sans decevQir ; 
5 Par ma chanson li ferai à savoir 
Ma grant joie on mon pesme juïse ; 
Or soit del tout à son cortois voloir. 



Douce dame, amée sans faintise 
De cuer, de cors, de deair et voloir, 
10 Bien ai ma mort porchaasie et quise, 
Se de vos n*ai ki me face valoir. 
Hé ! franche riens, où j*ai mis mon espoir, 
Aligiés moi, par vostre gentelise. 
Des cruels maus ki si me font doloir. 



15 Chascuns se plaint d^amors ki le justise, 
Mais j*en sui liés plus ke de nul avoir ; 
Bien est ma dame adès en itel guise 
Ke mal me fait quant bien devroie avoir ; 
Cil ki bien aime, en gré doit recevoir 

20 Les maus d'amers, c*amors a tel franchise 
Ke nus sans li ne'puet grant joie avoir. 



S BIL a me» cuen fait,— 6 EIHL mon mortel j.-^l EL Lors soit,— 9 E et 
«otNnr, L de detir et de iawir (sic) ; Egerton de dair, de voUnr. — 10 EHL 
/m 6t0fi ma m. et p. et çutfe, I porch, et porquiee, -<- i 1 A voloir (lap- 
sus du copiste).— Egerton Se je de vos noient ne puis avoir. — i% Egerton 
en cui f ai mion espoir, — 14 EHIL que me (L mi) fêles avoir, — Kg. Cest 
cruel mal qui si me fet doloir. — 15 EHIL Aucwu, — Eg. c*amor trop lej. 
— 16 EHL et Eg. Et j'en. — 1 Pltu en sui lies que de nul autre avoir, — 
17 EHIL Que (I Car)j'ain ma dame.— l teU, — Eg. Car faine tousjors m. 
d. en itiel guise. — 18 EHIL Quant pis me fait, et pis voudroie avoir ; Eg. 
Grant mal me fait et pis vauroie avoir. — 10 EHIL Qui bien aime, il doit 
(nen r, ; Eg. Ki bien aime, en gré d. r. — 90 L et Rpr. man* d'amer. — EL 
et Eg. r(tr elc «, H car il a, l quanf vtr a. 



DU GlLLlùBËHT D£ BERiNBYlLLK. t)5 

Dame, en coi sont tait li bien à devise, 
Plus en i a k'el char David d'avoir, 
Cil me het bien ki devant moi vos prise, 
25 Quant je ne pois de vos ma joie avoir. 
Hé| bone amor, je fis de vos mon hoir, * 
Tout vos donai, quant je vos oi aprise ; 
Itel maistre devroit chascuns avoir. 



De ceste amor ki m'aiume et atise 
30 Ne me quier jà partir ne removoir ; 
En mon cuer est com aimans assise , 
Ke nus fors Deu de Poster n'a pooir. 
Or sôufferrai son bon et son voloir, 
Ne autrement n*en iert par moi requise ; 
35 Atendans sui et serai de Tavoir. 



SI EHIL Haute valorg, dame^ s'est en vous mise,— 23 A (d'après la tran- 
scriptioo de Brakelmann, sur laquelle Je me fonde d*habUude) porte P/tif 
en sait qu^el char damd oeotr, mais évidemment sait est mal la p. t ait, 
ce qui équivaut» selon l'asage de A, à ta, qu'ont les autres mss. J'ai éga- 
lement préféré d'aooir à avoir.-- 24 EHIL CU m'œit (occit) bien.— 25 EHIL 
Quant je de vos ne puis notent avoir, — 27 I emprise, — 28 I Autel, — 
29 EIL De eele amor, — 30*1 Ne m'en quier. — 32 EH L Ne nus fors Deu, 
I Ne mu fars li. — 35 EHIL Tout li ferai. — 34 EHIL Ne jà par moi n'iert 
ttutremont requise. 



64 CHANSONS 



^ 



6. 



Copié sur C 133, collationné avec A, n« 45 et D 172 ; aussi dans 
N 92. La pièce est anonyme dans A et D. 



A, 



.ucun6 gent m^ont enquis 
Se j*ain por ce ke je chant ; 
Oïl, mont sui esbahis 
Quant il ne sont percevant 
5 En quel lieu ai mon cuer mis, 
Et si sui je fias amis, 
Et serai tout mon vivant 
La plus vaillant 
C'en puist trover ; 
10 Je doi bien por telle amor chanter. 

Chanter doi, ce m*est avis, 
Quant j*aln dame si sachant, 
Belle de cors et de vis ; 
Courtoise est et avenant, 
15 Si ai grant soûlas conquis, 
Quant por s*amor sui jolis, 
Et s'ele mi fait samblant 
De cuer joiant. 
C'est sans fauser ; 
20 Je doi bien por telle amor chanter. 



i D KuewM» gens, — 3 A Dont je trop eeux esbaifUe, D Ore$ moU sui 
esbaudis, — Â A il eti sont, D il se sont, — 5>6 A K*en teil leu,„ Où je mis 
jai vrais amis, — D vrais amis, — 7 AD S'amerai, — 8 AD La muels 
(mieux). ~1 4 D Courtoise et 6/efi.— IS A G'i ni grant /loiior.-— 10 A El por. 



DE GILLBBERT DE BBENBTILLE. 65 

J'ai por bone amor empris 

A valoir, et nonporquant 

Sui je merveilles pensig 

Se jà porrai servir tant 
25 Que 11 grans biens soit meris 

C'amors m'a fet ; pou apris 

Me trova et non sachant ; 
En amendant 
Me fait mu^r ; 
30 Je doi bien por telle amor chanter. 



Si servirai bonement 
Ma dame ; bien puet de moi 
Faire son comandement ; 
Toz jors li porterai foi 
35 Con fins amis loiaument. 
Bnsi mi doins ligement, 
Ne je fausser ne li doi, 

Quar tous biens voi 

En 11 doubler ; 
40 Je doi bien por telle amor chanter. 



81 Li suite de la chanson se résume dans A et, je crots, aussi dans 0, 
dans la strophe suivante : 

C'est la mieudre dou pals, 
IJés sul quant g'I vois pensant, 
Bstre seul à son devis 
Et faire tout con cornant ; 
C*onkes n'amolt point Paris 
Ne Tristans, j'en sui tous fis, 
Gomjefiiis, etsi me vaut 

D'or en avant 

De l'amender ; 
Je doi bien por telle amor chanter. 

5 



66- CIAMSOECS 

Amors, poisqa'à vos me rent, • 
Por Dieu, gardes me d^anoi ; 
Vostres sui entièrement 
Et & ma dame m'ottrot. 
45 Se je sui à ton talent, 

J'o8 bien dire à tote gent 
Que bien mon aerriee emploi, 

Ne jà de «oi 

Ne quier torj^er ; 
'^ 50 Je doi bien por telle amor ohanter. 

Dame, mon chant en présent 
Vos envoi premiereitaent, 
Fait m'auroiz seignor et roi, 
Se jel vos oi recorder ; 
55 Je doi bien por telle amor chanter. 

M D, qui s également l'euvoi, porte ici : Se le vos oi por tnoi lœr. 



7. 
\ 

Ne se trouve que dans C, fol. 132. 

C 

V^^oment qu'amors me demaine 
Ne qu'ele m'ait démené, 
J& ne requerrai por paine 
Que ne serve en loiauté. 
5 Nonporquant B*ai je doné 

Mon cuer où aino ne pot plaire 
Ne rien nnle faire 
Qui fust prise en gré ; 
N*ainc por ce n'eu volonté 
1 D'oublier la debonaire . 



DB GILLBBBRT BB BBRNBVILLB. 6T 

Certes, c'est chose certaine; 

Je le sai par Vérité, 

Que ma dame^ eist souveraine 

De sens et de grant biautô ; 
15 Et se je n'i àî trové 

Merci, n'en quier je retraîre, 
Et se j'ai contraire, ' 
Tostiert-oiiblié, 

Se j*en puis avoir bonté 
20 Qui de loial amor paire. < 



Nus ne puet faire folie 
En bone amors maintenir, 
Car s'en ne conquiert amie, 
Si fait amors devenir 

25 Le cuer cortois et hai'r 
Yillenie sanz faillance ; 
Puis c*on en avance, 
Nus n*en doit partir, 
Ainz doit on toz jors servir 

30 Et vivre en bone espérance. 



Amors, de vostre l>ailiie 
N'istrai por dolor sofrir, 
Car tele est vo seignorie 
Qu'en un jor poez merir 

35 Toz les maus c*ob puet sentir, 
Et ester tote grevanoe ; 
Trop fet grant enfance 
Qui n*a son désir 
Mis en vp droit guarandir, 

40 Et son sens et sa poissance. 



68 CHANSONS 

Bone dftme et enseigaie, 

A Yos ferai revenir 

Mon chant par yo cortoisie ; 

Car deignissiez consentir 
45 Que ce vos fast à plaisir 

Qoe por tos chant, bone et franche ? 
Se ceste cheance 
Me peut avenir. 
Nus ne me porra tolir 
50 Joie ne mètre en pesance. 



8. 



Cette paatourelle ne se trouve, aooa le nom de Giliebert de Berne- 
ville, que dans le ms. N (1490 du Vatican), fol. 112^ ; dans Us mss. 
de Paris E 98, F p. 204 et 83, elle est attribuée A Jean Erart, qui, 
comme Qillebert, jouissait de Tamitië du duc de Brabant. — Elle a 
été imprimée dans le recueil de Bartsch, Romances et Pastourelles, 
p. 266, diaprés le texte de Rome, que J*ai suivi également. 



D 



aies Loucpré u boskel 
firroie avant ier ; 
Là vi mener grant revel, 

Enmi un sentier. 
Une jolie tousete, 
Sage, plaisant et jonete. 
DieuB, tant m*abeli 
Quant seule la vi L 



i EPG Dehari Lonepré el boêqttd. — 2 G Esioie. — E l'autrier, — 5 EPG 
D'une jolie. — 6 BP Sitge et pleiont. — Notre ms. porte fsotiveoeDt et 
joUete. — 7 PG m'enheîù 



DE GILLEBBRT DE BER?1ETILLE. 69 

Et la bele tout ^nsi 
10 Bnprîiit à chanter : 

« Robin, cai je doi amer, 
• Ta pues bien trop demeurer. » 



Je la ealu au plus bel 

Que jou poi raisni^r ; 
15 Puis li donai mon chapel 

Pour moi acointier. 
Quant jou vi sa mamelete 
Qui lieve sa cotelete. 

Mes bras li tendi, 
20 Si la trais vers mi 

Et la bele tout ensi 

Bnprint à chanter : 
« Robin» cui je doi amer, 
« Tu pues bien trop demeurer. » 

25 Je rassis lés Tarbrisel, 
Si le vauc baisier ; 
Ele dist : « Sire dansel, 

« Ce n'eiist mestier ; 
« Je sui une meskinete 
dO « Nue de dras et povrete, 
« Et saciés de fi 
« Que j*ai bel ami. n 
Adonc recoumence ensi 



9 E te touêeie, FG la toute. — 10 EFG Canmence — 13 EFG inluai plu» 
bei. - 14 Eje soi. — iS EFG Si 2t. — 21 EFG la lo««. — 25 EFG foj; Far- 
broiêùl. — 26 EFG la (p. (e, forne picarde) ; De même ▼. 54. EG tmeil^ F ot 
(raatil). — 29 WGjauvenete — 30 EFG Pcvre de dra$ «f nuefe . — 33 EFG 
Si la toêe {Unue) toi en$i (le reste du reflrsin non répété). De même à 
Il fin des autres strophes. 



70 GBàllSOIIS 

La bêle à «kanier : 
35 a Robin, cni jd doi amer, 

Ta pues bien trop demooivr. » 



« Sire, j*ai ami noayel, 
« Tout à fionbaidier ; 

« Je cuit qnll OGft u vancel 
40 « Dalés oel virier. » 

Robins Boune sa musete ; 

Dont dist à moi la doueete : 
« Tournis vous de ci, 
c Sire, je vous pri. » 
45 Et dont recoumence ensi 
La bêle à chanter : 

« Robin, cui je doi amer, 

a Tn pues bien trop demourer. » 



— a En lieu de vo pastourel, 
50 « Bele, m*aiés cier ; 

Ma çainture et mon anel 

a A cest coumencier 
f( Ares, ma douce amiete. » 
Adonc le mis sus Terbete, 
55 Mie n'i failli, 

Mon bon aconpli. 
Adonc recoumence ensi 
La bele à chanter : 
« Robin, cui je doi amer, 
60 a Tupues bien trop demeurer. » 



39 EFG el v. — 42 EPG la tousete. — 43-44 sont inlenrertis dans EFG. 
— 50 G sire (erreur du copiste). — j^ G sew, — 35^ interferlis dans 
EFG. 



OB GILLBBUT DB BBEMETILLE. 71 

— c Sire, de loue jamael 

« N'auront recoaTrier, 
« Ne jà n'auront leur avel 

a Li couart laisnier. » 
65 J*entrepriB la baiselete, 
Toute ûa la loliete 

La soie merci. 

Quant je m*en parti, 
Adonc reoounenoe enai 
70 La bêle à ehanter : 

« Robin, coi je doi amer, 
Tu pues bien trop demorer. » 

ei-7S Cette dernière strophe fait défont dans les mss. de Paris. 



9. 



Ms. C 134, avec les Tariaates de D 34^. Ce dernier ms. présente la 
pièce une seconde fois au fol. 77, avec des négligences d*écritnre que 
j'ai cru inutile de signaler. 



D 



'amors me vient li sens dont j ai chanté 
Et dont je chanterai ; 
Se je n*amai8se et n'eusse amé, 
Tôt certainement sai 
5 C*uns cfaaitis 

Fusse mal apris ; 
Amors rent 
Riche guerredonement 
Cens qui la savent servir 
lu Sanz li trahir. 



3 D Ce je. 



73 CHANSOIIS 

Dès ce qa6 j'oi et oaer et cors doné 

Ou haut lieu que je sai, 
Amai boncNr et haï fausseté , 
Et ensi viverai 
15 A to2 dis 

Con loiaus amis ; 
Qui entent 
A bien, ait ce en oouTent, 
Et si puet amora servir 
20 Sans li trahir. 



Amors me flst une bêle bonté 

Quant ma dame esgardai, 
Qu'ele me mist u cuer la volonté 
Que je m*i otroiai 
25 Toz garnis, 

Setirs et hardis, 
Ensement 
De faire tôt son talent. 
Et la Yueil adès servir 
30 Sanz li trahir. 

Puis c'amors m'a et dit et comandé 

Que j*aime, j'amerai ; 
Jà son voloir nul jor en mon aé 
Ne li contredirai. 
35 Bien m'a pris 

Tôt à son devis. 
Sagement, 
Et je debonairement 
La vueil à toz jors servir 
40 Sanz li trahir. 

qwfeue, -- 3i C m^'a dit^ D et dU et dmsé, — 334(4 omis dans D. 



DE GILLEBERT DB BEBMEVILLE. 75 

Qaanque je Bai qu'amors a devise, 

A mon pooir tendrai, 
Et se je serf ma dame par son gré. 
Je di au mieos que sai 
45 Qu*aî conquis 

Tant qn*en nal pais 
N*a présent 
Ne si riche ne si geut ; 
La doi je dont bien servir 
50 Sanz li trahir. 



Un chevalier ai mon chant présenté 

K'en chantant nomerai : 
De Noe ville est, Gilles au cors moIlé, 
Plus cortois n*acointai. 
56 Ce m'est vis, 

Au cheval de pris 
Richement 
Siet et aficiement ; 
Teus hom doit amors servir 
60 Sanz li trahir. 



44 D gvej§ $ai, — 91-60 Celte strophe d*envoi ne se trouve que dans D. 
- 98 Le second teite de D porte afaUiemeni^ qui convient mieui. 



.74 CBMisom 



10. 



Cette eompUiate d*amoar m trouTe dans le me. D senbment, qui 
la prodnit mdme deux fois, aux foi. 35 et 84^ 



D 



e moi dolereos vos cbimt, 
Je fui nés en desccoissant, 
Onqnes n'eue en mon vivant 
Deux bons jours ; 
5 J*ai à non a mescheans d'amours. » 

Adès vois merci criant : 
a Amors aidiés vo servant », 
N'ainc n'i peuc trover noient 
De secours ; 
10 J^ai à non « mescheans d'amours. » 

Hé, traïtour meadisant. 
Vos estes si mal parlant, 
Avez tolu maint amant 
Leur honours ; 
15 J'ai à non « mescheans d'amours. » 

Certes, piere d'aimant 
Ne desirre le fer tant 
Gon je sui d'un doue samblant 
Couvoitous ; 
20 J'ai à non « mescheans d'amours. » 



6 Le 2« texte a voi, — 8 Les deux textes, en vioUtion de la rime, por- 
tent noient trovtr, de même ▼. 13 : Maint amant avox Mu, 



DE GILLEBBRT DB BEKHE VILLE. 



76 



11. 



Vertion de A, ii« 159 ; collât, arec C 131, D 35 , E 68, I 59 (ano 
ojine), L 94. Sd trouve encore dans F, p. 147. 



E 



las, je 8ui refusés 
Et ma chansons refusée, 
«Tous mes solas est mués 
En paine et en grief pensée, 
5 Ne jamais ne chanterai 
De cuer gai, 
S'il n'agrée 
Ma dame honorée 
Gui j'ain de cuer vrai ; 
10 Se mal trai, 

Bien Tai deservi, 
S'en requier merci. 

Dame, c*or me pardonés 
Ce ke je vos ai irée, 
15 Et ma chanson retenés, 
Vos n*en serés jà blasmée ; 
Dame, por vos kVsgardai, 
La trovai ; 
Li journée 
20 Si fu bien dervée, 



3 A tolauê, — E J*m mes ioUu tôt mw$, 1 i'ai tox m. f . utéi. — 4 CEfL 
ITii tr» e/. — 6 G euer vrai, — 43 CEIL car, de même 49. — 16 G Mroùr. 

— 17 CL pur vg«. — 18 CD Le (forme picarde), E ia omis. — 19 GEIL La. 

— SO A Fm 6tcii deoée, EL Si fu mil dtsvée, IFupHu^ dctvée. 



Tfi 



CHANSOns 



Ke vos ooreçai ; 

Se mal irai, 
Bien Tai deservi. 
S'en reqoier merci. 



25 Bien sai ke sui engingniés 
Par ma dare destinée ; 
Dame, se vos m obliés, 
Trop grant perde ai encontrée. 
Estre doi tant con vivrai 
30 En esmai : 

Quant trovée 
Oi amor loée, 
Son cornant passai ; 
Se mal trai, 
35 Bien l'ai deservi, 

S*en requier merci. 



Dame, vo cners est irén 
Por ma déserte denrée. 
Deus I com je fai enchantés 
40 Qaant creif gent paijarée 
Et vo cornant refusai ; 
Mal ovrai. 
Douce née ; 
Ma joie est flnée 



19 G Biêii eroi. — EL fui. — GDEIL nft^foiief . — 28 CDEL perte, — I ai 
recovrée, — 32 C £u, D eue, — 37 Nos strophes 4 et 5 sont interverties 
dsDS EIL. — 38 El deivée. — 30 EIL Deden» au euer me grevez, D Se 
d9tsk*au euer me grevez. — 40 DEIL ITen devez eeire bUumée, — 41 DBIL 
Quant vo cornant trespauai (D refuMoi), — * 42 EL Mal anrai. ~~ 43 Vers 
omis dus EL. ^l La jomee [^ ce jour là). 



M GILLRBBRT DB BKRMBVILLE. 77 

45 Se vo merci n'ai. 

Se mal irai. 
Bien l'ai deservi, 
S'en requier merci. 

■ 

Franche rien, c'or m'esgardés, 
50 S'anrai joie reoovrée ; 

Vostre hom sui et vos jurés, 
Vo sers desous vostre espée ; 
Jamais ne vos mesferai, 
Ains querrai 
55 K'iert doublée 

Vo rente à durée 
Desi ke morrai. 

Se mal trai, 
Bien l'ai deservi, 
ÔO S'en requier merci. 

Ghansonete, querre irés 
La millor de la contrée, 
Ma dame & cui sui remés. 
Quant tu l'auras saluée, 
65 Par Idete te retrai, 
Et tant fai 
Ke chantée 
T'ait la bien senée, 
Mieus t'en priserai. 
70 Se mal trai, 

Bien l'ai deservi, 
S'en requier merci. 



56 E voêtre renie. — 6i La slropbe d'envoi bit défaut dans EIL — 
85 CD a ïfeme. - 68 A fa 6ù»i #. - 69 C Tw amemL 



78 CVAtïSOMS 



12. 



D'aprèB A, fol. 73b (n'' 160). Lei mes. oolUiioDiiéB sont :B71, 
H 9^, I 43 et L 97. Se troate aussi dans B, 114b, P P- ^^3 et M, 
fol. 125. Le nom de Fauteur ne se voit que dans ABPL. Imprime 
diaprés A, dans le recueil cité de Wackemagel, n^ 34, et d*après E, 
dans Dinaux II, p. 197. 



E 



1 besoing voit on Tami, 
Pièce a ke c'est recordé ; 
S'or ne fait amors por ini 
Tant ke j'aie un chant trové, 

5 Je cFoi ke mais n*isterai 
De prison, ains i morrai. 
Celle qui m'a mis ceens, 
Elle a fait ses sairemens 
Ke jamais ne mangerai 

10 Ne partirai 

* De sa prison^ 
Saurai trovée chanson. 

Amors, je vos cri merci 
Ke me donés bel pensé, 
15 C aucun chantelet joli 
Li puisse faire à son gré ; 
A oest grant besoing ke j'ai 
Autre aïe ke vos n'ai, 



I El Ai* besoin, - 2 E quHl fu, I qu'il est, - 5 H Ke jamais fCUîrai, 
— 9 I QiM fi mmrai. — 11 EHIL Detapr. — i4 ^ penseir. Usez dans 
Dinattxr«/p. ceL^-iH EHIL Camunnowiau chant joUi-^îlf^fiL A ce grant. 



DE*^G1LLBBBRT DE BBRNBVILLB. 7^ 

Vos estes mes sauyemens, 
20 N'i vaut cosins ne pafens, 
Jà par ans ne garirai ; 

Tant garderai 

Geste prison 
C aurai trovée chanson. 



25 Se me metés en obli, 

Amors, j*ai mon tons usé, 

Et se me getés de ci. 

Mainte grant jôlireté 

Encore por tos ferai. 
30 A cest besoing nomerai 

Beatris, là oit je pens : 

Or m*est douUés tous mes sens ; 

Huimais à chant ne faudrait 
Point ne m*esmai : 
35 En la prison 

De legier ferai chanson. 

Prisons ne me puet tenir. 
Je sui tous aseiiré», 
Ne autres maus avenir, 
40 Car li haus nons est només : 
Dame d'Audenarde, pri» 
Me tenés en vo païs, 
Mais ne sui pas esmaiés, 
La prisons n'est pas moût griés, 



95 EHIL S^or me. — 26 EHIL Uns fiw. Lisez dans Dldaux têtu p. cetis 

— 98 Dinaax a saolé grant, — 99 E oncore, ^ 31 EHIL Beatris, bien m g 
porpem. — 39 EHI Or et (. -- 33 H au chant. — 34 EHIL De la prison 

— 38 EHL J*en tui.— 39 Lisez dans Dinaux avenir p. à venir. — 40 EHIL 
Quant li. ^ 42 L Moi tene's. — 43 IL n*en sui. — 44 EHIL Vo prisofis. 



80 CBAMSOMS 

45 Car, en leu d'estre grevés , 
Sui honorés 
En la prison, 
£t s*aurés par tens chanson. 



J'ai cuer et cors et désir, 
50 Plus ke je ne die assés. 
Mis en bone amor servir ; 
Or m'atent si grans bontés. 
Car je sui en prison mis, 
Mais Amors et Beatris 
55 M^ont tel seoors envolé 
Dont je sui joians et liés : 
Ains ke je fuisse afamés, 
Sui délivrés 
De la prison 
60 Bt s*ai trovée chanson. 



Beatris, je fui trais. 
Et par vos nomer guéris ; 
Bien vuel que vos le sachiés, 
Et vos pri que vos fachiés 
65 Jehanain chanter assés, 

Et si prendés 

De la prison 
L^enprisonnée chanson. 



48 EH IL De legier ferai ckamon, ~ 40-fin. La strophe 5, ainsi que 
l'envoi, manque dans EHIL. — SS A Or me tant $i grant bonteil, — 63 fe 
omis dans A. — 66 A £t «a. 



DE GILLBBBRT DE BERNEVILLE. 81 



13. 



D'apràsC 134^ coUationnë avec A, n» 181, H 55 et L 95^ ; la 
chanson ae voit encore daaa F, p. 150, M 1 17 (anonyme) et N 91 . Le 
texte de ce dernier a été reproduit par Relier dans Rom?art, p. 294, 
et diaprés lui, par Mfitzner, Altfranz. Lieder, p. 52. 



F 



ois et amers et loiautés 
Sont en moi sans jà défaillir ; 
S^ensi est ke soie obliôs, 
S'ain je trop mi^a à maintenir 
5 Loiauté que fol usage ; 
Empris Tai à hiretage. 
El par biau servir 
Vient à son désir. 
Il fait mont biau vasselage. 

10 Hom qui aime et Yuet estre amés 
Doit toute mauvestiet haïr 
Et doit estre courtois et tés 
K'il ne s*en doit enorguellir. 
Cil alieve son hontage 
15 Ki par force et par outrage 
Vuet d'amors joir ; 
Bien i doit faillir 
Ki la requiert par hausage. 

2 A fifl «I flRoî.— 6 HL Apris fm — A m mta^«.— 9 A 5i7 faii (s éUnt 
9> e dans ce ms., $'U vent dira eU). — 10 HL el qui teni ammr, — 18 Kel- 
1er (et après loi, Mâtsner) a el <et, qui n'a pas de sens. — 15 H i» daii 
poi orguéUir. — 14 H eslievê, — 15 L fMr muirage, — Id A veuli amen. 
— 17 H £/ Inen. — 18 A (contre la mesure) Cil ki. — H par outrage, -^ 

G 



8S CHARSORft 

Quant dame aime, c'est teus bontés 
20 Que nus hom nel porroit merir, 
Et se li amis n^est sénés, 
Ele a pooir del repentir ; 
Qu^ele ne doit nul servage, 
S*ele i Toit son arierage ; 
f^ ' Bien s'en puet partir. 

Ne s*en doit tenir, 
Se sien en sont li damage. 

D*amors ne doit estre honorés 
Hon ki ne set bons devenir, 
30 Ains doit estre à tel f uer menés 
Ke dame ne le doit oi'r. 
Mais li félon plein de rage 
Sèvent si bel de langage 
Et lor mos polir, 
35 C*on ne set choisir 

Liquel ont loial courage. 

Trop est vilaine lasquetés 
DVimours dechevoir par mentir. 
Mais qui les biens a conquestés 
40 Par courtoisie et par soufrir, 



10*27 Cette strophe fait défaut dans AHL. — i9 Mfttzner corrige Ici 
sans nécessité : Quant damie est to* 6ofi/«f . — Si N cfe repentir, — S4 N 
S'ele voit, — 26 C et N ont Ne Ven doit ; j*accepte la correction de Mfitzner 
Ne $*en doit tenir (abstenir). — 27 N Chieus en, G Cet sien en ; les deux 
leçons sont suspectes. Mâtzner corrige te tiens en, niais tieus comme 
nomin. plur. est incorrect ; j'ai donc mis se sien (« al les dommages sont 
pour elle »). -*- 29 A Ki ne veult, L Cil ^fit. — 30 HL Iwrés. ^ 31 kjàtr ; 
H ne Ven doit haSr, — 52 A cil félon plein d'outrage, — 33 AHL si hien 
lor, Keller : si biau leur, -r- 58 Keller : lA quels a. — 37«45 Strophe man- 
quant dans AHL. ^ 37 N /of qvestés. 



DB GILLKBBRT DE BBRNBVILLB. 83 

Je le tieng à grant barnage. 
Yoas ki à chel avantage 

Volés avenir. 

Sachiés maintenir 

45 Hounour, s*estes au passage. 

/ 

Ghançon, faites mon message, 
Direz ma dame la sage 

Que par son plaisir 

Vos daint retenir, 
50 Car por s*amor vos trovai je. 



41 N M iim d tnoU grant 6. — 45 N ou patiage. — 46 L'envoi ne se 
iroaTe pas dans les antres manuscrits conférés. 



u. 



Nous donnons cette chanson, le plus souvent attribuée à Qillebert 
de Bernevilie, d*après le ms. A, n^ 202, mais en y ajoutant les deux 
strophes que les msa. de Paris que j'ai coUationnës ont en plus. Ces 
mss. sont E 66, G 115, H 56 et L 97^ Je n'ai pas eu le loisir de 
consalter F, p. 143, ni M 88. 



H 



ante chose a en amor , 
Bien la doit garder ki Ta ; 
Ne peut faillir à honor 
Fins cuers où elle sera ; 
5 Ke plus aime, plus metra 

3 EGL Ne doit, H fTa pat failli.-^ S EGL Ki meut (ou melx) ; H Kiplut. 



84 CHÀMSOMS 

Trestout son désir 
En bons devenir ; 
Por valoir. 
Doit avoir 
10 Chascuns fine amor 
Sans movoir. 

Dame, por vostre valor 
Mes fins caers vos enama, 
Et bien sai que n'a meillor 
15 Delà la mer ne deçà. 
Amors pas ne m^oblia 
Quant me fist choisir 
Tout à mon plaisir. 
Por valoir, 
20 Doit avoir 

Chascuns fine amor 
Sans movoir. 

Del tout fera son pior 
Ki d'amors se partira, 
25 Ne jamais plus vilain tor 
En sa vie ne fera 
Ke dont qu*il les laissera, 
'Mais sans repentir 
Si doit Ten tenir ; 
30 Por valoir, 

Doit avoir 
Chascuns fine amor 
Sans movoir. 



6 E tonplenr. — 10 EL Chascum fins' amans, GH Ch. bone anumr. — 
1 1 L (et je pense aussi E) son valoir. — 14 GHL Car bien — EGH qull n*a. 
— H moillor, — 23 EGHL De trop, — GL poior, E peior. — 25 E «t vilain,-- 
27 EHL D'amors ^ut la, G Amors qui ^.--28 G sans départir, --^ k Se doit. 



DE GILLBBBRT DE BERNBTILLE. 85 

Amoars enseigne et aprent 
35 Son home et le met en pris ; 
Por c'est foux qui ne se rent 
Et qui son cuer n'i a mis. 
Et je oon leaos amis 
Amors seryirai 
40 Tant con je viyrai ; 
Por valoir, 
Doit avoir 
Chascuns fine amor 
Sans movoir. 



45 Moult est foux qui ne s'apent 
A amors servir toz dis, 
Qu^amors tient celui joiant 
Qui est à li ententis ; 
El m*a si lacié et pris 
50 Ses prisons serai. 
Et si m'i tendrai ; 
Por valoir, 
Doit avoir 
Chascuns fine amor 
55 Sans movoir. 



3444 Cette strophe manque dans A. ~ 36 L «*« rcnL — 40 H £< si 
m*i tandrai. — 43-39 Cette strophe manque dans A. — 48 G Qui m lui 
e$i. — 49 H Si m'a Utcié et êopris. 



/ 



86 CHANSOKS 



18. 



Copié sur le nu. L 93, collationné ayec B 144^, G 160 et E 68. Je 
n'ai pai en le loiair de comparer F, p. 145. La chanson estattribnée 
dans C à Robert de la Pierre. Le ma. 6 n'a que 3 atr., dont la der- 
nière lui est propre, E et L n'ont pas la 6* et je la donne d'apréa C. 



H 



éy amora, je fui noria 
En Yostre couvent 
Et caidai manoir tous dis 
En Y08 ligament 
5 Sans jà deasevrer, 

Mèa je n'i porrai durer, 
Ce m*e8t avis, 
Car de toutes pars 
Sui assaillis , 
10 Si n'i ai mort deservie 

Et bien vueil qu'amors m'ocie. 

Onques mes si entrepris 
Ne fui por noient , 
N'onques si loiaus amis 
15 N'ot tant de torment 

C*on j'ai por amer. 
Car ceus où me doi fier 
Truis anemis ; 



6 B Bien voi n*t. — iOBJe nï a (sic). ~ 1 1 B Maii 6ttfti. — 12 B ft eiba- 
his, — 12-13 C Àinc mes nw si entrepris Ne fu, — 14 B ITonques wts fins 
amins. — 17 B Car saus o medo ficir (je donne ceci comme spécimen de 
l'orthographe de ce ms.). 



DB GILLBBUT DE BERlfSTILLB. 87 

Dex m'en doint Tai^jaiiM 
20 A mon deyis, 

Car n*i ai mort deferTie 
Et bien raeil qu'amors m'ooie. 



Moult e8t mes cuers esbahis, 
Qui tant de maus sent, 
25 Si nés ai pas deservis, 
Ne ne sai cornent 
Oes puisse eschiver. 
Hé las, por li foi porter 
Sui je traïs 
80 Si que des maires 

En foi haiSf 
Si n'i ai mort deservie 
Et bien rueil qu'amors m*ocie. 

Et puis que sui envaïs 
35 De si maie gent, 

Dame, où j'ai tout mon cuer mis, 
Car aies talent 
De moi conforter. 
Car jà n'i puis eschaper 
40 De leur mains vis ; 

Dex m*en doint venjance 

A mon devis. 
Car n'i ai mort deservie 
Et bien vueil qu^àmors m*ocie. 



90 BB A mon pUiir, — 28 lion ms. a por lui. — 30 Mon ms. a de mesdi- 
Mans, E deà metdisatu ; la mesure in*a fait suivre la leçon de t. — 31 EL 
Sui haû ; j*ai suivi G. — 34 C acueiUiz, — 36 G Beh en qui f ai m, c, m, 
— 38 E Car je ne fwtt, G 1/ (« ou) je. — il-43 G Et te va» vclée Je eui 
yiirtf (leçon préférable). 



88 GBA1I801IS . 

45 Tout lor povoir m'ont poiquis 
Et lor noisement 
Icil dont je sui honûf 
Mes B en vo cors gent 
Puis merci trover, 
60 Je porrai bien eschaper ; 
Et To proofls 
Ert s'eschaper puis 
Sans estre occis, 
Car n'i ai mort deservie 
55 Et bien yneil qu'amers m*ocie. 

Damoisele, de grant pris, 

Tasse, proiez Tent 
Qu'à cens par cui sui nuisis 
Prende vengement. 
60 Par moi rapeler 

Les cuers lor feront crever, 
De ce sui as ; 
Et je n*i ai pas 
Ces maus meris, 
Ô5 Et quant n'ai mort deservie, 
N'est pas drois qu'amors m'ocie. 



45-47 G Tout le pwoir tnowt pou pris El le nuùement De ceue donlje eut 
faidit. — 48 G fPen vp biau car$ gent» — ttO E reepaeicr. — G Âidiéê me à 
reevigorer. — 51 G Car vo pr. — 56-66 Getle strophe appartient à G seul. 
— 57 Tasse in*e8t inintelligible. — 61 Le sens parait réclamer fera. — 65 
Mb. El je n'ai pas. — 64 Ms. dcser^ ; ce mot, qui gftte la mesure, a pro- 
bablement été déterminé par deservie du vers suivant ; j*ai mis à sa place 
le synonyme vuris. — Le ms. B fait suitre l^s deux premières strophes 
qu'il a en commun avec les antres, d'une troisième et dernière qui lui 
est propre : 

Biaz douB cuers, fiers et entiers, 
Por vos Yoil morir, 



DE.GILLBBBRT DE BBRTIEVILLE. 89 

Ne Jà de vostre dtngf er 
Ne kier mais issir, 
Gel (= tel, se le) volés soflTrir ; 
Mais cea m*i fait resjoir 
G*à mon plaisir 
Morrai por celi 
Coi tant désir; 
Je n*i ai mort deservie. 
Mais bien voil c'amors m*osie {ne). 



16. 



Copié d'après E 68, coll. ayec B 92^, 1 16^ et L 93^. — Imprimé 
dans Dinauz, II, p. 190, et dans Laborde, Essai, II, 166. 



J 



*ai fait maint vers de chançon 
Et s'ai mainte fois chanté, 
Onques n*en ci gerredon, 
Nis tant c'en m'en selist gré ; 
5 Mes jà por ce n'iere fans, 
Toz fins et loiaus 
AT en irai, 
Et serai 
Sages, si me recrerai 
10 D*amer celi 

Où il n'a point de merci. 

Je ne donroie un bouton 
D*amors ne de sa fierté, 
Issuz sui de sa prison 
15 Où j'ai maint mal endure. ^ 

S B S'ai parmainiei. — 4L Ne$ tant» — 6 B Maie fine. -^ 9 B tvcroi- 
rai ; Diaaiiz rttrerai (faute de lecture). — 10 G celui. — 15 G maint mam. 



90 CHÂHtOMS 

Amors n*efit fort paine et luaas, 
Tormens et travaus ; 
Joie n*ai 
Quant les ai, 
20 Et por ce je m*ea retrai 
D'amer oeli 
Où il n*a point de merci. 



Se j*ama88e traîson 
Ne mesdit ne fausseté, 
25 L*on m'etist tenu à bon, 
Et si m'eUst on amé ; 
Certes amors desloiaus 
Jà n*iere deoaus, 
Ainz ferai, 
30 Quant voudrai, 

Chançon, si me recrerai 

D*amer oeli 
Où il n'a point de merci. 



Nus ne se puet avancier 
35 En amer fors par mentir, 
Et qui meuz s'en set aidier. 
Plus tost en a son plesir. 
Qui famé justisera, 
Jà ne Tamera 



17 B Et tuy$ (t) e/. — 20 B Por tant ii me recrmrai, ^ Dîdsux, contre 
les mss. et le rbytbme, retrerai. — 14 B fi« malvestié.^ 26 B Si nCaûst on 
muelz amé. — 28 L do eaus ; Dinaox, surenchérissant, en s fait de çatts, 
-- SI B Biau chanta ti me reeroirai. — Dinaux : retnUerai (!). — 35 B £n 
aiMort. -- S6 B 5{/ H ci)) ki. --37 BaUi deUi, — 38 6 ehaêtùiera. 



DE GILLBBERT DE BERIIBVILLE. 91 

40 Par couvent, 

Loiaumenty 
Et por ce je me repent 

D'amer celi 
Où il n'a point de merci. 



45 Certes, jà celer nel quier, 
J'enpris ma dame à servir ; 
Rendu m'en a tel loier 
Qa'ele me cuida tralir. 
Voirs fu, s'amor otitia, 
50 Mes el me gaba 

Por vil gent ; 
Vengement ., 

M'en doint Dex ! Je m'en repent 
D'amer celi 
66 Où il n*a point de merci. 



AtLnme r.— B Partant mes euers $e r0pffl^— Dinaiu, contre la gnm- 
maire da temps : repen». — 45 B /à ncu hier noter, — 46 B Tauprei (sic). 
— 48 B nCan eaida » Dinaox : ne cuida, — 49 B Voin est, — L m*otroia. 
--90 Bêle gobai {ai =s a). — 51-53 Vaùrement Por tnl gent, — 53 B Por 
tant me» euerê te repent, -— L je me r. — DiDsax a imprimé la forme 
impossible doient p. doint. 



92 CHANSONS 



47. 

Texte de A, n? 234, comparé arec E 69, H 65>», I 43, L M*>. Se 
trouve auflai dana F, p. 148. 



J 



*ai 80 vent d'amors chanté, 
Encor en ohant ; 
Totûours sni et ai esté 
En lor cornant ; 
5 S'a la fois m'a fait dolant 
Et desconforté. 
Or m'a si bien asené 
C'a mon vivant 
N'oi mais tant 
10 De joie à ma volonté 
Ne de delis, 
Gom en amer Beatris. 

Cil qui sont espoanté 

Et esmaiant 
15 Por femme, sont tost maté 

Et recréant ; 
Or ferai plus que d'avant 

De joliveté. 

2 EL Et ettcor (E oncor) chant. — 4 EIL En 9on. — 5 EL 5*à la fn ; 
H Mainte fins, I A la fini, --l&nui fet. —1 kùr teux ti bien oieneii ; la 
rime s*oppose à uoe tarmiaaisoD eo # (aom. sing.); c*est ce qui m*a fait pré- 
férer la leçon de toas les autres mss. — 8 A d mont. — il EHIL ITà mon 
dem, — i2 A Com de bien amer (leçon contraire k la mesure) ; EL De 
bien aimer ; j*ai donné la préférence à H. — E Bietrie. — 14 E £m 
esniaiant. — 15 E Por famés, î par fitme, L por famée. — 17 Les mss. de 
Paris ont qtu devant. 



DE GILLBBERT DE BBRNEYILLB. 95 

Por ce s'on m'a marié, 
20 N'ai je talent 

Pou ne grant 
Ke jà soient mi penser 

Ailiers assis 
K*enla belle Beatrié. 



25 Toutes dames ont bonté 
Mien esciant, 
Mais sachîés, en vérité 

Je vos créant, 
Nés ke la nuit va luisant 
30 Solaus en esté. 

Ne peut rendre la clarté 
Ne le semblant^ 
Ne se prend 
A nulle autre grant biauté 
36 Ne au douz ris 

De la belle Beatris. 



Clers solaus sans tenebror, 

Enluminés, 
Passe toute autre luor, 
40 Bien le savés ; 

SI Hl Ton* tu quant. — Î4 L Qu'à te. -- S6 L Mon eicient, — 27 EIL 
por vérité, H par v. — S8 EHIL Le vos. -^ 29-34 EHIL ; 

Ke la lune tost luisant 
Soleil (H toloil) en esté 
Passe de fine clarté, 
N*k son semblant 
Ne se prant 
Ne k la très grant beauté (HL N'a la tr. grande 6.). 

35 A â doulz m. — 37-48 Strophe manquant dans H. — 39 A lior. 



04 CHANSONS 

Ausiment a surmontés 

Tous ctters de ralor 
Celle ki de tonte honor 
Est dame et clés, 
45 Mais jà grés 

N'iert ke^'aie bien nul jor, 

Nés paradis, 
Sans si faite Beatris. 

Bone dame cui j*aor, 
50 Ke tant valés. 

Je me tieng à grant signor 

Quant mes pensés 
Ai en vos servir tornés. 
Et par vostre amor 
55 Sui de mon cuer sans retor 
Déshérités : 
Vos l'avés. 
Si ke n*ai nulle dolor, 
Tant m*esjoïs 
60 Quant j'oi nomer Beatris. 

Dame d*Audenarde, oies, 

Se sentes tristor, 
Or n'en aies jà paor, 
Tost la perdrés 

Ai ^lUAutresi. -^ ktormmteit, — 43 I Celle de ki toute A. — 45 EIL 
James gréi. — 46 Les mots nul Jor sont sautés dans E et L. — 49 EHL 
Bêle dame; l Bêle dame de valour, — 50 H I Ki tant, — 51 I â grant valour 
(étourderie du copiste, qui répète le mot 6nal de son v. 49).— 52 Lvopeii- 
eéi (faux). --tSI5E Etten vos, L Est vos (!). — 54 H Ef por, — 56 A Deheri- 
teis. — 58 KHIL n'ai mal ne dolor. — 59 E 5t m*esjoïs. — 61-68 Cet envoi 
ne se trouve que dans mon ms. A. » 62 A Si (selon la phonétique de ce 
ms. ■• se). 



DB GaLBBBHT Ml BBRMBVILLB. 9o 

65 ' S*aprendé8 

Mon chant ; de si grant savor 

Bt de tel pris 
Est 11 haas nons Beatris^ 



18, 



Cette chanson est anonyme dans le ms. E 152 , d*où je Tel 
tirée, mais elle est inscrite an nom de notre tronTère dans L 96. Je 
ne Ta! pas rencontrée ailleurs. 



J 



amès chançon ne feroie 
Ne autre joliveté 
S*à ma dame ne pensoie, 
Où tant a sens et biauté, 
5 Et quant Tai bien remirée» 
Sa biauté, test ai trovée 
Ma chançon et fait le chant. 

Dex, je Faim tant, 
Ma dame, quausi vodroie 
10 Qarder 8*eneur que la moie. 

Vis m'est que je mesprendroie 

Et feroie lascheté, 
S*à ma dame ne pensoie 
Où tant a sens et biauté, 
15 Mes je n*ai mie en pensée 
De moi soit entr'oubliée 



3 L êem a et (de môme U). — 5 L fai bien, — 45 E en omis. — 16 L 
(et peat-éire aussi B) Que de moi. On pourrait snssi laisser çut et mettre 
oubliée. 



96 CHANSONS 

A nul jor de mon vivant. 

Dex je Taim tant, 
Ma dame, qu*ao8i vodroie 
20 Garder s'eneur que la moie. 



Et vrais Dex, coment porroie 

Tant servir en mon aé 
Que poisse avoir la joie 
Où j'ai si souvent pensé, 

25 Car forment Fai désirée. 
Por coi fu de mère née, 
La très douce au cuer vaillant ! 

Dex, je Taim tant, 
Ma dame, qu'ausi vodroie 

30 Qarder s'eneur que la moie. 



^Ln forment. — 25 L Dear souvenn*at. — 26 E Dexporeoi^ L Por coi 
fit ele ; les deux leçons faussent la mesure. 



19.. 



N« sa trouve que dans C 134. 



J 



amès ne perdroie manière 
De chans ne de chancons trover. 
Se ma très douce dame chiere 
Me voloit sanz plus conmander 
Que je chantaisse liement ; 
Ce ne li greveroit noient 
Et si m^auroit mon sens doublé 
Et toute ma joliveté. 



DB GILLBBERT HB BBRNBTILLB. 97 

Mais quant plas l'aim, plus la truis fiere ; 
10 Et si ne sai ailleurs penser ; 

Trestoute ma poi^ance entière 

Ai mise en son gent cors amer ; 

Dire puet tôt hardiement 

Que nule n*a comandement 
15 Seor moi fors ele en vérité ; 

Or me doint Dex faire à son gré. 

S*ele me feïst lie chiere, 
Toz mes chans vosiase amender. 
Dame, vos estes ooustumiere 
20 De si courtoisement moustrer 
Biau samblant à tote la gent. 
Et à moi faites mantalent, 
Qui cuer et cors tos ai doné ; 
N^onques n*i quis fors loiauté. 

25 Quanque Je faz, tôt li anoie, 

Et si ne m*en sai conseilUer ; 

Amors, faites qu*à son gré soie, 

Mieus ne me porriés vos aidier. 

Hé y Dex ! por coi me fait languir, 
30 Quand je m'ottroi à son plaisir ? 

Ne jà Dex ne me doint pooir 

Qu'aie d^autre servir voloir. 

Se por une autre l'oubLoie, 

J*en feroie mains à prisier, 
35 Car certes je ne me porroie 

Nule part si bien emploier. 

Par Dieu, je l'aim mieus à servir 

En bon espoir, sanz plus joir, 

Qu'avoir d'une autre et main et soir 
40 Tos mes solaz, par estovoir. 



98 CHANSONS 



20. 



Ma. C 131 coUationnë avec D 35. 



J 



e feîsse chançons et chans 
Mieus c^onques mais et plus sorent, 
Mais il par est si très obiers tans 
De merci qae n en truis noient ; 
5 Je ne sai où ele maint 

Ne je ne trois qui m'i maint ; 
Ne jà bian cbant ne fera 
Qoijoie n^aura ; 
Hé las ! j'en sui trestoz nus 
10 Desvesttts. 

Or iert assez tost aparans 
Li maus qui ou cuer me reprent, 
A toz jours i sera manans, 
Se ma dame ne le desfent ; 
15 Et sai bien qu*ele s en faint, 
Et si n est nus qui tant Taint , 
Mais si tost qu'il li plaira, 

Me confortera' 
De joie, dont sui toz nus 
20 Desvestus. 

La granz biautez, ses douz samblanz 
Et si très bel contenement 
Mont pris, et amors li poissans 
M*a mis à son comandement, 



4 C mercii, — 7 D biaui chans. — 13 D ol ctier. ^ 15 D te faitU. 
itf D ne$î cueri, — 17 D toit coftH^ —.21 D ianlanz. 



DB GILLBBERT DE BERMBVILLB. 99 

25 Car toz ouers fors le suen vaint. 
Dex, tant m*aiigoi88e et destraint 
Li mami que j'ai grant pieca, 
En fin m'ocirrai 
Car de joie sui toz nus 
30 Desyestus. 

Samblant faz que soie joians 
Tel foiB que j'ai le euer dolent. 
Car ne vueil que mes couvenans 
Sachent félon et maie gent, 
35 Par oui mains grans biens remaint ; 
Dame, dont faus hom a taint 
L'amor, jà n'en partira, 

An^ois en sera 
Ses cners de joie toz nus 
^^ Desvestus. 

Coument que mes fais soit pesans, 
Toz jors servirai loiaument ; 
I>ehez ait faus Quers et glaçans, 
Qui por s'amie trahir ment ; 
45 Devant li fait un faus plaint ; 
Hé, Dex I por coi ne li paint 
Ou front ce qu'il pense là ! 
Joie venist çà, 
De quoi je sui trestoz nus 
60 Desvestus. 

De feme ce dient maint 
Que cil aeure à boa saint 

»D ««1.-38 D ieui faii. « 46Cii. U est point. D ne lipaint 
' 8S C aore, D aeure (qai est plus correcl). 



100 CHANSONS 

Qai amors et amie a ; 
De moi que sera, 
55 Qui de joie sui toz nus 

Desvestus ? 



54 G Dejaiê mot (lapsas da scribe). 



21. 



Diaprés C 131, coll. avec D 34 ; dans ce dernier ma. il est remar 
que que la pièce /« eorùnée. 



J 



e n*eU8se j& chanté 
Nul jor, par mon escient, 
S'amors ne m'eUst doné 
Le sens et l'entendement, 
5 Et puis qu'amors le m*aprent, 
Drois est que ma chançon paire 
JElenvoisiement ; 
Chans sovent 
Doi bien faire 
10 Por la bêle ù je me rent. 

S'ele m'avoit fait bonté 
D'un douz regart solement, 
«Taveroie conquesté 
Bien, onor, joie ensement ; 
15 Et s*ele raison entent. 

J'ai de ma mort essamplaire, 

e C qu*à ma ehançon, ^ i2 D D'un $tul rtgart. 



DE GILLEBERT DE BEBUBYILLB. 101 

Qa*al droit jugement 
Voirement 
Ne doi plaire 
20 A li, tant a le cors gent. 

Encore avérai son grë, 
S'esperance ne me ment ; 
Je n'ai nule setirté, 
Fors de Tespoir solement. 
25 Si très douz recordement 
Me sunt si fin debonaire 
Qae par eas consent 
Bonement 
Mal qui maire 
30 Moi si que partot m*en sent. 

Dex, tant aurai desirré, 
Et désir, qu*à son talent 
Eûst voloir que santé 
Me donast, quar je l'atent 
35 De li et d'autre noient ; 

Et quant merci n'en puis traire, 
Descpnfortamment, 
En torment, 
M'en repaire 
40 Dusqu'à son comandement. 

Onques vers li n*oi pensé 
Qui finast vilainnement, 
Ainz serf et s*ai yolenté 
Que servirai loiaument 

90 p debatmrmneni (lapsus). — 39 D «i maire. — 33 D Wiûsi volmrs. 



iQ2 CHANSOIIS 

45 Ma dame, si vraiement 

Proi Dieu que le cner m'esdaire 
En alegemeot, 
Et s'ament 
Mon contraire, 
50 Si voir qu*à nul mal n'i tent. 

Au Bouteillier fac présent, 
Colart, de mon chant ; retraire 
Le doit à la gent ; 
Plus esprent, 
55 Sanz mesfaire. 

Ses cuers d'onor qu*autre cent. 



56 D qu''au^refneHt. 



22. 



Cette chanson ne se trouve que dans D, d*abord an fol. 36, puis 
une deuxième fois, mais sous le nom de Robert de la Pierre, au fol. 
167 ; ce second texte offre quelques variantes que j'ai notées. 



J 



oliement doi chanter 
Puis que fine amours m'en prie, 
Si ferai chançon jolie. 
Ce ne puis je refuser. 
Car si sui siens sans fausser 
Que n^est drois que Tescondie, 



A Car ne puis la. 



DE GILLEBERT DE BERNETILLE. 105 

Ne jà nul jor de ma Yie 
Ne in*en partirai ; 
Amoaretes ai 
10 Jolietes, e'amor ai. 



Se nus hom doit bien amer 
Poar sens ne pour eortoisie, 
Ne poar bone compaignie 
CTon paist en dame trouer, 

15 Sanz vilonie penser 
Doit estre en sa baillie 
Mes caers qni toz jors li crie 
Qu'ait de moi pite ; 
N'i os aler, si 

20 Envoi un très doue pensé. 



Si puisse jou conquester 
S*amor qui si me maistrie, 
Con je l'ai de ouer servie 
Sans nul bon point esquiver, 
25 Et ferai, ne recouvrer 
N'i quier, s*à droit deservie 
Ne l'ai si bien qu'amors die 
Qu'asés ai souffert. 
Je proi amors 
30 Que nus n'ait amie 

S'il ne la désert. 



10 s*amerai, ~ i8 Mon texte a merci ; la rime impose la leçon pite du 
secood texte. ^ 29 Ce vers fausse la construction rhjtbmique et la dispo- 
sition des rimes ; il est évidemment interpolé et d^ailleurs inutile, le que 
do vers suivant étant pris au sens de car. 



1 04 cHARsoro 

De cou me doi je doater 

Par droit, car je ne quic mie 

C*om puist deservir amie 
35 Pour nule paine endurer, 

Mes dame puet bien doner, 

Là ù ses cuers li otrie, 

De ses biens, et ce m*afle 
Que j'aurai mercbi ; 
40 Ma loiaus pensée 

Tient mon cuer joli. 

• 

Diex, con fait dame à loer 

Ki est de tel slgnorie, 

Quant ses cuers .tant s*umelie 
45 Kll daigne guerredoner ; 

Dont en ont, au droit parler, 

Li bon la millour partie, 

S^ert grans tors s'ele m*oublîe 
Ki Taim loiaument. 
50 Hareu I je muir d*amouretes, 

Biaus dous cuers, alegiés m'ent ! 

Gançon, va t*ent présenter 
A Gopin qui esoouter 
Te fera, si li afie 
55 Que jà de moi n'ert guerpie 
Gelé qui j'aour. 

49 Le !«' texte a ki Vami l'aim l. ^ li$ fe va pr, -^ bd favour. 



DE GILLBBBUT DE BERMETILLE. 105 



23. 



Ml. G 132^ (le mqI des mes. de Paria où la ohanaon le présente). 



J 



olivetés de cuer et ramembrance 
De bone amor me semont de chanter» 
Si chanterai, et Dez, par sa puissance, 
Me doint tel chant et tel chançon trover 
& Qu'as mesdisans face le sens derver 
Et negne en gré à ma dame prisie. 
Que j'ai tes jors de loial cuer servie ; 
Puis que la vi, ne seu aillors penser. 

Quant je remir sa très douce samblance 
10 Et son gent cors et son viaire cler, 

Et ne li puis conter ma mesestance, 

Adont covient mon mal renoveler. 

Las, je nU os ne venir ne aler. 

Car trop redout cens qui sont plain d'envie, 
15 Si ai paour que n'en perde la vie 

Que tant m'estuet de son don consirrer. 



Un mal soustieng, au cuer me point et lance, 
Et fait mon vis pâlir et deschamer, 
Mes jà por ce. se la mors ne m'avance, 
20 Ne me faindrai de ma dame honorer, 
Qa'amors set bien les maus guerredoner 
Au cuer qui sert loiaument sans boisdie ; 
Por ce di je que li hom n'aime mie 
Qui por travail se veut d'amors sevrer. 



i06 CHANSONS . 

25 James nul jor n'aurai au cuer grevance, 
S'or mi voloit ma dame rdguarder. 
Dez, qu*ai je dit ? Nenil, ma mesestance 
Ne mi lait pas tant de bien conquester. 
Ensi languis ne mi sai conforter, 

30 Car de mon cuer n'ai confort ne aïe, 
Ma dame Ta del tôt en sa baillie ; 
Prende le cors, je ne li doi veer. 

Merveilles est que nule retenance 
Ne truis en li, et si n'en puis torner ; 

35 Dex, qu'ai je dit ! Folie et grant enfance : 
U mes cuers est, là m'estuet demorer. 
Ghançon, va t'en à ma dame moustrer, 
Di li, por Dieu, qu'ele ne m'oublit mie 
Et que te chant, s*onques fist courtoisie ; 

40 En plus haut lieu ne te sai assener. 



24. 



Cette pastourelle se trouve, sous le nom de Oilebert, dans le ms. N 
(Vatican) n<> 1490, fol. 113^, d'après lequel elle est ici reproduite; 
anonyme, dans E 171, F, p 352 et L223 . Imprimée dans Bartsch , 
Romances et pastourelles, p. 268. 



L 



'autrier d^Ais à la Ghapele 
Repérai en mon paVs ; 
Dalés une fontenele 
Truis pastouriaus du[s]k'à sis, 

2 EFL repairoic,-- 3 EFL Dejaste tifM.— 4 EFL Trovai pattors jusquà. 



DE GILLBBBRT DE BBRNEVILLE. 107 

5 Lés casoan sa pastourele. 

Molt orent de leur delis, 

Car aveuc aus estoit Gais, 

Ki leur cant[e] et kalemele, 

En la muse aa grant bourdon : 
10 « Endnre, endare, endaron, 
« Endure, suer Manon ! » 



Foukes, Drieus et Perronnele, 
Gascuns s'est bien aatis 
Qu'il feront feste nouvele 

15 Ains que past li sains Remis, 
Si aura cascuns cotele 
D^icest an fors de Paris» 
Aveuc aus ert yestus Guis, 
Ei leur cante et kalemele 

20 En la muse au grant bourdon< : 
a Endure, endure, enduron, 
« Endnre, suer Marion I » 



Dist Drieus : a Li cuers me sautele, 
Levons sus, trop avons sis, 
25 De la muçoire à Taissele 
Sai les tours grans et petis ; 
Entre moi et Péronnelle 
L'avons usé et apris ; 



5 EFL Choicuns ol $a. — 8 EFL lor muse et ehaiemek. — EFL 
De la m, au gros h. — it-ti. Cette strophe constitue, dans notre ms. , 
fautlTeinent la 4" ; la str. sniv., la 2«. — it EFL Fouehier. — 13 EFL 
Chascuns daus s'est. — U EFL dance nouvele. — 15 EFL En un pré vert 
et fioriz (L fiori), — 16 EFL Chascuns aura sa. — 17 Ms. D*ieest anforc, 
EFL D'un des* envers de Senliz (L Saintlis). — 18 EFL Et si en avéra G. 
(httvra G.). — 19-20 Comnie 8-9. — 33-fln. Les mss. EFL remplycnt 



• 



106 GHANS0H8 

Tost nous ara à point mû 
30 Qnis qui cante et qalemele 

En la maae au gros bourdon : 
a Endure, endure, enduron, 
« Endure, suer Marion 1 » 



Sur l'erbe fresoe et nourele 
35 A caroler se sont pris ; 

Gascuns ot chapiau d*asprele, 

Et cha[s]cune, en son chief mis. 

Helos ne fu pas muële, 

Ains cantoit si à devis 
40 K'à son cant s*acordoit Guis, 



nos trois (lernières strophes par les deux suivantes : 

Dist Dreus : « Li cuers mi (L me) santele 

« Por Tamor de Biatriz, » 

Et Fouchier forment frestele 

Por 8*amlete Aaliz (L Aelù), 

Et Rogier s'amie apele, 

Si l*a par le chainse prise (Usez pris) 

Par devant toz aloit Guis, 

Qui lor muse, etc. 

Robins d*une (lahutele 
I fesoit deas sons tretis ; 
Por Tamor de Peronele 
S'en estoit moult entrepris : 
fc M*amiete est la plus bêle » ; 
• Ce dist (E dit) Rogier : « Ce m'est vis (L avis) ». 
Par devant touz aloit Gois 
Qui lor mase et cbalemele 
A la mnse au gros bordon : 
Endure.... 

34^.— Cette str. occupe, dans le ms., le 3« rang. 



DB GILLBBBET DB BBBME VILLE. 409 

Ki lear cante et kaiemele 

Bn la muse au grant boardon : 

Endare, endure, endurou, 

« Endure, suer Marion. » 



45 Lors dist Drieus : « La tourterele 
a Doit bien avoir Heluîs, 
a Car bien cante, et la flsele 
tt Aura Ersent au grant pis ; 
« Les wans et la çainturele 

50 a Donroumes à Beatris, 
Et no trois corés ait Guis, 
« Qui nos cante et kaiemele 
a Bn la muse au grant bourdon : 
c Endure, endure, enduron, 

55 a Endure, suer Marion ! » 



48 Ib. Hteni ; J'ai adopté la correction de M. Bartscb, en nietunt 
Ertent, 



25. 



Ne se trouve que dans C, fol. 132. Dinaaz (d*aprô8 Laborde, Essai, 
p. 168) en a donné les trois premières strophes dans le t. II de ses 
TroQtèrea, p. 199 (corrigez v. 6 pooie p. poiê^ 13 di p. dis^ 16 savpr 
p. iavoir). 



L 



i joli pensé que j'ai 
Me yienent de fine amor. 
Et oe que ma dame sai 
Fine et sage et de yalor, 



110 C1UN801I8 

5 Me conforte et tient en joie 
Et se je pooie 
Passer la meillor 
G'on sache de faire honor, 
Por ma dame le ferôie. 



10 Jamais n*entroablierai 
Un ris qui vint de douçor, 
Qu'ele fist quant Tesgardai, 
Mes ne di pas tel folor 
Que por moi fust, je faudroie 

15 Ne voir ne diroie, 

Mes de tel savor 
M*est el cuer que nuit et jor 
Me samble qu*adès la voie. 

Dame, je vos ai doné 
20 Mon cuer sanz jà départir ; 
SUl pooit estre à vo gré. 
C'est la riens que plus désir ; 
Dame franche et debonaire, 
Se Savoie faire 
25 Le Yostre plaisir* 

Mieuz ameroie & morir 
Que nus m'en veïst retraire. 



Tant ai en amors trové 
Qu'à toz jors la yuell servir, 
30 Ele m'a fait tel bonté 
Que bien le doi descovrir, 
Car de son douz essemplaire 
Me fait del cuer traire 
Mes chans et fnmir, 



DE GILLEBKRT DB BERNBVILLE. 111 

35 Et me fait as bons chierir ; 

Taie honour me doit bien plaire. 

Plas e^onques mes me sui mis 
En amors nouvelement ; 
Dame, je serai toz dis 
40 Vos hou de cuer ligement» 
Tant c*aurai el cors la vie, 
Et se courtoisie 
En To cuer descent, 
Qui tort à moi, du présent 
45 lert mainte chancons oie. 

Ma chancons iert envoie 

A la seignorie 

Que j'aim' loiaument, 
S*iert bien mise et hautement 
Se de 1) est recueillie. 



26. 



Ma. E 7U, coll. ayec L 97^. Dlnaux en a donbë les trois premiers 
couplets II, 192, mais Tenvoi dont II les fait suivre ne se rapporte 
nullement à cette chanson-ci, ni à aucune statre de notre trouvère. 



M 



erci, amors, car j ai vers vos mespns, 
Gon desloiaus, parjures, foi mentie ; 
Enragiés fui quant par ma boche dis 
Qu'amors n'avait valor ne seignorie. 



2 E fui, l< fui. 



112 CHAMSOIIS 

« 

5 Certas je menti. 

Et si m'en deedi ; 
Je ne puis valoir 

Ne savoir 
Sens ne courtoisie, 
10 S*amor8 me m*aïe. 

Par Dieu, amors, qu'or soit arrière mis 
Voà mautalens, s'oubliés ma folie, 
Et sachiés bien, se en parlant mefSs, 
Conques li cuers n'i pensa félonie, 
15 Ne se repenti 

D'estre en vo merci« 
Âins i vueil manoir 
Sans mouvoir ; 
Cuer et cors et vie 
20 Met en vo baillie. 

James cuers n*iert cortois ne bien apris, 
S*amor8 n'i met son sens et sa maistrie ; 
Por ce Ten vueil en bone foi toz dis 
Servir, coment qu'il m'aviengne d'amie. 
25 Seignor, fin ami, 

Fêtes autresi, 
Ne vos chaut d'avoir 

Fol espoir. 
Car tels biens detrie, 
30 Qui puis mouteplie. 

Se je me puis vers amors acorder. 
Je l'en ferai si très haute amendise 
Qu'après ma mort en orra on parler 
Jusqu'à cent ans. Hé, Pitiés et Franchise, 

ii L eoT ioit. — 16 E voi, — 31 LJa nu$ cor». 



DB G1U.EBBRT DE BBRNBYILLB. liS 

35 Metés i la pès I 

S*an toi seul mesfès 

Desfent malgré vos 
Yoiant tos, 

Qtt6 pèa ne soit qaiae, 
4D Yo foroe est jus mise. 

Toute perdrai Fachaison de chanter, 
Se mercia n*eat là où je l'ai reqoiae 
Bt requerrai ; se je la puis trover. 
On me verra muer en meillor guise 
45 Conques ne foi mais ; 

Mains chans en ert fais 
De cuer amoros» 

Desiros 
De faire servise 
50 Que ma dame prise. 



27, 



Copie sur E 69, coUationné sTec H 91b, I 43^ et L 95. Aussi dans 
P, p. 149. 



O 



nques d^amors n*oi nule si grief paine 
Que me fesist nul jor désespérer. 
Tant aim de cuer sans pensée vilaine 
Celé dou mont qui plus fait à loer, 
Bien m*est amors et nuit et jor prochaine, 
Qu*el cuer me maint ; ne me verra aver. 



^l Qtnmi ftiU un jor» » 4 H La riens dou moni, — 6 H Qu'où cutri 

8 



114 CHANSONS 

Car je li doixig qaanque li pais doner : 
Et cuer et oors et pensée soayraine. 

Onqties amora ne fti de moi lointaine, 

« 

10 Ne je de li, très ce que soi amer, 
Tout a mon cuer en son lige demaine. 
Et si sai bien que ne m'en peut sevrer 
Longue atente, tant soit à moi grevaine ; 
Tant m'a conquis qu*el me fait aorer 

15 li et la croi tant qu'el me fait senbler 
Que c'est li dex de la joie mondaine. 

Celé qui j'aim est tant de bonté plaine 
Qu'il m'est avis que la doi comparer 
A Testoile qu'on claime tremontaine» 
20 Dont la bontez ne peut onques fausser : 
Le marinier parmi la mer hantaine 
Fait ravoier et à droit port sigler. 
Et set et voit quel part il doit aler 
Par Pestoile dont la vertus est saine. 

25 Ausi vos di, qui forvoie en outrage, 
En fausseté, en penser folement. 
S'il veut en bien muer son fol usage, 
Voist esgarder le bel contenement 
Et la valor de la très bone et sage ; 

30 Ravoiés ert en bon ensaignement, 
Con marinier à qui Testoile aprent 
Parmi la mer le plus settr passage. 



7 H Queje.-^îù H putf qtu.^ii La omis.—- i% I m'en puu, ^ 13 L Tant 
ioi, ^ I de moi, — 19 H fui (p. qu'on). — L qu*on nome, — 90 I ce$ur. 
« SI H morentér.— 35 I ^ m noie, — 28 I ion Hau oofi/«fMmen<.— 3S-40 
Celle strophe fall déraai dans les autres mss. 



Dl GILLEBBRT DB BBRNBVILLB. 115 

Tant lety tant vant, tant a loial oorage, 

Que tous li biens en li croist et reprent ; 
35 Honora a pria en son cner son ostage, 
. Si ne porroit manoir plas hautement, 

Ne où feist plos de son avantage ; 

Ce c'ounors yeut, yeat ses cuers bonement ; 

Por ce me lo d^amor qui la me rent 
40 Et met mon cuer de tout à héritage. 



Caens d'Anjon, j*ai mis mon cner en ostage 
Que vers Âmors n'onverrai fanssement. 
Tous jors serai loiaos en son homage ; 
Hé, fll de roi; car li faites présent 
45 De vostre cuer, j& n*i auras damage» 
Et s'en croistra vostre honors ensement. 
Car il n*est nus, se fine amors Temprent, 
Ne soit adès plus cortois son aage. 

45 HI damage. — 46 H voitre honor omis. •— 47 He prenî. 



28. 



Ml. C 133^ coll. vnc D 36. Se trouva anaù dani N. 



o 



nques mais si esbahis 
Ne chantai jor de ma vie ; 
Amors m'a i la mort mis 
Et ma très douce folie, 
Où aine ne quis fausseté, 
Et si Tai chier comperé, 



116 CHANSONS 

Car cist maos me destraint si, 

Qni m*a assailli, 
Tôt m'a conquis et maté, 
10 Quar la mors est au degré, 
Qui me deffle. 

Cruelment m*a entrepris 

Cist maus qui m'estraint et lie, 

Ne puis aler u pais 
15 Où ma dame trop s'oublie, 

Tant que j'eusse esgardé 

Son cler vis encoloré ; 

Ble m*eiist tost garé ; 
Mais n*est mie ensi, 
20 Ains ai trop pis encontre, 

Quar la mors est au degré 
Qui me deffie. 

Je ne doi estre repris 

Se ma chançons n'e^t jolie, 
25 Car mes secors m'est faillis, 

£t ma dame ne set mie 

Qu'ele m*ait à mort livré. 

Trestot li soit pardoné. 

Sire Dex, pardonez li, 
30 De cuer vos en pri, 

Qu*ele se j'oe à Loncpré, 

Et la mors est au degré 
Qui me deffle. 

9 D 5t m'a, — 10 D li fnor$. — i3 D lA mata qui me deitraini et l. — 
17 D San bel vis. ^ C ruer p. cler. — 18 C porte Toet m*eûst gari ; le 
7« vers du couplet devant être de 7 syllabes, j*ai corrigé d'après D, 
qui a Ele m'eOit tuée gari. — 31 £/ (î mors. ^ 26 D nel set. — 30 J'ai 
accepté par raison métrique la leçon de D, plutôt que celle de C: Je vos en 
ftri. — 51 C Que S0;ee, D Qu'ele sejuc : — 34 D Dexconje fui Hen tr. 



DE GILLBBERT DE BERNEVILLE. 117 

Hé , Dez, con je fai trahis, 
35 Quant senti ma maladie, 

Con message ne iramis 

A ma dame por aie ; 

Vers la mort m'ettst tensé 

S*an salu m eiîst mandé, 
40 Mais c'est niens , g'i ai failli ; 
Trop est loins de ci. 

Cist maas.m'a si alité 

Que la mors est an degré 
Qui me deiBe. 

45 Roïne de paradis 

Je morrai en vo baillie ; 

Se j'ai en fais et en dis 

M'ame de Dieu eslongie, 

Douz caers plains d*amilité, 
50 J*ai fiance en to Jwnté 

Que vos proieroiz por mi, 
Car j'ai trop dormi 

Et en pechié sejorné, 

Et la mors est au degré 
55 Qui me deffie. 

Vrais rois, plains d'umilité, 
Conduisiés me à sanveté. 
Je muir à cuer trop mari 
Quant celé n'est ci 
60 A cui je doi feeoté, 

Car la mors est au degré 
Qui me deffie. 



36 D II 01 iramis (uotre ^raiiiû est le parfait).— ZS D Dû la mort. — 
41 D Uin de mi, — 42 D Et cist maus m'a alité, — 43 D £< U mors. 
— 53D £fi peekié et ». - 61 D Et Umors. 



118 CBAHSOHS 



29. 



Copié dans D SSbt ^^f^ 1^ Tariantes de C 131^» qui» par aiiito d^ane 
lacération, eit inoomplet des tt. 8-28. 



P 



uisqu'amors 8d veut en moi 
Herbegiert 
Riens ne vanlt se je recroi 
D'envoiaier 
5 Por yrer eauyage. 

Dame bêle et sage 
M*a à justicier, 
D'estre en son dangier 
Ai bel avantage, 
10 Je m'en tien pliis chier. 

Ses bons sui entirement 
Sans cangier , 
Cascun an un obant li doi 
Envoier 
15 De mon lige homage, 

Btjàfaus outrage 
Li quit bien paier, 
Et pour moi plegier 
Li doins en ostage 
20 Mon fin ouer entier. 



Car milleur plege n*i voi 
Ne plus chier ; 

6*encor puis par son ottroi 
Efforder 



DE GILLEBERT DE BBRNKYILLE. 119 

25 De mon cors le gage, 

Certes, mieux ne sa ge 

M'onour ayancier ; 

Bien m'i doit aidier 

Çon que son damage 
30 Ne son mal n*i qoier. 

Ains le vael adès loer 

Et servir 
Et me Yuel en bien aimer 
Maintenir 
35 Sans penser folie ; 

Se jà vilenie 
Li qoier, jà venir 
Ne puisse au désir 
Que j*ai de 8*aïe 
40 Prendre & son plaisir. 

Monlt sent amours bien ovrer : 

Au venir 
De moi vint le cuer ester 
Et saisir 
45 Que n*en senti mie ; 

G*est bêle mestrie 
D'omme cuer tolir 
Sans le cors périr ; 
Si douce envaie 
50 Puet on bien souffrir. 

Dame, rente à vie 
Vos doi monlt jolie, 

W.CNeque nuil. — 31 Le, forme picarde p. /a, G to. — 45 D fi« ienîi , 
C n'en eenti (c*est la leçon quil faut}. 



110 CHANSOHS 

Ki ne puet faillir 
Des! au morir : 
56 Par yo courtoisie 

Le faites oïr. 



SeCfaAnte». 



A 
I 



30. 



Gopi^ dana B 67^, coll. avec G 1GI> et L 9f^. Aussi dans le ms. N. 




aidoient 11 losengier 
Por œ se il m*ont menti. 
Que je me doie esloingnier 
D'amors et de mon ami ? 
5 Bn non Dé, je l'amerai 
Et bone amor senrirai. 
Nuit et jor. 
Sans fere folor» 
Et sMere enroisie, 
10 Chantant et jolie. 

Jà ne m'en quier esloingnier, 
Des mesdisanz dirai fl, 
S*amerai mon ami chier ; 
Dex ! car fost il ore ci, 
15 Li biaus, li blons au cuer vrai ! 
Qu*ainc plus raillant n'esgardai, 



i B il meidiêani (contrtlre I la rime). — S G tl ont. 



DB GILLBBBRT DB BBRIIEVILLE. 121 

S'ai amon» 
El mont n'a meillon, 
S'en soi renvoisie, 
20 Chantant et jolie. 

J'ai au cuer un mesagier 
D*amor8, cortois et joli, 
Qui me fet resleecier ; 
Ghascnn jor parole à mi, 
25 II m*a dit que je vaincrai 
Mesdisans et recrerrai ; 
Menteor 
Vivront à dolor, 
Et g*iere envoisie, 
30 Chantant et jolie. 

Mesdisams, foux losengier, 
Je ne vos pria on espi ; 
Or croissent voetre enconbrier, 
Que j'ai le cuer si hardi 
35 Mon ami acolerai 

Si tost con ge le verrai ; 
Aœtor 
Serez en langor, 
Et g'iere envoisie 
40 Chantant et jolie. 

Chançonete, ta iras 
A mon ami, si U di 
Por Dea, que il n'oblit pas 
Cors dont a le cuer sesi ; 



i7 B S'a» enmor$ (lapsus da scribe). — 91 G a« cuer omis. — 15 G On 
l'a dit, — L tHEinlrai, 



i22 CHANSONS 



45 Jà nel lest por 

Jes ai maz etreoreans. 
Or morresi 
Mesdisanzy hues hoti, 
Et g*iere envoisie 
50 Chantant et jolie. 



48 Sic les mss ; cependant la straeture mëlriqne des coupleu exige une 
rime en ez. 



M, 



Copie sur E 70, collationnë avec H 139, 1 44» et L 96». 



T 



ant me plest à estre amis 
Ma dame là où je pens» 
Qu'il m'est tout ad&s avis 
Qu'or primes Famer comens, 
5 Ne je n'ai nul sens 

Qui ne soit toz mis 
En amer toz dis. 
Et si ne m'asent 
Qu'il soit autrement ; 
10 Tant con soie vis , 

J& n'i soie ois 
Se je m'en repent. 



4 H Qw primes amer. ^ 8 H n namesseni (!) — 1 «t im m*en tent, *- 
11 H Je ne soie. 



DE GILLEBBBT DE BBBMEVILLE. 123 

Amors, mon caer avec pris ; 
Certes, n'en sni pas dolens, 
15 Ains en «ni liée et jolis ; 
Mes venés toutes dedens, 

Vo comandemens 

mertj&desdiz; 

S*il est trop petiz 
20 Li cners et il fent, 

Plos joliement 

Ne pois estre occis ; 

De ma mort plevis 

La pès bonement. 

25 Se flnoie à tel honor. 
Quant je deyend morir, 
N'auroie mie paor 
De si faite mort sentir ; 
Ne porquant emplir 
30 Ne puet plus d'amor 

Li cuers à nul jor ; 
STamors de celi 
Qui je cri merci 
N*i vient, par ce ter 
35 Porroit de douçor 

Bien ronpre par rai. 

Franc cuer, parfait de valor. 
En tout bien ferm et entir, 
A ! ma dame, de meillor 
40 Ne me porroit souvenir ; 

i5 E a pour Ué$ le mot bizarre droUés^ qui en tout cas est ooBtraire à la 
mesure.— 16 1 touz du dedetu.— i8 E ri dudiz.—U LLapèi omis.— S5-56 
Strophe manquant dans I.— 26 L dewoie.^ZS I En touz ftîeiM.— Bfer.^ 
Ms. miter.— 39-40 Les mott de mrilhr et eoBoenir sont interrertls dans E. 



124 



CHANSONS. i 



Maint loial désir 
Font en moi sq'or , 
Qui jà por dolor 
Nièrent amenri, 
45 Car de cuer d'ami 

La serf et aor ; 
N'onques mes greignor 
L*amor ne senti. 



Et se ma dame ne m^a 
50 Mon servir guerredoné, 
* Jà pour ce mains n^avera 
De ma bone volenté. 
Car tant de bonté 
En son fin cuer a 
55 Que m*esgardera 

Encore en pitié ; 
Bien m'aura aidié 
Amors s'ensi va, 
Quant tant ne m'aida 
60 Ne ne fist si lié. 



Ghançon, tu t'en iras là 
Où j'ai tout mon cuer doné ; 
La dame dou mont t'aura 
Qui plus aime, en vérité^ 
65 Foi et loiauté, 

Et qui plus en a ; 
En sa merci m'a, 
Amors l'a jngié, 



43 H Quejà, —49-60 Strophe propre aa ms. B. ^ 6S I mon cuer mis, 
' 63 dou mont dirai, ~ 68 I Bone amor$ logiè. ^ H Ta omis. 



1>E GILLBBERT DE BBRNBTILLB. 1:25 

Et y ta otroié 
70 Quanqud li plaira. 

Mais qu'a n'i ait jà 
Parlé de oongié. 

70 Vers omis dans I. — 71 1 Quejà fi*t aura. 



32. 



Ce jea-parti se troave seulement dans le ms. D 34. 



T, 



homas Herier, partie 
Ai troYëe, si vos part 
A Yos giea sans félonie, 
Ne m*en tenés à musart 
5 N'a félon gaignart, 

Car n'i sai point de renart. 
Poar une tel manantie 
Com li Andefroi Lonchart, 
Vos demant se vostre vie 
10 Ouerpiriés les pois au lart î 

— Par foi, Ghilebert, beau sire 
Del prendre sui porpensés ; 
Se le mels n*en sai eslire 
Bien doi estre fols clamés. 

15 J'ai maisons assés, 

Partout sui bien ostelés, 
Hom ki pert ce k'il desirre 
N*a mies grans richetés ; 
Coi que vos en doie dire, 

20 Je me tieng as pois pilés. 



126 CHAlfMHS 

— Thomas, pour ooi mentiroie ? 
^ Le ptoar en avis pris. 
Se la maisons estoii moie 
Et la rente et li porpris, 

25 S'en fuisse saisis» 

Pour tous les pois d'un pius, 
Par saint Pol, ne la donroie. 
Si estes trop buens chaitis, 
Ei refusés si grant joie 

30 Pour estre de pois farsis. 

— Ohilebert de Bemevile, 
Mon sens ne prisiés deus nois» 
Nepourquant sachiés sansgille, 
Se j*eBtoie cuens ou rois, 

36 Cascun jour trois fois 

Seroit de pois mes conrois ; 
Tel joie ai quant on les pile 
Que j'en chant à haute vois ; 
S'avoie souhais trois mile, 

40 Je ne prendroie fors pois. 

-— Thumas, grans sotie maire 
Vo cuer i ce que je voi ; 
Quant les gens orront retraire 
Çou que respondés à moi, 

45 A la bone foi 

Vos di» ensi corn je croi, 
K'il feront rostie faire, 
S*aurés le don et Totroi 
Que vos en serés li maire, 

50 Si prendrés des fourfais loi. 

38 Us. Aati/e«.— 49. Us. Car vos. 



DE GILLEBERT DE BERNEYILLE. 127 

— Ghileberty coi qu'il aviegne, 

Entresait les pois prendrai ; 

Tant con des pois me souviegne, 

A nul jour mal n'avérai, 
55 Tel créance i ai 

Qae jes aim de cuer verai ; 

Tant com Pâme me soustiegne, 

Pour avoir nés gaerpirai ; 

N'est dolors ki mon oner tiegne, 
60 Quant à la table les ai. 



— Thumas, bonement 
M'en métrai en jugement ; 
Je di que mal savés prendre. 
Or l'enquerés à tel gent 
85 Qui en saoent raison rendre, 
Je m*i metnd loialment. 



— QiUebert, mangier 
Ne volroie à souhaidier 
Fors pois ; n'est rien qui le vaille. 
70 En Robert le Boutelier 

M'en met, coument qu'il en aille, 
Et Mikiel le Waisdier. 



68 Us. Me volnriê. 



V. 



CHANSONS DE MATHIEU DE GAND. 



1. 



Ms. Ny fol. 66. Lds trois premières strophes sont imprimées dans 
Keller, Romvart, p. 279. 



C 



'cm plus aim, et mains ai joie, 
Et plus en défisse avoir, 
Mais li maus pas ne m*anoie 
Pour le soolas que j*espoir 

5 De la pins bêle à avoir 

Qae foormast onques Nature ; 
Riens n'i faut, fors que trop dure 
Le truis et sans gherredpn, 
Et si ne sai la raison, 

10 Fors tant qu'ele a esprové 
Que j*ai loiaument amé. 



DE HATIIIRU DE GAND. 139 

Sage et yaillans, simple et coîe, 

Pacele de grant savoir, 

Vostre amours si me guerroie 
15 Que sor moi n*ai nul pooir , 

YKiit% pensée et an voloir 

Ki me tient outre mesure, 

Et si n*aTé8 de moi cure, 

Ains m*avé8 sans ocoison 
20 Mis en tele soupeçon 

Que je cuit en vérité ' 

Que vous m*avés oublié. 

Mis me sui, par ma folie, 

En paine et en grief torment ; 
25 S'ele, par ea cortoisie, 

Ne m^i £Bdt alegement 

Et doue resconfortement, 

Et se pur ma mescheance 

Pert s*amour et s*acointance 
30 Et le doue soûlas de 11, 

Au mains en ait tel merci 

K'ele me face cuidier 

Que g^i aurai recouvrler. 

Bêle, puisk'en vo bailHe 
35 Me sui mis entièrement. 

Pour Deu, ne m'oublies mie, 

Car je vous aim loiaument. 

Ne ne sai vivre autrement, 

Ains aies en ramembrance 
40 Les maus et la pénitence 

E'ai pour vostre amour senti ; 

Bien me tenroie à'gari. 

Se vous vouliés otroiier* 

Que je fuisse en vo dangier. 



180 chausons 

4Ô Je ne kier en nnle goise 
De Yostre amour départir, 
AAn» ai mis en to servise 
Guer et oors sans repentir ; 
Et se jà nul jour merir 

50 Ne me volés ma grief paine, 
S*ai jou Toloir ki me maine 
A estre, tout mon vivant, 
Adès à vostre coumant, 
^ns faintise controver 

S6 Et sans oorage muer. 



2. 



Mt. C 167, coll. avec D 60. — Imprima par Dinanx II, 303. 



D 



e faire chanson envoisie 
M'est amors li commencemens, 
Car amors m'a en sa baillie, 
En oui maint pris, valors et sens, 
5 Qu*à fins amans done et otrie, 
Par oui s^onors est essaucie. 
Mais cil qui chante sans s'aïe, 
Por qu'il n'ait le cuer amorens, 
Vis m'iert qu'il chant con menestreus. 

10 Ne vueil pas que mes cuers soit teus 
Que fine amors soit jà servie 
De moi si come ele est de ceus 
Qui servent de menestrandie ; 
Je guerpis tote druerie 



DB MATHISC DB GAND. 131 

15 Fors de celi que j*ai cl^ierie, 
A oai otroi, tote ma vie» 
Gaer et cors et tôt mon porpeps, 
A faire ses comandemens. 



Dame, cens qui sont faus dedens 
20 Et blanc dehors, ne créez mie ; 

Lor parole n'est fors qae yens, 

Car là on cuîde cortoisie, 

PTa à la fois fors trecherie ; 

Legierement. croire est folie, 
25 Car teos dira à la foie : 

« Dame, morir croi por tos eus 9, 

Qai point n'iert d'amors soaffraiteus. 



Dame, trop est tos cuers crueus 
Vers celai qui merci vos prie ; 

30 Por ce s'il à tous n*est iveos 
En richeti et en lignie, 
Ne doit Famors estre amenrie ; 
Amors doit estre tote ounie. 
Sans orgueil et sans yiienie, 

35 Et haïr'les félons talens. 
Et amer cortois caers et gens. 

Folie fa et hardemens 

Qae fis qaant pris tele envaie 



15 G de eele, — 33 D A te /bit n^a, — S6 J'écris eut ponr êx (qne portent 
les nus.). On sait que x était ancieoDement an signe abréfiatif pour uê 
{tex, Dex, Inox se proDoncent leuf , DtfiK, 6taia).— 99 D vos me. — D yeus. 
— 3t D riehHéê. — 51 D amors. — 36 bcors ei gens, — 38 D. Que je fis 
qwmifuris envaïe. 



1 32 CHANSONS 

Vers celi sor cni toutes gens 
40 Ont par sâ grant bonté envie. 
Las, œ fu par la derverie 
De mon caer dont ele est saisie, . 
Mais quant li di ma maladie 
Et oe de ooi sui desireus, 
45 Dont me tieng por trop anieus. 

Bretel, ma chanson envofe 
Vos ai por ce que soit oie 
Au pui devant la gent jolie, 
S*est espoirs mes conforfemens, 
50 Cainc d*amors servir ne fui lens. 



il D ta druerie. — 4S C titg, D tient. 

Errean du texte de Diaaux : I envoisié p. envoisie ; 2 commencement p. 
-mens ; 5 Qua fuit amans donc et otrié ; 6 etiaucié ; 7 ioie p. «*a€e ; 8 fit^^ 
p. m*iert, — 30 nietu p. iveus, — 32 amenri. — 41 deruerie (trad. par 
« amour », confusion a?ec druerie). — Après t. -44, répétition du t. 42 — 
45 ameus. — 40 ton fortement. 



3. 



Ma. C, fol. 167, collationnë avec D, fol. 60. — ^ Imprimé par 
Dinaux II, p. 305. 



J 



e serf amors à mon pooir 
De loial cuer sans repentir, 
Et moût me plaist quant mi voloir 
Se vuélent à ce assentir ; 
Et nonporquant voit on faillir 



t 
4 D consentir. 



DE MATHIEU DE GAMD. 135 

Ceas qui aiment sans décevoir ; 
Si serrirai en bon espoir 
Que à Tamor puisse venir 
De celé que je tant désir. 

10 De grant joie m'anroit fait hoir 

S'a soi me voloit retenir, 

Mais ne voi comment poisse avoir 

Chose qui me puist resbaudir, 

Tant ai fait en travaus consir 
15 De s'amor qui me fait doloir ; 

Si li proi qu*ele en nonchaloir 

Ne mete, par merci tenir. 

Celui qui est en son plaisir. 

Quar autrement ne puis veoir 
20 Que ma dolor puisse amenrir. 

Si en doi moût bon gré savoir 

Mon cuer, qaant 11 plot à guerpir 

Mon cors por ma dame servir, 

Dont jà ne me quier removoir 
25 Por mal qu*en doie recevoir, 

Car fine amors puet plus merir 

C*on ne poroit de maus soufrir. 

Por ce devroit l'en remanoir 
En bone amor trusqu'al fenir ; 
30 Vers cens fait sa bonté paroir 
Qui à 11 vuelent obéir ; 
Si que ne peut avilenir 



6 C Sous qui. — 11 Dinaux â /bt. — 16 D etit n. — 17 D Ne mèche. — 
10 Din. ne pm$t. — 20 D fmiit. — SI Dio. doiL ~- 25 Vers omis dans D. 
-* 20 D dHH[u*au. 



134 CHANSONS 

Cil qui la sert et main et soir» 
Ains en aprent à miens valoir 
35 Cil qui la bée à maintenir 
Et qui la sert de cuer entir. 



Amors, qui faites esmoToir 
Dnrs cners et les joians languir. 
Et qui faites par estavoir 

40 Les vilains cortois devenir, 
Proi vos des mesdisans houir, 
Qui mainte amor font decheoir 
Par mesdire adès et doloir ; 
Tos vrais amans les doit fuir, 

45 Por qu*il vueille ^'amors joïr. 



Sire Audefroi, je di por voir 
C'on voit moût sovent avenir 
Qu*amans faut par trop haut choisir. 



40 YUaiiu cuêrt eorioit. — 41 Dinanx throvoê (!) ; l't de proieêi en effet 
caché 8008 la lettrine de la colonne attenante. ^Dde mesdUmu. — 43 G 
mesdire aidier; je vois dans mâier an iapans de scribe poar odàt qae 
porte le ms. D. 



DE MATHIEU DE GAMO. 135 



l. 



Ma. E, loi. 142^, coll. avao L 184. ÂOBii dan» F« p. 285. — Les 
deux premiers conplets sont imprimés dans Dinanx II, p. 307. 



O 



nkes de chant en ma vie 
N^oi confort ne garison, 
Tant forment me contralie 
Gelé dont j*atent le don, 
5 Que je n'ai nule achoison 
De fere chançon jolie, 
Mes mes fins cuers si me prie 
Qae je face ma chanson, 
En espoir d'avoir aïe. 

1 Amoureuse jalosie 

ITa mis en la soupeçon 

Qu'il m^est vis que chascun die 

Son cuer et s^entencion, 

Mes dame de si haut non 
15 Ne feroit tel vilanie 

Vers celi qui sanz hoisdie 

La sert et sanz traïson 

En espoir d'avoir aïe. 

Nus secors qui trop detrie 
20 Ne puet venir de seson, 
Por ce criem que par envie 
N'aient atargié félon 

8 Lj9 omis. — iS Dintnz qu*U m*ef< mi. — 15 L haut don, — 91 L 
far fHê ce eritm. 



l.'^6 CHAKSONS 

Le desirré guerredon 
Que loiaus amors otrie 
25 Cens de qui eïe est servie 
De lin cuer, sans mesprison, 
En espoir d'avoir aïe. 

En mirant la seignorie 
De sa très chiere façon 

30 Gonnui amor m'anémie, 
Se pitiés ne vaint resoh ; 
A nule autre raengon 
Ne Youdroie venir mie. 
Mes qu'amors par sa mestrie 

35 Me retiengne en sa prison 
En espoir devoir aïe. 

Je sui si en sa baillie 
Qu'ele a en son abandon 
Cuer et cors sanz départie 

40 A faire trestout son bon, 
Et si n*en ai se mal non ; 
S'ain mieuz souffrir la hachie 
Qu'avoir autre druerie 
A mon gré, nis en pardon, 

45 En espoir d'avoir aïe. 

Chans, à Henri Amion 
Va, di li k'amors lessie 
Ne soit jà de sa partie, 
Ainz pent d'avoir le renon, 
50 En espoir d'avoir aïe. 



f&LA cens, — 35 E tiengne. h retimgne. — 42 L ha$chie. — 46-90 €et 
envoi manque dans L. 



DE HATHIED DE GARD. 137 



5. 



G« jeu-parti est tire du ms. A, n^ 330 (sous la rubrique a Robers de 
Lepi et Âmaheus de Gans »}. — Imprimé par Hoffman, Sitzungsbe- 
richte, 1867, t. II. 



M 



« 1 T 1 aheus de Gans, respondés 
A moi com à vostre ami : 
Ghanones d*Ares serés 
Tôt vo vivant par ensi 
5 Ke jà amie n^açrés 

Awan, mais toute vo vie 
Serés dans la chanonie ; 
Dites lequel vos prendés. » 

— a Robers, bien sni apensés 
10 De respondre au jeu parti. 

Prevendes et richetés 
Ne tien je pas en despit, 
Mais mieus ameroie assés 
D*estre amés que signorie ; 
15 Ki ke le tiengne é folie, 
Itelle est ma volontés, b 

— a Maheus, riches et moulés 
Fait bon estre, jel vos di ; 
Moult est cil bieneûrés 

20 Ki est issus de merci, 

% Ms. ami»i (forme usuelle du dm. de Berne p. ami), — 11 Ms. richeceg 
(la rime indique la forme mAefer).— 12 Ms. D'effre tmég ta iign&ne. 



138 cHAnsons 

Tous riches amer poés ; 1 

Ce est trop d'avoir amie ; 
Ei aime sans tricherie, 
Tout son sen a oblié. 9 



25 — « Robers, d'amors recréés 
Puis c*ayés moible choisi ; 
Cuers ki est enamorés 
Doit tout ce mètre en obli ; 
Et d'autre part, bien savés 

30 K'amors a en sa baillie 
Sen, honor et cortoisie, 
Kl mieus vaut k'estre rentes. » 



— « Maheus, mal vos deffendés, 
A mieus prendre avés failli : 

35 Se d'amie est fais vos gr&, 
^ Jà puis n'arés cuer joli, 

Vos désirs est achievés ; 

Giaus recroit ki mais ne prie, 

Riquise ne deflént mie 
40 C*on aint ; trop grant tort avés. » 

— tt Kobers, ains puis ké fui nés, 
Si esbahi ne vos vi. 

Ou à raison n'entendes ; 
Avoirs vos a si sougi 
45 Ke jamais bien n'amerés ; 
Amors loial dru n'oblie 
Ne ne veut k'en vilonie 
Ghiece ne en povreté. » 

40 Us. Jlt^tte. — 43 Ms. ta raison. — 46 Ms. MauU dru n'oMirà. 



DE MATHIBO DE GAND. 139 

Boatilliers, or i pensés, 
50 Li quels a millor partie ? 
Oa riches ki merci crie 
Sa dame, ou povres amés ? 



Coppin, lequel mieus loés? 
Ou avoir sa druerie 
55 Del tout sans mal acomplie, 
Ou estre riches clamés ? 



6- 



D*aprè« E 139^, coll. ateo L 183. Imprimé par Dinaax II, p. 302. 



M 



« 1 Y Aahieu de Oand, respondez 
A ce que je tos demant : 
Se j'ain bien et soie amez 
De bêle et sage et vaillant, 
5 Et je sache tout de fi 
Qu'une plus vaillant de li, 
Plus bêle et plus sage assés, 
M*ait plus chier, or esgardés 
Se, por mi mieus emploier ; 
10 Doi celi que j'aim lessier. » 



— tt Robert, bien sui apensés 
De respondre maintenant : 
Pois qu'on s'est abandonés 
De servir bêle et sachant 



3 DiUHix Smtdje bien. — 9 L por moi, — 10 L qui faim. 



140 CHAMaONS 

15 Pucele, por Toir vos di 

Qu'on doit estre en sa merci, 
Ne par reson nel poés 
Lessier, ancois la devés 
Servir de fin cuer entier 

20 Sans plus vaillant aoointier. » 



— a Mahiea, respondu m avez 
A loi d orne non sachant : 
Se je sui bien assenés 
A dame bels et vaillant^ 

25 Et je la lais, je foU ; 
Mais puis que il est ensi 
Que je soi assetirez 
Que g*iere meus ostelez, 
Por fol me doit on jugier 

30 Se mon meillor preu ne quier. » 



— « Robert, à tort sostenez 
Une folie moult grant ; 
Trop apertement mostrez 
Que fol sont vostre semblant, 

35 Quant onques se ressorti 
Vo faus cuers d^amer celi 
A qui il s*estoit donés, 
Car tout vraiement savés 
Que on ne puet herbegier 

40 Meuz qu'en lieu où on a chier. » 



18 L oing {0.-24 Vers sauté par les deux mss. E et L et que J'ai rem- 
placé par conjecture.^ 20 Dio. on omis.— 30 E prt ou |ire.— 34 L fauê. — 
37 L il etiotl. — 38 B veraiemeni' — L trop veraiement. — 30 E Qu'on ne. 
— 40 L rà l'en a chier. 



DK MATHIKU db gaho. 141 



7. 



Jea-parti copié sur E 139 , coll. avec L 183. Aussi dans F, p. 280. 
- Imprimé par Dinaux II, 300. 



-.M 



ahiea, jugiez : se une dame amoie 
Et ele moi de cuer entièrement, 
Liquex seroit plus en mon grevement, 
Ou ce que je por li batus seroie 
5 De ma famé devant Ji en présent. 
Ou que batre por moi vilainement 
De son mari devant moi la verroie ? » 

— a Amis Henri, moult à envis leroie 
Que vos de ce n'oiés mon jugement : 
10 Puis qu'une dame amés bien loiaument 
Et ele vos, por le mieux loeroie 
Qu'ancois soffrés en pès et bonement 
De vo famé por li le batement, 
Qu'ele por vos, car ensi le feroie. » 

15 — • Mahieu, saohiés que je mains me dolroie 

Se g^estoie sans avoir frapement 

Et ma dame avoit son paiement, 

N*est pas honte s'on sa famé chastoie ; 

Por ce avés jugié trop malement, 
20 Car trop se vit 11 bons honteusement 

Cul sa famé bat et flert et mestroie. » 

3 L d mon. ^ 15 B j> omis. ^ 16 E porte frapoUent^ L frapeUnt; ce 
moi éunt inconnu, j*y al sabstitué frapement ; on poamU aussi corriger 
Mom nul frapettement, — 20 L Que trop. — SI L fiert et bat. 



14t CIU1I80II8 

— « Henrif par Den, plus griève et plus enoie 
Dolon de cuer, sachiés veraiement, 
Qa^estre bâtas bien dolereusement ; 

25 La dolors est tantost tornée à joie 
Se bone amor serves à son talent* 
Car pour un mal de cors cent bontés rent 
Et por travail alegement envoie. » 

— a Mahieu, mes cuers à ce pas ne s^aploie, 
30 Car j'ai famé de si mal escient 

Que, s'ele estoit mise en amorgement 
De moi batre, jamais pais n'averoie, 
Car ele fait, et menu et souvent, 
Soit maus, soit biens, ce qu*ele entreprent, 
35 Tant est çainte de diverse coroie. » 

— « Certes, Henri, jamais liés ne seroie 
S'ele avoit mal par mon encheement ; 
Reconnoissiés vostre fol esrement : 

' Ou on dira que poors vos desvoie, 
40 Ou que serves oeli trop faintement 
Que vos amés, quant por l'aïrement 
De vo famé getés amors en voie. » 

Vilain d'Arraa, en vos me meteroie 
Moult volontiers de cest estrivement, 
•45 Et s*il vos plaîst, biaus sire, jugiés ent 
Lequel de nos folie plus desvoie. 



S3 E cuert.— L m tachiés nraiement.—'U Les mss. ont hoin p. 6im.— S5 L 
«rf.— 96 DiDSUX g'avez p. iervex.-^VI Dinanx : Cor pour (il induit ror par 
cœur). — (98 l< alongnemefU. — 29 L ne gopUrie, — 30 L eneieni. — 
51 hamordemêfU, — 33 Dinaux inientr (!). — 36-43 Ce couplet manqué 
dans L. — 40 Ma. Ei que, ^ 43 EL eno$ ou evos. — 46 L desvoie plut. 



DE KATnSU DE GAND. 143 

Seignor Hermenfroi proi qaMl nos avoie 
De ce qa*aTon8 eetrivé longuement, 
Tant le connoia de bon entendement 
50 Que bien dira liquex de nos foloie. 



47 EL Mî^non . — - 80 Dlnanx /btote, mot imaginaire qu*il tradoit par : 
a ftiilli, se trompe. 



VI. 



\ 



CHANSONS DE POKTES DIVERS. 



IHerre de Gand. 

Cette pièce unique de Pierre de Oand est tirée du m. A (ms. de 
Berne), n? 20, où elle est placée eoua le nom de ce trouvère. On la 
trouve encore, anonyme, dans B 126^, Hl* ,W 15*, K' 230b et me. de 
Siena36, fol. 2*. Elle figure sous le nom du roi de Navarre dans F, 
p. 69 et dans C 16^. — Imprimée dans Dinaux II, p. 343, dans THist. 
litt. de France XXIII, p. 638 (MM. Dinaux et P. Paris, sur Tautorité 
de notre ms. A, Tassignent au Gantois) ; dans Tarbé, elle est repro- 
duite sous le vfi 2 des poésies de Thibaut de Navarre. — Les fragments 
* de notre chanson qui se voient sur la première page du ms. de Berne 
B? 231 ont été publiés, comme toutes les pièces de ce recueil, par 
A. Rochat, dans le t. X du Jahrbuch fûr romanische und englische 
Literatur (p. 75). 



A 



Qsi com runicome sui, 
Ki s'esbahist en resgardant 
Quant la pucelle va mirant, 
Tant est lie de son anui 

i. A«utf.— 4 A (i>omis. Cette omission s psssé dsns le texte de Diotux^ 
- C porte ftutivemeot lie de son mirer. 



DE PIERRE DE GAMD. 145 

5 Pafimée chieten son giron, 
Lors Tocist on en traïson ; 
Et moi ont mort d'autel semblant 
Amors et ma dame ; por voir, 
Mon cuer ont, n'en puis point avoir. 

10 Dame, quant je devant vos fui 

Et vos conui premièrement, 

Li coers m'ala si tressaillant 

K'en vos remest quant je m'en mui ; 

Lors fu menés sans reançon 
15 En la douoe chartre en prison, 

Dont 11 piler sont de talent 

Et li us sont de biau veoir. 

Et 11 aniel de bon espoir. 

De la chartre ont les clés Amors, , 
20 Et si i ont mis trois portiers : 
> Biausemblant a nom li premiers, 

Et de Bonté ont fait signors ; 

Dongier ont mis à Fus d'avant, 

Un ort vilain serf et puant, 
25 Ki tant est fel et posteis ; 

Li dui en sont prou et hardi 

Et si ont tost un amant pris. 

f Moo ms. A porte : Douce dame^ qwjaU je wn vi ; J*al , ptr respeet 
pour la rime, donne la préférence à la leçon de G. — 11 G Si je «m xi. — 
A eown. — 12 G Mee euers aUnt, — 13 G Qu'il ee reme$i. — A mux» — 
iSC tmeL A omaiil. — 19 G a Im. — SO G t a mis. ^ fïCSt hUtuiéi ee$ 
en fmi $eignor$. — Tarbé Si bonté en e$t fait # . — 23 G a mû. — 24 G Vu 
or féUm viUampwuU. —A ter, — 23 G ilTt moult ut maue et pautonnien ; 
bonne leçon, car ce vers doit correspondre de rime avec 20 et 21. — A «I 
omis. ~ Dinaux met porteis p. po$t^. — 26 G Cil troi 9ont viête et 
hardi; T. ruistee el A. — 27 G MouU ont to$t tm home êoiti ; T. Moult 
toet ont un amatU $am, 

10 



146^ CHANSOKS 

Qui poroit soffrir les tristors 

Et les tonnons des trois portiers ? 
30 Onqaes RoUans ne Oliviers 

Ne vainquirent si grans esters ; 

n yaincoîent en combatant, 

Amors vaint en humiliant ; 

Des trois ont fait confanoniers ; 
35 S*il est ensi con je vos dî, 

N*i a pitié fors que merci. 

Douce dame, ne dont rien plus 
Ee je ne faille à vos amer. 
Tant ai apris à endurer 

40 Re je sui toz rostres par us, 
Et se vos en pesoit, or bien 
Ne m'en puis je partir por rien 
Ee je n'aie le remembrer 
Et que mes cners ne soit adès 

45 Dedans la chartre et de vos près. 



S8 A let e$$auhf (qui fausse la rime). -^ 9è C Et Us attaui de 
(t9 hvMiieri. — SI A grcait cHor — 33 G vainquireni,^ 33 G Mait ee 
vaint on hum. ; T. Ce$ vainquent en A.— 34 G SoffHn en est confamoniere ; 
sic T. ; A eonfenoieri, — 35 G £*» eut eetor que Je vot dt.— 36 G N*a nul 
eecore for» de merci ; T. N*a nul confort f de m. — 37 A ne dout tant rien. 
» G Dame^je ne ne dout me» rien ; T. D., je ne redout rien plu». — 38 G ITe 
tant ke faille ; T. For» que ne f — 39 A apri» et endurcit (Dinaux endurci»), 
— 40 G Keje vostre nit (ot par u», — Les mots par u» sont transformés 
dans Dinaux en por la vie. — 4f CEt »e il vo» en pceoit bien ; sic aussi 
T. — 45 G £fi la prieon. ~ Le ms. G et d'autres terminent par ces trois 
fers : 

Dame, quant Je ne sai guiler. 

Merci seroit de saison (al. raiton) mes 

De sostenir si greveus fès. 



DE RBNAUT DE TRIB. 147 



Reoaat de Trie. 

Copié d*aprè8 A, n^ 431 ; ce ma. prëseate notre pièce comme ano- 
nyme, et Tattribation à Renaat de Trie n^est fondée que sur le couplet 
d*enToi qui teimine la rédaction donnée par le ms. B. Cette rédaction 
me compose de nos couplets 1 et 4 (fol. 131*] et de deux autres qui lui 
sont propres et\qui se lisent au fol. 130 avec la remarque : Cist dui ver 
si desout ioni de la chanson a Gant je voi îo dons tans venir ». 
Ce folio 130 a été, comme Ta déjà remarqué Brackelman, intercalé 
postérieurement dans le volume ; ces intercalations, qui se trahissent 
facilement comme telles par la nature grossière du parchemin, se 
rencontrent plusieurs fois dans le ms. B, qui est à juste titre supposé 
aToir appartenu à un jongleur, désireux de mettre son recueil au com- 
plet. C'est d*aprés B que Dinaux a reproduit notre pièce dans ses 
Trouvères, lY, p. 640. 

V^X nant je voi le dons tens Tenir 

Ke renFerdist la préo. 
Et j*oi le rossignor tentir 
Ou bois sor la rainée, 
5 Adonkea ne me pais tenir 
De chanter, ke toit mi désir 

Et toute ma pensée 
Sont en li amer et servir 
Coi j'ai m*amor donée, 
10 Sans repentir. 

Mereit, 8*il vos vient & plaisir, 

Del mont la miens amée, 
Onkes nés vos osai jehir, 

Ne dire ma pensée ; 

S B raioerdU. •» 3 Dinsnx s nul la eantir, — 58 Adons ne mepeus plut 
tenir, ^6 Bear tuit, — 8 B Sont an (Dinsax au) eeli cuifobeiz. 



148 CHANSONS 

15 Por Deu, ne vos chaille d'oir 
Ne de compaignie tenir 
A gent mal étirée, 
Ki mains amans font départir ; 
La maie destinée 
20 Lors puist venir ! 



Si me doinst Deus de vos joir, 

Douce dame honorée, 
Ke je de bon cuer, sans faillir, 

Vos ain plus que rien née ; 
25 Et si sachiés bien, sens mentir, 
Ke sens vos ne me puet venir 

Joie qui m*ait durée ; 
Bien me poés faire morir, 

Se ma mors vos agrée, 
30 N*en quier guérir. 



Ma dame, oui je n*os nomer, 

Por Deu, n*obliés mie 
Moi qui sui vostre sans fausser, 

Si ferés cortoisie ; 
35 Car j'ai oi' tos jors conter 

R*en gentil cuer doit on trover 

Merci ki s*umilie, 
Et s'en vos ne la puis trover. 

Si covenroit ma vie 
40 A duel fenir. 



Si B n*oM.— Dinaax a imprimé je voitoneeir /— 33 B (ftelon son dialecte) 
Moi ke «eut voitre sans faceir,— 35 B fat toz jort oit, — ZBBEi êam vos. — ' 
39 B Lor eovanra. — Dioaux lit, contre le sens, m' amie p. ma vie, — 40 B 
fineir. 



DE REMAUT DE TRIE. 149 

Ci après je donne les deoz derniers coaplets de la rédaction B, en 
observant le système phonétique et orthographique du ms. 



Mors sens {sut) cant il m'estuet partir 

De vos, ma douce amie ; 
Mues amaise (amasse) vostre cleir yis 

Ko tout l'or de Surie ; 
Et puis k'il vos vient à plaisir 
Re je mure {muire) por vos servir, 
Por Deu, ne créez mie (ms. mies) 
Fêlions, cui Deus puist (ms. petêsf) maleïr ; 

La maie mort subite 

Les puist (ms. peust) ferir ! 

Chanson, va Van sans demoreir 

A boen Ancel de Lile ; 
Di li ke ne li soit celeit 
De part Renaît de Trie, 
Ke de bone vie meneir 
Ne de très loalment ameir 

Ne se repente mie, 
Ans {ains) panst des fêlions eschueir 

Ei les amans osient 
Sans defleir. 



iSO GHAlfSOllS 



JeUmn de Toiinial. 



Jea-parti extrait du ma. M 17. 



C 



c X^^olart, respondez sans targier 
A cd que yoaa vueil demander : 
Uns bons aime de ouer entier, 
Jalons est, ne s'en puet garder, 
5 Et ponr certain yoihos (faide iestre ; 
Doit il pour cuidier refuser 
S'amie et laissier à amer 
Quant non a qu'elle est de bon iestre ? » 



— « Jeban de Tornai, de legier 

10 Puet veîr qui set esgarder, 

G*un8 bons se puet bien empirier 
Par lui trop folement esrer, 
Mais chilz qui aimme amie bonneste 
Ne s*en doit pour riens destorber» 

15 Mais adès en son cuer penser 

Que c'est pour lui s*autres adiestre. s 



— « Golart» cilz atant mal loier 
Qui ne se puet assettrer ; 
L'amour où Ten vit en dangier 
20 Fait il trop bon laissier ester 



5 Le mot voihoi est difficile è lire ; cependant je le tiens poor certain. 
— 10 Puet on wfr. — 17 mauves hier. 



DE IBHAN DE TOUUIAI. 151 

Et tenir lo chemin à diestre. 
Car jaloasie tormenter 
Fait l'amant et adès viser 
C'en li ait fait cranche semestre. » 



25 — « Jehan, on ne doit nient ooidier 
Que dame tant face à blasmer 
Qa'elle vacille nului boisier, 
Mais s'ans hons, par son mal bourderf 
Dit : c J*ai vut par dedans son estre 

30 « Vostre dame à autrui parler », 
Pour ce nel devez refuser. 
Car bien mentent et der et prestre. » 

— « Golart, l'en ne se doit fier . 
Pour riens en famé, c'est tout cler, 

35 Ne mètre tant en son guernier 
De blet c'on le face effondrer ; 
Nient plus que li fleurs de geniestre 
Ne me porroit d'un mal tenser, 
Ne puet bonne vie mener 

40 Li bons jalons, par saint Sèves tre. s 

— « Jehan, des dames desprisier 
Ne puet nus bons en pris monter. 
Car elles moût tost trebuchier 
Font les plus haus et endiner, 

45 Et si savez les drois d'ancestre : 
Quant nns bons s'ot wihos clamer, 
Amours lues li vient conforter, 
Jà n'i querra huis ne fenestre. 

23 otiner. — 35 Pfen fie, — 45 £f «e saoez que droû. 



152 CHANSONS 



Jelian de la Pontalne de Toiirnel. 



Mb. N, fol. 85, transcrit par Keller, Romvart, p. 290, et publié, 
diaprés son texte, par Mfitzner, Altfranzôsische Lieder, p. 48. 



A 



mours me fait de coer joli chanter 
Et yolentés de ma dame servir, 
Pour oui valor voel sa court hounerer 
De ma chauçon, s'il li plaisait oïr. 
5 Or li doint Dieus voloir du retenir, 
Mis ai mon cuer tout à son coumander 
Sans repentir, car ne sai espérer 
Mon mal au bien ù j^espoir arenir. 

En si haut lieu fait amours deroorer 
10 Mon cuer que riens ne sait en 11 falir : 

Biautés, valeurs, plus que ne sai noumer ; 

Ne sai comment on puist cuer aseïr 

Plus hautement c'amours m*a fait ooisir. 

Si me doinst Deus mon désir achiever, 
15 Que j'aim trop mieus son plaisir endurer 

R*estre avanciés en fausseté tenir. 



Ne li qerrai dont par raison blasmer 
Mo puist Amours, ains vaurai sans trur 
L'onnour de li entirement garder, 
20 En cui merci vivre ou morir désir. 



4 Ms. (d*sprè8 la copie de Keller) et MâUner : «t (t. — 8 Mâtmer corrige 
au bien par du bien. 



BE JEHAM DE LA FONTAINE DE TOURNAI. 153 

Vivre me fait quant son gent cors remir, 
Et alegier mon mal d*un douo penser, 
Qae par amours font à moi présenter 
Li oel du cuer, quant jou le puis veïr. 



25 Ce vient d*amour8 k*ont fait à moi donner 
Si doue présent, pour çou que de falir 
Ne puist mes cuers desloiaument amer 
Et que n'i soit trop hastieus de merir ; 
Si n*est il pas, car çou li fait couvrir 

30 Que on voit bien souvent en trop haster 
Povre conquest ariere reporter, 
Si vaint on bien en sagement souffrir. 

En merci voel souffirir et esgarder, 
Del départir ne mi doint Dieus loisir, 

35 Car s*ainsi est que jusque au definer 
Ne mi fait mix fors del doue souvenir 
Que j'ai de li, si ne m'i doi marir ; 
Mais jà pour çou ne vaurai recouvrer 
Aillors par qoi il couviegne tourner 

40 Mon cuer de li ; ensi me plaist morir. 



)3 Us. faii; Je meU fimi à cause du pluriel H œl. — 25 Ms. Ta ; 
Je corrige par la même raisca qui m*a foit meitre finit an ?. )3. — 
39 Ma. êoin ai. » 30 Ma. cou viegne. 



154 GHAH80MS 



Jlocella de 



1. 



D'après A, n^ 205. Se troaTo aussi, nais sans nom d^aateur, dans 
le ms. Doaee, foL 21 1. Notre pastourelle a ëtë imprima sons le n^ 49 
du recueil de Wackernagel, et dans celui de Bartsch, p. 316* 



L 



'autrier pafitoure seoit 
Lonc un buisson ; 
AgniauB gardoit, si avoit 
Fl^joi, pipe et baston, 
5 En haut dist et si notoit 
Un novel son. 
En sa pipe refraignoit 

La Tois de sa chanson ; 
Puis a dit : « Amors, amors, 
10 Pris m'avés à laa oorsori 
Dont jà ne guerrai nul jor, 
• Amis, se par tos non. » 

Quant je gaimenter Toi, 
Vois la veoir ; 
15 De mon cheval descendi, 
Lés li m*alai seoir ; 

10 Ms. m*atK>M à laù earwur, — 11 Ms. guerirm. — 13 Ms. roigmmm- 
ter (ma transposition est fondée sur la rime). 

Variantes du ms. IK>aee, recoeiiUes par Bartsch : 

1 fîostourelfe «i ieani. — 9 Letr «n. — 3 1 1 tmwU. — 4 Fipe /U^oi bai- 
ion. — * 5 Alt M pipe refraignoit, — 7 £(an ion fiajot dixoU. ^9 le ver. ^ 
9 B omotÊT amour anuntr, — 10 a /or comor. — 11 j'ai mêlerai, — 13 Ka«t 
lapaetoreteoï. 



I 



9B JOGBLW DE BRUGES. 155 

De MB amon li requis . 

A mon pooir, 
Et elle me respondi 
20 K*elle n*en a voloir. 
ff Nel feroie, ensi n^ensi 
« Ne ferai onaii ami, 
« Fors Robin que j*ai choisi, 
' a K*autre ne qoier avoir. » 

25 — « Pastoore, ne t*esmaier, 
a Mi jea sont bel ; 
« Aveo vos me retenés 

« Por garder vos aignels, 
« Et 8*il vos plaist, si aorés 
30 c De mes jaels ; 

c Ma ceinture retenés 

ff Avec mes gans novels. » 
Deçain moi, si li tendi, 
El les prist soie merci ; 
35 Assés oi plus ke ne di 
Lott jor de mes avels. 

Quant j*oc fait mes Yolentés, 

Vois m*en riant 
A mon Yoloir et au sien. 
( 40 Sa mère i vint corant : 

24 K^aire,^ 31 senittre.-^ 33 detutn.-^ 35 ou pli».— Variantes IK>ace : 
17 Et de s*amor Foi. — 20-33 Ko niant n*an fmnt^ Ne aùui n'enei n*anii. 
IPanercit aiitMin ami Cette nait (=s s'ello ii*a) lou hiaut Robin (Je supposa 
car Bartseh ne renonce pu, que le mt. porte amin p. mm)- — 24 Auire 
ne weti. — 23-27 Potloiirff , retenêis moi Jeeuie fotoui Je dem om ^rni awijf 
voue. ^ optait voe auerei:t. — 31 La eitUmre tFenior moi.^ZStEt toz ke 
grans nooiaue. ^^ De et tone kmU Vomtendi, — 34 Prie l« loi (^ la) 
•.m.^S3-36 Aeeée ptuekejene di Fimeeioujour.^Vt-SèCemidela 
paetoureo fait TotU mon tatant, — 30 il «on oefotr 0I « hmmi. 



Iâ6 ' CHANSONS 

« Hareu, harea, ki est, Deu« 

a A mon enfant ? 
a Fille, toucha il à toi ! 
« Monstre moi ton semblant. » 
45 Et quant lapastoure Tôt, 
En haut cria à un mot : 
« Se n'i yenissiés si tost, 
a Mal me fust coyenant. » 

— tt Fille, toucha il à toi ? » 
50 — a Mère, nonal, 

a Onkes à moi ne toucha 

a Ne ne -me âst nul mal, 
« Ne n'ai cure de donoi • 

a De tel vassal, s 
55 — « Par Deu, ûlle, mal t'en oroi, 
« Jus fu de son cheval. » 

— « Mère, car il remua 
a Sa selle, si remonta, 

« Onkes plus n'i demora, 
60 a Ains s'en va lés cel val. » 

— a Fille, veus me tu celer 

a Ce que je vi ? 
tt Ains por selle remuer 
« A piet ne desoendi ; 
65 a Je le vi sor toi monter 
« Et toi sous li, 

ISS ^ M moHiaU. — Variantes du ms. Douce : 
43lMmott«n/îiril.--46<*e«erta deitf nu».— 48 Ifor. — 49 FtOe, /Stte, 
foMfai<(— i'9L)faU. — SO non tot< (» ra). — 51 /{ M me /Cil M 6îm non. 

— 52 II ne. — 55-56 Ko fa em dont qtte jet vi$ Jtu dou Mioal Et alUir 
ei nmuar Et amont et aval. — 57 Par (toi mètre il. — 58 etfntêX monta. 

— 50 Onkeê puez ne m*adezaU. — 60 Vezlou^kd oé an voit. 



DE JOCBLIN DB BBUGES. tB7 

a Et baisier et acoler 

a Quant vint au départir ; 
a Dont soi je bien voirement 
70 a Ce n'est pas droit de parent ; 
« Del pucelage est noiant, 

« Robins i a failli. » 



— a Mère, laissiés moi ester, 
a Yostre merci, 
75 a Ne puis pas les chans Teer 
a A ceaus ki vont par ci ; 
• Onkes de Robin amer 

a N'oi fors le cri, 
t Assés porroie maser 
80 « A si mignot ami ; 
« Ohi, lasse yielle gent, 
« Malparliere et mesdisant 
« Quant dlki sont de jovent 
a Sontd'amorsresbaudi. » 

79 Âisexii. — Variantes du ms. Douce : 

67 H t$eoUir. — 89 Lon wol. — 7Oy0tft d. p. — 80 Aiiti (— en si). 



81 à fin : 



« Mes peires ftit vostre espons 
« Et vos loofebtas oons ; 
• Meire atresi (ms. an) cuidiés voas 
ce Ke j'aie fait Robin. 

8S» — « Fille, fille, vos saTels 
« De lai tribot, 
a II ?os flst lou Jeu d'amours 
« Par desous lou sorcot. » 
— « Non l'alto meire, tasteis (ms. taiîei$) i ; 
90 « Encor est mes cons ensi 
« Com il estoit en matin ; 
« La rouzée s*i dort. 



158 GBARSONg. * 

85 « Mère, mère, sentes i 

« S^enoorn'est mes cons ensi, 
« lAromfej'etpandi 
« N'a encor pas gramment. 



«IfMselln de Bmgea. 



2. 



Ma. A, iè9 414. Se trouve aussi dans le ms. Douce 908 (sous le 
n® 39 des pastourelles). — Imprimé par Hofinann, Sitzungsberiehte , 
1865, t. II, p. 337» par Bartsch, 1. c, p. 308, et, en grande partie, 
dans THist. litt. de France, XXIII, p. 653. 

V^y oant j*o chanter Talonete 

Et 068 menus oisillons, 
Et je sent de violete 
Odorer tous ces boissons, 
5 Lors est bien drois et raisons 
Ke de chanter m'entremete 
Por la bêle Amelinete 
Coi je vi garder moutons ; 
Ghantoit une chansonete 
10 Dont moût me plaisoit li sons. 

Je me trais vers la tousete. 
Si guerpi mes compaignons ; 
Puis li dis : • Douce amiete, 
« Cist jors vos soit ders et bons ; 

Var. du ms. nouce, recueillies par Bartsch. 

Z^QueU doui tau i'aparaiUe Por venir à ta ioiœon. — 7 AdeUiiÊitt: 
9 KoHi eeî lai eh. — 10 Si fiie traie vere Um doue «on. — 14 Si joure. 



DB XOCBLIN DB BRUGES. 159 

15 « Doua ctters, amora me semont 

« K*en Y09 Beryir tout me mete, 

t K'onques ai ameroosete, 

« Ce m*est yis, ne vit nos liom ; 

« S*or devenés m*amiete, 
20 « Moult bone vie menrons. » 



— « Biaas sire, se Deus me voie, 
« Vos en parlés en pardon : 
a Jà de m'amor n'aurés joie, 
e C*autn2i en ai fait le don, 

25 « Se ci vos trovoit Sjmon, 
ff Ki de m'amor se cointoie^ 
« Aidier ne vos i poroie 
r Ke ne faissiés de baston 
« Tués enmi ceste voie, 

30 c Ou depeciés de gaignons. » 



— a Belle, trop ooars seroie, 
a Foi ke doi Deu et ses nons, 
« Se j& proier vos laissoie 
c Por vilain ne por gaignons ; 

35 a Se de vous un biau respons 
« De vostre bon cuer avoie, 
« Certes, plus hardis seroie 
a Ke n*est leupars ne lions , 
« Et plus de dis en vancroie 

40 « De tés vilenés garsons. j» 



iSfueUeituivit, —90 Trop 6ime.*-13 Mrti% oîttort voitre ^raie, — 

U i^aind an est faU K dons. -- Zl Bi moût (^ m'MUi) Dex. ^ M Por ces 
ffHomet faUmtk — 33^36 Se f avoie im 6. r. De voetre geni eon poroie, 
* SOpItft ke. — 40 De cis viUmies fêtons. 



160 CHANSONS 

— a Moult vos oi ranter, biatis sire, 

a D'estre lié por moie amor, 

a Mais tout el vos orai dire, 

« Quant vos orés mon pastor, 
45 a Car, se Deus me doint honor, 

a N*a si bel home en Tempire, 

Quant de mes eus le remire, 

a Ne bergier de tel vigor ; 

« Jà n'aurés talent de rire, - 
50 « Quant vos verres son iror. s 

Es vos le pastor plain d'ire, 

Ki jalos fu de s*amor ; 

Vers moj vint, si me remire 

Gom bons plains de grant folor, 
55 Puis si m*a dit par iror : 

a Tenés vostre voie, sire ; 

« Damedeus vos puist maldire, 

« Se plus la proies d'amor, 

« Car, si m*ust nostre sire, 
60 « Faire i poés lonc sejor. » 

Lors n^oi je talent de rire 

Quant irié vi le pastor, 

N'eusse mestier de mire 

S'il m'ettst ataint le jor. 
65 Li vilains, par grant vigor, 

Son arçon toise et en tire ; 

D'un karel me cuide occire. 

Et je montai, si m'en tor. 

Mais tant vos puis je bien dire 
70 K'ains mais n'oi si grant paor. 

41-^SO Cette strophe manque. — 86 T&meii. — 87-59 Vers omis. — 
00 I portez, — OS Kont vi venir lou p. — 68 grani irour, ^ 66 toigH 
et tire. ^ 67 lyun pilet. 



DE JOCBLIN DE BRUGES. 161 

Elle me comenoe à dire : 
« Rerenés arier, biaus sire, 
« Je vos otroi mon amor » ; 
Mais por tôt l'or de l'empire, 
Ne fuisse tornés vers lor. 



71 Arrier rtiameit. — 75 «cr ont. 



Il 



VII 

DITS ET FABLIAUX 

DB 

JACQUES DE BAÏSIEUX 



I. 



Dea trot» Chevaliers et del clialiifte. 



(Fol. 99 vo.) 



P 



ar bon semblant et par bel dire 
Sèvent aucun félon plain d*ire 
Autrui soprendre et deehivoir, 
Et cant ilh sèvent de ce voir 
5 Dont ilh sont de savoir engrant, 
Mais n*aront rien, s'âront en grant 
' Anui et en grant deshonor 
Mis ohes oui offroient honor. 
Por ce ne seit on mais oui croire, 
10 Que li faus ne vuelent recroire 
De lor traison porchachîer ; 
Les loiaus font si deschachier 
Ains qu*il soient de riens orett, 

Leçons du hs. oo dr ucopre Moochet rectifiées. Vers 7 anuit, — 8 ckù» 



DES TROIS CRETALIBRS ET DEL CHAINSB. 163 

Ke teil travalh lor sont cretl 
15 K'il n'ont repos ne jor ne eare 

De pener à ce k*al deseure 

Paisse lor loialtés monter, 

Si con flst chil dont velh conter. 
Il ayint c'ane gentis dame, 
20 I<raToit plos bele en un roiame, 

Ne plus large ne plus cortoise, 

Contesse n'estoit ne duchoise. 

Mais ele estoit de haut parage ; 

Prise l'avoit par mariage 
25 Uns bachelers de bon afaire, 

Laiens ayoit moult grant repaire 

De chevalers, car riches ère, 

Gortois et larges despendere ; 

Il n'estoit mies tornojeres, 
30 Mais ilh estoit bons herbegieres ; 

En grans mangiers et en grans dons 

Despendoit le sien li preudons ; 

De ses voisins avoît bon pris. 

En celé marche avoit pris 
35 Et çriet un tornoîement; 

Laiens prisent herbegement 

Troi chevalier qui i aloient ; 

D'amis et d'avoir moult valoient 

Li doi, et ausi de proêoe ; 
40 Mais li tiers n'ot pas grant richece, 

De certe n'avoit qu'au tornois 

Douz cens livrées, ne tornois 

Ne li eschapoit k'il n'i fust. 

U ne cremoit acier ne fust, 
45 Gant il avoit la teste armée. 

Tôt troi ont la dame enamée, 



S5 bone. 



164 JACQUES DB BAI81BUX. 

U ilh Vont fausement projée. 

La dame s'aiiior otroyée 

N'a à nul d^iaus ne escondite ; 

50 Nonporcant mainte raison dite 
Li a li plus riohee des trois. 
Por 8*amor se fait mult destrois, 
Lui et son pooir li présente : 
« Ha », dist ilh, « duce dame gente, 

55 « Mon cner, mon cors, ma mort, ma vie» 
a Sor vos voloir n*aroie envie ; 
« De moi greffre lessier sechier 
a Mors sui, et si, dame, se chier 
a Ne m*aveis tant ke m'amor prendre, 

60 (f y uelhiés vostre sens au mains rendre, 
« Car vostre amour ne requier mie ; 
« Petit vail por avoir amie 
a Si bêle, si bone et si sage. 
« Dame, humiliés vo corage 

65 tt Tant qu'ensi soie recheûs ; 
« Por vos serai si preus TeUs 
« K'en cortoisie et en largece 
c Florirai et en grant proëce, 
« STà vos sui par vo gré amis. » 

70 Chascons des autres douz a mis 
Son cuer, sa pensée et s*entente 
En faire projere ausi gente ; 
Al miez qu*i] seront Tont requise. 
Et la dame f u si aprise 

75 Ke sagement s*en départi. 
Au matin sont d'iluec parti. 
Car Pendemain dut tornois estre ; 



tt6 ofot. — 57 Texte corrompu. — 58 et se, dame, — 60 «ont wistre. 
69 Méon : par vostre amis. 



DES TROIS CHEVALIERS ET DEL GHAUISE. 168 

A son hostel et à son estre 
Ala casoons teil qu'il l'avoit. 



80 La dame qui asseis savoit 

De bien, un sien blanc chanse a pris. 
A son esouier bien apris» 
En cui avoit malt grant flanche, 
A fait do chanse deliyranche, 

85 Et li dist qu'ai tornoi en voise 
Purement et sans faire noise. 
« A cel chevalier le me livre » 
(Et li noma) ; « di lui, se vivre 
« Vuet, si qu'il dist, en mon serviche^ 

90 « Demain veste cest chanse riche 
Al tornoi, sans autre armeUre 
« Fors son hiame et chachetire 
« De fer et espée et escut. 
tt S'il le prent et ilh la vestut 

95 « Al tornoi ensi faitement, 
« Retorne à moi isnelement ; 
a S'iih ne le prent, va k celui 
(Son non li dist), a di li que lui 
« Envoie cest chanse en tel guise 
100 « Ke je à cestui te devise ; 

a S'il nel rechoit, al tiers le porte : 
a C'est chil qui parla à la porte 
« Huj main à toi derrainement ; 
« De par moi di li ensement 
105 tt K'aus autres douz t'ai rové dire. » 
Chil prent le chanse, atant s'atire ; 
Vers le tornoi acuet sa voie, 
Celui le balhe où on l'envoie, 

9S For. — 101 lier. — 108 oh le vote. 



166 JACQUES DE BAISIBUX. 

Sens mesprendre dist son message. . 

110 Li bachelers rechat le gage 
Et dist k'al tornoi s'en parra, 
Tant fra d'armes c'en en parra, 
Por Tamor de sa dame chiere. 
Un poi après, baissant la chiere, 

115 Entre ses compagnons repaire ; 
Paors H palist son vaire, 
Tant crient la jomée et resongne. 
Proëche li dist et tesmongne 
C*on ne doit pas avoir sans paine 

120 Amor de dame soveraine ; 
Amurs de fanseté Tencuse 
Cant le voloir celi renfase 
A oui si smis se faisoit ; 
S'il rent le chanse, ilh mesfaisoit. 

125 Paors le revient assaillir 
Et 11 dist k'à l'amor faillir 
Le ooviont, coment qu*il en prengnc ; 
S'il avient ke le chanse prengne, 
Mors est, si à Tamur fara ; 

130 Nel prende pas, miés li venra 
Qu'il vive et à amie failhe. 
Ensi est ses cuers en batailhe 
Et ne seit u laissier u faire. 
En la fin paors tant le maire 

135 Ke le chanse al valet rendi. — 
Al secont chevalier tendi 
Li escuiers la main et donne 
Si que ne s'en perchut personne ; 
En teil guise et en teil manière 

140 Le rechut et renvoie arrière 
Ke chil devant le renvoia. 

121 La copie Moucbet porte cfcuie, qui dit le coulraire. 



DBS TROIS CaETALIttS ET BEL CHAINSE. 167 

L'esooiers le ohanse ploia. 

Al tiers eheyalier est tmios 

Et li offre ; làiretemis 
145 Est li ohanses malt lioment, 

Et dist que le. comandement 

La dame volentieFS fera. 

Do clianse miex' wmaîs sera 

Ke de ouïe arme qu'il aToit. 
150 Son palefroitt dont pins n'aroit, 

Done à reacnier» si li roere 

Ke lues ù il sa dame troeve, 

Ke de par loi grasoes li rende 

Do bel don, et qu'ele en gré prende 
155 Ce qa'il porra d^armes eas faire. 

La nais s*en Ta, li jors esclaire» 
' Hiraat crient « lachiés, laohiés ! » 

Li chanses estoit enbrachiés 

Do bacbeler estroi[temenf , 
160 Baisiet Tavoit malt doloement 

Pins de milhe foies la noit. 

Et dist bien anobois qu'il anuit 

Fera ens d'armes tel jornée 

CTonques ne fu à nul jor née 
165 Dame por oui tele fui5it faite. 

Mult s'esjotst et se rebaite 

Et loie Amors quant tant l'oneure. 

Goardise en cul palivs meure, 

Li ramentoit d'aobiers les brans 
170 Dont ilb aura trenebiés les flans : 

« Des espales et des costeis 

« Onques mais ne reebut oos tes 

a Bacbelers, oon rechiveras ; 

« Ta proêcbe décèleras ; 

no nul, ^ in tag iêx. 



16B UCQCB8 »B BAlSnSITX. 

r 

175 « Por labieleat portniferia 

a Morte eet ta chars^ Vaaie perie^ 
« Dieu et le siede^ pers ensemble. » 
Toute sa chars freoiist et tramble 
De ce ke pattrs li^raeoate, 

180 Mais ses cners noiànt n'i raconte, 
À oui oouste rions la besongne. > 
Âmors li dist et ii tesmongne 
K'al chanse vestir aquerra 
Tel joie k'autre ne querra ; 

185 Ele li monstre conpangnie 
De bêle dame et d'enseignie ; 
Duz regars, acolers, biaz rires 
Et baisiers, ki n*est pas li pires, 
Sage parler et enbraohier ; 

190 S'en doit faire sa char aohier 
Por tant de desdnis rechiyoir. 
Or perchoit ilh que décevoir 
Le Tuet paiirs et coardise. 
D^autre part proëohe l'atise 

195 Et li dist que s*ensi astoit 
Ke ilh le ohanse ne Testoit, 
Gk blâme li saroit torné ; 
S41 avoit son cors atome 
Si k'avoir ne peUst greyance 

200 Por cop d'espée ne de lance. 

Petit pris d'armes doit aquerre ; 
Mais s'il est en piecbe de terre 
Mal montés à pou d*armeûres 
Et il ose oolées dures 

205 Rechivoir et son pooir rendre. 



176 char, — il9paûr, — iSl coûte, — 190 Si m. — i95 dût qu'enn 
agtoit, — 497 ne li «iroîf . — 205 d son pomr ; à est inutile et gAte la 
mesure. 



DBS TROIS CHBVALIEIIS BT DBL CHA1H5B. 169 

S*il ne fait flancher ne rendre 

Autrui, por ce ne pert ilh mie 

Pars d'armes ne grasce d*amie. 

Se si Juger jugent droiture. 
210 Ensi proëohe Tassetire 

Et de bien faire H enorte. 

Amors Tenhardist et conforte 

Tant que del chanse li changiers 

Al plus très fort haubert d*Angiers 
215 Ne li plairoit (et se seQst 

K*à sa dame aussi bien pletist), 

Ke le chanse avoir yestn. 

Trop a à l'armer arestu, 

Ce li samble, les chauces lace, 
220 L'espée chaint, Tescut enbrache, 

Monte à cheval, son elme a prise, 

Por pou ke ses estriers ne brise, 

Si s'afiche sus à Tesmuevre ; 

Por sa dame tel cuer reeuevre 
225 K'ilh ne crient mort ne bleceûre. 

Vers son content tôt l'amblet^re 

S'en va en l'escut enbuisiés. 

Ses contraires a si buisiés 

Al branc d'achier et tant malhiés, 
230 Ke lor escus a detalhiés, 

Lor habiers ros^ et enbarreis 

Lor hiames ; jà ert debarreis 

Ses chanses et mult depechiés, 

Et s'ert ses cors forment blechiés, 
235 Mais 11 cuers noient ne s'esmaie ; 

Il ne sent angoisse de plaie 

Ki 11 soit à l'espée faite, 

906 Je pense qu'il fanl Ureprr> <Farme$, — 9l8el $% seiiusi.^ti^pleimi. 
' 318 a alarmes. — »9 éCachiei. — 251 Lor$. — 232 e^'^. — ^05 ff^efimm 



f 70 UCQDJB6 DE BAISIBOX. • 

Tout adès a la main entaite 
De lui al brano assettrer. 

240 Se ses cors peuist endurer 

Ce que 11 cuers oisaist emprendre, 
Tous les covenist à lui rendre. 
Adès est eh la plus grant presse, 
De cos mengier son ohanse anesse 

245 Et d'autrui armes paist s'espée ; 
Tant a le char par lius oopée 
Ee tous 11 chanses en sanc bangne. 
Chascons ki l'aperchoit Tespargae, 
Mais ce n'est pas par son .voloir ; 

250 Ce li fait plus le cuer doloir 
K'il ne trueve ki sor lui fiere, 
Ke de ses plaies la haschiere. 
De content en content s^acointe, 
Adès li membre de sa cointe 

255 Ki le chanse li ot tramis ; 

Bien s'est maintenus con amis. 
Tant fu férus et tant feri 
Que mult de sa force péri. 
Par tôt le tornoi Taventure 

260 Conoist on qu*il n*a armeUre 
Fors que le chanse seulement. 
En trente lius crueusement 
Fu navreis, mais ne recroit mie^ 
Toute jor maintient Teskermie 

265 Tant ke li tornois fu espars. 
On li donc, de totes pars. 
Le pris do tornoi, et en voie 
Ghascuns à Thostel le convoie. 
Il fait ses plaies remuer ; 

270 Por mal k*il ait ne puet muer 

244 mengien, — 259 Par tôt,-- 202 2ief . — 968 al hotte. 



DBS TROIS CBBVALIBRS BT DBL CHAINSB. 171 

Ke 06 chaose garder ne face. 

Tout ensi ne vuet oster tache ; 

Ne le donroit por tôt & perdre, 

Ce jure ilh par le roi celestre. 
275 Ghascuns ki Tot^ mult s'en merveille. — 

Li escuiers soi rapareille, 

Ki le chanse avoit aporté ; 

A sa dame a mult enortë 

R*ele pense do chevalier 
280 El por s'amor est contalhiés 

Tant qu'il a del tornoi le pris, 

Mais tant a le cors entrepris 

De plaies ke niens est de vie 

« Lasse », dist ele, u s'ilh dévie, 
2Ô5 « Je serai de sa mort copable, 

a U a miés fait son dit estable 

« Ee li autre dni qui plus disent. » 

— « Dame », fait chil, « le chanse prisent, 

« Mais ne Tosèrent retenir. » 
290 L'escuiers fait sovent venir 

La dame al chevalier plajet ; 

Tout son despens li a pajet 

Et son amur li a donée. 

Chis dons a la plaie sanée 
295 Al chevalier, ki plus li griève ; 

Por un petit k'il ne se liève 

Contre le douch cop désiré. 

Li autre dui sont mult iré, 
. Cant ilh le chanse refusèrent ; 
300 En lor cuer forment s'en blâmèrent, 

Non pas por tôt por le damage 

De l'amor de la dame sage. 

Mais por ce ke mains sont hardi 

386 eitaubk. — S90 L'eacuier, — 297 dwh. 



172 JACQUES DE BAI8IBCX. 

Ke chil qui del prendre enhardi ; 

305 Chascons se tient & enganeis. 
Li bachelers fa près saneis 
Des plaies k*al tomoi a jurises. — 
Li maris à la dame aprises 
Avoit bêles oors à tenir, 

310 Encor les Yoloit maintenir. 
Car pas n'iert apovris d*avoir. 
n li prent volenteiz d^avoir, 
Sor son fiez et sor ses tenures, 
Pestes de jostes d'aventures ; 

315 Tant porcacha qu'eles i furent. 
Tontes planieres, huit jors durent. 
Apris i eut tomoiement, 
Là ont doné maint parement 
Et maint mangier cortois et riche. 

320 Li bachelers n*ot pas cuer niche, 
Ki à la dame estoit maris ; 
Largeoe amoit plus que Paris 
N'amaist onkes nul jor Helaine ; 
Cort tint ki ne fu pas vilaine. 

325 Tôt chil ki vorent i mangièrent 
Et orent quant qu'il sohaidièrent, 
Tant ke por boire et por mangier 
La feme al seignor del mangier 
Servi, o li maintes puceles. 

330 Li chevaliers plajés noveles 
Sout ke la dame sert à table 
A sa cort ki est honerable. 
Son ohanse erranment li renvoie 
Par son esouier et li proie 

335 Ke por Famur de li le veste. 



305 engeneii. — 319 main, -^ 331-32 taubte, hoturaubU,-^ 334 Am* «m. 



DBS TROIS GHBTALIBRS BT DBL CHAINSB. 473 

Tant k*ele ait servi à sa feste, 

Desore tos ses paremens, 

Ce li ert malt aligemens. 

Li escoiers le chanse a prîs ; 
340 A la dame, com bien apris, 

Dist son message sans mesprendre. 

La dame tent sa main por prendre 

Le chanse ki mult ert solhiés, 

Et dist por oe qu'il est molhiés 
345 Dou sanc à son ami loiaul, 

Tient ele à parement roiaul 

Le chanse, car ors ans ne pieres 

Ne poroient estre si chieres 

Ke li sans dont il estoit tains, 
350 Et dist ke le vestiroit ains 

K'ele tenist vin ne viande. 

Puis ke ses douz amis li mande. 

Lors racole de bon corage. 

Après le vesti. Or ne sa ge 
355 Liqueis d*iaus dous flst plus grant chose 

L*uns por l'autre ; chascons l'en cose 

De trestoz cbiaus k^ele a servi 

Et dient k'ele a deservi 

CTon li face grant desonur, 
360 Car ele l'a pour faire onur 

A aucun chevalier vesti ; 

Il sèvent bien trestot cesti 

Ke ses sires ne porsnit armes. 

Trestot pleurent à chaudes larmes 
365 Por ce que hors del sens le quident. 

Cant ont mangié, sa sale vuident. 



336 Gofif ir'aitf. -^ZiS parement Uriat. — 3i0 «anc. — 352 aux. -* 335 lor. 
- 364 plcrml. 



174 JACQUES DB BAIS1BUX. 

Es gardina vont esbanoiier. 
La dame al chanse reploiier 
Et al regarder met s'entente. 
370 Malt en fa à son seignear ente, 
Mais il ne fist semblant ne chiere ; 
On ne Ten vit maer manière, 
Ne mains parler ne mains taisir. 



Or prie Jakes de Basiu 
375 As chevaliers et as puceles, 

As dames et as damoisieles 

Et as chevaliers ensiment, 

K'il fâchent loial jagement 

Liqaeis d*iaz fist plus grant emprise : 
380 U chil qui sa vie avoit mise 

En aventure aimant sa dame, 

U celé ki honte ne blâme 

Ne cremi tant ke lui irer ; 

Por s*amor s'ala atirer 
385 Del chainse, si c*ai dit deseure ; 
' Jugiés droit, k'Amurs vos honeare. 



367 gardiens (te p. t loag est un trait d*orthographe wallonne). • 
373 Ce vert est suspect par sa rime (voy. les Notes à la fin du ? olame). 



2. 



Ll Ois de l*K«pée. 



(Fol. 101 vo.y 



c 



'hil qui a grant trésor en garde 
Se doit pener si qu'il le garde 
K'ilh n'i ait damage ne honte 
Et k'ilh em puist rendre bon conte 

5 A celi qui li fait garder. 
Pois qu'il a le clef à garder, 
Il doit jiar droit rendre Favoir, 
S*il le pert par son nonsavoir ; 
Ce paet on en maint lieu prover. 

10 Dont se doivent bien esprover 
Li haut tresorrier, precieus 
Del digne trésor glorieus 
De la foi garder ai qu'il doivent, 
Car la saintime orde en rechoivent, 

15 Ki chevalerie est clamée. 

De Deu et del monde est amée, 
L& ù est à droit maintenue p 
Car elle est de par Dieu venue 
Et faite par son mandement 



9 mata. L'oialssion da^ final denol an mot commeoçant par ose 
coDiOBneest fréquente daas le ms. 



476 JACQUES DE BÂISIEUX. 

20 Por son trésor nomëement 

Garder y si qa*il le puisent rendre. 

Car cheyalier, à voir entendre, 

Sont li trésorier de la foi, 

Et tresorrie, qui defoi 
25 Met c'en ne puet mie venir 

Âl trésorier as mains tenir, 

Sans brîsier u sans déformer ; 

Et si vos os bien afermer 

K^ilh sont partie del trésor. 
30 Si dirai, se je puis, très or 

En avant k*est la tresorie : 

C'est chars de bachelers, norie 

En conz d'espées et de haoes, 

De glaives, de dars et de mâches, 
35 A Taûwe de grant porriere, 

De son hyame por la lumière ; 

Bagnie en sanc et en suour, 

Cuchie en paine et en puour 

De mors et de flairant bruine ; 
40 Del chiel a chambre et gordine, 

S*a oouoe de terre fovoite. 

Mais tant la venue convoite 

Des anemis, que sa sofiranoe 

En met aukes en obliance ; 
45 Si a de son haubert linchuel 

Et de oors de cheval berchuel, 

S*est covers d*orage et de ploeve ; 

De galée et de noif se trueve 

Tant blanc, car il h n'a autre tente 

30 Par. - SI puUe rendre. — ît CkêoaUen ; râddition fautive de la 
finale t au sujet pluriel sera soufent signalée. — 95 treaareriê (contraire à 
la mesure). — 59 flairang, — - 40 Del Mef. ^ 41 La copie Mouchet a tmtU 
p. comee. — 45 tiekueL ^ 40 neit p. ntrif (neige). — 40 Peut-être faut-il 
Toui blanc. 



U N8 0S L*E8PiB. 477 

50 Contre soleO, contre tormente, 

Ke son escut dont ilh se enevre. 

TjQpsorrie de si fort oevre 

Ne porroit estre desconâte ; 

Por ce l'a Diex por lui eslite 
55 Et por garder ses bons amis. 

Bachelers qui à ce a mis 

Son cuer, doit bien en pris monter, 

Car j'ai sovent oï conter 

Qu'il ne doit pour el le branc çaindre. 
60 Mais mes sens ne poroit ataindre 

Cant ke Tespée senefie, 

S'en dirai ce dont je me fie, 

Et croi jà repris n'en serai. 



Au pumel encomencerai, 
65 Ki par raison doit touz rons estre. 

De- ce ne dout ne clerc ne prestre 

K'ilh m'en paissent à droit reprendre. 

La rondece done à entendre 

Le monde et quant que j repaire^ 
70 Dont chevaliers doit estre maire 

Et sire, et avoir en sa main ; 

Si les doit, al soir et al main 

Et à totes eures del jour, 

Soccurre et aidier sans sojor 
75 Contre chiaus ki lor font grevance : 

C'est del poing la seneflance. 

Et il le doivent honorer, 

Et gaangnier et laborer 

Tant qu'il ait ce qu'il a mestier. 
80 Puisqu'il les sert de son mestier, 

56 BatMer, — 60 taindre. — 70 chevalier, 

12 



/ 



178 JACQUES DB BAISIBUX. 

Ilh le dolyent do leur servir» 
Car ilh le seit bien deservir 
A ce qu'ilh les fait en pais vivre ; 
Trop aroient li bon de cuivre» 
85 Ki roavais lairoit oovenir. 



A la pugnie vœl venir, 
Ki a bon seneflement : 
C'est qa*ele nul maniement 
Ne doit avoir fors de tel home 

90 Ki en sache le loi de Rome 
Défendre, con clers par parole. 
Et ses anemis en afole 
Partot ù ilh les puet trover ; 
Ce puet on en mains lius prover 

95 Par les heus dont li crois est faite. 
Par la crois est li crois atraite 
Ke li chevaliers doit défendre ; 
Bt encors nos dône à entendre 
Li crois justice, car no père 
100 Jésus i soffri mort amere, 

Bt si mist son cors à justiche ; 
S*est drois que chevaliers justiche 
Ses nuisars, car le crois en porte, 
Dont mauvaistiés doit estre morte, 

105 Si ke mors en fu li pechiés 
Dont Adans nos ot entechiés 
Par le commant qu'il trespaasa ; 
Mais Diex en crois nos respassa 
Par la char dont il prit vesture. 

1 10 Ce senefie la hodure ; 

Bt que dirai des .ij. taillans ? 

95 Mouchet hem. — 104 mauvaUté. 



LI DI8 DB L'iSPil. 479 



Li ans dist k'aapres et taiUans 
Soit bachelen de pris aquerre 
Et des anemi» Dieu reqaerre. 

115 MoK ne erieme ne aime yie, 
Aine faœ tant ke deeerrie 
Ait Tamor Dieu et graeoe k monde. 
Cant il voit ke li os abonde 
Et a masse des anemis 

120 Et ilh a le bjame mis 

Et bien d'armes son estoyoir. 
Il doit le pié délivre avoir 
Ke lévriers encacbant al plain ; 
Ensi doit ilb ferir al plain 

125 Des espérons menaement. 
Tant ke cheval si roidement 
Faoe onrre ke les rens coupe. 
Noise de tabors ne de troape 
Et diketis de cooz d'esptes 

130 Sor ces armes dores temprées. 
Et li désirs de bien ovrer, 
Li font hardiment recovrer 
Et li donnent cuer de lyon 
El renc. Quant il voit qne li bon 

135 Passe devant lui qui Tesgarde, 
Por ce c*an poi por lai coarde, 
Gort li lyons à l'home seare ; 
Ensi bachelers s'esvigeure 
Et enorgaelhe ou taz, ou caple, 

140 U chascuns de Fespée caple 
Et fiert de dars et de gisarmes 



Iti topMr. — Mouebel : du Uèwn p. dHimre (à la férité Je ne siis plu 
sieeiiebéfoesétë eomiDiae daes le texte ou à la maige). — 199 Ei dêeoux 
H$. — i34 Etrent,.. li hotu. — iS6 cou pot. — iVt ton. 



180 JACQUB8 DE BAIftIBUX 



Et kd fait sa char ressembler 
A la char d'asne à Pasembler, 

145 K'ilh ne crient coz, travailh ne paine 
Ne fais porter* mors ne samaine, 
Ne pointure de ragoiUion. 
Bras ait k'eles d^esmerelhon 
Isnel, et puing plus dur que piere 

150 D*aïmant ; et en tel manière 
K^aiïnans tient fer et achier, 
Ne oovient do poi detachier 
Del bacheler chose qu^il tiengne. 
En Pestour adès li souTiengne 

156 Por coi ilh a chainte l'espée. 
Cuers d^anemis et foie espée 
Et tranche haubers et hjames» 
Testes et bras et puins et pames^ 
Et espande sanc et cervele. 

160 En liu d'oilr son de yiële, 
Fait ilh anemis Dieu crier 
Et sans confesse dévier, 
Si que li renc en adarissent 
Et que li plus preu le guenchissent 

165 Et le resongnent plus que foudre. 
Enivreit de sanc et de poudre 
Le quident tôt si enemi. 



170 Tôt partot fait les rens frémir 
Et desconflt tôt là ilh torne ; 



\AÎ Vert omis par le scribe. — 143 ranembUf^. — 148 emmlhoH ; le ms. 
néglige souTenl Tt étymologiqne devant une consoiuie ; ainsi géoéraleoieBi 
blamtr p. Idoimer. — * 149 pire (fonoe walloone). *• i5S Ne doiveiti. ^ 154 
UmUnir. — 156 fin. — i58 pamt. ^ 17i to uM- 



U DIS DB l'BSPÉE. 181 

Ses auemis broie et atome 

A aause de sanc destemprée, 

Si ke joinchie en est la prée 
175 Entor li, derier et devant ; 

N^i a si hardi ki se vant 

De lai desconflre et abatre ; 

Por un cop qu^il donne, en a .iig. ; 

Là rechoit paiement moult riche. 
180 Mais il fait forte tor massiche 

De son hjame et mar de Tescut ; 

Là n*a pas sans trayailh vescut. 

Do branc fait flece de periere, 

Do poing et de Tespée piere, 
185 Dont ses anémia acravente ; 

Mors et afoleis les adente, 

Si ke li pins hardis s'esmaie. 

Cil à droit a, c'est oose vraie, 

De Tespée prise chainture ; 
190 Chil à droit a solonc droiture 

Chainte Tespie à un taillant ; 

Chil garde le trésor raillant. 

Si en puet à Dieu conte ren<u*e. 

Et s'il puet l'autre tailhant prendre, 
195 K'ilh soit jnsiechieres lojauz, 

Je di qu*il est à Deu roiaus. 

Et cornent loiaus justecbiere ? 

Ke por avoii; ne por projere, 

Ne por amour ne por hainne, 
200 Por suer, por frère, por cousine, 

Por molhier, por père, por mère, 

Ne por paûr de mort conpere 

K*ilh vueilhe de nul lés ployer 
Le tort ne le droit desToyer ; 

ÎHlpim. — mdraUe'e$t. — 190 droU ioUme, 



183 JACQinS DB BAIUBOX. 

206 Alns mete ohaBcnn à «a voie : 
Tort & tort, droit à droit ayoie ; 
Les maTais mate en grant destreoe, 
Les bons garde o'on ne les bleoe, 
S'ara 1 espée toute entire. 

210 Bien Voie par Terité dire 
En flon dit JalUi de Baisiu^ 
Ke bon jiutecier font paisin 
Le siècle et en lèvent Tordare ; 
Et coi Diex ne donne aventure 

216 K*il poist avoir les «g. talhans, 

S'ait Tune» si n*iert pas mains valbans, 
Ains iert de moult de gens prisiës 
Et de Deu, se ilh n'est brisiés 
U par promettre u par doneir, 

220 Car s'en li voit abandoneir 
Son cuer à avoir recevoir, 
Maintenant, ce vos di por voir, 
Iert sa justice defolée, 
Ensi con Tespée afolée 

226 U on a petit de fiance. 



Dit vos ai la seneflance 
De Tespée lonc mon savoir ; 
Diex le doinst tos princes avoir I 



«ilMrs. — 9St tw iK. — m Di vo$. 



3. 



G*e»t de» flez d*il.inoitr«« 



(Fol. 103.) 



J 



akes de Baisia mainte terre 

Cherchie a por matere querre 

De quoi peuïsi faire biaz dis, 

Car pins est ses caers esbaudis 
5 Gant ilh a matere trovée 

Ki bone soit et esproyée. 

De ooi peuïst biaz dis retraire, 

K*il ne seroit de reube vaire. 

Por coi ? La reube useroit 
10 Et li biaus dis li demorroit, 

K'en son cuer auroit enseré. 

Abtmeêra tant erré 

K'en tel lieu Ta Diex assené, 

U troveit a maint cuer séné 
15 Et moult très bonne compangnie, 

Ki iert en honesté bagnie, 

En cortoisie et en largece, 

En gentilece et en proëche. 

Dames i out et damoiseles, 

It Vers santé pir le scribe, que j*ai cherché i remplacer. — 14 mam 
ater. 



)84 JACQUES DE BAI81BDX. 

20 Gheyalierg et ders et pncelee, 
Et en parlant se desdoisoient 
D^amurs, et lor cnen estruisoient 
A la desputiflon d'amur. 
L'uns faifloit à l'autre clamar 

25 De questions d'amurs noveles. 
Entre eles out .ij. damoiseles 
De qui un pou vos parlerai, 
Et toutes les autres lairai ; 
Car aussi bien ont deservi 

30 Ke tôt bien soient aservi 

A eles qu'en dames del monde. 
En eles trestoas biens abonde ; 
Eles sont et rius et fontaine 
En oui on puet à sele plaine 

35 Cortoisie et honor puisier ; 
D'eles ne pot on espuisier 
Le bien ki en lor caer repaire. 
Ces douz puceles de bon aire, 
Eles et chil qui là estoient, 

40 Ensemble d*amors desputoient. 
J*entendi la desputison» 
Si 08 tantost bonne okoison 
De bel dit faire et oommenobier, 
Ki n'iert mie d'autrui tenohier, 

45 Mais de paroles delitables 
Por conter devant les feables 
D*amor, ki lor flez sachent prendre. 
Autrui vestir et ans défendre. 
Se tolir lor voloit lor sire, 

50 Sans duel, sans rancor et sans ire. 
Tantost ces «vj. sages puceles 
Kisent as autres damoiseles, 

45 Moachei âmrabUê. 



C*E8T. DBS riBZ D' AMOURS. 185 

Et as chevalidrs ensiment, 

Ke lor fesisent jugement 
55 Tel qa'eles lor demanderoient. 

Ne sai por coi le demandoient : 

U por ce k*ele8 k jagier 

En avoient, n ibijagier 

Lor Yoloit on par aventure, 
60 U eles autrui en yesture 

En Yoloient sagement mettre. 

Erranment les vi entremettre 

De demander k^est fiez d'amnr 

Et ke loing s'estent. Là damur 
65 N'ot nesune, car tôt se teurent 

Et .1. pou en penser demeurent ; 

Puis disent que nus n*i sera ; 

« Jakes premiers nos en dira 

Ce qu'il en croit. » Et je respont : 
70 « Ce que j'en sai, tos en despont 

Ensiment ke je l'ai apris, 

£e n'en soie de nul repris. 

Mais grant chose aveis demandé ; 

Si ne m'aveis mie mandé 
75 Por jugement d^amur à rendre, 

Ains i sui venus po^ aprendre, 

S'aprens, aine mais tel question 

N'oï en nule région ; 

Si est ele plaisans et bêle, 
80 Et si croi k'ele soit nouviele 

A tant k'à ce k*à fiés amonte, 

Mais d'amurs, ki tos cuers sormonte, 

En ont grant picha défini 



55 Teiquele. — 58 fofyugiei, ^60 auire. — 62 Errammt. — 7i Vers 
omis* Je l'ai remplacé par une rime de ma ftiçon. — 81 El UmL ^ 83 
A ofi. 



186 làfiqma de Bàuifiux. 

Li plusor ki sont jà fini ; 
85 Se voloie de novel dire , 

J^en doteroie le mesdire ; 

Nonporquant un paa en dirai 

Et croi que pas n'en mentirai. «— 

Amors ai est moieneresse 
90 Avenans, et releveresse 

D'onesteit et de signorie ; 

Amors norrist gens mal norrie. 

« Amnrs est moiene ». Cornent ? 

Ele prooore aoordement 
95 Entre pais et entre discorde ; 

Sans amur ne paet estre aoorde 

Car bonne amurs destruist haïnne, 

Ki est & descorde cousine. 

« Releveresse est d*onesté. » 
100 Cornent bien ? — Ghil qui a esté 

En haïnne, a perdu honur, 

Car perdut a nostre sangnur ; 

Diex ne het riens tant con haïnne ; 

Dont, puis ko bonne amurs Tacline 
105 A li siervir, ele relieve 

Son honur et de mal Feslieve. 

Encor est amurs autre chose, 

Ki solonc le latin Tespose, 

Mais il est mult griés à entendre 
110 A chiaus ki à dergie tendre 

Ne vorent. S'amar ert partie, 

A senefle en se partie 

Sans, et mar senefle mort ; 

Or Pasemblons, s*aurons « sans mort ». 
115 Dont est sans fnart ki amor a 

Et ki en li son demor a ; 

SSvefoîffil. — 90 reincwretfe. — 111 |MircAie. — llSteicelmorl. 



c'uT DIS Fuz d'amoobs. 187 

Ghil qoi amor a, ilh a rie 

Et ohil a mort» ki a envie. — 

Cornent T Ne muèrent mie amant ? — - 
120 Nenil. Bon fait vivre en amant ; 

S'il ont ohi de vie trespae^ 

En l'antre siècle aront respas 

De joie et de vivre en gloire. 

Car en cest siècle orent victoire 
125 Contre vilonia et ordure, 

Si con tesmongne l'escritare. 

Si devons prendre bone exemple, 

Car de bien as bons les oners emple ; 

Lor vies et lor biens retrai ; 
130 De dire d'amurs me retrai ; 

Bien dist ki dist qu*ele est mervelhe, 

Ne 8ai 8*ele est blance a vermelhe, 

U ynde a jane, u noire a perse ; 

Amnrs est as vilains diverse. 



136 D'amurs vous velhe à tant soufflre ; 
Des fiés d'amurs vos vuelb descrire. 
Mais, à parler generalment. 
Ne sont que dui fies seulement : 
Li uns est fiez celestyens 

140 Et li autres est fiez terrjens. 
Del fiez terrien premerain dire 
Yuel, si que miés sache descrire 
Del celestyen la hautece, 
U tant a desduit et leece 

145 Ke nus n'en poroit dire conte. 
Por oe k*al desclairyer nul honte 
N'aie et c'en ne me puist tenchier, 

inèoii.-i44adfciefiiinl. 



188 JACQUES DE BAI8IBCX. 

Vael je del terryen oomenohier, 
Ki est de mult grant signorie. — 

150 Fiés est, de yeilhe anceserie, 
De servitnte une manière. 
Ceste riegle est partot planiere, 
Car tôt fies si donnent serviche, 
SoloQO çoa qu'il sont bon et riche, 

155 Li un plus et li autre mains. 
Si ne le puelent de lor mains 
Oster ne engagier ne rendre, 
Ke li sires nel doie prendre 
Son gré, solonc ke li fiez tinent. 

160 « Ei sont feable ?» — Qui detinent 
Le fiez et le service paient 
Et au main lor sangnor s^atraient, 
Itel gent sont clamé feable ; 
Si doivent ferme iestre et establo 

165 A lot besoing vers lor signer, 

Et al petit et al grangnor. , 

« Et quoi gens sont chil qui fiez donnent ? » 
Tout franc homme qui abandonnent 
Lor cuers à largece essachier, 
' 170 Où ilh se vuelent avanchier 

De tel vaisial reçoivre à homme. 
« Hé, Jakes, c*or m'en dis la somme, 
a Quel gens puelent fiez rechevoir ? s 
Toute gens, ce vos di je voir, 

175 Fors serf et de religion 

(Clerc et lai ont Texception), 
Et puceles, dames ausi. 
Se li sires le vuet ensi. 



15) Cest, — iS5 Li uni. >* 159 Tinmi forme wallonne p. iimmi (que 
le scribe emploie ? . 261). — 162 ou motiil. — 165 toz e( ù^wor», — 174 
vodî. 



c'bST DBS PIBZ D^AMOURS. 189 

Et si paet bien sers devenir 
180 Uns frans hons, se de lai tenir 

Por serf a li sire voloir. 

Et lai aassi Testaet yoloir ; 

Anchois que ilh paist ses sers estre, 

Ses voloirs est hajs et fenestre, 
185 Par ù ilh entré en damage ; 

Nas ne m'en paet faire damage 

Miex de moi, et si ai encore 

Raison, dont plus ne dirai ore, 

Ains dirai cornent on feable 
190 Devient» ke jà nM mettrai fable. 



Chil qai le fiex vuet rechevoir, 
Jointes mains, tôt sans décevoir, 
Reqaiert le fiez à son signer, 
Et li sires fiez et honar 

195 Entre .ij. ses mains à son aise 
Li tent d'un gant, puis si le baise. 
D*un gant, itele est la vesture 
En bone, mais pas si seilre 
N'est qa'ele est do fiez proprement. 

200 Malt vaillant senefiement 
A li baisiers, car demostrance 
Nos fait de .^'. cuers Taliance. 
Bien paet baislers de .ij. un faire, 
Sel mosterai par exemplaire. 

205 Vos vereis ohi une maisiere, 
U ilh a tante grande pierre 
Ki sont k ciment saelées ; 
Toutes ces grandes pieres lées 
Oés vos un mur apieler 

<79 fer/: — iS3 Set oini$. — ISS Car ù. — iS9 Ain dirai. 



490 IACQUB8 DB BAISIBOX. 

210 Por ]6 oiment, ki gaeler 

Les a faites toates ensanble. 
Aosi li baisieni, ce me «amble, 
De .y. coera fait .i., par raison, 
En amurs, car sens traïson 
215 Doient estre trestot baisier. 
Por ce, se Judas yoat baisier 
En tnuson Deu nostre pere^ 
N'est drois ke baisiers le compère. 
Car à voit hanap ne pois boire ; 
220 Aasi baisa il por decboivre 
De voit cuer et de truide boce ; 
Tels baisiers & amur n'atoce. 
Nonpourquant nos en desoendi 
Grans biens, car joie nos rendi 
226 Por ce baisier li sovrains sire 
Et nos délivra de martyre 
D*infier« ù totes gens aloient. 
Et bon et mal, nul n'i faloient. 
Dont ne doit on del baisier dire 
230 Nul mal se on ne vuet mesdire. 
Car tont bien nos en sont venu. 
Por ce baisier ont retenu 
Tout pecheor lor iretage, 
Dont Eve et Adans, par outrage, 
235 A grant tort nos desiretarent, 
Por la pomme qu*il endamarent, 
Ke Diex leur avoit deffendue. 
Par le baisier nous est rendue 
Joie et amurs, sens et prodce ; 
240 Baisiers est de mult grant hautece, 
Riens fors dulchor ne senefle. — 
Après le baisier li afie 

Sf 3 por rm$on. — 325 ttrei . 



c'bst DBS riBz d'amours. 191 

K'ilh le servira bonnement, " 

Et si Ten fait un serement 
245 Con ses hons, et li ert loians. 

Loiautez est an des plas biaus 

Biens que personne puist avoir ; 

Loiauteis vaut trop mies d'avoir, 

Car nus en gnxii honur ne monte, 
250 Se desloiaates le sormonte. 

Qu'il ne l'estoist adevaler. 

Puis li promet ke révéler 

Ne vora nul jor ses consiaus. 

Ensi devient ses bons loians, 
255 S*est mult vers son signer loyés. 

Et li sires pas deslojés 

N'est vers lui, mais tôt ausiment 

Li est ilb lojés vraiement. 



Dit vos ai del fiez terryen, 
260 Ke je n'i ai menti de rien, 

Eel donnent ûez et quel le tienent 
Et cornent feable devienent. 
Or vuel del oelestjen dire, 
Del quel nus ne sauroit descrire 
265 La milime de sa poisance. 
Fiez celestjens, sans dotance. 
Est fiez d'Amur, sel proverai 
Et bone exemple i meterai. 
Diex solonc la déserte paie ; 
270 Si fait Amurs, mais ele asaie. 
Par samblant, aucun faus amant. 
Et li mostre, par saint Amant, 
Par bel samblant qu'il est amés, 



S71 tmeun». 



402 JACQUES BB BAISIBDX. 

Et chîl qui en amurs n'a mes, . 
275 S*en vante et dist qu'il a amie» 

Et Amora tantott s'engramiey 

Si U tout 06 qo'ele doné 

Li avoit, car ilh a menet 

Son afaire oon faus trichiere. 
280 En tel guiee et en tel manière 

Done Dlex à pluson avoir 

Por assajer et por savoir 

Cornent ilh sera d'iaus servis ; 

Cant ilh voit que pas deservie 
285 N'est li biens qu'il lor a preste 

Et qu'en orguel se sont cresté 

Des biens qu'il ont par àbondancei 

Lors lor seit bien faire nuisance 

Diex de richoise en povreté. 
290 Et si a sovent déserté 

Diez par langur aucun preudomme. 

Et de son grant avoir la somme 

Li a tolué et craventée, 

S'a en lui povreteit entée, 
295 K'ilh 11 covient son pain rovBr ; 

Ce li fait por li esprover. 

S'il a en lui ferme créance, 

Sans rancel de désespérance, 

K'il la perde ait en patience, 
300 De lui servir ne se démence, 

Dont l'en rent Diex bonne mérite 

Et pechiés et forfais li quite. 

Ausi cant Amnrs puet entendre 

C'aucuns amans vuet àbien tendre, 
305 Cant lonc tans li a fait sofrir, 

277 k'ele ot doné. — 287 par Vabondanee. — 288 Voy. les notes eiplict' 
tives. — 205 tolu. — 288 Moocbel rantel 



c'est DBS nSZ D* AMOURS. 195 

Ele 11 seit malt bien merlr 

Sa loiaaté et sa déserte. 

Mais ilh sont une gens déserte 

El Tuelent colhir ains qVil sament ; 
310 S'en encoupent Amurs et blâment 

Et dient k'en vain ont seryi, 

Mais Amurs n*a pas desservi 

Ke de li se voisent plaingnant. 

En aucune riens sont faignant, 
315 Si qu'il ne sont pas meritable. 

Par un cheyalier de la table 

Le roi Artus le puis prover : 

Par Lancelot, qui esprover 

Se sont as tornois et as guerres. 
320 Le pris avoit par totes terres ; 

En la cort roi Artus n'avoit 

Un chevalier qui tant savoit 

D*armes ne plus powist pener. 

Si ne le vot Diez amener 
325 K'ilh le graal powist ataindre, 

Car aueune defaute estaindre 

Covient un pau de sa proeche. 

Ausi chil qui dist qu'Amurs blece, 

Ne seit qu'il dist, le cuer a nice : 
330 Amurs paie solonc service. 

Dont fiez d' Amurs celestjens 

Doit estre de tous crestjens 

Apeleis, si que deviser 

L'aveis oî. Or aviser 
335 Me vuel tant que del fiés parole 

D'Amur, qui estude et escole 

Est où on puet toz biens aprendre, 



309 iement^ voy. mes notes. — 532 de teu$. -^ 336 ^«t êst »tudê» 

13 



194 làCQUKS DB BAISIBUX. 

Et dirai cornent on puet prendre 
Le fiez d'Amars et qui le donne. 
340 Je vos nomme asseis la personne 
Et le sangnor par ma clamar 
En ce que je di a fiez d'Amar »• 
— Dont est Amours del fiex li sires 
Doqueil j'ai conunenchiet à dire ? — , 
345 on. — Et Diex ! à cui done ele^ 
Son fiés ? Mult en est lie celé 
U chil qui si bel don rechoit. — 
Amurs, qui nului ne déchoit, 
A chevaliers, à dames donne 

350 Son fiés, et si le rabandonne 
A damoisieles ausiment 
Et à puceles vraiement, 
A ders, à lais de bon afaire, 
U honors et bonteis repaire, 

355 Car de vilenie n'a cure . 
Amors est de tele nature 
Ke partot va et partot vient ; 
Tôt voit, tôt conoist quan^ue avient, 
Si ne le puet ons pas dechoivre. 

380 Gant à feable vuet rechoivre 
Aucun, bien conoist sa manière, 
Ke n^est desloiaus ne trichiere ; 
Teis hons doit son fiés rechevoir. 
Dont vient Amurs, sans décevoir, 

365 ^ li présente damoisele 
U dame u gentil pucele, 
Ki est plaiQO de grant plaisance, 
Par Dttch Regart, ki de sa lanche 
Le va par Fuel al cuer ferir. 

370 Et chil tantost, qui de merir 

338 <ltr«.— 344yfl p./'a»— 36* *« '»'««'• — 3^8 regar. 



i 






c'bst des F1E2 d'amours. 195 

Est tenus envers Amars fine 

L'onnr que ele li destine, 

Met cuer et cors à ce que plaire 

Poist k la dnce debunaire, 
S75 Et à toutes antres par li. 

Et à Amor, que desor li 

Ne laise tace ne ordure. 

Et cant Amurs voit qu'il endure 

Et sert de cuer entirement, 
380 Amors li preste hardiment 

De merchi requerre et projer ; 

Et celé s*amour otrojer 

Li doit sans riot et sans tance. 

Comme fllhe d'obédience ; 
385 Car qui vuet de nul bien joir 

A Amur Testuet obeïr, 

Car Amurs est de grant puissance. 

Et s'il ayient que Totriance 

Ne fait de s*amur la pucele, 
390 Amurs le point d'une estincele. .. 

fie chil remaint en son service ; 

Amurs point povre, vielhe, riche. 

Bnsi ravient il des puceles. 

Des dames et des damoiseles, 
395 Qui sont oointes et envoisies, 

Ki choisisent ains que choisies 

Soient, si ont un pou grevance, 

Car ilh n'est mie acoustumance 

Ke dame son amur présente, 
400 Mais Amurs, ki n'est mie lente 

De faire as siens prochain secors, 

S en va tantost plus que le cors 

376 qm duor. — 380 II doit y avoir ici une lacune. — 592 poùU a M 
mit par moi ^nr satisfaire k la mesure et an sens.— 401 à siens proehaùu. 



i96 UCQUB8 PB BAI8IBUX. 

A oel por cui est en soffranoe 

La dame, sel flert de sa lance 
405 Et li aporte teil noviele 

Ke le cuer desouz la mamiele 

Li trait, si l'aporte & sa dame. 

En Amur a chascane femme 

Tel otroi et teil avantage 
410 Ke» cant on oonoist lor corage, 

lih ne les oovient pas prjer, 

Ains sont li home droiturier 

Por faire as dames lor plaisir. 

Plus de legier paelent saisir 
415 Les dames d'anmrs la rikeœ, 

Ke li home ; mais de largece, 

De loialté, pas aquiter 

Nés Yuet Amurs, car déliter 

En amnrs loialment se doivent, 
420 Si qu'il entre iaaz ne se dechoivent ; 

Car Amars nul deoevement 

Ne vuet avoir, mais justement 

Yuet k*amans et amie vive, ^ 

Si ke Puns à l'autre n'estrive. 
425 Dit ai coment Amurs doner 

Puet son fiés ; or vuelh ordeoer 

Coment Amurs fait envesture. 

Amor, ce est cose sellre, 

Ne oonoist on se n'est à Toevre, 
430 Kar sa grans digniteis le cuevre ; 

Et por ce c'on nel puet veoir, 

Done elle as douz amanz pooir 

De Tun Pautre en vesture mètre. 

Or se doivent ilh entremetre 

404 Sitafiert — 412 iltii.*418 deiliter (forme insolite). — 423 el mm>. 
iSOgrani. 



C/eST DBS FIEZ d'aHOURS. 107 

435 D'ianz enrestir en la présence 

D'Amor, ki heit et noise et tence. 

Envestir ? Vos dirai cornent : 

Par faire bon otriement 

D'amors et de lor cors saisine. 
440 Et s'ilh ne paeent lor covine 

Li ans à Taotre descovrir, 

Al mains se doivent ilh ovrir 

Et reçoivre par volonté : 

C'est k'en lor cuers aient enté 
445 Saisine de cuer et de corS| 

Cant tens en iert, ne jà descors 

Ne sera entre iaus en lor vie. 

D'an jowelet Pan Tantre envie, 

Puis que des cors ne paeent faire 
450 Saisine ; pais se doivent traire 

Li uns vers Taatre por baisier. 

Or vos dirai, sans mesaisier, 

Do baisier la seneflance. 

Li baisiers nos fait demostranoe 
455 D*amors, de pais et de concorde ; 

Li baisiers doit estre li corde 

De coi li doi caer sont lié 

A an, et laes qoe deslyé 

Sont, Amars s*en part^ si les laisse 
400 Et lor honor et joie abaisse. 

Car bien ont deservi vitance. 



Sans plus dire ai fait demostrance 
Qoel sont d*Amors fiés et bornage ; 
Or dirai en quel byretage 



458 Mouchet ornement ! — 438 Por fatre.— 449 que deecon, — 463 KUh 
ioni. 



498 JACQUES DE BÀISIBUI. 

465 Li fiés d'Amors s*68t estendus. 
Li estendres est entendus 
Qael service on doit do flex rendre 
Et cornent on le pert, — Aprendre 
Vos vael premier de sen service, 

470 Ke tenus n*en soie por nice. 
Amors tel service demande 
A ses feables et comande 
K*ilh soient armé por conbatre, 
Car ester vora et abatre 

475 La ponée de Porgnilhous : 

C'est de ehiaus ki sont mervilhous 
Vers li et envers son service. 
Et saveis vos quels justice 
Amors de teis gens prendera? 

480 De tel lance les poindera 

Ee cMl sont point ki le renfusent 
U chil qui en vain lor tens usent. 
— Hé Diex I quez armes porteront 
Ki vers teiz gens conbateront 

486 Por lor grant orguelh desconfire ? — 
Ce vos sarai ge moult bien dire : 
Haubert de loialté aront, 
De parler sagement raront 
Hjaume, et s*aront escut et lance 

400 D*avenandise et de plaisance ; 
S'aront espée de largece, 
Contre ses coz n'est fortereche 
Ki peuist durée avoir ; 
Largece déchoit grant savoir. 

495 Et s'ilh sont armé ensiment, 
Ilh si pueent barditement 
Conbatre ; ilh aront victore. 

492 forteeke (le scribe a négligé le signe abréTiatif de er). 



C*B8T DBB flËZ d'aMOOM. 190 

Serriohes i a ilh encore : 

D*Amar ne doivent révéler 
500 Les oonsians, mais très bien celer. 

Si qu'il n'en ise la parole. 

Gant li oisiaos parmi Tair vole 

Après lai ne pert pas sa voie ; 

Ensi doivent, se Diex m'avoie, 
505 Les seoreis d'amars li feable 

Geler, fors k*en lia delitable, 

U soal à soqI sont à privé, 

Là sont li mot bien arivé, 

Ke li uns à Tautre descaevre ; 
510 De volonté, de dit et d*aevre 

Se doivent ensanble acorder. 

Gant départi sont, recorder 

Ne doivent chose k*aient dite, 

Por la vilaine gent despite 
515 Qui d'abaisier joie se painent. 

Gbil qui en tel guise se mainent 

Paient bien de fiés la droiture. 

Toute lor entente et lor cure 

Doit en Fun l'autre ^rder estre, 
520 Si c'en ne puist savoir lor estre. 

Et se par aucune aventure 

Pensoient si grant mespresure 

Ee d'avoir, voloir de retraire 

De bon serviche et loial faire, 
525 Gbil voloirs doit tost estre aleis 

Et si aval adevaleis 

Ke plus ne lor doit sovenir. 

Gar s'il s'en voloient tenir, 

Ne pueent ilh, bien ose dire, 
530 G'une liège ne puet li sire 

505 feiauhle. — S07 «on p. 9oni. » 509 ii tiit. — 53D «irai. 



200 JACOUES DB BAISIEUX. 

Faire d'un fiés, ne li bons rendre 
Ne puet son fiés, s'en gré reprendre 
Nel ynet 11 sires bonement, — 
Ausi ne pais otriement 

535 De mon caer c*ane fie faire, 
Et celé fie, sans contraire, 
Doit durer en vie et en mort. 
— Coment ? amerai je le mort 
Puisqu'il est trespasseis de vie ? — 

540 on, car bien a desservie 
Sa mérite qu'il soit amés. 
Bt t$ n'a en cest siècle mis, 
Si a laisie sa semblance 
Ki me remet en ramenbrance 

545 Ses biens, ses dolcbors, ses solas ; 
Bien devroie dire : o las ! 
S'al mains n'avoie par memore 
De sa compagnie la glore ! 
Car fiés d^amurs doit sans fin estre. 

550 Ensi n'est pas de fiés terestre : 
On le pert en mainte manière, 
Des queles veobi la première. 
On se doit bien des secreis taire 
Son sangnor, et aUwe faire 

555 Se on li voit besongne avoir ; 
U s*on puet nulement savoir 
C'on vuelbe mal à son sangnor, 
S'on ne li dist, on pert Fonor 
Do fief. U s'on n'estoit por paines 

560 Ajomé par .i\j. quarantaines, 
On pert le fiés et quanqu*on use, 



833 fofi gré. — 533 iVe wtei. — 542 Vers omis, que J'ai tâché de rem- 
placer. — 544 Jfe omis.-- 547 Sa mmns. 



c'est des FiBSB D*Aiioims. 201 

S*OD ne Tient u on ne s'escuse 

Solonc droit bien soffisanment ; 

U se on conoist carnelment 
565 De son sangnor a dame u filhe, 

U s*on par barat u par guilhe 

En bataille mortel le laie 

U sens plaie mortel qu'il aie, 

U s*il son sangnor vuet ocire 
570 Jà soit ke de mort ne Tenpire, 

U se ilh assaut la maison 

Son sangnor, ilh fait traïson, 

S*en pert son fiés , se ilh seit estre 

Son sangnor ou mes u en Testre ; 
575 U se fiés li est eschetis, 

Et ne quiert qu'il soit receUs 

Dedens 1 an, ilh doit son fiez perdre, 

S'ilh ne se puet à ce aerdre 

Ke guerre ait mortel u prison, 
580 U par semblance okoison 

De coi ilh se puist escuser. 

Mair par toz ces caz refuser. 

Ne par autres, ce n'est pas fable. 

Ne vuet Amurs un sien feable, 
585 Car fiés d' Amurs est comparais 

Au fiés do chiel ; or en areis 

Exemple de chiel et de terre : 

Li sire ne peut pas requerre 

Son fiez, s'en en est en vesture. 
590 Et par provanche plus setlre 

Encore le vos proverai 

Et bone example i meterai. 

Nus bons n^oi onkes retraire 



E6i -98 Les formes lait, ait seraient tout aussi correctes {ait se présente 
T. 579). — 576 quier. — 589 son ne nei f en v. 



902 IACQUB8 DS BAI8IBDX. 

Ke de paradis por meffaire 
595 Fust onkes Dule anne fors traite» 

Ne d^infer por bontet c'ait faite. 

Puis ke Jésus les en geta 

Por le bonté dont les reta ; 

Aussi di je del fiez d' Amor, 
600 Car puis c*on a ens fait demor, 

On ne le pert pas por meffaire, 

S*en ai mostré bon exemplaire 

Par les dons Dieu, c*on ne puet perdre 

Puis Tore c*on les puet aerdre. 
605 Li martyr sunt plus grant signor. 

Et si ont mérite grangnor 

Ke li confès, bien dire Tose ; 

Ausi Amnrs fait plus grant chose 

De cel qui por nule tormente 
610 De bien servir ne se démente. — 

Et quel paine a chil qui délaie 

Son service ? — G^est cose vraie, 

Amors de merir le detrie 

Et mains joie et biens li otrie 
615 Et le fait vivre en penitance, 

Et ilh doit avoir patience 

Et pener à ce qu'il puist plaire 

A celi ù a fait contraire, 

Et humlement merci projer. 
620 Et s*on ne li vuet otroyer 

Merchi solonc sa repentance 

Et sa très grande pénitence 

K'il a eU de mains joir, 

Ne ne vuelhe ses dis oîr, 

614 Etjiriê et mains lnen$; le scribe négligent, qui écrivait tout macbU 
nalement, ne t'est pas aperçu qu'il s'agit ici de moifu ■■ moina. — 
619 hmelemeHl, — 623 dément jotr f ma correciioo est fondée sur le 



c'est wu pibz d^amours. 905 

625 Bone AmoarSy ki del fiez eat sire. 

Premier li pardone son ire 

Et ya ferir ceH ou celé 

D'une très hamle estincele 

Bt li done pitié i boire, 
630 Et fait le repentant reoroire. 

— Et se aucun amant formaine, 

A cul mostera ilh sa paine T — 

Devant les feables d^Amur ; 

Jà n'en fera ailhors clamnr 
635 Ee devant chiauz ki le flex tinent. 

Car devant nus autres n'avinent 

Fors devant ch^uz teles deplaintes ; 

Et soient si sagement faintes 

Ke nus ne se puet parchivoîr 
640 Fors chil qui lor font rechivoir, 

U celés, si très grant soffrance. 

Et se li feable acordance 

Pooient des dous amans faire, 

A bone Amur deveroit plaire, 
645 Si que ilh fait, et s'il la mètre 

Ne pueent, Amurs entremetre 

Se vnet d'iauz à pais amener. 

On a sovent veli doner 

Bon conseil le sangnor as homes ; 
650 Ausi Amurs, sous oui nos somes, 

Vuet ses feables consilhier, 

Par coi ilh sachent essilhier 

Le tort, et bon jugement rendre ; 



▼. SU ; J'ii mis en marge de ma copie aussi la ooQjectiire de nient (qui se 
rapproclie davantage de la leçon de Toriginal), mais Je ne sais pins si 
elle est de moi-même ou si Je l'ai tirée de la copie Moacbet, que J*ai rapi- 
dement parcourue k Paris. — 6S8 humOê. ^ 646 pumi. — 653 Le ms. 
porte U tort et le bon jugement ; te sens et la rime obligeaient à faire la 



204 JACQUES DE BA181EUX. 

I 

Et s'il n^osent tel chose emprendre 
655 Por ce k'en iaas aient simplece, 
Amurs, ki nus des siens ne blece, 
En fait pais et acordement 
Solono le raison bonement. 



Plus ne sai del fiez d'Amurs dire ; 

060 Se en aucun lieu al descrire 
Trop oscurement vos en toce, 
Amors est plus en cuer qu'en boce 
Par sa très grande dignité ; 
Si vos di bien par vérité 

665 G'on ne puet pas rendre sentence 
Ausiment con li cuers le pense. 



correction que Je me sois permise, à moins d'admettre une lacune de deux 
ters , dont Von rimant en enf, l'autre en ettdre. Il se peut aussi qne la 
bonne leçon soit et U bon juge rendre {juge pris au sens de «jugement », 
qu'il a quelquefois). 



i. 



G*ettt un» dis sor le» .V. I^ettres de Maria* 



(Pol. 107.) 



P 



lusorsorPATé Maria 
Ont fait biaz dis, car il i a 
Matere por tos biens retraire, 
Mais je ne sent en mon afaire 
Tant de sens ne de hardiment 
Ke j'enpresisse nullement 
Fora sor Maria & gloser, 
Car je ne saroie exposer 
Trestoz les biens con il i a. 



10 



Por ce Tuelh je acomenchier 
Sor m, qui est première letre 
De Maria, si yaelh tôt mètre 
15 Mon cuer et mon entendement, 
Tant que doa senefiement 
Des lettres de Maria faire 
Paisse tel dit qui doie plaire, 

S Toi ftîèiu. — Taz Im inem. ^ lO-li Les rimes aceaseot Id romis- 
sion d'an moins deux fen. — IS Peut-être faut-il lire meammmiicMir^ 
qui est plus usuel. 



906 JAGQUB8 DE BÂISIBUX. 

M est la lettre promeraincf, 
20 Ki pas ne mostre chose vaine, 

Ains mostre moiinbrbssb estre 

Entre moi et le roi oelestre, 

Oui je guerroie sans raison. 

Chascan jor ii fai tralson, 
25 Car moi li tolo, qni siens deuvise 

Estre, se tant de bien eavise 

Ke le sens mesise à oeyre, 
^ K'il m'a preste. Naie, mais oeuvre 

Mon cuer à rechoivre pechiés, 
30 S'en est mes oors forment blechiés, 

Et l'arme n'en est pas délivre. 

Pechiés et anemis enivre 

Si qa'il m'ont fait le bien laissier 

Et me font al mal eslaissier. 
35 Si v(» proi, roine et contesse» 

Ke vos soiis moieneresse 

Por moi envers le roi celestre ; 

Car par raison le deveis estre, 

Non pas por ce que je vos aie 
40 Servie, de quoi je m*esmaie, 

Mais por ce \lafM le demostre ; 

De vos non fait premier no mostre. 

Une «I a troi^ trais trestos drois, 

Tenans desore par tos drois. 
45 Le premier trait vueil comparer 

A vo âl, qui por reparer 

La voie k'Adams flst hiBdense, 

SofTrit en crois mort dolereuse. 

Li moiens trais, ch^astes vos, dame, 

S7 $0 10 jwy. — k% Vers obtcnr ; foy. mes notes. -* 44 Je crois ee vers 
altéré et propose : leMua par deiore (os froîi. —48 mor. — 40 chaste» vo 

dOltMm 



SOa LES .V. LETTRES DB MARIA. 907 

60 A cttijd renoei corset «me. 

Li tiers trais^ ce soi je pechieres, 

Ki Tos torne le dos derrière , 

Ne TOS ne yo flUi ne regarde ; 

Dealer à mon torment ne tarde 
55 Ne jà n*i qoide i tens venir. 

Mais vos me deveis retenir, 

Dame, qui la moiene asteis. 

Défendre des grans tempesteis 

De quoi U anémie m'assaot. 
60 n yuet ke je face an teil saut 

Où bras u jsmbe briseroie. 

Si qne retorner ne p<xt>ie, 

Se je estoie sailhis jas. 

Dame, or n'osteis mie jns 
65 Pechiet, se ne me releveis ; 

Une de vo mains me doneis 

Tenir, et vo daz fis de Tantre : 

Vendeis 11 por bon drap mon faatre» 

Por bien fais Fendeis mes pechiés 
70 Et tôt le rôle en depechiés, 

Si qae neis ans n*en jà mais père. 

Priés vo dac fll et vo père 

K'ilh ne laise périr ne perdre 

Moi. Por coi ? Ilh laissa aerdre 
75 Son cors az faaz juis et pendre. 

Chil doit bien tenser et défendre 

Ce qa*il de son saint sanc rescoast. 

Car la cboee qui à grant coust 

Est gaangnie et acquise, 
80 Doit asprement estre requise, 



SI Hen omis. — 64 orruuteis.On ftat-il lire n*a$ieis mie n», en trtdoi- 
sant : foos n'êtes pas au-ilessus (» maUresse) do pëcbé ? — SS me rOeù. 
— 68 Tendeiê. — 71 Mais omis. 



S08 JACQUES DE BAISIEUX. 

Cant on le vudt tolir par force. . 
Dame, 11 anemis m'enforce 
Et dlst qu*ayaec lai m'enmenra ; 
Mais, se Dea plaist, jA n^ayenra» 
85 Dame, ke por moi ne plaidlés • 
Et k*à cest beaoing ne m'aidiés, 
Ke Tanemia ne me confonde. 



Car a, qui est letre seconde 
De vo non, senefle aïb 
90 Contre l'assaut et renvaie 

De l'anemi qui trop m'encombre. 
11 me yoet por soleil yendre ombre 
Et por clarté ténèbres yendre. 
Dame, je ne me puis deffendre, 
95 Se ne m^aidiés, car ilh m'ayuele ; 
Il m'assaut de pensée yuele, 
Si m'a al cuer trait parmi Tuel 
Un quarel empené d'orguel. 
Si qu'entor moi nului ne prise. 

100 Après me fiert de conyoitise ; 
C'est une espée si taillans 
K'ele abat les plus haus saillans ; 
De haut en bas m'a abatu, 
Dame, et si m'a soyent batu 

106 De glotenie et de luxure : 

C'est une espée et aspre et sure , 
Ki trence et ront cant k'ele ataint. 
M'arme et mon cors m'a jà ataint 
En noir, ki soloie blans estre. 

110 As murs et as tors de mon estre 
Jeté li peurire d'enyie ; 

110 Ai mon et a con. 



SOR LBS .T. LETTRES DE MARIA. S09 

Je ne sai ù tenser ma vie, 

Si m'assaQt et en tante guise ; 

Et ma maisons est si esquise 
115 Ee n*ai vitalhe à un jor vivre, 

Non à une heure, et se je livre 

Moi et mon chastel à tel home, 

Il m'ocira, ce est la some, 

fit se je remain sans vitalhe, 
120 Morir m*estuet, cornent qu'il alhe, 

Car de nului n'atens secors ; 

Dame, s'afui à vos le cors, 

Ke vos m'aidiés, si que deveis, 

Et moi et mes murs releveis 
125 Et k'assans ne m'i puist grever. 



Ear r dist que relever 
Deveis trestous les abatus. 
Por ce sui à vos enbatus, 
Ke vos estes Tescueresse 

130 fit entirement restorresse 

Dou méfiait dont Eve mesprist 
Cant à Tarbre la pume prist 
Ke Diex li avoit deffendue. 
De eel nuffaii nos ert rendue 

135 Par vos li perde et li damage. 
Or ai sor ce mesme iretage, 
Ki bien me fu par vos rendus. 
Tant de fols despens despendus 
Ke je Tai i^perdu arrière, 

140 S'a vo filh ne faites proyere 



117 Peut-être faut-il clùM^ avoir, biens meubles ; cependant le v. 124 
parle en faveur de chastel, — 128 Par ce, -^ 154 Vers omlf dans le ms. et 
forgé par moi. 

14 



âtO lACQUES DE BAISIBDX 

Ke la dete k*ai acreûe« 
Tant ke je Taie descreUe, 
Me mete à petis paiemens ; 
Car se j'aloie as jogemens, 

145 Jà mais verge ne pie ne roie 
De mon iretage tenroîe ; 
Si n'ai de sentence oïr cure, 
Ains TO proi, vierge nete et pnre, 
Ke vous prendeis escnt et lance, 

150 Tant ke je raie la tenance 
Ke li anemis m*a tolue. 
Trenchant espée et enmolue 
Me presteiSy ke vaincre le puise. 
Car enioT moi adès s'enbuise 

155 Et me gaite por moi sosprendre, 
Et si tent sa main por moi prendre 
Et me met fors del droit sentier. 
Dame, je n'ai sor moi entier 
Orelhe, ois, lengue ne boche, 

160 Cuer, piet ne main, dame très duce, 
Ke n'i soie férus à mort ; 
Si très crneusement m*amort 
De ses ors dens envenimeis, 
Ke se jus de moi ne limeis 

165 Tout ce venin et celé ordure, 
Jà mais por or ne paine dure 
N*iere garis ne respasseis. 



Comandeis li qu'il soit lasseis 
De moi encbachier et malmettre, 
170 Car $ , ki est la quarte lettre 



U2 Tm. — 145 paemem, — ltt5 moi omis. — 163 or ctow. — 166 por 
paine et por ordure. 



SOR LB8 .T. LETTRES DB MARIA. 211 

De Yo non, mostre comandise 

Ke yo8 aveis en tote guise, 

Ensi k'enperris doit avoir. 

Vos ayeis en to main Tavoir 
175 Dont on achate l'ongement 

De oui chil qui ont longement 

Langaity sunt garrit et sané ; 

Par vos sunt purgié et vané 

Tout chil qui de cuer vos reclaiment. 
180 Dont sont fol chil ki ne vos aiment : 

Por moi le di, commanderesse, 

Ki onques ne tos ting promesse 

K'à nule fois vos promesisse. 

Plus vos doi ke je ne peuisse 
185 Payer, se ma terre vendoie, 

Ne se tote le vos rendoie. 

Si vos pri ke me respitez, 

Tant k'envers vos soie aquitez 

De la paine k'ai deservie. 
190 Presteis moi espasse de vie 

Tant qu*en cest mont payer vos puisse 

Ce ke je doi, k'en l'autre truisse 

M*arme de pechié nete et pure. 

Kar li anemis plains d'ordure 
105 A fait que je porte m*essengne, 

Por ce qu*il vuet c*on me mehangne 

Et k'à lui dites qu*il m'enmaine 

Par dedens sa prison vilaine, 

U nus n*a merchi qui i entre. 
200 Proyés dont ft fruit de vo ventre 



176 ITest ftTis qu*il faat De eai, — 190 upanse oo espau$e. — 191 J*ai 
mis moiU k la place de iiecU, qui géoalt la mesure. On pourrait da reste 
aaisl rétablir oelle-ci en supprimant le pronom wa, — iOO Proyéê adtnU 
fruU ; à représente al, au. 



213 . JACQUES DE BAI8IEUX 

Et nos aidiés que nos ne sommes 
Pris en peebiés en quoi TÎvomes ; 
Ains nos presteis vie et espasse 
Por ke chascttns s*arme respasse 
205 De la plaie à vie contraire. 



Car par raison le deveis faire, 
Cortoise, debunaire et france, 
Car a nos en fait demostrance, 
Ki de YO non est vois derraine. 

210 Por ce secont a, virge plaine 
D*umilité et de concorde, 
Me deveis vos coper le corde 
Dont je suis asprement lojés. 
Si vos pri que me desloyés 

215 Et qu'amenuisiés la grant dete 
Ke j'ai envers vo duc fll faite, 
Si que por le marc prende malhe ; 
Planez et Tescrit et le talhe, 
En quoi mes detes sont escrites, 

220 Si que jà mais ne soient lites ; 
Car por payer ai pou monoie. 
Ma terre en tote ordure noie ; 
Il n'y croist fors herbes savages, 
Chardons, orties, joins marages. 

225 Tant i a esté en jussiere 
K'ele est devenue bruiere, 
Si n*i croist nus biens, n'i repaire 
Fors savagine deputaire, 
Ki mon cuer me vuet dévorer, 

230 Cant j'i entre por laborer. 



S04 Pdr m. — 305 eantraie. — 207 CortoUie. — SI7 prendre. — 919 En 
quo. — 225 ie propose de lire : Tant ajà e$té. 



SOR LES .T. LETTRES DE MARIA. S13 

Dame, si D*iert jà laborée 

Sans Tos, car si est enborrée 

K*entrer nM puet hace ne bece. 

Et si est si dure et si sece 
235 Que on i pert quanc'on i same ; 

S'arosée n'est de vos, dame, 

Laborage ai trop mal asia. 

Por ce vient Jakes de Baisiu 

A TOS, que sa terre arroseis, 
240 Car ses très n*est mie roseis 

Ne biaus ne nés ne doue flairans, 

Ains en pechiés repentans (sic) 

Ki le fait flamer et puïr. 

Dame, si m*estuet afuir 
245 A vos, k'à vos me Tolhids traire, 

Très duce vierge debunaire. 



232 si e$t en barre, -— 235 $eme, Voy. mes notes. — 238 Por ce vœt. ^ 
242 Vers boUeui et altéré, que je restituerais ainsi : Aim eet'jen pediiéê 
repaùrans (demeurant). — 24-i Le copiste du manuscrit, peu soucieux du 
sens de ce quMI écrivait, a mis afinner pour afuir, qu'indiquent clairement 
le sens et la rime. — 245 ke vos. 



5. 



MA Mm de la vescte a preatre. 



(Fol. 108 v«.) 



F 



n lieu de fable vos dirai 
Un Toir ensi k'oï dire ai. 
D'un prestre ki estoit manans 
Deleis Anwiers ; li remanans 

5 Estoit mult biaus de son avoir. 
Car plains estoit de grant savoir ; 
Si n*avoit pas tôt despendut, 
A amasser avoit tendut, 
S'estoit riches bons et moblés, 

10 Bues et vacbes et ricbes blés 
Avoit tant c*on n'en savoit conte. 
Mais li mors qui roi, duc ne conte 
N'espargne, Tôt par son message 
Somons al naturel passage : 

15 Eutropikes ert devenus. 
De nul home n'estoit tenus 
Ki 11 promesist longe vie. 
Li prestes, qui out grant envie 
De bien morir et justement, 

20 Manda tost et isnelement 
Son doiien et toz ses amis ; 

3. voir. — 3. aitoU, — 8 amassicr. » U Samant, 



DE LA TiaClE ▲ PAK$TBB. S15 

Son ayoir entre lor mains mist 

Por doner et por départir 

Gant i]h Terrent que départir 
25 De son oors estovera l'ame : 

Jowel, oossin, pot ne escame^ 

Guete, tuëlle, neiz ne nape, 

Brebis» moutons, bues, ne sa chape 

Ne li remaint que tôt ne donne, 
30 Et nome chasconne persone 

A oui il Yuet c'en doinst ses choses ; 

Descovertes, non pas closes, 

Lettres saeler et escrire 

En fist, que ne le yos puis dire 
35 . Plus briément quant que il avoit. 

Il doua tôt quant qu*il savoit, 

Gon chil qui n'avoit espérance 

D'avoir de son mal aliganoe. 

Car sa maladie ert amere. — 
40 Atant se sont d'Anwier dui frère 

De saint Jake issu por prechier. 

Qui mult se vuelent estachier 

Gant aucun desriiet ravoient. 

Gelé part tôt droit ont lor voie, 
45 Si sont chil al prestre venu. 

lestre quidarent retenu 

Al mangier, à joie et à feste 



Si c'autrefois esté i furent ; 
50 Mais ne mangièrent ne ne burent, 



Si Moachet ffiaîn, Méoo tnains. — Le ms. â« par une licence de rime, 
mis au Heu de mw(. -^ Monchet estovra (corrigé par Mëon). — 28 Je 
corrigerais Tolootiers nés ou neii (pas même) $a thape ; cp. v. 83. — 
SS Vers incomplet ; non mie closes ? — 42 Méon : entackier, — Ai Moucbet 
on (or. ^ 45 le prestre venus, — 46 retenus — 48 Vers omis. 



216 JACQUES DE BAISIECX 

Car malade ont trové le prestre. 
Nonporquant.li ont de son eatre 
Demandé et de son afaire ; 
Ses mains manient, son viaire, 

55 Ses pies, ses jambes regardèrent 

Et tout son cors malt bient taustèrent ; 
Si lor sambla bien par droiture 
C'avoir ne puist de son mal cure 
Ke ne Ten coviengne morir ; 

60 Trop lonc tans Ta laissié norrlr, 
Si n*e8t pas legiefs à curer. 
« Mais des or nos covient curer », 
Dist Tuns à l'autre, « c'est passé, 
Ke de Tavoir k'a amassé 

65 a Doinst à nostre maison vingt livres 
« A lé, por refaire nos livres ; 
ff Se nos le poons ensi faire, 
A no prieus devera plaire, 
Et si en seront liet no frère. 

70 — « Vos dites voir, par Dieu no père, 
« Frère Lowis, or i parra 
Liqueis miez à lui parlera 
« Et mosterra nostre besongne. » 
Al prestre qui out grant ensongne 

75 De maladie, ont dit sans faille : 

« Sire, chis maus mult vos travaille, 
« Vos nos samblez mult agreveis ; 
a De vostre ame penser deveis, 
f Doneis por Dieu de vostre avoir. » 

80 Dist 11 prestes : a Ne puis savoir 
« K*aie caché sortent ne cote, 
tt Neis les linchues à coi me frote, 
a Ke tout n'aie por Dieu doné. » 

' 56 tanstèrent. — 88 pùitt. — 89 Ki ne. 



DB LA YE8CIB A PRESTRE. 217 

— a Cornent aveis vos ordené », 
85 Dient li freré, c to besongne ? 

« Li escritnre nos tesmongne 

a C*on doit garder à*cai on done, 

c S*emploiiet est à la persone, 

« Et cai on vuet anmone faire. » 
90 Li prestes respoot sans contraire : 

a J'ai à mes povres parentiaus 

« Doné brebis, Taches et viaus, 

« Et as povres de cele vilhe 

« Ai doné aasi, par saint Oilhe, 
95 a De bleis qui vaut plas de dis livres, 

a Por ce ke«je soie délivres 

« De ce que j*ai vers iaas mespris, 

a Car entor iaas mon vivre ai pris ; 

« Si ai doné as orfenines, 
100 « A orfenins et à begoines 

c Et à gens de povre puissance, 

« Et si ai laissiet, por pitance, 

« Cent souz as frères des Cordeles. » 

— « Ces amoenes si sont mult bêles ; 
105 a Et as frères de no maison 

« Aveis vos fait nule raison ? » 

Ce dient li doi frère al prestre. 

ff Naie, voir !» — a Ce coment puet estre? 

« En no maison a tans preudomes 
110 c Et à vos prochain voisin somes, 

c Et si vivons mult sobrement ; 

« Vos ne moreis pas justement, 

c Se del vostre ne nos laiiés. » 

Li prestes trestous esmaiiés 



89 Plus bas (104 et ISO) les formes amoenê et amueiie.'. — 97 enoerê 
tMCff.^ f 04 M tant — 106 Ntà voi. — 100 En moUon a tant dêpr.-^ 
ltO«oiiteii. 



SI 8 JAC<|OBS DB BAISIBOX 

115 Respont : « Par les oelz de ma teste» 
a A doner n*ai ne bleif ne beste» 
« Or ne argent, hanap ne oope. » 
Chascons des frères li rencope 
Et li mostre, par exemplaire, 

120 K'ilh pnet un de ses dons retraire 
Et rapeler por iaus doner. 
« Nos nos vosimes mult pener 
« Ee Yostre ame fast adrechie, 
« Car chaiens a esté drechie 

125 c Soventes fois nostre escuiele, 
c Et li amuene si est biele, 
« Ki est à nostre maison mise ; 
a Nos ne vestons nulle chemise 
a Et si vivomes en pitance ; 

130 « Ce sache Dieos, por la valhanoe 
a De yostre argent nel disons mie. » 
Li prestre l'ot, si s'engramie 
Et pense qu'il s'en vengera, 
S*ilh puet, et qui! les trufera ; 

135 Mar le vont or si près tenant. 
As frères respont maintenant : 
a Appenseis sui, doner vos vuel 
« Un jowel que mult amer suel 
« Et aime encore ; par saint Piere, 

140 a Je n*ai chose gaires plus chiere, 

« Milh mars d*argent n'en prenderoie, 

a Et se je bien haitiés estoie, 

« Je n'en voroie mie avoir 

« Deus cens marchies d'autre avoir ; 

145 a Diez vos a chaiens asseneis. 
« Vostre pneus me ramineis, 



115 UêcèU.^ 130 JNM< birni un ; j*ai biffé ômh oomme géBinl U nesore 
et ioulile, — 123 Ho n<». — 125 escuele, — 143 voroi mter. 



Dl LA TBSCIE ▲ PlBftrBB. 249 

« Si vos en ferai ooniasanche, 

« Ainfl que de vie aie faillanoe. » 

Li frère, sans duel et sans ire, 
150 Ont respondnt : a Diex le vos mire ! 

« Gant Toleis vos que revenons ? 

« Et nostre prietzs ramenrons. » 

— « Demain, je sui ou Dieu plaisir, 

« Vo promesse deveis saisir 
155 « Ains que je trop agreveis soie. » 

Atant ont acuelli lor voie 

Li frère ; à Anwier sont venu, 

Si ont lor chapitre tenu. 

Ghascons 8*aventure raconte, 
160 Mais chil n*ont cure de lonoi conte, 

Ains ont dit haut en audience : 

« Faites venir bone pitance, 

a Deux cens livres gaingniet avons 

tt A un prestre que nos savons 
165 tt Malade chi à une vilhe. » 

Frère Nichole et frère Gilhe, 

Frère Guillaume et frère Ansiaus 

Vinrent oi'r ces mos nouviaus, 

Ki mult forment lor abolissent. 
170 De ces grans poisons mander flsent, 

Viez vin, novel, fions et pasteis ; 

Chil grans mangiers fu mult hasteis. 

Ghascuns de lui bien aisier pense, 

Ne burent pas vin de despense, 
175 De boire et de mangier bien s'aisent, 

Por le prestre le hanap baisent, 

Ki le jowel lor ot promis. 

151 premeue. — 165 gaangniei (forme contrariant la mesure). — 171 Si 
fhm est correct, 11 faut le prononcer en une seule syllabe ; mais Je pense 
qu'il faut /Um$» 



220 lACQUES Dft BAISIBUX 

Cant en lor testes orent mis 

De ce bon vin, grant feste fisent ; 

180 Lor cloches sovent en bondissent 
Ausi con ilh awist cors saint, 
N'i a voisin qui ne se saint, 
Et se merveillent qu'il avoient. 
Qui miex mieiL as preschors s*avoient 

185 Por la grant merveilhe esgarder. 
Nus d'iaus ne se sa voit garder 
De mener vie deshoneste, 
' Car chascons a ferré la reste 
De bon vin et de lor pitance. 

190 A lor diverse contenance 

Et al maintieng et à lor estre 
Samblèrent bien hors de sens estre. 
Chascons ki les voit s'en merveille, 
Et frère Lowis s'apareille 

105 De demander confaitement 
Il poroient plus sagement 
Al prestre querre lor promesse, 
a Demain, anchois c'en chante messe, 
a Se fera bon mettre à la voie, » 

200 Dist chascons, « se Jhesus m'avoie, 
« Anchois que li mors le sorprengne, 
a Si, comment ke la chose prengne, 
« De no don aions conissance ; 
Nos i arons mainte pitance, 

205 ji Si s*en doit on mult bien pener. 
a Frère Lowis, lesqueis miner 
« I voreis vos ? or le nos dites. » 
•— a Frère Ouiihiames, li ermites, 
« En venra, et frère Nichole, 

210 « Bien saront dire la parole ; 

181 cor «atfi. ^ 188 Voy. les ooles. 



BB LA VB8CIE A PRBSTRB. 221 

« Et si venra frère Robera, 

a Çaiens n'a si sage convers, 

« Si portera no bréviaire ; 

« De no prieus n'avons ke faire. » 
215 Ensi ont le plait otriiet. 

L'endemain se sont avoilet 

Tôt droit vers la maison le prestre, 

Jà ni coidièrent à tans estre ; 

Mais ains ke li jors fa passeis, 
220 Amassent ilh miex estre assois 

A Anwiers dedens lor maison. 

Atant ont le prestre à raison 

Mis et de Den Tont salaé ; 

Puis demandent s'il a mué 
225 Son mal en nul aligement. 

Li prestes mult très sagement 

Lor dist : « Bien soiiés vos venu, 

c Je n*ai mie desconeli 

a Le don ke promis vos avoie, 
230 « Enoor en sui je bien en voie ; 

« Faites les eschevins venir 

« Et le maieur, si k'avenir 

« Ne vos en puist nule grevance ; 

« Devant iaus la reconissance 
236 « Mult volontiers vos en ferai 

« Et la chose vos nomerai, 

« Et vos dirai ù ele ert prise, s 

Entrues que li prestes devise. 

Frères Robers a tant pené 
240 K'ilh a le maieur aminé 

Et toz les eschevins ensamble. 

Li quatre frère, oe me samble, 

Les ont hautement bienvigniés. 

915 orriiit, ^ 219 an» ke li on. -^ 233 ft k'au venir. 



222 JAGQUE8 DE RAISIBUX 

Li piastres qui fa ensigniés, 

245 Si a parlé premièrement 
Et lor a dit sifaitement : 
« Sangnor, vos estes mi ami, 
« Por Dieu, or entendeis à mi : 
« Frère Lowis, frère Symons 

250 « Vinrent ier chi faire sermons, 
c K*ilh me cDidoient en santé, 
« Mais Diex par sa grasce a planté 
« En moi maladie si grieve, 
« G*aparant est ke mais n*en lieve. 

255 « Il me rirent et esgardërent, 
« Et après si me demandèrent 
« Se j'avoie pensé de m'ame, 
« Et je lor dis, par Nostre Dame, 
a Kej'avoie trestot donet. 

260 « Ilh demandèrent s'ordinet 
« A lor maison riens née avoie, 
« Et je dis non ; se Diex m'aroie, 
c II ne m'en estolt sovena ; 
tt Or estoient trop tart venu, 

265 « Je n'avoie mais que doner. 

«« Non », disent ilh, « trop mal mener 
«« Vos Toi, mavaisement moreis 
«« S'en cestui propos demoreis, 
o« Se vos ne nos doneis del rostre a». 

270 « Et je, par sainte Patenostre, 
« Ne vaelh pas morir malement, 
« Si ai pensé si longement 
« E'apenseis me sni d'une cose 
« Ke j'ai en mon porpris enolose, 

275 « Ke j'aime mult et tieng malt chiere, 
« Mais je lor doin en tel manière 

354 m*tn. -* %M mmé. 



BE LA TBSCIB A PRBSTRB. 225 



t 



« R*ilh ne l'aront tant con virrai, 
« Car onkes ne le délivrai 
En autrui garde k*en la mole ; 
280 « Sachiée que durement ramoie 
« Et amerai toute ma vie. 
a Sans oonvoitiee et sans envie 
« Lor done chi en vo présence. » 

— a Et que nus n*i amené tenche », 
285 Dient al prestre li cinc frère : 

Dites quel chose c*est, biax père. » 

— « Yolentiers voir, c*est ma vesie ; 
« Se vos la voiiés bien netie, 

a Miex que de corduan yarra 
290 a Et plus longement vos durra, 
« Si poreis eus mètre vo poivre. » 

— t Nos aveis nos ci por dechoivre 
« Biandeis, fos prestes entesteis ? 

a Avoir nos cuidiés ahonteis, 
295 « Mais nen aveis, par saint Obert ; 
« Bien nos teneis or por bobert. s 

— « Mais vos por beste me teneis, 
Gant les dons que je ai doneis 

« Me voleis faire retolhir ; 
300 « Bien me faites le sanc bolir, 

s Ki voleis que je le rapiele ; 

tt Bien vo dis que pot ne paiele 

t Ne riens née à douer n*avoie. 

a Or me voleis mètre en tel voie 
305 « E'en vos soit miex l'amuene asise 

c K^en lieu ù je Feuwisse mise, 

« Por ce que de tos melhor estes, s 

Li Jacopin baissent les testes, 

S87 mevetie. — 388 netoiie. ~ 291 Se. — 299 recMùr. — 302 vo <it... 
poêle. ^ SOS arnowne. 



224 JACQUES DE BAI8IBUX 

Si 86 sont retorné arrière 
310 Vers lor maison à triste chiere, 

Et tôt chil qui là demorèrent 

De ris en aise se pâmèrent 

Por la trttfe de la yesie 

Que li prestes ot tant prisie 
315 As Jaoopins, qui bien en burent 

Et mangièrent et en rechurent 

De yin et de poissons pitance. 

Jakes de Baisiu, sans dotance, 

L*a de tiex en romane rimée 
320 Por la trufe qu'il a amëe. 

318 de nex (que Stinte-Palaye, en mtrge de U copie Moaehet, induit 
par « de nouTean »). 



VIII 



GAUTHIER LE LONG 



I«a Veuve. 



(Fabliau.) 



S, 



'angnoar, je tous velh chastoyer : 
a Ne devons aler ostoyer 
a En un ost dont nus ne retorne. » 
Sayeis cornent on les atorne, 
5 Ghiaus ki sont en cel ost semons ? 
On les lieve sor .g. limons, 
Si les port* on de grant ravine 
Vers le mostier, panée sovine, 
Et sa feme le siet après. 
10 Chil qui à li montent plus près, 

Leçons du us. iBcnrniBS. Les variantes marquées par M. se rapportent 
à la copie Hoochet (Bibl. Nation, de Paris). — 2 II se peut que la bonne 
leçon soit Nom dewms (voy. les notes à la fin du volume) ; je ne puis pins, 
au moment où J'écris ceci, faire vérifier si le ms. de Turin on la copie 
Mouchet porte réellement nout, qni en tout cas se prête mieux. — 
10 mofit plus, 

15 



2S6 GAUTHIER LK LONG. 

Le tienent, par braa et par mains, 
Dee pâmes batre, c'est do mains ; 
Car ele crie k haute vois : 
« (Test merveilhe comment je vois, 

15 « Dalce dame, sainte Marie, 
s C!on sui dolante et esmarie ! 
« Jà Diés ne doinst que je tant voie 
« Ke je repas par ceste voie, 
« Si soie avec mon sangnour mise, 

20 « Cui je avoi ma foi promise. 

« Mult m'est ceste vie aspre et sure ; 
« (Test merveille comment je dure. » 



Devant Tentrée del mostier, 
Là recomence son mestier 

25 De criher haut et durement. , 
Et li prostrés isnelement, 
Ei convoite l'offrande à prendre, 
Rueve les chandoiles esprendre, 
Ne ne fait pas longes trioles, 

30 Car ilh convoite les chandoiles. 
Cant li services est fines 
Et li cors ensi atomeis 
E'ilh est couchiési toz en envers. 
En terre noire avec les vers, 

35 La dame cort après salhir.. 
Ki dont le veM tressalhir 
Et les oelz ovrir et clugnier, 
Et Tun puing en l'autre fichier. 
Il desist bien, selonc mon sens : 

40 « Ceste puet bien perdre son sens. 



i7 eonje tant ; peut-être faut-il lire qu^onc {onqae»), — Z\ service. Vê eal 
réclamé par la grammaire et la mesure. — 33 even. 



LA YBUVB. 227 

Gant li cors Ai en terre mis, 

Es vos entor 11 ses amis, 

Kl tost le ramoinent ariere 

Et si le tienent par deriere 
45 Et à son hostel le ramainenti 

Si voisin, ki entor li mainent, 

Li font boire de Taigue froide, 

Por ce que ses duez li refroide. 

A rentrée de sa maison , 
50 L& recomence sa raison 

De crier liant et durement : 

« Vrais Diex I que j'ai le cuer dolant ! 

a Sire, qu'asteis vos devenus ? 

« Vous n*estei8 mie revenus î 
55 « Sire, con vos m'esteis enblez 1 

« Con nostre avoirs estoit dobleiz 

a Et que no choze nos venoit, 

a Et con ilh vos bien avenoit 

« Aler contreval vostre cort ; 
60 Con vos seioient vo drap cort, 

« Sire ! Oust faisoient li nuef, 

« Ei furent fait à l'anrenuef. 

a Ahi ! con j*ai awan songié, 

« Encor ne Taie je annonchiet, 
65 a De lais songes et de hisdeus I 

« A bien le m'avertisse Deus ! 

« Sire, encor songoie Tatrjer 

« Ke vos asties en ce mostier, 

« S'astoient andui li bus cloz ; 
70 « Or astez vos en terre endoz : 

« Chist songes est bien avoiris. 

« Si songai que astiés vestis 



M. seroieni, — 01 on si — 63 awanl. — 64 M. Je enteehiet. — 7Î que 
vo$ astiet. 



^ ■> j . rf * » 
^ " " .^ - •'- 



I 

\ 



228 GAUTHIER LE LONG. 

« D*aD6 grande chape à piron ; 
a En celé aiwe faisiés le pion, 

75 « Ains puis ne reyeniës desore : 
a Or astez mors en mult pou d'ore. 
ff Et puis me vint en mon avis, 
a Mais je le co^te mult envis» 
« Ghaiêns venoit .i. colenbiaus, 

80 a Ki mult estoit et gens et biaus, 
« E'i s^aseioit dedens mon seing, 
« Et cest assiet refaisoit sping, 
d Mais ne sai que ce senefle. 
c Sire, & cestedarraine fie.... o 



85 Dont commence li runemens, 

Li conseil et 11 parlemens 

Des parentes et des cusines. 

Et des Techiens et des voisines, 

Si li dient : « Ma dulce amie, 
90 « Or ne yos desconfortez mie, 

a Mes lessiés tôt ce duel ester ; 

« Penseis de yos remarier. 

— a Remarier ? maie aventure ! 

« Teneis en pais, je n*en ai cure. » — 
95 Li autres dist : a Ma belle donc, 

« Vos reprendereis un preudome 

« Ki ne sera faus ne lechieres. » — 

Ki dont le yeist faire chieres 

Et respondre par maltalent : 
100 « Certes, je n*ai de ce talent, 

73 Le Ms. perle grant ; le fémlnio grande étant tout aussi nsoel que grani^ 
du temps de Gauthier Le Long, Je Tai préféré ici dans l'intérêt de la me- 
sure. — 81 i'anoU. — 8i Je ne sais s'il y a Ici une lacune dans le texte, ou 
si rinterruption du discours de la veuve est voulue par l'auteur.^ 85 Dont 
reccfi!«iiC0|^ leçon contraire à la mesure. — 93 par maie aventure. 



LA TEUTB. 2S9 



« De Dameden soit ilh maudis, 
« Ki jà mais me dira tez dis, 
« Car ne moi vienent pas à bel. » 
Or maadist ele son lembel. 



105 Or YO lairons chi de la dame, 
Qoi oonte son dael et son dame. 
Si dirons après de oeli 
Ei ne volt faire bien por li. 
Ilh fil meneis à la grant cort, 

110 Où on le âst tenir mnlt oort ; 
Se ilh ne sont rendre raison. 
On le prist à poi d'ocoison. 
Soyent regretoit sa maisnie, 
Gui ilh aToit snëf norrie, 

115 Et ses parens et ses amis, 
Où il avoit son avoir mis, 
Et si huce, à dolente chiere 
Sa molhier, qu'il tant avoit chiere ; 
Mais la dame est en autre point : 

120 Une dolors al cuer 11 point, 
Ki le sorlieve en contreroont, 
Car li doiens le resomont, 
Ki désire à mangier char crue, 
Ki n'est de paon ne de grue, 

125 Ains est des andoiUes pendans 
Où li plusor sont atendans. 



La dame n'a mais de mort cure, 
Ains soi reblanchoie et rescure 
Et fait janir ses molekins 



106 Son dampn», — 199 /amie ei moleAiiif. 



230 GAUTHIBB LE LONG. 

130 Et redreoe ses raverqnins 
Et fait cos mnscas à oorez 
Et comence ses estiyes 
Et veste reube à remuyers. 
Ausi con uns ostoirs maîers, 

135 Kl se va par l'air enbatant, 
Se va la dame déportant, 
Mostrant son cors de rue en rue. 
Malt simplement les gens salue 
Et les encline jusqu'en terre ; 

140 Mult sovent clout la boce et serre. 
Or n*est ele pas perecbeuse, 
Dure ne ^pre ne tencheuse, 
Ains est plus doloe que canelle, 
Et plus tornans et plus isnele 

145 Ke ne soit rute ne venvole ; 
Avec les oelz 11 cuers s^en vole. 



Or vos ai dit de sa manière, 

Confaitement elle se mire ; 

Or vos raconterai briément 
150 Un petit de son errement. 

Le lundi comence son oevre ; 

Dont n'encontre blonde ne noire 

K'ele ne face à li atendre, 

Por tant k'ele le voelhe entendre. 
155 Malt est or ses oorages liez, 

Et l'envoie en plusors liez 

Où on n'a gaires de li cure. 

La nuis n'est onkes si oscare 

Ke ses cuers ne voist en nuiere, 
160 Et dist sovent : « Ce m'est aviere, 

153-54 Les mots de nme aiendre^ mtêndre sont interveitis dans le nis. 



LA YEUTB. 951 

a Jd avenrai bien à celui, 

II a molt bial valet en lui ; 

« Et chil n'aroit cure de mi 

« S*or en parolent mi ami, 
165 a Et ohil aatre ne m'aroit oez, 

a II n*a mie valhant douz oez ; 

« Chil est trop haas et chil trop vies, 

a Je ponûe bien faire miés. » 

Ensi toute nuit estudie, 
170 Car ilh n*e8t ki 11 contredie, 

Et cant ce Tient la matinée, 

Se dist : a De bune oere fui née 



a Ee n*ai mais privé ne estrange, 

175 « Ne brun ne blanc ne bis ne roz ; 
a Or est mes chenevaus derous. n 
Or n'a ele soing de lochier. 
Ne de plaidier ne de doscier, 
Âins se fait mult et dere et saine. 

180 Sovent pour le blanchir se saine, 
Et s*ele a la teste chenue, 
A mult envis la porte nue ; 
Ains se fait sovent sage et simple 
Et si remet avant sa guimple 

185 Por ses viez grenes recovrir 
Ki rasemblent az oes ovrir. 
Or n*a ele seing de repunre ; 
Il ne Testoet mie semonre, 
S'on fait noces, qu'ele n'i soit ; 

190 Or n'a ele ne fain ne soit. 
Or ne li faut fors que li rains 



tes vaUz, leçon contraire à la gnmmtire qui veut 1t fonne du régime. 
— 164 enparoleur^^ 176 Lacune da ma., pent-éire d'un vers aeulement.— 
i9& gruiet wi gntei» 



252 GAUTHIBB LB LONG. 

Ki le mal li cache des rains ; 
Celui aquiert bien et porcaoe. 
Ses eufans ensus de li chace 

195 Et bece au8i con la geline 
Ki desouz le cok s'ageline. 
Nuitons devient, ses eschalcire. 
Et si fait chandoiles de cire, 
K'elle offre par as et par nombre, 

200 Ke Dex des enfans le descombre 
Et ke la pute mors les prengne. 
« Por eus ne trui je qui me prengne ; 
« A ! qui s'i oserait enbatre ! » 
Dont se rêva à iaoz conbatre, 

205 Si fiert et grate et pioe et mort 
Et les maudist de maie mort. 
Ce fait la da/ne, et plus aseis ; 
Car s'ele a deners amasseis, 
Volentiers avec li les porte, 

210 Et dist : « Uns bons devers la porte 
tt Le mes paia dès hoj matin », 
Puis nome Tjbert et Martin, 
Ki l'en doient enoor .yii. tans» 
Et si li paieront par tans, 

215 « Mon essient, ains .xv. dis. » 
Mult se fait rice par ses dis, 
Et s'ele encontre nouveliere, 
Ki d*annonchier soit costumière, 
Lors s'acoste dejoste li, 

220 Et si li dist : « Ce poise mi 

a Ke ne sui auques vostre acointe, 
u Car vos n*esteis mie trop cointe, 
« Si vos ai grant picha amée 
a Et si me sui sovent esmée 

319 otfi. — 390 £t «0. 



LA YBOTB. 233 

225 « Dealer o vos esbanojer ; 

a II ne vos doit pas anojer 

« Sd je parole un poi à vos — 

« Car Yos deveis monter à nos, 
^ « Ce me soloit ma mère dire, -« 
230 tf Mais je ai en mon cuer grant ire 

a De mon sangnour que j'ai perdu, 

« Mais mi ami m'ont deffendu 

a Ke je laisse mon duel ester, 

« Car je n'i puis riens conquester. 
235 il Certes, mes sires m*iert mult bons, 

« Il me faisoit mult de mes bons 

a Et de chaucher et de Testir ; 

a II m'avoit fait jà ravestir 

a De sa maison et de son estre. 
240 a II avoit mult le cuer honeste, 

a Mais ilh n'avoit point de délit 

a Ee li preudome ont en lor lit : 

(f Car cant mes sire astoit coucbiés, 

tt M*ert ses eus en mon sainch fichiés. 
245 i Là s*endormoit tote la nuit, 

Si n'en avoi autre déduit ; 

a Ce me devoit mult enoier. 

a Certes, jà nel vos quier noier, 

« Mes sires ert d*ayoir sopris 
250 Anchois que je Tewisse pris, 

a Et j'astoie une baiselette 

« A une tenre mamelette, 

a Et vos astiés uns enfanchons 

« Ausi petis com uns pinchons, 
255 « S'aliés corant après vo mère» 

« Ki à la moie estoit commère, 

a S^ame soit hui en bon repos ! 



344 smreh. 



934 



GACTHIBR Lft LONG. 



260 



265 



270 



275 



280 



285 



J'ai aMeis et pailes 6t pos, 
Huges et sièges et ohaitis, 
Blanoes cuetes et drasde lis, 
J'ai assez dras lingnes et langnes, 
Si ai encor de douz lanages : 
De la grosse, de la menue. 
Ma maisons n*est mie trop nue, 
Ains i pert, al dit de tamaint, 
Qae preudefeme et riche i maint : 
Car, certes, j'ai mult bel harnais. 
Je ai encor tez .îj. benaus, 
Li uns en fu fais al m^estor, 
A Tor reverseit tôt enter ; 
Mes sires l'avoit forment chier... 
Mais je n'ai cure d'annnchier 
Ke j'ai oe ke Dez m'a doné. 
Vos conissiez bien Dendoné, 
Et aussi faites vos Herbert 
Et Balduin, le fllh Oobert : 
tt Sayeis vos riens de lor afaire ? 
« ! n'i veuc mariage faire ; 
a Mais c'est merveilhe de la gent : 
• On quide en tel liu de l'argent 
« Où il n'en a mie plenté, 
s Li plusor snnt mult endeté ; 
« Mais je sui riche femme à force. 
« On voit asseiz del fust l'ascorce, 
Mais on ne seit qu'il a dedens ; 
Lor avoirs va aussi ke yens, 
a Mais li miens est bien apparans, 
« Je fai assois de dras par ans, 



963 La rime indique ici soit une sltërstion du tezte, soit une Itcone. — 
368 Bmoim doil être fautif (voy. les notes). — 278 One ni. — tti Or 
p. oà. — i86 Lan. 



LA TEUTB. 335 

« Et 8i soi preadefeme et sage, 
290 « S*ai awaii 6U maint massage 

« De plusors qui sont ci parent : 

« Li melhor en sont no parent. 

ff Bnne oonnissiez vos Gomer ? 

a Gelai ose je bien nomer ; 
295 « Por €k>mer ne le di je mie, 

a Mais je vos dirai, dulce amie, 

« L*atrier me dist one devine, 

« Ki me flst estendre sovine 

« Et mnchier parmi nn oheroler, 
300 t Ke je aroie un joarencel : 

« Car, certes, j*ai mnlt bel avoir 

« Por an bel jovencel avoir. 

a Daloeamie, penseis de mi, 

a â*ilh y avoit nol vostre ami 
305 • Ki aaqnes fust preus et seneiz, 

c U seroit malt bien asseneis. 

a Et vos soies preas et senée, 

c Car s'astoi par vos assenée, 

« Vos en ariés bon goerredon, 
310 « Se Diex me face vrai pardon. 

a Mais je ne vos velh tant prometre, 

« C*onqae8 ne m*en soch entremetre, 

« Mais sachiés mult bien, tôt de fit, 

a Se la chose tome à profit, 
315 « Tost en sereis malt bien chaachie. 

« Or prendez garde en la chaachie 

« Et en Essem et en Noef Bore, 

990 awant. — 391 pbuor ; il bat an s «a cas-rëgime. — S96 e$îaindte. 
— 999 Ls rime iodiqae qae ehereler est an Tocsble tltëré; Je cor- 
rigerais folontiers ehercel^ mais oe mot ne convient pas poar le sens (on 
ne peat guère se eaclier, toat de son long, dans an cerceau), k moins qae 
ekend ne représente aossi qaelqae forme pstoise da bas-latin serraUnff, 
cercaeil.» 315 Tof.— 317 J*ai «Joaté le premier en, pour compléter le vers. 



I 



236 GAUTUBR Ll louc 

a Qaeifl est li fiz dame Guiborc 

« Et li fiz sangnoor Chxlefroit ; 

320 tt II se flflt avant ier malt froit, 

« Gant on Taparla d'Issabel. 

S'ilh vos devoit venir à bel, 

« Je ne m'en départisse anait, 

« Mais je crien qa*il ne vous anuit : 

325 « Je vos mech jor al diemenche, 

a Si sera avec vos Clamence, 

« S*arons des pûmes et des nois 

tt Et de cel bon vin de TOnois. 

« Alez à Deu, dame, mais ent 

330 a Revenez moi veoir sovent. 

ir Ghil qni maint deles vo maison 

« Me samble de malt grant raison, 

« Il m*a awan mult regardée, 

a Mais je me soi mult bien gardée 

335 « G*onques vers loi ne me tornai. 

« Il maint uns preudons à Tornai, 

« Ei m'appartient de par mon père, 

a Si m'a parleit d^un sien compère 

« Ei est et riches et manans 

340 tt Et est mult près de lui manans, 

« Mais il est vies, ce m'at on dit, 

« Si l'ai atran assois maudit y 
tt Gar,.foi que doi à Saint Linart, 

« Suer, je n'ai cure de vielhart, 

345 tt Et puis quMl vient à la bescosse, 

« Je n^ai cure de garbe scosse. 
« Or vous dirai d'un mien parent : 

tt U ne maint mie chi parent, 

« Il me voloit rendre converse.... » 



319-310 Ces deux vers sont intervertis dtns le maDuscrit. — 353 et 34S 
atcMHil. — 336 / maint. — 345 bacoOce. — 346 teo$e. 



I 

I 



LA VBDVE. 237 



350 Celé le fiert à palme enyerse, 
Et à oe mot si 8*en départ. 
Et oele 8*en va d autre part, 
Ki en maint lia le dit et conte. 



Or en orés par tens le conte, 

355 Gonfaitement la dame esploite. 
Car Goljas forment le coite 
Et li mans dont ele est esprise, 
Qu'ele en a un sachiet & prise. 
Puis qu*ele le tient en ses las « 

360 II se puet bien tenir por las : 
S*il ne sait auques d^euTiaus, 
S'jl n*est remuans et isniaus, 
Et s*il ne sait bien cottener 
Et bien froier et cropener, 

365 II iert al matin mal venus ; 
De ce ne li puet aidier nus 
Qa*il n*ait sa boche mal lavée 
Tantost con la dame iert levée. 
Or est li cas batus en Testre» 

370 Or comence li maus à naistre 
Et la noise et li reprovier. 
« Nos avons chaiens .i. brehier, 
a Un defeli, un dehuré ! . 
« Haï ! com Demedex me heit, 

375 « Ki tant ou de preudomes chiés, 
« Et de cortois et d'ensignés, 
« Si pris un chaitif par nature. 
Tôt chil aient malaventure 
a Qui m*en usent assenement. 

380 « Car ilh m ont mis en grant torment. 

353 diit (parfait défioi). 



938 GAUTHIBR LE LONG. 

a II ne demande autre dangier 
« Con de darmir et de mangier : 
C*e8t ses déduis et ses depors ; 
a Toute jour rouke eon .i. pors. 

385 « Et ne sui je bien mal venue, 
c Gant ilh me sent delez li nue 
a Et ilh se torne d*autre part ? 
« A poi ke li cuers ne me part, 
a Sire, ce ne faisiés tos mie, 

390 « Ains m'appeliés très dulce amie, 
« Et je TOUS appeloie ami, 
« Dont TOUS retoumiés devers mi, 
f Si me baisiés mult dolcement 
a Et disiés al commencement : 

395 « a Ma bêle dulce kastelaine, 

a a Con vos avez dulce Talaine ! o a 
Et chiz ribauz me tient plus vil 
« Ee le fumier de son cortilh ; 
« Je ne le doi gaires amer. 

400 « Car fuist il ore ultre la mer I — 
Et chil respont à celé fois : 
« Dame, vos astez en defois, 
« Je TOUS aîre mult en vis, 
« Car trop aveis torbé ce vis. 

405 a On ne puet mies tôt tans faire , 
« Ce savez bien, icel afaire ; 
« Quez djables le feroit tôt tans t 
« En non Dieu, je sui recreanz : 
tt Se vilain ont biaz bues par hores, 

410 « Si ne sont mies tos tans mores ; 



400 ors. — i04 Peut-être torbé est-il un lapsus de ma copie p. tarhté, — 
405 totant, -^ 407 II faut, poar satisfaire à la mesure, on tire dyaldei en 
deux syllabes ou eifacer le pronom le. Le dernier parti est le meilleur, 
puisque dyabUi a trois syllabes quelques vers plus loin (▼. 4(9). 



LA YBUVB. K& 

« On puet bûn si destraindre rive, 

a K'ilh n'i a aev« ne salive. 

c Si m'ayea desiraint et sachié 

« Ee vos m*aves à mort jagié 
415 cr Et ke» bien veoir le poés, 

« On disi que je sui oraventée. 

« Ce est voira, par sainte Marie : 

s Trop a li bons la char hardie, 

« Oui U dyables si sorprent 
420 a Ee vielhe feme à enfans prent, 

« Car il n'iert jà â. jor sans lime. 

a Venez avant, ma dame grime, 

« Si me paies les .xxx. mars 

« Ee me promesistes domart 
425 « Entrosqae je fesoie Teuvre 

« Où ilb oovient la crupe mnevre. 

— « Aï », fait ele, « fous ooavers, 

a Vous dewistes iestre oonvers 

t U rendus à une abelfe ! 
490 « Voir, je devroi estre banie, 

a Gant je lessai por vos Jehan, 

« Ei a sa terre et son ahan, 

« Et Oodefroi et Baldoin, 

a Et Gillebert et Focuin, 
435 « Si pris trestot le plus malvais 

s Ei soit d*Orliens jusqu'à Bialvais. 

• Tant m^aveis tolut et emblé 

a Ee n'ai mais avaine ne blé ; 

« Bien est ma maison esoovée. 
440 Vous astes d*une orde covée, 

« Car je conoi bien vo parentes, 

« Les. chaitives et les dolentes, 

4S6 crvpe mure, — 437 J'ai la convers dans le Ms. ; je pense qn*il faut 
on covverf (caché) ou cuven on euiverê (perfide). ^ 438 ne Ueiz, 



240 GAUTHIBR LB LONG. 

« Et Y08 serors et vos antains, 

a Ei tontes sont ordes putains ; 
445 a Et ne fa celé yo cnsine, 

« Ei tante fois a jnt soyine 

a Et ont .xiiii. enfans d'an prestra ? 

a Vos ne deveis mies bons estre.* » 

A ce mot li preodons li sant, 
450 Ilh ne dist mie o Dex vos saat s, 

Ains le saisi par ses linbars, 

Si li done des eselnbars : 

Tant li promet et tant li done 

Ee tous ses dis li gueredone. 
455 Gant ilh Ten ot donet assois. 

Tant qu'il fu sus lens et lassés , 

La dame en sa chambre se muce 

Tôt sans chapel et sans aauce. 

Là suoe ses couz et repose 
460 Et dist soTent & chief de pose : 

« LereSy con vos m'aveis traie ! 

« Or m'a Diex la mort otroie, 

a Et si me mete en tele voie 

« Où je Tame mon sangnour voie, 
465 a Et ke la moie le porsiwe 

« Et k*ele soit avec la siwe ». 

Atant défont Puis à ovrir, 

Et si se fait bien chaut covrir, 

Si fait faire des chaudelés, 
470 Des restons et des wastelés, 

Si se bangne tant et atempre, 

Et main et soir, et tart et tempre, 

Ee celé chose est trespassée. 

Or est garie et respassée ; 

446-7 Les premiers mots de ces deux vers, ki et ef , sont intervertis dans 
le DIS. — 409 Ms. Et n faU faire de chaudMeg. 



LA TBUTB. 241 

475 Ce m'est avis et oe me samble 

Qa'andoi sont revenu ensemble ; 

Tant kMl pora ferir des mauz, 

Sera tons pardonnez li maus. 

Or est li biaus chaz rehachiez, 
480 Or n'est ilh feras ne tochiez, 

Ajns est li cossins retorneiz 

Et li escames destorneis ; 

Or est ilh amez et servis, 

Or a ilh tôt à son devis, 
485 Et si vos di bien de rechief : 

« Pitiet de oui trait leus de chief. » 



Vos ki les femmes despitiés, 
Por Deu vo pri et por pitié, 
Sovengne vos à icele hore 
490 E'ele est desous et vos desore. 

De vos qui esteis aduin, 

Ne soies de riens en esmai : 

Li adoin ont melhor mai 
495 Ke n'ont li félon conbatant, 

Ki les noises vont commenchant. 

Gaathiers li Lons dist en la fin 

Ke chil n*a mie le quer fin 

Ki sa feme laidenge et koze 
500 Ne ki 11 demande autre kose 

Ke ses autres voisines font ; 

Jà n'en veut parler plus parfont. 

479 dtf maz. — 491 Ce ters manqae au manuscrit. — 5M /« fi*eft pudh. 



16 



IX. 



Combat db Saint Pol ooktrb lub Carmois, hors la porte Cardon 
pour le corps d'nng sr. de Berlaj/montt 131 1. 



M 



il et trois cens et onze avoit 
En Tan de grâce qu'on devoit, 
Après septembre, vendengier, 
Que la saisons est du gibier 

5 Pour gentius hommes déporter 
Qui sèvent esprevier porter ; 
Et qui en veut déduit avoir 
Et de femme, sachiez de voir 
Que en dangier peut souvent estre, 

10 De ce nous tesmoignent li maistre, 
Et est on courouchiez souvent, 
Ce TOUS ai je bien en couvent ; 
Et qui plus en quiert les déduis 
Tant en trait plus de maies nuis, 

15 De froit sentir et de veillier. 



Lkçors du TBiTK PUBLIÉ BiCTiPiÉis ; Je fais abslracUon Ici des mois 
transformés orthographiqaement selon Tusage du XVI* siècle, ainsi que 
des fautes contre les règles anciennes de la déclinaison. — 10 (umoigHe 
(les éditeurs ont pris li nutiitre pour un singulier, .voy. iear note). 



COKBAT DE ST. POL 245 

Or me vueil à ce traveillier 

De rimer ce qu'on m'a conté 

Qu'avenu est en I^ conté 

De Haynaut. — En celé saison 
20 Uns chevaliers de sa maison 

S*e8t départis à peu de gent 

Sur un pallefroi bel et gent ; 

Sires estoit de Berlaimont, 

Ainsi que li gent conté m*ont ; 
25 Esprevier portoit sur son poing, 

Ne sai s'ala au gibier loing. 

Ou fust à camp, ou fust à ville, 

Mais ce sachiez tous tout sans gille 

Qu'il avoit souvent le gibier 
30 Et de femmes et d'esprevier. 



En l'un de ces deus desvoya, 
Dont à ses gens moult enoja, 
Mais je ne sai auquel ce fu ; 
En sa maison mors portés fu. 

35 Le cors ont fait apareillier, 
Clers manda on pour verseillier 
Et biau drap d'or et luminaire, 
Tel qu'à tel homme convient faire. 
Puis manda on des chevaliers, 

40 Des dames et des escuiers, 

Pour faire plus d'honeur au cors. 
Là endroit fu pris uns acors 



33 Sire e$toU U. — tl fut. — 3) envoya. Les éditenrs se sont vus ame- 
nés, |iar ceue fausse leçon, .à voir dans deevoya le verbe dévier^ mourir, 
et à traduire : « En mourant, il Ugua beaucoup de biens à ses gens. » Le 
sens est sans aucun doute : A un de ces deux déduits Qe ne sais auquel) , 
il s'égara et disparut, ce dont ses gens s^affligèrent beaucoup. 



244 COMBAT DE ST. POL 

Qae à Yalenchienes menés 

Et ciaus du Carme fust donés, 
45 tt Car il j ot passez cinq ans », 

Ce disoit messire Jehans 

De Valenchiennes, au piet tort, 

Et dit que on leur feroit tort . 

S*en leur moustier n'a sepouture. 
50 Mais par Tostel va li murmure 

Que de Luxembourg la contesse 

As Jacopins a fait promesse 

Qu'elle fera tout son povoir 

Que il puissent le cors avoir 
55 Et ce qui en peut escbeïr. 

Lez la dame s^ala seir 

De Beriaimont» et si li prie 

Que une chose li otrie, 
« Pour Dieu, qu'elle veut demander. 
60 « Il n'i a fors que comander », 

Dit la dame, qui fort ploroit. 

Dit la contesse : t Bon seroit 

a Qu*à Vallenchienes envolions 

a As Jacopins et leur mandions, 
65 a De par vous, qu'il auront le cors. » 

— a Envolez j, c'est mes acors », 

Dit la dame, « puisqu'il vous plaist. » 

Atant la contesse se taist ; 
D'ilueo se lieve et puis s'en tourne 
70 Devant le cors à chiere mourne, 

43-44 Qu'à V. teroU tnené A ceux du Carme seroit donné, — 45 Car (var. 
Comme) il e$toit. Le vers, dont les éd. ne sont pas parvenus à saisir le 
sens, devient parfaitement clair par ma correction. Le pronom y se rap- 
porte à la ville de Valenciennes. —W Ne vous est fors. Ma leçon est con- 
forme à la locution usuelle. 



CONTRE LES CARMOlfl. 345 

Disant ses patrenostres d'ambre. 

Si passa outre en une chambre, 

Un varlet a fait apeier. 

Moult bien taillié de tost aler. 
75 Dit la contesse : o Tu iras 

« A Valenchienes, si diras 

« As Jacopins et au prieus, 

a Mes chiers pères religieus, 

« Que la besogne est acordée 
80 a Du tout en tout et ordenée, 

a Com leur ai eti en couvent. 

« Salue moi tout le couvent 

a Et baille au prieus ceste lettre, 

a Et pour Dieu ne veuille pas mettre, 
85 a Qu'ennuit tu j puisses gésir, n 

— « Douce dame, je le désir », 

Fait li variés, et puis s'en tourne. 

Ne quidiez pas qu'il se séjourne, 

Ains s'en va tost plus grant alure 
90 Qn'uns chevaus ne porte Tamblure, 

Tant que tempre est venuâ assez ; 

Mais saciez bien qu'il fu lassés. 

En leur^maison est venus droit, 

Le prieus trouva orendroit, 
95 Qui confessoit une béguine, 

L'uns vers l'autre la teste encline 

En un anglet en leur parloir ; 

Un bien petit povoit paroir 

Que ne fussent pas acouvertes 
100 De leur caprons ambedeus testes. 

78 pereê et religitui, ^ 81 Comme je Vay eux, — 84-85 Ei p, D, teutlfe 
permettre Qu*emmietê V0U9 y puienez géiir (interprété en DOte : « que 
pami les moines vous puissiez élre »). Voy. mes notes. — 99 Qu*dle$ ne 
fusêmi ac, — 100 Tous lee deus t. 



246 COmiAT DB ST. POL 

Li varloE, qui fa bons compains, 
D*iaa8 regarder s^est an pea falns, 
Et fait ainsi que rien ne voie. 
La béguine s'en va sa voie, 

105 Li prieus se part de l'anglet, 
Si est venus droit au varlet ; 
Puis li demande à qui il ert 
Ne quel besoigne laiens quiert. 
a Sire, vous apport une lettre 

110 a Que la contesse fait transmettre 
« De Luxembourg^ vo cbiere fille. » 
Sus iaus deus s'estoit frère Gille, 
Qui fu li variés au prieus. 
a Variez, or dites à nous deus 

115 « Qui on dit qui aura le cors ? » 
— tt Sire, les gens dient dehors 
fc Que la contesse l'at promis 
ff Qu'il soit céans en terre mis ; 
« Je croi qu'il est en vostre lettre. » 

120 — « Frère Gilles, faites li mettre 
a Une table, si soupera ; 
« Par saint Dominique, il aura 
« Bon vin et bon poisson assés, 
a Car je sai bien qu'il est lassés 

125 « Et travailliés de ci venir ; 
« Je vous en lairai convenir, 
« Frère Gilles », dit li prieus. 
A une part se trait tous seus, 
La lettre commença à lire. 

130 Quant liute l'ot, si prist à rire. 



101-5 compaing: famg, -- iùl il est. — 111 votre eh. /". — 112 Sur eux 
dewB fêitoU (ce festoit est expliqué en note par fcstifialxU /). ^iiZQuivid 
le vaJet au prieur (te texte imprimé a ton jours prieur y bien que la rîme 
indique la forme en eus), — 118 Qu*il y soit. — 130 Quant leut leue. 



COUTES LB8 CAEII0I8. 24T 

Pui9 s'en revint droit au varlet 

Et lui demanda : i Cornent t'est ? 

« As ta bon vin et bon poisson ? • 

— « Oïl, sire, à grant foison, s 
135 — « Frère Gilles s, dit li prisas, 

a Nous ne sommes oi que nous deus, 

« Or nous donne, par courtoisie, 

« Un peu de formage de Brie 

« Et plain poichon de vin d'Ansoire, 
140 « Et de Galleul vueil une poire, s 

Dit frère Gilles : a Volentiers », 

Qui fu bons compains et entiers. 

Quérir le va, ne s'en déporte. 

Et avec ce un voire aporte, 
145 De Flequier, precieus et grant. 

Li prieus si le prent'errant. 

Qui moult aime beghine enverse, 

Puis le pot prent et puis il verse, 

Puis boit un grant trait de ce vin : 
150 « Foi que je doi saint Augustin, 

c Ne que je doi à saint Franchois, 

« Cil ci vaut mieux que vins franchois. » 

Puis dit au varlet : « Or bevez, 

tt Par la foi que vous me devez, 
155 Et si mangiez de ceste poire, 

tt Car bonne est, si m*en povez croire. » 

Li variez mangue et si boit. 

Puis prent congié ainsi que doit, 

D*iaus se lieve et si va sa voie. 



144 un voir. — 146 «î est ajoaté psr moi. — 147-48 Vers inlerfertis 
dans le texte imprimé ; je ne sais pourquoi les éditeurs ont mis le pre- 
mier en italiques; est-il tiré du second ms.dont ils auraient fait usage pour 
combler une lacune du premier ? — 1S3 bwvex, — 156 Car eJle têt bonne, 
$y povex er, — 157 mangut. — ISS fnini, — 159 si omis. 



348 GOUAT DE ST. POL 

160 Et li priecti ti le conr<A% 

jDsqii*à rissae de la porte ; 

Une antres frère li aporte 

Unes cancheB de bon blanqaet ; 

Li priena les donne au varlet, 
165 li variez forment le merchie. 

Li prieae illaeo ne detrie. 

En leur oapitre revint droit, 

La cloqaette sonne orendroit 

Et a le couvent asamblé ; 
170 Et puis si a iaus aparlé 

Et leur dit tout en audience, 

Afin que chascuns d'iaus Pentence, 

La messe du cors et l'offrande : 

a La contesse ainsi le me mande, 
175 « Foi que je doi à saint Martin ; 

« Or nous levons demain matin, 

t Par quoi scions des premiers bors 

a Quant on ira contre le cors, 

« Car toutes les processions 
180 a Y seront*et religions, 

s C'est bon que scions premerain ; 

a Alonsdormir jusqu'à demain. » 

Ainsi le laissièrent ester. 

De ciaus du Carme veuil conter 
185 Qui ont ouï cestes nouvelles, 

Qui ne leur sont bonnes ne belles ; 
Et ne cuidiez point qu'il s'esmaient 
Que bien par force le cors n'aient, 
Que jone sont, fol et estout ; 

161 Juiquet à Vi, de leu porte. — 170 ty a enlx parlé. — 185 cet nou- 
veUee, — 187 pi*iU eeeuayent (traduit, en note pir « se persuadent » (!). — 
189 eecowt (traduit par peYutonQ. 



COMTBB LES. GABII0I8. 340 



190 Si voudront maître tout poor tout. 
Et le dient coi qu^il anoit. 
AinBi le laùiaent oele nuit 
JuaqoeB au main qu'il se levèrent. 
Des premerains s'appareillièrent 

195 Â tonte leur procession. 
Mais ce fu sans dévotion. 
Puis s'appareillent Jacopin, 
Frère mineur et Augustin, 
Preste ouret et moine noir, 

200 Et chascuns fait bien son devoir. 
Premier s'avoient li Cannois 
Qui chantoient à haute vois 
Que Dieus fe&t Famé pardon ; 
Droit vont à la porte Gardon, 

205 Si s'acheminent vers Beaulieu. 

Là tient chascuns moult bien son lieu J 
Toutes les ordres près iaus vont , 
Tant que les gens approchié ont. 
Les banieres et les chevaus 

210 Et les varies montés sur iaus, 
Qui à leur cols ont leur escus, 
Dont les pointes sont pardessus 
(C'estoit li usaiges jadisy. 
Li Cannois cheminent toudis 

215 Tant que le car du cors aprochent ; 
Et Jacopin forment s'esforchent 
Tant qu'il se sont mis des premiers, 



N 



191 Et dieni à cm qu'il ammiei (les éditeora iovoquenl tu sujet de ce 
mot biriMire le lat. amicire et traduisent ainsi : et disent I cbacon qu'il 
prsane ses Tétemeats^ c'est-à-dire qu*il s'apprête).— 493 Jwguesàdenunn. 
— 201 mnoient. —SOS fiit à tame.-^ 207 TouU les ordm aprèi ; ma cor- 
rection est fondée snr le genre féminin du mot ordre (pris dans notre 
sens). — Si! à leur eor$. — 313 Fuiage doj, — 216 seforchent. 



I 



3B0 COMBAT DB 8T. POL 



y 



Qui drent ores des derniers. 

De leur crois boutent tout devant ; 
220 Li Cannois les vont perchevant. 

Si se mesièrent avec ians. 

Bien i porront donner des caus 

De la crois ayec le baston, 

Se couTenir les en laisse on, 
225 Oïl, se Dieu plaist et tous sains. 

Li cars s'areste premerains 

Du cors, et tuit li autre après 

Qui du car erent assez près, 

Descendirent enmi les cans. 
230 Ces ordres eslièvent leur cans, 

Mais tex canta libéra me 

Qui peu etUt le cors amé. 

Quant li respons fu tous cantés, 

Uns Jacopins s'est aprestés 
235 De Torison pour Famé dire. 

Uns Cannois arrière le tire 

Si que le fait tout canceler. 

La contasse i a fait aler 

Monseigneur Mahieu de Laval ; 
240 As Cannois dit : a Traiez Taval ! 

a Li Jacopins l'emporteront. » 

— a Par le tron Dieu, jà non feront », 

Dit frère Jehans de Tournai, 

a Si cointe Jacopin ne sai, 
245 c Se je lui voi mettre la main, 

« Qu'il ne le compert par ma main. » 

318 Q^\ estoimt créé de» d. — 2Î6 sarresL — 228 ettaient. — 242 Par Ut 
Eitroncz D. non /. ; yar. Par le puissant D, Les éditeurs voient une syno- 
nymie entre estrone eipuisiont , « car , disent-ils, estronc vient probable- 
ment du celtique strons, d*où les Anglais ont fait leur adject. sirong, » Je 
n'ai garde de réftitcr de semblables éiymologies, et pense que -ma leçon ne 
rencontrera pas d'opposition. ^ 243 <e dict fr. Jean, — 246 compare. 



CONTRE LB8 CA1UI0IS. S51 

Uuec commence grans rihote ; 

Mesme WiUame de la Motte, 

Qui et de la conteese draa, 
250 Et meseire Wautier Baras , 

Chil dont yienent tout ahati ; 

De parler ne soni alenti 

Et dient ae frères du Carme : 

tt A la oontesse faites blasme 
255 « De Luxembourg et à nous tous, 

a MaiSy par la foy que devons tous, 

« Rien ne vous vaut, ne l'aurez mie, 

a Non par les denz sainte Marie 1 » 

Dit frère Jehans d'Escaloigne ; 
260 « Du cors auroiz moult grant enseigne, 

« Par le sang Dieu, ains qu'il m*eschape. b 

N'i demeura entière cape, 

Blance ne noire, à deschirer. 

Li uns prent l'autre poar tirer 
265 Et à bouter et à saquier ; 

Li uns fait l'autre tresbuquier 

*De ces deux ordres qui là sont. 

Li chevalier arrière en vont 

Et les en laissent convenir. 
270 Qui veîst au hustin venir 

Frère GilUon de Walaincourt, 

Confaitement il i acourt ; 

Aussi fait frère Arnous de Liège, 

Ne samble pas que bien li siège ; 
275 Et frère Watier du Chastel, 



S47 risottê. — 251 ahaiiù, — 257 ne wnu faut (coDtraire au sens). — 
260 auroU. — 266 Le teite imprimé termine * faatifemeni, ce fers par un 
poini. — 260 enconvmir, — 273 frère omis. 



252 COHBAT DB ST. POL 

Qui i ftoooort tost et isnel. 

Cannois revienent d'autre part. 

Fier et hardi comme lupart ; 

Premier assaillent leur prieus, 
280 Qui estoit fors et Tiguereus ; 

Puis frère Jehan de Tournai, 

Sos est et lufEre, bien le sai ; 

Puis frère Oillon de Chirau, 

Qui le hustin redoute pau ; 
285 Puis frère Jehan d'Esoaloigne» 

Qui de ses caus très bien 7 done, 

Et puis frère Jehan d'Ansain, 

Qui n'a certes pas le cner vain. 

Cil assaillent frère Pierron 
290 Qui à sumon a le àfoutai^^ 

Cesi li prieus des Jacopins ; 

Sur lui estoit fors li hustins 

Et la noise grans et l'effrois, 

Quant uns frère, qui tient leur croîs, 
295 S'esoria haut et quanque il peut : 

« Saint Dominique, il vous esteùt 

tt  ce jour d'ui fiûre vertus , 

tt Ou nos prieus sera batus 

a Et tous li couvons, bien le voi, 
300 «... . 

« Je ne sai quele part tourner. » 

De la crois cuida assener 

Un des Garmois parmi la teste ; 

La crois ens ou baston n'areste, 
305 Ains vole jusqu'en la campaigne. 

Les béguines en ont engaigne 

390 Qui de iumom, — 294 qui omis ; en note on donne It varianie 
tenant teur croix. — 295 hauUe. — 296 eêkui, ^ 300 Vers omis dans 
le ms. 



CONTRB LBS CAKHOIS. 355 

Que Jacopin sont au deseur. 
Mais Hé en sont frère meneur, 
Si sont aneun des antres gens. 
310 Ileuo estoit grans 11 contons 

Des Jacopins à cians do Carme ; 

G'ert pour le cors, non point pour Tame, 

Dont ce me samble moult lais vices. 



Uns Cannois qui estoit noyices, 
315 Qui leur crois tient des hui matin. 

S'en va ferir un Jacopin, 

Sur la couronne, un tel boursiel, 

Qui rose estoit tout de nouviel. 

Que s'en dolu quinze ans et plus. 
320 Jacopin li vont courre sus 

Et dient qu'il Tamendera. 

Frère Simons dit : « Non fera ; 

« Quel chose que novices fait, 

« Ne doit », ce dit, a avoir meffait 
325 c Ne en amender nullement. » 

Li Jacopin dient qn*il ment. 

Adont Cannois leur capes estent 

Et Jacopin au char s^aprochent 

Tant que dedens li uns se met, 
330 Qui à surnom a le Gouchet 

(Frères Gilles est ses drois nous) ; 

Puis dit : « A ce cors main mettons 

« De par monseigneur d*Alemaigne. » 

Frère Jehans en a engaigne 

307 font à prieur^ leçon fausse et dépoorme de sens ; d'tflleon primr 
n*est pas conforme à Tosage de notre poète qui a coDstammentjNiinff, et 
pmtff serait contraire à la rime. — 31i et eeulx. — 3it CeH. — 91S çim 
non fera, — 525 Ne en nmendUe. — 537-98 Rime vicieuse , mais qui peut 
être imputée à l'auteur. —330 de nimom a de G.— 339 fnitin* (cp. ▼. 338). 



254 COKBAT DE ST. POL 

335 De Tournay ; ou car sant dedans 
Faisant mine en grinçant les dens ; . 
Pais dit : « Widies, seigneur loudier ; 
« Jl met la main, vilain putier, 
« Si renporterons maugré toqs ; 

340 « Or verrai je qui iert rescous. 
« Frère Simon, venez avant, 
« Tirez à ce coron devant 
« Tant qu'il soit hors de ce car mis, 
« Car, foi que doi à mes amis, 

345 « Nous ne lairons, cornent qu'il vienne, 
a Que li cors avec nous ne vienne, 
« Car il est nostre de no droit. » 



laus six Tenquerquent orendroit 
Sur leur espaules vistement. 
350 Li prions dit : a Alez vous ent, 
« Et nous irons decoste vous , 
a Et se mestier avez de nous, 
c Par quoi nous vous puissions rescourre» 
a Radement vous venrons secourre. » 



355 Ainsi qu'il dient, si Pont fait ; 

Li Jacopin se sont retrait. 

Garmois vers Vallenchienes vont 

Atout le cors que cargiet ont. 

Mais, par la foi que doi saint Mor, 
360 C'ert sans linceus et sans drap d'or ; 

336 mtfie». — 338 par U putier ^ qui ne se comprend pas. — 340 qui y 
est, — 345 Bien que vimme se représenle ^ la rime i Je n'ai rien corrigé 
(j*aani8 pu le faire par comaU fu'ootennf), les deux mois étant pris dans 
des acceptions différentes. — 335 meours» ^ 354 voui aurez ieeourt, 
— 360 Ce$t. 



GOMTRB LES CARMO». 255 

Aiaai les dames Tout souffert 
Qa* il demoara tout en apert, 
Et que feissent oe laier. 
Bien se devroient esmaier 
3Ô5 Qae li ami ne s'en couronchent, 

Mais ne leor chant ; se il en grouchent, 
Folie fait qoi les reprent ; 
Il feront tout à lear talent* 
Car on i gaste son tranchois. 

370 En Yallenchienes sont Carmois ; 

Entre iaos sont li frère menu 

Qui sont de leur acort tenu. 

Parmi Yallenchienes s'avoient, 

Grant planté de gens les convoient 
375 Tant qu'on passe la Boucherie 

Et le Gange et la Saunerie ; 

Le pont Noiron ont trespassé, 

En leur porte entrent tout lassé ; 

Le cors ens ou moustier ont mis, 
880 Mais peu i ot de ses amis 

(Bien parut à vigille dire) ; 

Drap d*or ne chandoile de cire 

N*i ot, ainsi c'on me conta, 

Qu'un Yiel drap d'or qu'on enprunta, 
385 Et vint et quatre chironciaus 

Qu'achatèrent li frère entr'iaus. 

Tant leur cousta U cors, sans faille, 
^ D'en parler tant il ne m*en chaille, 

Jusques à demain à la messe. 
390 Retourner veuil à la contesse 



364 quê tout fèiaeni. — 371 frère meneur (qui cootnrie U rime). — 
378 enire. — 981 1 parui, — 386 5y Faehatèrent. 



1 



2S6 COMBAT DE ST. POL 

De Laxombonrg, qui retoonforte 

La femme an mort, raisons le porte : 

Femme doit Tantre conforter. 

As Jacopina a fait porter 
395 Le travail ^t le luminaire 

Pour le service & demain faire. 

La contasse les dames prie 

De main 11 tenir compagnie 

Et à la messe et au disner. 
400 Or veuil mon conte ramener 

Au prestre curet de Saint Jaque, 

Qui les Garmois à conseil saque 

Premièrement en leur maison. 

Puis a dit à frère Simon : 
405 s Consilliez moi en bonne foi, 

« Car, par la foi que je vous doi, 

« Despaisiés sui et esbaubis. » 

Dit frères Simons : « Pass vobit t 

Je n'en ai cure, par la mort 
410 « Que Dieus souffri en crois à tort ; 

a Bien y parra ains demain primes 

« Ens ou moustier de saint Pol mismes. s 

Dit li prieus : s Vous avez droit, 

« Car il vous tolent orendroit 
415 a La vostre droiture et la nostre ; 

a Foi que doi saint Piere Tapostre , 

« C'est moult grans honte que Dieus seuffre 

« Que Dominiques ainsi oevre 

a Contre sa mère et son cousin : 
420 ff Ce sont cist bediel Jacopin, 

a Qui tout veulent & iaus atraire. » 

«- « Foi que doi Dieu le debonaire, s 

895 fûtonforUr. — 3d4 Le texte imprimé donne poîer , mais on Indique 
Il vtr. forUr d'une lutre copie. — 305 fe «mtwiite.— 400 par .Ste Mort. 



CONTRB LB8 CABMOIS. 



257 



Dit li ourez, « j*aarai l'offrande 
« Et trestout ce que je demande, 
425 « On je i menrai tel hustin 

a Dont paHé soit aprts ma fin. » 

Chascuns ce faire li enorte, 

Et dient qae droiture porte 

Que li catel suirent le cors ; 
430 a S'ainsi n'ert fais, c*ert moult grans tors, 

« Bien les povez à vo droit traire, 

« Si que drap d'or et luminaire 

a Et des chevans les couvertures, 

a Aussi des variez les armures, s 
435 Dit li curez : « Dieus me consenche 

« Que jamais voie diemenche 

Autre que celui de demain, 

tt S'avec moi tele gent ne main 

« Demain, à Saint Pol à la messe, 
440 c Qui ne lairont pour la contesse 

• De Luxenbourg, ne pour seigneur, 

« Ne pour provost, ne pour maieur, 

« Qu^il ne &cent les plus hardis 

« Jacopios estre acouardis. » 
445 Dit li prieus : o Dieus vous enoie 

« Si bonement que le vorroie, 

« Et il vous laisse à chief venir 

« De vostre emprise parfournir. » 

Dit li curez : « Et Dieus le veuille ! » 
450 DMaus prist congié, sa voie acueille 

Pour repairier en sa maison. 

Celé nuit fu en grant frisson, 

413 mirot. — 420 siêuU, — 430 n'eii.. c*est. — 431 lepooetQe pronom 
dote se rapporter au plar. li eatei), — 436 voye U dimemdèe.'^ 438 marne 
445 vouê envoyé. 

17 



} 



2S8 COMBAT DB ST. POL 

Que peu ou nient il reposa ; 
Et pour ce la messe n*osa 

456 Ce diemenche emprendre à dire ; 
Pour ce que il estoit plains d'ire, 
Il fist un capelain chanter. 
Quant la messe ot fait soner, 
Li parochien sont venu 

460 Qui de messe oir sont tenu. 
Li capelains vest l'aube ourdie, 
Beneoite eau a comenoie. 
Quant ce fait ot, si le départ, 
A chascun a doné sa part, 

465 Puis s'en va vestir la casure, 
Où il n'avoit ne trou n'usure ; 
La messe dit jusqu'à l'oflhmde. 
Li curez ses festes comande 
* Et fait la prière briément, 

470 Puis se ooxûplaint dévotement 
 ciaus qui sont de la paroiche. 
Et leur moustra toute Tangoiche 
Du grant damage qu'on lui fait ; 
Tout son anui leur a retrait, 

475 Puis leur prie par charité 
Qu'il li facent tant d'amisté 
Qu'avec U voisent pour savoir 
Se s'offrande porra avoir ; 
S'avoir le peut, il le prendra, 

480 Et se ce non, il leur donra 
Le luminaire et le drap d'or. 
Uns tisserans seoit au cor 
Du moustier, si Ta entendu ; 



4d3 départe. — 464 à daner. — 478 eon offrande. — 483 au egeur (le 
copiste du 18b siècle a pensé qu'il s'agissait du choeur, tandis que cor 
veut dire coin) ; nous trouverons le root coeur au ?. S35. 



GONTRB LES CARMOIS. 2S9 

Maintenant li a responda : 
485 « Sire, nous irons volentiers 

« Paisqn'il tous est ainsi mestiers ; 

ff Tisserans menrai et foulons — 

« Faites chanter, puis en alons, — 

« Et de Tantre gent grant partie, s 
490 Li curez forment l'en merchie 

Et dit que il sont bone gent, 

Et tous les autres ensement, 

Et Dieus leur rende, qui tout peut. 

Li capelains qui faire deut 
495 Le service, à Tautel rêva, 

A chanter prist s per omnia », 

Sa préface chante et « sanctus s. 

Puis lieve nostre Seigneur sus ; 

Quant l'ot levé, si le rabaisse. 
500 Li curez, qui n^est mie à aise, 

S*amuche prent, du canciel ist, 

N'atendi pas que paix presist. 

N'en avoit cure, ce me samble. 

Au dehors du moustier asamble 
505 Toutes ses gens, puis les avoie 

Parmi le marchiet droite voie, 

Puis passent devant le belfroi 

Sans noise faii*e et sans effroi. 

Au dehors du moustier Saint Pol 
510 S'arestàrent et saige et fol ; 

Li curez lors les araisonne 

Et leur preeche et leur sermonne 

Que, pour Dieu qui fu mis en crois, 

488 Fakt chinter. — 501 eantieU que la note explique ainsi : m proba- 
btement la partie du chœur où Ton chante , les stalles. » — 503 preniêt,-^ 
905 avoU mjfe €ure. — 506 droict et voge. 



260 COMBAT 0B 8T. POL 

Qu*il ne facent noise n*efEh>i8 
515 Jufiques adont qae il sauroit 

Se raison faire on U vorroit, 

Cil dedans qui sont on monstier : 

« J*irai laiens à iaus traitier 

« Et orrai que il verront dire. » 
520 Dit uns foulons : o C'est bien fait, sire, 

• Et si menez i arec vous 

« Au mains vint ou trente de nous. » 

Dit li curez : « Moult volentier. » 

Trente a pris de ciaus de mestier ; 
525 Du commun prent Jehan Bobert 

Et Willame, le fil Gobert, 

Et Tassequin et Adinet, 

Recanelgj et Watelet ; 

Monyoisin appelle et Musart, 
530 Sans iaus on ne va nulle part ; 

A ciaus dit il : « Ci demeurez, 

« Tant que de nous nouvelle aurez. » 

Li curez, avoeque les trente, 

Eus on moustier de saint Pol entre ; 
535 Tout droit devant le coeur s'en va. 

Jehan Bemier iluec trova, 

Bien set qu'il est prevos le conte. 

Li curez mot à mot li conte 

Cornent il vienfc là pour savoir 
540 Se l'offrande porra avoir ; 

a Si vous prie que vous m'aidiez ». 

— « Bien estes or outrecuidiez », 

Dit Jehans Berniers, « bien le voi, 

<c Vous n'i aurez ne chou ne quoi, 

821 1 omis. — 531 Les éditeurs supposent à tort qu'il fout lire Ai auiret 
au lieu de à ceuix^ que porte leur texte. Les bourgeois (ceux du commun) 
sont restés hors de Téglise, comme on voit par le v. 532. — 542 eiU orei. 



CONTRE LES CARVO». 261 

546 ff Par Im angoisses que Dieus ot. » 

 ce mot» U cnreE se toi ; 

Bien voit que tait li sont contraire, 

PreyoSy escheyin et li maire. 

Lores s'en va hors da moostier 
550 Â toutes ses gens de mestier, 

Assez issi paisietdement ; 

A son commun vint yistement 

Et si leur dit tout mot à mot 
' Coment li prevos tenchié Tôt : 
555 « Et m'a dit trop de yilenie, 

i Dont j'ai sur le cuer grant haschie ; 

« Or yerrai je que yous ferez. » 

Dient foulon : » Yengiés serez, 

« Râlez leens, nous yous sieuyons 
560 • Et ce que yous direz ferons. » 

Dit li ourez : a Or en yenez ; 

t Quant je dirai a hayot », prenés 

a Luminaire et quanque il i a, 

a Et Jacopins n'espargniez jà 
565 « Que nés jetez le cul deseure, 

c Et du pechiet je yous asseure 

« Et assoul ci et deyant Dieu, 

« Et si m*ame met en yo lieu. 

« Or alons donques liement, 
570 « SPentrons ou moustier yistement. » 



Ainsi comme on disoitl'epistre. 
Entrèrent laiens, non pour tistre, 
Mais pour fouler ce qu'est tissu ; 
Ains que il en soient issu 
575 Ne que leur emprise remaigne, 

549-80 Lon t*en va.., Tautu seê getu.. — 556 hainge (mot Impoisible). 
- 564 n'upargnez pat. — 565 no jecUz. — 568 £< mm amê met. 



COMBAT DE 8T. POL 

Foulèrent mantiaus d'Alemaigne» 
Si feront il caprona à dame ; 
Ne aai se c*ert profla à Tame 
Poar qui on feaoit tel aerrioe ; 

680 Foi qne doi GoUard & le plice, 
Que on tient à bon boolangier, 
Ne a'i sauront si bien gaitier 
Chevalier, dames, Jacopin 
Qu'il n^ait laiens plus grant hustin, 

585 Ce croi jou, et plus grant wacarme 
Qu'à Beaulieu n'ot de cians du Carme, 
Quant le cors orent par effors ; 
Car li curez trespasse lors 
Parmi la presse de la gent ; 

590 L*un des chevaus par le frain prent ; 
Au proTOst dit : a Ci met la main ; 
a Les armures aussi je dain, 
« Le luminaire et le drap d'or, 
a Et Toffrande clain jou enoor. » 

505 Dit li proTos : « Vous clamez part, 
c Autour vo col, une grant hart. » 
Du poing le flert d*arriere-main 
Si qu*il li fait laissier le firain ; 
Puis dit : c Oiez de ce ribaut ! » 

600 Li curez vers le prevost saut, 

Du poing le flert, si qu'il l'enverse 
Parmi deux bans, en la grant presse ; 
Pais s'escria : a Or chà, venez, 
a Foulon et tisserant, prenez 

605 « Ce qu*il vous plaist et me vengiés. n 
Dont li prevos fu entrepiés 
Et défoulés est de pluiseurs. 
Ces dames en crient « a I heura » ! 



STTS Se êcay $y e*§tt. — 592 /e ckmw. » 608 afuurs^ que la Dote tradui 



CONTRE LES CARMOIS. 263 

Et li cures crie o havot » ! 
610 Et li commnxis des gens bien Tôt. 

Despechent sièges de béguines 

Et esraohent par ahatines 

Ghandoiles, cirons contreval. 

Que de la noise li cheval 
615 Sonteffroié, si sont les gens ; 

Si grans i estoit li contens 

Que nus n'i sot remède mètre. 

Dit Monvoisins : « Aide moi, maistre, 

a Tant que j'ai ci de ce drap d'or, s 
620 On le va prendre par le cor. 

Qui estoit biaos et noble et gens. 

Mais tenus fu de ploseurs gens. 

Et par la foi que doi saint Pire, 

Li dras en pluiseurs liens deschire, 
625 Cul cui desplaise ne cui sieche ; 

N*i a celui n en porte pieche 

(Voire dans qui ont mis la main. 

De ce soiez trestout certain), 

Pour faire une bêle aloiere, 
630 Ou esguilliere ou aumosniere. 

a Ainsi ai jou », ce dit Musars. 

Ainsi fu fait du drap dépars, 

Sans loz jeter, ce povez croire. 

Ces dames perdent leur mémoire, 
635 De peur aussi sont fort esmarbres, 

psr miséricorde ! en le foisant dériver de aheurer^ prier, intercéder ! Il 
fant pardimner de si monsimeases bévues 4 la philologie française de 1834. 
— 013 Bi eynmt, — 618 rnaùtr^ donne une fausse rime , mais il se peut 
qu'elle soit le fait de l'auteur.— 630 On en va.— 624 dépêche. — 625 Quy 
qyy deeplmte ne a qny teke. — 630 l*ai ijoaté le premier ou dans l'intérèi 
de la mesure. 



964 COMBAT DE ST. POI, 

Miens amasseoi estre sous arbres 

DeJipcs mia que d'estre le^ns. 

A peu que n'a perdu le. sens 

La contesse de Luxeûboui^, 
640 Car elle voit qn0. n'ot autour 

D'elle dame ne damoiselle* 

Un chevalier voii, ^i TapeUe 

Pour la mener à sauf garant ; 

Ghil cheyalier^; la prent errant^ ^ 
645 Si la maine hors du moustier. 

Mais oublié a son sautier, 

Ne sai mie s'il £u perdus* 

Mais durement est esperdus 

Li abes qui disoit la messe ; 
650 A Dieu a fait veu et promesse. 

Se de leens puet estre hors, 

Que jamais pour ame de cors 

En ce moustier ne dira messe, 

Ne pour conte ne pour contesse, 
.655 Ne pour personne qui Ten prie ; 

Ne se peut astenir ne rie 

Uns de ses moines qui Tour, 

Qui à Teglise est dalez li 

Tout esYoiés, si avoit peui*, 
660 Si n'estoit mie trop asseur. 

Ausi ne sont li Jacopin, 

Musart doutent et Monvoisin 

Et Mentaillet, fll le boiteus ; 

En leur cuer s'efQroient entre eus ; 

057 De hormU (en note : « harmiê , ormil , ormes , ormeau » I). — 
647 9cait — 656 de rye; un subst rie , rire , n*exi8te pas ; le tour que 
produit ma correction (omission de que) est parfiiitement conforme à la 
syntaxe do temps. — 658 y e$t — 659 ly awntil peur. 



CONTRE LB8 CiOUIOIS. 265 

665 N'i a celui, 8*il s'apparoit, 
• Qae ne hurtast à la paroit 

Musars, s'il i povoit yenir ; 

Jamais ne vit on avenir 

Sifaite chose, che sachiez. 
670 Tous li travaus fu despechiés 

Et les chandoiles desparties 

En plus de quatre cens parties, 

Le drap d'or en quarante pars ; 

n en ont bien tuît pris leur pars. 
675 Li curez a faite s'emprise 

Qu'il avoit la nuit entreprise, 

Et sains Jacques est bien vengiez 

De Nostre Dame, ce sachiez. 

De Dominique et de ses gens. 



680 Li curez se part de leens. 
Si ramaine tout son commun 
Et puis les assout un à un 
Du pechiet qu'avec li ont fait 
Et du service qu'ont défait. 



685 Ainsi avint de celé mort 
Dont avez ouï le recort. 
Or prions Dieu, qui ne menti 
Et qui pour nous en crois pendi. 
Qu'il assouce toutes les âmes 

690 Dont li cors gisent dessous lames. 
Et de tous ciaus qui ont batesme 



671 de dsux cent; It mesure do vers m'a obligé de doubler la somme.— 
675 faiet êon emprise. — 681 5y m ramaine. — 688 abwute. — 680 eoubg 
hme$. 



966 COMBAT DE ST. POL. 

Et qui ont reçu oile et oresme ; 
Dites amen ! que Diens le doint 
Et tous nos pecbiés nous pardoint I 

69S fic'tb ont. 



NOTES ET RECTIFICATIONS. 



Ob8. Let païaagêt diê» se rapportant an volume aont indiqués par 
page et vers ; le chiifre de la page est imprima en caractères pins 
forts. 



I. QUKIISS DB BiTHUm. 

1 (pp. 1-5). 

Cette chanson, qui pan^t avoir joni^ an moyen âge, d*ane cer- 
taine i:ëpatation, a été composée lors des préparatift de la croi- 
sade de 1190 (1). Si la comtesse de Champagne a jamais été l'olget 
des hommages de Quenes (foit aflirmé par les biographes, mais 
qui ne se fonde en réalité que sor ane présomption tirée de notre 
chanson 10) ; si cette dame a été la principale inspiratrice de son 
ardeur pour hi croisade , celle qui Venvoia en Surie (Ch. 4, ▼. 17), 
ce n*était plus elle qui tenait son cœur au moment où il composa 
la pièce qui nous occupe ; elle Favait trahie et son cuite s'était 
porté vers une autre. Les allusions à cette déception et à sa nou- 
velle liaison sont nombreuses dans ce qui nous reste de Tœuvre 
poétique de Béthune. 

Le système des rimas observé dans la rédaction que j*ai adoptée 
se présente de telle Ak^u quil y a correspondance entre les str. 



(1) OiM Iw Ihrfw ciiét fp. 1-S, j« Pai rwcMtrée, u pM ■altnltte, dtM • EBfir, L« 
H > Mmh àt fnam «m «t ii »dct », p. IQS. 



S68 NOTES EZPUCATIYBS (pp. 1-6). 

1 et 2, 3 et 4, 5 et 6. Qaant & la demi-strophe finale, elle s'aooorde 
avec la strophe qui la précède immédiatement. Le même système 
rogne dans la pièce suivante. 

l.Departie, séparation, départ.— La virgule, à la fin du vers, doit 
être supprimée. 

4. « Que Dieu, par sa bonté, me ramène auprès d'elle aussi sûre- 
ment que je m'en sépare avec douleur ». M. Paulin Paris a mal 
saisi lé sens de ce passage en l'interprétant ainsi : « Dieu m'attire 
si bien à lui, par sa bonté, que J'ai résolu de partir, tout en pleu- 
rant. » La traduction de Leroux de Uncy ne vaut pas mieux : 
« Dieu me ramène k lui par sa douceur et voilà que je pars mal- 
heureux. » Ils ont l'un et l'autre méconnu le sulyonctif ramainst 
ou ramaint, 

8. BaUlie, puissance, domination (cp. 67, 31 ; 108« 16) ; c'est un 
synonyme de don^ri^ 118, 8. — Gp. pour la pensée, dans une 
chanson de Simon d'Autie (imprimée dans Dinaux III, 455), le pas- 
sage suivant : 

Se li miens cors'se part de sa contrée. 
Ne s*en veut pas pour ce 11 cuers partir ; 
J'emport men cors, mais J'i lais ma pensée. 

11-12. Dans la chanson que Hues d'Oisy, le maître de Queues, 
composa au retour de ce dernier et dans laquelle il se raille du 
triste résultat de la croisade si ardemment prôchée par notre 
trouvère (voy. Romancero françaisi p. 103, et Dinaux 1, 140), il est 
fait allusion à nos vers quand il est dit : 

Quand Diex verra que ses besoins est grans, 
Il li fkurra, car il li a &illi. 

15. Con » car on. 

17. Par oiseuse (oiseusement) Mi opposition ft la formule d 
certes (sérieusement, pour de bon) du v. suiv. 

10. Le BoieX de k*il voist (aille) est « celui qui voudra se montrer 
preux en réalité ». 

28. Honeur a ici le sens de dignité, fonction, charge. ^ La var. 
CD répond plus exactement A la rime. 



I. QURNBS DB BÉimniB. 969 

25. Law. eip.or oonvient davantage. 

28. Ici encore les leçons des antres mss. trahissent la tendance 
à écarter la rime etirs : eta. 

29. Morir de mort a ici un sens intense : mourir de vraie mort, 
moorir pour toujours. 

ao. « Pleurer des yeux de son tont », cp. 46, dO (Duc de Bra- 
bant). 

31-82. « Saches, mi efTet* que si Ton (ki) n'était sous Tempire de 
l'amour, cette expédition serait pleine d'avantages et d'attraits. » 

88-40. Cette cinqùiôme strophe est, dans la plupart des mss., 
placée après notre sixième, et cette place lui convient en effet 
davantage. 

84. Le terme nivre de déroge ici A sa valeur usuelle ; il s'agit de 
« vivre en fisUsant l'aumône et le bien ». Le terme tnanoir en (per- 
sister dans), qui se voit dans les autres mss., est plus clair. 

85. Partir^ avoir part, participer. Corrigez, pour mettre mon 
texte d'accord avec ma note, d cest p. en cest. 

37. Porter îoiauté, garder fidélité (opposé à faire ftOage du 
V. suiv.); ceot» est un datif. 

41. Af», assiégé. 

43. Prison ombrage^ prison obscure , et non pas la « prison des 
ombres •, comme traduit P. Paris. 

46. « A moins que la pauvreté ou quelque afllBdre belliqueuse 
imeOée) ou la maladie {malage) ne les retienne. » 

49-52. Cette demi-strophe finale (strophe d'envoi) résume la pen« 
Bée exprimée dans la première ; elle ne se rencontre que dans 
notre ms. A. 

2 (pp. 5-7). 

2. Jeu partif avant de signifier un genre de poésie, veut dire 
« option entre deux situations ou deux propositions. » Le mûlor 
d'uti Jeu parti , c'est le meilleur choix entre deux offres ou deux 
thèses. 

3. £ï a si quelqu'un. 

4. Sans forfait ; de la part de l'ami, bien entendu. 

7. Supplées, selon l'habitude ancienne, l'ace, la (c'est-à-dire la 
paix) devant le datif lui, — L'adv. mais (magis, amplius) est un 



870 HOTBS BZPUCATlfBt (pp. 6-1 i). 

simple renforoement ûe son» plu». On peat oqwndant atuai le 
prendre an sens de dëeormais. 

11. Tmû parait foutif (à moins de loi attribuer le sens de « bel- 
lement »), mais la oorrection par iuii (yoy. var.) n*est pas satis- 
fiiisante non plus. 

15. Proet; corriges iirota (d*après le ms.)» nom. sing. de prou, 
proilt, avantage. 

19. Le développement de la pensée appelle id plutôt la con- 
jonction mais que et. Le proverbe {reprouvier) allégué au ▼. 22 
engage également A remplacer ftnu par fam. Par contre fous 
convient au v. 23. 

24. Construction lAche ; et an équivaut A « tandis qu'on. » 

29. Raison^ langage. ^ 31 Sol/Hr^ subst., patience. 

34. Le sens de chargier n*est pas clair; il fknt traduire. Je 
pense : « Ou on vous en a peut-être (eqioi'r) imposé. » Cette valeur 
métaphorique de char cerne serait pas moins rationnelle que celle 
d'imposer^ mais je ne Tai pas encore rencontrée ; en vain serait 
une redondance. 

36. « Jamais Je n*ai vu homme se contenter (ou {dus litt. encore, 
se paier) de si peu. » 

39. Tout^evlèyreidetoUir). 

40. Taste est une forme variée de toUe^ toute {Ys est épenthé* 
tique comme dans Rhosne^ rosle etc.) et signifie « prise » (le mot 
se retrouve dans nuOe toste^ d*où nuUtôtier). L'expression 
« prendre de teste » veut donc dire « prendre en réparation de la 
prise. V 

42. Mai afaitié, mal-appris. 

44. « Plutôt que de renoncer A tout. » 

48. Querpir son rivel, quitter sa sauvagerie ; revél , rivel 
(i p. e atone) est le subst. verbal de révéler («» lat. rebellare) ; il 
fkut le distinguer, Je pense, de reveh divertissement, plaisir (voy. 
mon Diot. d*étym. A Tart. rêvé), 

49. Dinanx écrit en un mot parmenteis ; il ne connaissait pas 
l'adv.iKir, augmentatif d*un adv. ou d*un a(U. placé A la suite du 
verbe. Par renforce ici moult. Cp. S9, 23. 

50. « Idais [en dépit de votre séduisant mensonge], Je n'y aurai 
dorénavant un nouveau plaisir » , c'est-A-dire : ma première 
aflèction est décidément éteinte. On voit que Fauteur du Jeu-parti 



I. QURNIS DE BiTHinCB. * 371 

éeriyait soas le coup d'une expérience penonnelie, et ce sont 
peut-être les déceptions bien connues que Qoenes de Béthune eut 
& éprouver dans ses poursuites amoureuses, qui ont teit attribuer 
notre pièce à ce trouvère dans le ms. de Berne. 

3 (PP- MO). (1) 

10. WreouT répond & lat. mirtUtïtem ; c*est donc pr. celui qui 
mire ; mais le mot avait Jadis la valeur de miroir («> lat mira- 
tarium^ instrument pour mirer), et au figuré celui de modèle. 
L*orthogr. miroer de mon ms. est inadmissible à cause de la rime. 

11. Bntendement, application, goût, de entendre^ intendere ani- 
mum ; entente v. 21, intention, attention, visée. 

13. STumelier, condescendre, cp. 104» 44. Il fout se garder d'y 
donner la valeur moderne du mot. 

28. Se repentir, revenir sur une résolution ou intention, renon- 
cer & un projet ; la' même idée est exprimée au v. 30 par par^r 
(d'amour). 

36. Le comte de QueUe, à qui la chanson est adressée, est sans 
doute le comte de Oueldre. 

i (pp. 10-11). 

7. M'eikit mis là que^ m'eût fkit obtenir que. 

9 et 12. Il fout peut-être plutôt fiOseez que fUesîez ; à vrai 
dire. Tune et Tautre de ces formes est insolite, et je propose de 
lire ftdisiez (en 2 syllabes) en corrigeant au Y.9Ned p. IPa^ et 
en prononçant guerrière (« guerroiere) au v. 12. 

11. Forfaire, mériter par quelque méfoit une chose désagréable. 

12. Guerrière^ ennemie. 0*après la correction que je propose 
(sous V. 9), guerrière ne sera plus le fém. de guerrier^ mais le 
nom. sing. de guerrieur ; seulement j 'ai quelques doutes sur Tad- 
missibilité de la valeur féminine prêtée au sufilxe ère. 

13. Le pronom en se rapporte mentalement à « dames » ; si les 

(L) Svbtidiaireimat k la note lntro4Mlif« da tete (p. Q,J«i«nrqM Id qM duMSaot 
MapIttoS •t4 MBt iBltrvOTll* «t qM rMvoi lUt déftuit, MUrt 6, daw Im mm. CKPH ; il m 
M tfo«f* donc qa« dut BDM . 



272 NOTES BXPUCATIYBS (pp. 11-14). 

deux iiuu.n6 conoordaient, J'eusse oorrigô sans hésiter ^ai enhaie 
(que j*ai prise en liaine). 

14. La chanson & laquelle ramtear fkit ici allusion et où il a 
médit des femmes, pamt être notre m 7. Si celle qui la lui avait 
inspirée et qui dans des vues égoïstes (t. 16 vos cuers eonpoiious) 
lui a fait prendre la croix (y. 17), est la comtesse de Champagne» 
il fiftut admettre qu'entre la rupture avec elle et le départ pour la 
Syrie, une nouvelle liaison était venue guérir la plaie dont la 
perfidie de Marie avait frappé le poète. C'est la dernière que 
visent les regrets exprimés dans le premier couplet de Chanson 1. 

16. Le premier couplet était une supplication à la nouvelle 
amie; le second devient brusquement une imprécation contre 
celle qui a trahi. 

18. Mettez une virgule «près estes, 

20. Ex est une notation usuelle p. etu (yeux, 6, 49), comme dieœ 
p.dietis. 

21. Je le répète (voy. les var.), la lacune d'un vers en ie que le 
système des rimes oblige & supposer après ou avant ce vers (plu- 
tôt après), rend l'interprétation de soufraitous (diseteux, miséra- 
ble) par s'offreà-totAS plus que suspecte. Même, sans lacune, elle 
est peu plausible ; le soufraitous s'accorde avec le convoitons du 
V. 16, et le poète peut avoir eu en vue les mobiles d'un vil intérêt 
qui l'ont dépossédé des faveurs de sa maîtresse. 

5 (pp. 11-14). 

Cette pièce, malgré son début, n'est pas une chanson d'amour, 
mais un serventois destiné & &ire sortir de leur torpeur les 
seigneurs de France, qui après s'être engagés à se Joindre à l'ex- 
pédition de Syrie, préféraient jouir chez eux de lia dîme À laquelle 
ils avaient droit, plutôt que de presser le départ pour la délivrance 
du saint Sépulchre. Elle se lie donc par son si^et au n» 1. Comme 
dans ce dernier, l'auteur fait sonner bien haut le sacrifice qu'il 
fait en s*esïongeant^ pour servir Dieu, de la « millour de toutes 
les vaillans ». 

2. P. Paris remarque que ce début prouve que le poète compo- 
sait seul les paroles et la musique. Cette preuve ne me paraît pas 
péremptoire ; chançon^ mot, citant ne sont que synonymes. 



I. QURNRS DB BiTHUNB. 273 

5. « Et je puis me glorifier ajuste titre. » 
7. Endroit, préposition qui n'a survécu que sous la formule 
« à Tendroit de ». 

10. Jà suivi du verbe (au su^j.) équivaut à la lourde formule 
qui Ta remplacé :Jd soit ce que, défigurée plus tard enjdçoit que. 

11. Le Romanoero lit ici ploffier (p. plaissier). Ce mot, que Tédi- 
teur traduit par mortifier, est inconnu & Tancienne langue ; il 
fallait mettre plaier {» lat. plagare), qui est en effet la leçon du 
ms. D. Quant a plaisiier (cp. 86, 82), il reproduit lat. plexare, 
fi^ttèntatif deplectere, pUer, fig. dompter. 

13. Pémtence.^vit se traduire ici par sacrifice. 

17. « Le poôte apostrophe ici* les gens d'armes enrôlés par les 
chevaliers bannerets parce qu'ils demandaient rigoureusement le 
prix de leur engagement, comme si la flotte eût mis & la voile 
sans retard ». ; Je doute que cette manière de voir de M. Paris 
réponde bien à la pensée de Tauteur ; & la vérité elle se fonde sur 
une autre leçon, son texte portant robez au lieu de dismeM, qui 
se trouve dans C. Je suis porté & croire que ces vers ont plutôt en 
vue les grands seigneurs qui continuaient à flipper d'impôts (à 
dismer) môme les croisés» en diminuant ainsi les ressources de 
ceux-ci au pr^udice de leur sainte mission. 

19. AnenUs est incorrect au nomin. plur. ; il faut supprimer Vs. 

24. La leçon pesance (affliction) qu'ont les mss. BEH, est évi- 
demment fautive ; on oppose la puissance du souverain juge à sa 
miséricorde. 

25. Desirier, ici ^ chose à désirer. Souhaidier a souvent la 
môme acception. 

27. A loier, par esprit de lucre. 

20. Convoitiez convoitise, subst. participial masc, dont je n'ai 
pas d'autre exemple, mais qui a bien des analogues (cp.j^efw^, 
pensée). 

30. Cèle crois ; a une prise de croix faite dans ces sentiments* 
là. » — Lût, pronom anticipatif, comme en au v. 33. 

33. Il y a ici des allusions à des faits récents, & des désastres 
qu'il serait difficile de découvrir. 

39-40. a [Parmi ces hauts barons qui ont refusé leur concours» 
qui sont failli & Dieu], il y en a peu qui n'aient fait la honte de 
leur royaume, depuis le jour où ils y exercent l'autorité sur leurs 

18 



274 ROTES BXPLICATIVES (pp. 14-19). 

hommes. » Ce qui fï;appe ici, c^est l'emploi du singulier n*ait 
après poK. On peut s'en rendre compte par une ellipse et en tra- 
duisant : « Rarement y en a-t-il un qui n'ait... » 

42. Mettez une virgule à la place du point-virgule. Pour plus de 
clarté, j'aurais dû donner la préférence & la leçon àeBiJd n'aura 
tant servi. L'auteur veut dire qu'en servant de tels mauvais 
barons sans succès, il ne ikut pas s'attendre & la moindre indul- 
gence de leur part, tandis que Dieu ne fait pas dépendre sa récom- 
pense de la bonne ou mauvaise chance, mais rémunère tout 
homme gui bien le sert (v. 46). Le ms. B a la forme variée aeur 
p. aûr ou eûr; l'éditeur du Romancero s'est mépris en le tradui- 
sant par « gage, arrhes ». 

45. Chevcatoef leçon de B p. caance (chance), ne veut pas dire 
caution, conmie dit la note du Romancero, mais ressourceff, 
moyens de se Urer {se ehet>ir) d'une affaire, puis réussite. 

49. L'auteur, dahs son couplet final, lance un trait mordant au 
chevalier Hues d'Oisy, qui l'avait initié dans l'art de la poésie, 
mais aTec lequel il ne paraît pas avoir vécu dans d'excellents 
termes et qui» & son tour» l'a accablé d'une satire à l'issue de la 
croisade (voy. note 2, 11-12). — Semblance, ici opinion, ailleurs 
(ainsi 16, 38) aspect, mine ; c'est une simple variété formelle de 
semblant. 

6 (pp. 15-16). 

1. Chanson legiere d entendre est aussi le début d'une chanson 
de Raoul de Soissons. 

12. « Mais nécessité, désir et impatience — litt. le ÙAX que (çou 
qttei) l'on ne peut attendre — font entreprendre maint coup hardi.» 

19. Sous-entendess le (mon martire) devant li, car noient est 
adverbe (« point). 

23. Eetenement, ou retenance (106, 33), bon accueil (en parlant 
d'une offre de service ou d'une déclaration d'amour). Cp. retenir 
42, 26. 

32. Par droite équitablement (cp. 12, 15). 

33-35. « Mais Je suis si mal loti, que tout l'avantage que me 
donne le droit, m'est repris {retout de retolir) par ma mauvaise 
chance. » — 36. Souffrance^ patience. 



t. QUBNBS DR B^TRUNS. 375 

97-38. « Je trouve mon soulagement (litt. mon refuge) dans la 
beauté et Taspect de ma dame. nDe ma dame est explicatif du 
possessif «a (dans sa biautès). 

41. Mérite, subst. fëm., signifie à la fois récompense (comme 
id) et ce qui la fait obtenir, le mérite (cp. 12» 15). Il en est de 
môme de déserte (de deserrHr), cp. 198, 307. 

43. Je n*ai aucun renseignement sur le personnage désigné par 
Noblet^ à qui la chanson est adressée ; on trouve un Noblot 
mentionné à la fin d'une chanson de Gasse Brûlé. 

44. Bsliie, pr. élue, est un simple synonyme de bien-aimée. 

7 (pp. 17-20). 

2. ce Non pas que je tienne & Tamour. » 

8. A chief du tor (litt. h bout du tour), à la fin, aprôs tout. 
Uezpression revient v. 15* 

10. Aucun ms. ne donnant bones, il fallait, parmi les variantes 
de ce vers, choisir la leçon de GM, c*est-&-dire le sing. leal amor. 
Je tiens à réparer ici cette négligence. 

15. So =s toi (parfait défini de savoir), 

19. L'auteur sort ici de la construction syntaxique et s'exprime 
comme s'il avait dit v. 17 « que les dames étaient sincères » au 
lieu de « que les dames aimaient sincèrement. » 

20. Antre négligence de syntaxe , qu'il est flEUïile de redresser 
en substituant au deuxième et la prépos. de, « Amer par amors » 
est un terme consacré pour « aimer sérieusement. » 

23. Borser ; nous dirions aiyourd'hui populairement boursico- 
ter, M. Paris voit dans les dames un accusatif pluriel, dépendant 
de ont laissiez de manière que ce verbe aurait pour s^jet « les 
chevaliers ». Je ne suis pas de cet avis ; le poète adresse ses 
reproches d'abord aux chevaliers, qui de larges sont devenus 
avares , et ensuite aux dames , qui ont tout laissé pour , de 
courtoises qu'elles étaient, devenir intéressées et cupides (cp. les 
vv. 37-38). 

25. La Cùrroie (ceinture) doit ici, je pense, caractériser la dame 
en général, plutôt que la dame de distinction ; cp. 148, 35. 

33. Se tomer h qqch. me rappelle l'expression allemande sich 



376 NOTES EXPLICATIVES (pp. 19-25). 

an etwas hebren, 8*eii soucier, y Attacher de Fimportanee ; cp. 

aussi le gr. hnpinnùai rnoç. . 

34. Afiement^ assurance, sûreté. 

35. Se cointoier^ étaler ses gr&oes ; s'o^omer, s*affubler de ses 
atours. 

38. Eschive^ fém. de eschif ou escAtu, pr. farouche, sauvage 
(c'est Tall. scheu^ anc. schiu)^ ûg, d'un abord difflcUe, peu affable. 

8 (pp. 20-23) (1). 

I. Le démonstratif cel marque Tindétermination. 

3. En son bon pris , c'est-à-dire en possession de tous ses 
charmes. 
6. Mains dis^ maints jours- 

II. La var. mal baillis^ moins crue que mors et trais, me plai- 
rait davantage. 

12. Dès Vautre an = depuis longtemps. 

14. « S*est, à mon goût, si complètement et si désavantageuse- 
ment défiguré qu*ii me semble que vous m'êtes ravie. »— 16. A tart, 
trop tard. 

19. Exclamation ironique. 

23. Ke = car. — Ce reproche est malsonnant, mais, comme Tob- 
serve M. Paris, on en adressa souvent de semblables aux croisés. 

30. « C'est pourquoi, madame , je vous conseille d'épargner 
l'accusation de ce tricherie» & ceux qui ne se sentiront plus d'hu- 
meur à vous aimer. » Le terme tricherie, comme celui d^héresie 
des var., désigne le vice indiqué par le v. 21. 

36. Si prend ici la valeur de « toigours est-il que. )> 

39-40. D'aprôs Paris (Romancero p. 109) le marqiUs allégué ici 
par la dame comme un de ses soupirants, serait le marquis de 
Montferrat, et li Barrais, Thibaut !«, comte de Bar. Ces inter- 
prétations sont faites dans l'hypothôseque notre tencon s'applique 
à la comtesse de Champagne, ce qui n'est nullement assuré. Je 

(l) rajoilê k U BOt0 iotrodaetÎTe dn t«xM qia« l^anribatiAB de otite spiritaellt ehantM k 
Richard d« Poaralnil m m voit qa« dans lai nua. BG, dont t'aolarité aa pam l'aMportar tar 
calla de C, oonoboréa par ealie da AM. — J'ai également néglifé da dira qoa la pikea la trow 
aussi dans « Bartseb, RomancM et pastourelles », p. 76. 



I. QUKNES DE BfcTflUME. !277 

remarque, tontefoiB, que Téditeur du Romancero , dans VEiêt. 
lut. de Fr,X XXIII, p.567, interprète leBarroispar Guillaume de 
Barres. ' 
42. Garder m, regarder &; faire cas de. — 45. Par tens, bientôt. 

9 (pp. 24-»). 

4. Sui mètre, imputer ; synonyme de ametre. 
6^7. Cp. Chanson 4, yy. 13-14. 

9. Deseonfire est plus que blftmer, comme traduit Leroux de 
Lincy ; c'est décréditer, ruiner un homme. 

10. « Si, légalement et pour cause, on Mt justice d*un voleur, en 
quoi cela peut-il le moins du monde {de noiani) affecter celui qui 
n*a rien A se reprocher ? », litt. qu'en revient-U f 

16. Mains prise » mesprise ; on sait que le préfixe mes est issu 
du lat. mimts (fr. mains , moins) et a pour correspondant en 
espagnol et en portugais menos (esp. menospreciar) et en pro- 
vençal menes^ mens et mes. 

10. M. Paris observe (Romancero, p. 90) que notre troisième 
couplet nous apprend que l'amour de Dieu finit par remporter 
chez l'auteur sur les regrets que Tinfidéllté de sai dame lui cau- 
sait. Mon impression est toute autre: le poète ne quitte pas 
le siècle, il n'a fait que changer de maîtresse; rien dans le 
couplet ne justifie l'observation de l'académicien flrançais, et d'ail- 
leurs, le quatrième couplet, omis par lui, la contredit surabon- 
damment. 

20. Aîumer et emprendre ont ici le sens neutre de s'embraser. 
La var. esprendre est plus usitée avec ce sens, mais emprendre en 
est aussi quelquefois revêtu. 

22. J'ai peut-être en tort de condamner la leçon en moi du ms. 
de Berne ; je m'aperçois que non-seulement li n'a pas de rapport 
grammatical, ma/s aussi que la pensée serait en opposition avec 
la crainte exprimée au v. 29. Il est plus probable qi:^e l'auteur dise 
qu'il se sent d'autant plus entraîné A s'engager dans une nouvelle 
liaison avec une auguste dame, qu'il ne découvre en lui aucune 
trace d'un mouvement d'orgueil ou de vanité, et que son senti- 
ment est pur de toute feinte. 

32. Por est une faute typographique ; Wsez par, ■ 



378 MOTBS EXPLICATIVES (pp. 25-37). 

10 (pp. 25-20. 

Les drcoiuttanoes qui ont inspiré cette chanson sont trop con- 
nues pour les rappeler ici. 

l. Sfenvoisier, c*est se mettre en humeur de gaitë,en disposition 
joyeuse, se divertir. L*éditeur du Romancero ne reproduirait plus 
aiOourd*hui sa définition « se mettre en voiœ », quelque naturelle 
qu'elle paraisse. Je renvoie, quant à Tétymologie, encore un peu 
nuageusot de ce mot, au Dictionnaire de Diez, t. I, v» v&rio. 

4. J*ai négligé de noter la var. de D Por çoufai mis ; elle est 
plus claire, mais la leçon de C s'ai^si ai n*en est pas moins juste. 
Le si caché dons s'ai résume, selon sa fonction habituelle, le 
membre de la proposition principale placé en avant du verbe (ici 
por ce). — Mettre en de fois (correspondant masc. de défense) ^ 
interdire, réserver, suspendre. 

6. (Hant est une préposition ancienne signifiant ce en présence 
de » ; c*est proprement un participe présent À Tablatif absolu 
(cp. nonobstant); oiant le roi (coram rege) équivaut à rege 
audiente. 

6-7. Les Champenois : la reine Alix de Champagne, reuve de 
Louis VII, et sa cour; la contesse: Marie de France, veuve du 
comte Henri I*' de Champagne. 

8. Faire que, agir en. 

10. Encor suivi du verbe au subj. équivaut à quoique, cp. 83, 18. 

H. M. Paris trouve ici la preuve de Tancienneté des proverbes : 
les Anes de Pontoise , venir de Pantoise, Cela reste douteux, 
selon moi ; Pontoise peut ne devoir ici sa mention qu*& la rime. 

15-21. Le poôte, conflis de la mésaventure essuyée à la cour de 
France, avait hésité à déclarer à la comtesse les sentiments qu*il 
éprouvait pour elle, mais il finit par rompre sa réserve, car, se dit- 
il, « on n*obtient rien sans demande, et après tout si ma demande 
est jugée présomptueuse, on ne pourra en accuser que l'amour 
qui me Tinspire. t -- Corage, sentiment. 

19. Je corrige hardiment rover (demander) pour trover, que le 
copiste a répété machinalement du vers précédent: le sens Tim- 
pose. 

20. Les termes outrage et outra{feus expriment, dans Tancienne 



I. QUENB8 DE BÉTHUIfB. 279 

langue, l'outrecuidancd, la présomption. La note du Romancero, 
où le V. 19 est traduit : « si je ne trouve que des expressions 
mauvaises, si mon esprit me sert mal », est mal fondée. 

* 

i\ (pp. 27-28). 

6. Le verbe faunier (var. fausnier) m*est nouveau. Je venais 
de rinscrire dans mes notes, quand, par une singulière rencontre, 
un savant autrichien (1) travaillant à mes côtés & la Bibliothèque 
nationale me consulta sur un passage d*Âiol (v. 6751 Cornent, 
sire Qonbauty avés notis fosnié) qui Tembarrassait tout autant 
que le mien. Pour chacun de nous le verbe se présentait avec la 
valeur de malmener ou de tromper, mais aucun ne Tavait encore 
rencontré. 

Voici une coigecture étymologique sur ce mot. Je pars du latin 
fcacinare^ qui régulièrement a fait /"ai^nier, que je trouve dans 
le Roman de la Rose, p. 318 : 

Tantost cum par ceste maisnie 
Fu la gens malmise et faisnie. 

De faisnier se seraient naturellement dégagées les formes fous- 
nierj faunier, fosnier, comme pJumtasma a donné fantaitsme et 
fantosme. Ce qui m*arrôte encore, c'est moins la question de 
savoir si Tinfinitif en ier est admissible (elle est tranchée par la 
forme faisnie du passage cité), mais la difficulté de tirer de l'in- 
flnitif fausnier (bissyllabique) un présent fausnie, au lieu de 
fausne qu'exige la règle (cp. dans le môme Roman de la Rose, le 
V. 12108, cité par Littré, v» fasciner, od Ton trouve faisnons en 
rime avec regnons). Pour expliquer notre faxmie, ainsi que le par- 
ticipe /b^nf<^ dans Ajol, sur la base oùje me suis placé, il faut un 
infinitif /"ausn-z-^, par conséquent un type fascinicare, qui n'est 
pas absolument impossible. On trouve bien clinicare (type de 
clingier) à côté de clinare itype de dîner). 

(1) Cs laviQt Ml M. W. FMntOT, pror«tsflur k rragn«. qui riant d'enrichir It llctiralure 
aai-ienae d'une précieute édition prini-ap» da la cbauson de geftle « Aiel et Mirabcl ». 



280 HOTES EXPLICATIVES (pp. 27-31). 

10. Esprover, ici convaincre (par preuves). 

16. Ssperer a ici le sens générique d*attendre. 

21-24. On voit que la rage et derverie de Tauteur a pour cause 
la préférence accordée à un indigne. 

22. Brunetto Latini» Trésor, GXCII : « Et quant li tens de sa 
luxure vient, plusor masle suient la queue à la louve, mais à la 
fin ele regarde entre tous et eslist le plus lait por gésir o li. » 
Cp. aussi.le Roman de la Rosci éd. Michel (Paris 1864), p. 258 : 

Tantost la chetive le laisse 

Et prent^n'autre où moult s'abaisse ; 

Le vaillant homme arrière boute 

Et prent le^pire de la route ; 

L& norrist ses amors et couve. 

Tout autresinc cum fait la louve. 

Cui sa folie, tant'empire 

Qu*el prent des lous trestout le pire. 

25. Vasselaget acte de prouesse. 

28. Son esire, sa manière, ses agissements. 

30. Degagier^ mettre hors gage, donner congé. 

34. JSTtimour,^ humidité. 

36. « Plus jamais n'y cueillerai » (queudrai). 

38. Mesure^ le moment opportun. 

1 2 (pp. 28-30). 

Remarques la construction de ces cinq couplets au point de vue 
de la rime ; voici comment celle-ci se présente : 

1. a bb ce dd c 

2. c dd ee ff e 

3. e ff gg hh g 

4. ghhiikki 

5. i^kk 11 mm 1. 

On voit que chaque nouveau couplet commence p8(r la rime qui 
termine Ib précédent, et que la rime des w. 6 et 7 de chaque cou- 
plet reparait aux vv. 2 et 3 du suivant. 



I. QOBNES DE BÉtaUNE. 281 

f . Vers mal Mt : il y a absence de césure. 

13. « Que J*y encours le reproche de présomption (outrage) et 
de folie. » 

15-16. Je suppose des lecteurs assez familiarisés ayec la gram- 
maire et la syntaxe anciennes pour démêler ici le régime et le 

23. Par renforce Tadverbe si (tellement) qui suit le yerbciiar^. 
Cp. 7, 49. 

24. S'escaurre, pr. 8*arraclier hors, flg. se soustraire, se préser- 
ver (type latin eœcutere), — Del mater, d*étre maté ; infinitif actif 
a sens passif (voy. Diez, Oramm., éd. ail., III, 206) ; cp. faire jugier 
d pendre 319, Z2. 

^ 25. Bios iriéSf variante de la formule helas dolens, 

28. Trais, leçon du ms. » serait un parfait défini , et d'ailleurs 
contraire à la rime (1). — Le verbe traire est le mot habituel pour 
« s'attirer » une perte, une peine (cp. v. 34). 

32. Pour la conformité avec le verbe desduire du v. préc. , 
j'aurai bien fait d'orthographier li desduis. 

33. Deviser, ici méditer, opposé Â dire (énoncer). 
36. Desconrir sa raison, locution <=» lâcher le mot. 

13 (pp. 30-32). 

9-16. Il est difficile de pénétrer les allusions que renferme cette 
strophe et de préciser le reproche de déloyauté contre lequel l'au- 
teur s'y défend. Cette difficulté tient autant aux termes tout à 
fiiit obscurs couverture de sous et mètre en traine, qu'aux alté- 
rations que le texte paraît avoir éprouvées. Le mot saus peut 
représenter l. sauft, 2. sauts, 3. saules, 4. sceaux. Le dernier 
terme parait le mieux convenir au sens, mais la contraction saus 
p. seatioo, n'est guère admissible pour l'époque de Bethune (2). Ose- 
rait-on, a rencontre des trois mss. , proposer la correction coverture 
de fous, qui se comprendrait facilement? Quant à traine, il pour- 

(1) Le Bif . A, il Ml boo de U noter, mi cnriio à la l«ilott f de U preaikn penoMM de 
riadicatlf prèMot, même k U première copjngeieon. 
(T, Uae eÎDqaième interpréietioa de eaiM sertit celle per êou* (plar. de toit o^) \ naif Je ne 
pfts que evtie forme puitae être attribuée k la langue de notre auteur. 



282 NOTES EXPL1CATITE8 (pp. 31-36). 

rait être un subst. formé de traîr, comme haine de hafr^ gesine 
de gesir^ ce qui donnerait & mettre en traine le sens : aliéner ou 
s'approprier traîtreusement. 

11. On a oublié une virgule à la fln du vers. 

12. J*ai, dans les variantes, suspecté le mot meeprie & cause 
de remploi du même mot à la rime; j'aijeu tort, car il peut fort 
bien être ici le substantif verbal de meepriser. 

18. Je comprends le jurement se Dem me doinst santé ou para- 
dUy mais un souhait portant sur de bons chevaux est étrange, & 
moins quilnesoit exprimé par un homme qui est sur le. point 
de se mettre en voyage ou qui veut Aiir. 

23. Faus covines, les fausses situations, les procédés ambigus. 

26. Vers obscur. — 27 L'absence de césure rend la variante 
préférable. 

30. Mal ofr, se fi^re un mauvais nom (cp. lat. maie auâire). 

31. Encore une allusion qui m'échappe. — Je vois que Dinauz 
a mis châtelainne^ qui n*est dans aucun manuscrit. 

44 (pp. 82-^). 

L'attribution de ce morceau à Queues par le ms. Â est mal 
assurée & côté de celle des mss. CD, qui le placent sous le nom 
de Guillaume le Yinier. 

2. Covenant, circonstance. 

10. Avenir^ ici convenir. 

14. Gasson, cas-régime de Gasse» Il s'agit du chansonnier Gaces 
Brûlez, On pourrait tirer de la mention de Gasse un argument 
contre Tattribution de notre chanson à Quenes de Bethune, si, 
comme on Ta cru longtemps* Gasse était le contemporain du roi 
de Navarre ; mais M. Paulin Paris (Hist. litt. de France t. XXIII, 
p. 564) a réuni plusieurs faits autorisant à reculer d'un demi- 
siôcle l'époque où Gasse Brûlé chantait ses aventures amoureuses. 

15. Tout aoantf en évidence. 

16. Les sorties contre la « gent anuieuse » des mesdisans et 
losengiersy dont le métier consiste à brouiller et à détruire le 
bonheur de deux amoureux, sont en effet un lieu commun dans 
les chansons d*amour de tous les pays. 



r QUSRBS DE BÉTHimE. 283 

19. Le sens semble ôtre : « Loin de s'en souder» ils n*en vont 
qne mieux leur train. » D*aprôs la leçon de CD, il serait : « Ils en 
sont r^ouis et bourdon (bourdeurs ?). » 

21-22 « Ce qui les (les médisants) pousse à médire, c'est qulls (les 
poètes) élèvent des plaintes contre leurs intrigues {tricherie), » 

28. Soufflrant^ patient. — 30. Bel^ le beau temps. 

31. Sospeçon revôt ici Tacception « inquiétude. » 

34. Atendre suivi àeen ^ espérer. 

35. Son bon^ sa décision. 

36. Diuqu'en som^ Jusqu'au bout. 

38. A mon créant, selon ma promesse (la promesse faite à moi) ; 
cp. V. 52 mon convenant. 

40-42. « Puis Amour me dit encore que la Jouissance fait défaut 
dans l'abondance, quand Tagrément n'est rehaussé par le désir » ; 
la satiété déplidt. 

43. Mon don^ mon lot. 

46. Mescroire^ avoir (ici exprimer) une opinion défovorable 
sur qqn. 

48. La mole fuUcn revient À dire : la chétive portion qui 
m'est accordée. 

11. GUILLAUME DE BÉTHUlfE. 
1 (pp. 35-37). 

8-9. « Elle peut m'accabler en toute sûreté, car il n'en sera tenu 
compte », ou mieux peut-être : « il ne sera pris de mesures (conroi, 
disposition) à rencontre ». Au fond, J'aurais pu maintenir la leçon 
courrons de mon ms., qui présente un sens teôs-plausible. 

10. Le sujet du verbe ient doit ôtre le même que celui des verbes 
puet (V. 8) et fera (v. 12) , c'est-à-dire la dame qui occupe la 
pensée du poète. Le pronom U paridt être fautif; le dernier sub- 
stantif masculin auquel on puisse le rapporter, est lieu, mais pour 
soutenir ce rapport, il fl^udrait forcer le sens de ce mot et lui 
assigner métaphoriquement la valeur de « personne », cp. estre 
marié en haut lieu « à haute personne, ou mettre son cuer en tel 
lieu (M, 5 ; 72, 12), vouer son amour à telle dame ; il est donc 



284 NOTES EXPLICATIVES (pp. 36*39). 

préférable de faire disparaître le pronom en corrigeant, d*aprô8 G : 
carne set peu, 

14. Double est actif, «je redouble ». 

18. Peut-être vaut-il mieux lier ce vers au suivant. 

20-21. Ces deux vers devraient réguliôrement rimer en i, 

27. La grammaire exige vatUans. 

32. Yerai a ici le sens forcé : précieux ou pur. 

35. Par un pou équivaut & la phrase « peu s'en fallut ». 

2 (pp. 38-40). 

1. Ce premier vers est également celui d*une chanson d*Adam 
de la Halle trôs-répandue dans les chansonniers (elle est imprimée 
dans les Œuvres complotes de ce trouvôre, publiées par M. E. de 
Coussemaker, Paris 1872 , & la p.^04) ; aussi M. Maetzner (p. 270) 
avait-il pensé que la piôce qu'il savait exister avec ce début et sous 
le nom « d'Adans le bosus d'Ares » (» Adam de la Halle), dans le 
SIS. de Berne, devait ôtre la même que la nôtre. Les deux pièces 
sont loin d*étre identiques, car Tune chante Pamour mondain, 
Fautre Tiynour du Christ ; mais, pour ôtre diverses d'esprit et de 
texte, elles ne sont nullement indépendantes Tune de l'autre. Le 
trouvôre d'Arras a emprunté à son devancier, l'avoué de Béthnne, 
non-seulement littéralement le premier vers, mais aussi le nombre 
des couplets, la construction rhythmique et la disposition des 
rimes. Les emprunts de ce genre étaient, comme on sait, trôs-Aré- 
quents parmi les poètes aussi bien du Nord que du Midi de la 
France. ^ L'amoureiue loi, la religion d'amour. 

2. Vaut, forme dialectale ùevoitt^ vot (voulut); les mss. varient 
ainsi entre tauU et tout (de tolir), entre caup et coup, 

8. Faire envoi, faire offrande, sacrifier. 

0. « Qu'il nous accorde de Taimer à tel point. » 

10. Reçus, accueilli, hébergé ; cp. S. Paul, Ep. aux Ephésiens III, 
17 : « Tellement que le Christ habite dans vos cœurs par la foi. » 

11. Disne, forme variée de digne (v. 23) très-fMquente ; on voit 
la môme permutation de «n et ^ dans maignie p. maisnie , 
règne p. resne (rône). 

13. Bn recoi, secrètement, mystérieusement. 



IL GOILLAUIIE DB BÉTaUMB. 38S 

16. RepM^ participe de répandre, cacher. 

18. Il manque une virgule o,^rès pris. Le pronom îi est réfléchi, 
« À s*armer ». La chair et le sang sont considérés comme !*armure 
nécessaire au Fils de Dieu pour accomplir sa mission de combat 
[tournoi, v. 21). Op., pour cette métiH[>hore, le passage de S. Paul 
aux Romains VI, 13 : Appliquez yos membres pour être des armes 
dejustice&Dieu. 

22. Soufirir, permettre, laisser, comme donner (y. 9), est régu- 
lièrement construit avec Finfinitif pur (sans de ou d). « Où il laissa 
détruire (litt. dépecer) ses membres (Utt. ses armes, voy. la note 
préc.) ». 

25. Càlengier{àsig\. challenge), réclamer en justice, disputer 
une chose À Tennemi ; voy. sur Tétymologie du mot le glossaire 
de Gachet. 

26. Essov^er, effacer. Je me suis occupé de ce verbe dans mon 
Glossaire de Froissart, oùj*aitAché de le ramener plutôt ÈLex- 
orbare (priver, dépouiller) qu*& ex-sorbere. Tout bien considéré, 
il me semble qu*ii est plus simple de ne voir dans essorber qu'une 
variété de forme de assorber (cp. Talternation esconser et ascon- 
ser, estele et astele, estes et astés, etc.). Or assorber ou assorbir, 
au sens de détruire, faire dispandtre, est connu ; Renard 5S92 : 

Deables le puist asorber 

Quant il nos fet tant de mal trere . 

En tout cas notre essorber est indépendant de essorber (prov. 
eissorbar), aveugler, qui vient de orbe, aveugle (voy. ma note, 
Jean de Condé, t. I, p. 417). 

32. A pendre, à être pendu ; cp. 89, 24. 

34. Supprimez dans les Variantes du texte (U ligne) : 34 Ms. Ne 
doit m, p. amer. Ces mots s*y sont glissés par mégarde ; ma leçon 
est conforme au ms. 

35. En anticipe sur de ses biens, complément de oacier hors. 
38. Adosser, propr. mettre derrière» flg. négliger, oublier, cp. 

Texpression métaphorique tomer le dos derrière S07, 52. 

41. « Entrer dans le pli », c*estr&-dire prendre le pli, est une 
expression figurée que Ton ne s*attend guère à rencontrer chez 
un poète de la deuxième moitié du 12* siècle. 



286 MOTBS BXPLiCATtvES (pp. 3946). 

43. Preuc (contraction de pareue) que, ponrva que ; voy. la 
Gramm. de Burguy, II, 318. 

45. Justicier, midtriser, dompter, corriger. 

46. Sstre mus (de movoir) en volenté, prendre la résolaiion. 

49. Tenser, d*ordinaire défendre, protéger, ici s'adjuger, récla- 
mer à titre de droit. Selon Qaston Paris (Remania IV, 480). tenser 
serait distinct (i*origine de tender (ai^. tancer) ; Je partage son 
avis. 

III. DUC BB BRABANT. 

4 (pp. 41-43). 

1. U'B OU, forme résolue de et, contraction de en le; cp. de le 
devenu del, dou, du. 

2. Ssmovoir de, inciter, engager & ; cp. semondre de 45, 19. 

3. Née, subst., créature, personne'; dans la formule rien née 
(Vescie & prestre 303) » chose. 

5. Ligement, sans réserve. 

7. Ellipse de la coiyonction que. 

II. Joli, joyeux, gai. 

13. Sentir faisait anciennement au participe passé aussi bien 
sentu que senti (45, 21) ; cp. vestir, part. vesH et vestu. 

18. Amender, sens neutre, devenir meilleur, profiter (au sens 
moral). 

26. Ait retenu, selon la syntaxe ancienne , est équivalent de 
retienne ; Fauteur se place au point de vue du fait accompli. Rete- 
nir » accepter les services, faire bon accueil ; ainsi « retenir une 
chanson » 75, 15. 

34. Avancier, faire prospérer, puis mettre en honneur (cp. v. 40). 

38. Enientis, nomin. sing. de ententif fattentif, soigneux). Wil- 
lems s^est singulièrement trompé en traduisant le mot par 
« cependant ». Il y voyait sans doute une altération de 0»-/aiu2i». 

39. Mais, désormais. 

45. Dinaux traduit adés par « à présent » ; c*e8t une erreur ; la 
signification constante de cet ancien adverbe est « continuelle- 
ment, toujours ». 



m. DUC DE BRABANT. 387 

51. Sans euidier, certainement ; euidier implique Tidée d*ane 
simple sapposition ou présomption. 

52. Sêkm^er, ^éloigner, se séparer. La forme non réfléchie 
prévaut à l'infinitif. 

56. « Ce cuensjoli de Flandre, cet ami si cher, c*est probable- 
ment rinfortuné Guillaume, auquel Henri était lié par des liens 
de parenté, pAr lin traité d'alliance, et plus encore, par une con- 
formité de goûts dont Thistoire littéraire a conservé des preuves 
nombreuses. Le frôre et le successeur de Quillaume, Guy de Dam- 
pierre, n'apparaît jamais comme un intime ami du duc de Bra- 
bant. » A. Wauters, Henri III, duc de Brabant, p. 9. 

2 (pp. 44-46). 

I. Les anciens employaient indifiTéremment, suivant les besoins 
de l'harmonie, monde et mont (cp. v. 9). 

4. lf>, p. me, tant comme régime direct que comme régime 
indirect, est une forme partiouliôre au dialecte picard. On trouve 
toutefois me aux vv. 16 et 20. 

5-6. « On peut, toutefois, trouver une plus forte impulsion encore 
à chanter : ce sont les ennuienses gens , qui se piquent d'avoir 
choisi la meilleure du monde ». Telle me parait dtre la pensée de 
l'auteur. 

7. Sstre ami, locution Mquente p. aimer^ être amoureux. 

II. Maietrie, empire, force. 

13. Chans trouver équivaut & « faire de la poésie ». 

14. Orendroit^ aussitôt- 

20. Mainte lat. manet, présent de manoir. 
22. Feraif c-A-d. je la sentirai. 
26. Corrigez li au lieu de le. 

28. Les formes sien et stten (chans préc. v. 36) varient selon les 
habitudjes dialectales des scribes. 

29. Aitcui, aujourd'hui. 

31. Ssgarder, regarder, considérer. Esgardés dont est une for- 
mule fréquente qui revient à dire : « On conçoit donc ». 

32. A la foîe, parfois ; sur la forme foie, voy. mes notes de 
Berthe aus grans pies, 1492. 



â8S NOTBS BXPLICATIVBS (pp. 4S-S0) . 

96. Notei remploi imporsoimel de daigner, aum 4*iui infinltir. 
Il y a da reste ici redondance d'expression ; la .phrase 8*analyse 
ainsi : S11 pouvait vous convenir (litt. sembler digne) que le sacri- 
fice de mon cuer et cors vous vint en gré. » 

40. Ve muet de Joie compte ici (et souvent) comme syllabe, — 
Déport, plaisir. 

44. Màuparîier, médisant Ce mot se -retrouve dans le-prov. 
mal parlier, et Tanc. ital. mal parliere. 

3 (pp. 46-48). 

5. Stbanoier, se promener, cp. 174, 367 ; dSd, 225. 

7. Truis, !• pers. sg. du prés. ind. de trover. 

8. Pattore, bergère ; ce mot n*est pas, & mon avis, le correspon- 
dant féminin de paetour (& la manière de Tesp. amadara), mais 
il répond À un type latin pastoria (àepoitoriue) (1). 

12. Dis est un parfait ; le lO'ésent serait di. 

14. Ibuse, jeune fille, du lat tontue, tosus, v. firanç. tous, ras, 
imberbe; de la touseott, garçon, touseUe ou touseitcyeiahià fille. 
L*opinion de Burguy : « de intonsus, avec rqiet de la préfixe, proba- 
blement par opposition à l'esclave À qui on rasait la chevelure » , 
est insoutenable. 

20. Mescreant, méfiant, soupçonneux, jaloux. 

23. /u, jeu ; on disait de même fU p. ffu. 

24. « Rendre son cœur « était la locution usuelle p. « porter ses 
amours ». 

25. Car, adverbe exhortatif, cp. vv. 37, 49. 

26. Creanter , forme contracte cranter (d*où Tangl. grani) • 
assurer, promettre. 

32. Cloée cTargent, garnie de clous d'argent . 

33. Bonement, non pas « bien », mais « avec douœnr » ; v. 56, 
de bon gré. 

39. Gaster, fttire inutilement, sans profit. 

40. Vh gant, cp. 68, 26. 

41. Yostre bobant, vos promesses pompeuses. 

(1) J« rtooDiiaif, toatefoit, qaa 1m lrooTèr«9 da Nord poniraient Ttroir ampranU «n pro- 
Tençal paitta. 

t 



DUC DB BRABANT. 289 

46. « D*ailleur8 yos présents, Je ne les tiens pas encore. » 

48. Prometetts ; la substitution de la désinence ettx & eur est un 
fait de la langue populaire qui, comme on voit par notre oxemple, 
remonte trôs-haut. C*est , je pense, & cette substitution que le 
féminin en euse (« laveuse, prêteuse ») doit son origine. Il reste 
incertain, toutefois, si la forme en eus est ici le fait de Fauteur ou 
celui du scribe (voy. les var.). 

51. Le maUn^ demain. — 52. Convenant, promesse, et ce qui en 
fait Tobjet. 

54. 0», eus. — 60. Manière répond ici au terme moderne compo- 
sition. 

4 (pp. 49-51). 

5. S( avant, si avancé dans son intimité. 

6. Abandoner^ ici lâcher, faire prendre son vol; cp. le sens 
figuré de « lancé ». 

7. S*amor8, Tamour du chevalier. — Aloignier ou àUmgier a 
eslongier^ s'éloigner ; aler aloignant^ syn. de aler faillant v. 9. 

11. « Si, outre la passion chamelle, on lui témoignait aussi de la 
bonté et des manières aimables. » 
14. Point de, quelque peu de. 

18. Abandonéement, sans réserve, à discrétion. 

19. La défectuosité métrique de ce vers serait levée,'si au lieu 
de de ce on mettait de cette. L'expression cette ou ceeti (» cette 
chose, cela) est bien connue. 

20. Tant que, pour autant que. 

21. Se garder d'une chose, ici y prêter attention, y rendre hom- 
mage, la cultiver. — Sainement, avec sobriété. 

25. Ser p. serfQe sers). — Engrant, désireux, passionné. 

26. Covenant, synonyme de covine, manière d'être, disposition, 
au moral comme au physique ; ici « tempérament. 

28. « Je lui conseille vivement qu^elle vous mône avec prudence. » 
Tondant est adverbe, équivalent de tendamment, pr. avec ten- 
sion. Maint ne peut être rapporté à manoir, demeurer, car ce doit 
être un subjonctif, et le subjonctif de manoir serait maigne. 

29. Le sens de la réponse du duc ne se dégage pas nettement. 

19 



290 NOTES EXPLICATIVES (pp. 51-S6}. 

36. Passé, constaté, certain ; c^est un terme parUculièrement 
familier au protégé du duc Henri, Adenés le Roi. 

41. Desevrét pr. séparé ; nous disons, par une métaphore sem- 
blable, décidé, tranché. 

42. Estris, nom. sing. de estrif, dispute, synonyme de tençon, 
44. Eaotd de Soissons, deuxième fils de Raoul de Nesle, oonna 

par sa participation aux croisades de 1239 et de 1251, et comme 
chansonnier, voy. Hist. litt. de Fr. XXIII, 698. ^Faire sevrée, péri- 
phrase pour « se sevrer » (60, 13), abandonner* renoncer, syn. de 
départir, repentir, recroire, se f oindre ; le contraire est exprimé 
par faire emprise, 68, 3. 

47. Le comte C^r2«« efA9^oi4,û*ôre de ssânt Louis, né en 1220, 
couronné roi de Sicile en 126ô, mortenI285. Voy. le Romancero 
français, pp. 119-124. 



IV. GILBERT DE BBRNEVILLB. 
1 (pp. 52-53). 

12. Ligemeni, absolument, sans réserve. 

20. Souduiant, propr. séduisant', trompeur, puis pervers en 
générai ; forme concurrente de sotiduisant. 

24. Nuisant, synonjrme de anemi v. 28. 

28. Remplacez le point d*exclamation par une virgule ; si Dex 
était un vocatif, il faudrait suefres, qui contrarierait la mesure. 

34-35. Peut-être vaut-il mieux ponctuer ainsi : As félons : de 
leur envie se dolent pr. ; on aurait alors & faire au réfl. se doloir. 

33. De tant = por tant. 

35. Dolent est moins correct que dœlent ; Vo du radical deve- 
nant tonique, il doit se modifier en oe {eu). 

42. Anchiel (Andau, Ansiau » Anselme) de CTiastel; ce per- 
sonnage, auquel le poète, par renvoi de sa chanson, paie une dette 
de reconnaissance, m*est inconnu. 



GILBERT DE BERNBVILLE. 291 

2 (pp. 54-56). 

8. 0, formé concurrente de oi (J*entends). 

14. Aince^ 3e pers. sing. du prés. subj. de aimer ; cette forme 
est anomale et particulière, parait-il, au dialecte lorrain dans 
lequel le ms. de Berne est écrit. J*ai noté dans ce ms. également 
un sul^. esgairce (de esgarder), (3ette forme s'est-elle produite sous 
Tinfluenoe des subjonctifs régulier sence (sentiat), siéce (sedeat), 
mece (mittat), et sembl. ; ou Topinion de Burguy (I, 244), d*aprôB 
lequel le sahioncUf doinse serait une simple modification phonique 
de doinge^ doit-elle prévaloir ? 

15. « Quand Tun et Tautre sont contents. » 

16. Ferme^ie confirme, sanctionne. 

24. Obetr, ici complaire, se montrer favorable. — Tel gent^ c^est- 
à-dire « des hommes imberbes ». 

26. Née^ pas môme. 

81. Par vostre merci^ ou voztre merci tout court, répond & nos 
formules : permettez ! s*il vous plait ! 

36. Père de chastel est obscur ; le ms. porte (ceci soit dit en cor- 
rection de la var. donnée sous texte) : Se U eanible il peirs de 
chaietels. Le sens est-il a pair de ch&teau » ou « égal en avoir » 
{chastel p. chcUel) ? 

40. Tuit, voy. aux Variantes. — La bonne leçon pje croi pour- 
rait bien être f espoir (au sens de a je présume »). 

45. Riveh opposition, contestation, cp. 7, 48. 

46. PasseU lat.jpaâ»7Zu«, pieu, échalas ; c*est le moi paisseau de 
la langue actuelle. 

59. Espoir^ ici opinion, avis ; j*ai déjà relevé cette signification 
dans mon gloss. de Froissart ; cp. pi. h., v. 40. 

61. Je laisse à d'autres d'examiner de quelle comtesse il s'agit 
ici (1), ainsi que de déterminer le personnage mentionné au v. 65 
sous le nom de chastélain de Biaume (un chastelain de Biaumés 
est cité, dans Philippe Mousket, v. 30^483, parmi les croisés de 
1237). 

(i) Si la eiMut joli de Pliodrt, p. 43, rt, 56-57, est Oaillaams de Dempierra, mort ea 181, 
•B ea nlorieé % ^nfOÊitt Béatriee de Covrtni (fllle da due de Brebanl), qui i^avalt époaaé ea 
IM*) et qai lai tarvécol Jotqu'en 1288. 



292 NOTES EXPLICATIVES (pp. 57-67). 

3 (pp. 57-59). 

9. Jes = je les; le pronom les se rapporte iiamors^ que les 
poètes traitaient, confusément, de singulier et de pluriel ; cette 
confusion se présente surtout dans la strophe suivante, où nous 
voyons d*une part J^s (v. 10). d*autre part son, à li, elle ; on peut 
aussi, il est vrai, rapporter mentalement ces pronoms à cette tme 
mentionnée au v. 4. 

19-22. Les leçons des mss. BEGL font disparaître rirrégularité, 
par laquelle ces quatre vers, tels qu'ils se trouvent dans A, sor- 
tent du système de rimes aussi bien des deux premiers couplets 
que des deux derniers. 

30. Ici encore la leçon des autres mss. sauve la rime. 

33. N^afiert, n*est pas en rapport, ne s'accorde pas. 

37. La Béatrice qui a inspiré cette chanson et plusieurs autres, 
est ailleurs (Chanson 12, v. 41) qualiflée de « dame d*Audenarde ». 
M. le baron Kerv3m de Lettenhove a donné d'intéressants détails 
& son siget dans les Bulletins de TAcadémie, t. XXII (1S55) , 
1* partie, p. 398 : entre autres une lettre (sans date), d'où il appert 
qu'elle avait été invitée, par la veuve de Guillaume de Dampierre, 
Béatrice de Gourtrai, & lui tenir compagnie dans sa retraite au 
ch&teau de Gourtrai. 

44. « Erard de Valéry était, comme on sait, un preux chevalier 
dont la gloire se rattache k l'histoire des croisades de saint Louis 
et ÙL la conquête de Naples par Gharles d'Anjou. » P. Paris, Hist. 
litt., t. XXIII, 579. Son nom figure aussi dans un curieux récit, 
inséré dans le Romancero français, p. 121, où il est cité comme un 
chevalier de la suite du jeune comte d'Ai\îou. 

i (pp. 60-61). 

16. Assembler^ ici joindre, affermir. 

22. Controver, subst., invention, machination malveillante. 

34. Achîever, sens neutre, venir à chief, & ses fins, réussir. 

38. Sans destomer^ sans hésiter, sans broncher. 



GILBERT DE BERMETILLE S93 

8 (pp. 61-63). 

5. Evidemment, savoir a ici, comme sonvent, la valeur de « faire 
savoir, signifier ». Le sens est donc : « Ma chanson lui fera pronon- 
cer ma joie ou mon supplice ». 

17. (hsise^ ici disposition, humeur. — 20 Franchise^ libéralité, 
noblesse d'âme. 

26. Fcùre hoir (héritier), mettre en possession, « saUir (60, 10). 

6 (pp. 64-66). 

7-8. Mettez une virgule aprôs vivcmt ; la phM vaUlani est un 
datif régi par fins amis (v. 6). 

23. MerveiUes, adv., & merveille, puis synonyme de forment^ 
durement. La finale s accuse le caractère adverbial du mot. 

25. Meri, ici mérité, ailleurs récompensé (67, 34). 

36. Doins, je donne ; 1*5 final dans cette forme (la forme régu- 
lière est doin, doing) est, à Tavis de Burguy (1 291), produit sous 
nnfluence du subj. doinse (coexistant avec doinge\ doingne), 
9*per8. doinst. 

4». Le soi 'm de li, d'elle. 

7 (pp. 66-68). 

3. Requerrai n'est pas ici le flitur de requerre^ mais une modi- 
ficationde recrerrai (cp. 89,9; 121, 26), futur derecrot're, se 
rendre, abandonner la partie* cesser. Querrai p. crerrai est une 
forme picarde trôs-ft*équente. 

12. Souverain de, éminent en« distingué par. 

20. Paire » lat. pareat ; « qui ait Tapparence d'un amour sin- 
cère. » Oette traduction, toutefois, n'est rien moins que sûre ; la 
pensée de l'auteur doit être plutôt : « si je puis en obtenir une 
faveur, qui soit égale (proportionnée & ou digne de) mon loyal 
amour. » C^la nous porte vers un paroir » parem esse ; mais la 
construction avec de est étrange. 

27. Avancier, neutre, tirer avantage. — 37. Enfance^ folie. 



S94 ROTES EXPUCÂTIVES (pp. 67-76). 

39. Ouarandir^ sauvegarder. 

44. Car, coigonction exhortative. — 47 Cheance, chance, bon- 
heur. 



8 (pp.6ft.7i). 

14. Baisnier, parler. ~ 15. Chapél, couronne de fleurs. 

20. Trais, parf. défini, 1« pers., » lat. traxi, 

26. yat4Ci forme picarde p. voue, t;oe(yolui);cp. coup p» coup, 
vautrer p. voutrer, etc. 

SO. Nue de dras, dépourvue de linge. Je préfère la leçon : povre 
de dras et nuete. 

99. U H ol) vaueeî, dans le vallon. 

52. A cest coumencier^ pour commencer, pour le moment. 

61. Je ne sais que faire du mot JamueL Serait-ce quelque dimi- 
nutif dialectal àe jambe f de manière que le sens serait : a Longue 
jambe ne leur profitera pas (pour venir assez tôt). » J*avoue qu'une 
formation JomueZ est bien risquée. Ou faut-il lire : de lonc (de loin, 
au loin) Jd muel (des gens muets, qui ne répondent pas à mon 
appel) n'auront recouvrier. Laborde traduit notre vers par sir» 
de Longjumeau (!). 

62. Recouorier, dédommagement, avantage. 

63. Avoir son avel, arriver à ses fins« cp. 155, 36. Sur Torigine 
du mot, voy. Diez, II, 212. 

64. Laisnier, lâche ; variété de lanier, sur lequel, voy. ma note 
Baud. de Gondé. p. 416. Vs est intercalaire. 

66-67. « Je fis & la folichonne tout son boa gré. » Cependant, 
foliete est un mot suspect ; le diminutif de rac^ectif /bZ ne peut se 
terminer en iet Je crois donc que la bonne leçon est : Toute 
la flsjoliete (je la mis en bonne humeur). — Ou fbliete serait*il 
un diminutif de folie f et « faire la foliete » » folâtrer, &ire 
Tamourt La soie merci signifiera alors « de son plain gré », 
cp. 155,34. 



GILBERT M BERIIETILLE. 295 

9 (pp. 71-73). 

11. Oi, eas; plus haut, prise dans le môme ms., la forme eu 
(66, 9) ; le ms. D donne (ici et 74, 3) ^uc. Les grammairiens assi- 
gnent 01' au dialecte bourguignon, eut*, ettCt eu au picard. 

12. Ou (ai el) haut lieu revient h dire « & Fauguste personne », 
▼oy. ma note 86, 10. 

18. Avoir en couvent, ici non pas, comme d'habitude, « promet- 
tre », mais « se proposer ». 

25. Garni, prêt, résolu. 

83. En mon aé » mon vivant (64, 7). Aé représente lat. aetat^em^ 
mais il y a & noter le changement de genre. 

41. Devisé, souhaité, ordonné. 

42. Tendrai, tiendrai. 

49. Cette phrase peut être prise comme interrogative. 

53. OiUes de Neuville paraît avoir été, comme Gilbert de Ber- 
neville, voué & la poésie et admis dans le cercle qui se réunissait au 
ch&teau de Courtrai autour de Béatrice, la veuve de Guillaume de 
Dampierre. Le baron Kervyn (Bull, de TAcad. t. XXII, 1* p., p. 398) 
nous apprend qu*il figure comme témoin dans la charte de 1283 
qui rdgle les prétentions de Béatrice de Courtrai. — Moîléf Jeté en 
moule, bien formé. ^ A/tciement, fermement 

10 (p. 74). 

2. En descroisiont, la lune étant dans son décroit. 

5. Meeeheani, malheureux, litt qui tombe mal, mal loti. 

il (pp. 75-77). 

18. Cor, coi\jonction exhortative, synonyme de car. 

18. Drover, composer (cp. 83, 50). — 20. Dervé, appliqué à des 
noms impersonnels, veut dire endiablé, maudit ; de même v. 88. 

25. Bngigngnié , synonyme, mais étymologiquement distinct, 
de engané, trompé, mis en perte. 

89. Bnchanté (synonyme de dervé, engingnié, enfantoemé) , 
ensorcelé, abusé. 



296 HOTES EXPucATiTES (pp. 77-88). 

52. DesotÂS vostreespée^ soub votre puissance (jus gladii). 

56. A durées sans cesse. 

63. Bernés, demeuré. ^ 65. Idete , var. Yfeme » Euphemia. 

12 (pp. 78-60). 

2. « C'est un proverbe d'ancienne date. » 

12 S^aurai, jusqu'à ce que j*aie. J'ai d^jâ relevé à plusieurs 
reprises cette valeur de la coi\jonction si ; après une phrase 
négative. 

26. « J'ai perdu ma vie. » 

^.Assés se lie à plus, « beaucoup plus ». 

65. Jefumne (régime, Jetumain) est la personne servant d'inter- 
médiaire entre le prisonnier et la dame qui le tient en captivité 
(par enfantillage, sans doute). Cette dame est. comme l'indique 
nettement le v. 41, combiné avec v. 31, Béatrice, dame d'Aude- 
narde, sur laquelle voy. Chanson 3, v. 37. 

67. Enprisimé paraît avoir ici le sens forcé de « fait en pri- 
son » ; ou peut-on lui prêter la valeur de « cacheté » ? 

13 (pp. 81-63). 

6. A hiretage, locution usuelle et synonyme de à durée, à 
demeure. 
14. Aîever, accroître. — 15. Par outrage, d'une fagon illicite. 

18. Eausage, hautaineté, orgueil. 

19. Bonté, acte de faveur. — 20. Nel » ne la (picard ne lé). 
22. Del repentir, de se dédire ; -= s'en partir v. 25 ; cp. 84, 24. 
23-24. «Car elle ne doit aucune prestation {servage), quand elle 

voit qu'il est en reste avec elle. » On peut, toutefois, aussi traduire 
ariérage par pr^udice, dommage. 

26. Se tenir, se retenir, s'abstenir. 

30. A tel fUerj de telle manière. — 31. Oïr, écouter, exaucer. 

33. Savoir de langage, savoir parler, est une expression trop 
fréquente pour que J'eusse donné la préférence à la leçon plus 
facile des autres mss. ; je voudrais, toutefois, corriger savent si 
de bel langage. 



GILBERT DE BERNETILLB. 397 

39. (M » si on ; le pronom le du y. 41 ne se rapporte paa & la 
personne « qui a oonquesté », mais au fait môme. 

41. Bornage^ comme voMelage y. 9, action cheyaleresque, glo- 
rieuse. 

45. Sstre au passage^ ôtre en bonne yoie pour arriyer à ses 
fins. 

49. Daint^ de pers. sing. du subj. prés, de daigner. 

{ k (pp. 83-85). 

1. EoMte chose a en amor » liante chose est amors; tour 
usuel et caractéristique de Fancienne langue. 

11. Sans movotn immuablement. 
73, Faire son pior^ se faire du tort. 

S7. Les est en rapport ayec le plur. amors y. 23. 
29. Corrigez 5'i p. âtf ; « on {Ven) doit s'y tenir ». 
45. S^apent^ mieux s^apenst^ subj. prés., 3« ps. sing., de s^apen- 
ser =s entendre, tendre, 8*appliquer &. 

50. Ellipse de que ; prison (masculin), prisonnier. 

1 5 (pp. 86-89). 

2. Sn vostre eouioent^ engagé & yotre senrice. 

12. Entrepris, accablé, harassé. 
16. Lisez con p. c'on. 

27. Qes » je les. ^ 40. Tti, nom. sing. de vif, vivant. 

45. Porquerre une chose à qqn., la lui faire avoir, ici l'en 
accabler. 

46. Nuisemeniy moyens de nuire. 

56. La virgule après damoisele est de trop. 

57. Tasse est sans doute le nom du personnage auquel la demoi- 
selle est priée de s'adresser. 

58. Estre nuisis, ôtre attaqué ou lésé. La tournure passive d*un 
verbe proprement intransitif, comme nuisir (nuire), ne ùâi aucune 
difficulté ; elle a son analogue dans estre obef ; mais ce qui m*ar- 
rôte, c*est la forme insolite du participe nuisi (la forme normale 
est neù). On serait ainsi disposé & corriger naisis, ennuyé, mot peu 



9K NOTES BZHJCàTITtt (pp. 88-96). 

eoium, dont Ja me sniBoocopé dans moftgloaiaire de FfoiasariU). 

60. Bap^er ; lee droonstanoes sons Fempire desquelles Botie 
chanson a été composée, étant inoonnoes, on ne sait s*U iknt tra- 
duire ce verbe par rappeler, ûore revenir (ce serait le ûdtde 
Tasse, qu*ii s'agit d*impl<»^er), ou par « rappeler au souvenir, 
recommander» (le rappelant serait alors la dtimo£sd2tf); cepen- 
dant je penche pour la première interprétation. 

61. Feront doit être une faute p. ftra; sinon, il firadrait avoir 
recours à la tournure très-rare feront crever » crèveront^ et 
encore fhudrait-il li cuer (nomin. plur.) au lieu de les cuere, 

16 (pp. 89-91). 

4. Nie « neii, née (ne ipsum), pas même. 

9. Becrerai, pi. haut (66» 3), nous avons rencontré la forme 
requerrai ; « et je renoncerai ÈL^.Se reeroire se confond, pour le 
sens, avec se retraire du v. 20. 

27. Ponctuez ainsi: Certes , amors desloiaus^ Jd,.. Qe mot 
amors est au vocatif). 

28. Decatts, desoaus, déchaux, déchaussé , pris dans un sens 
métaphorique : dépouillé» réduit & la misère. 

86. S'aidier de^ expression consacrée pour « fhire usage , se 
servir ». 

38. Justisier n'a pas ici la valeur de « faâre justice, châtier », 
mais celle de « incriminer, adresser des reproches ». 

17 (pp. 92-95). 

4. Mieux vaut la leçon son que 2or, puisque amors est traité de 
singulier dans la phrase suivante. 

6. Asené peut être aussi bien rapporté à asener^ diriger, adres- 
ser (de sent direction), qu*à asener (» assignare), placer, établir. 

18. Joliveté est le terme propre, chez les chansonniers, pour le 
« plaisir » que donne le culte de Famour. Au sens abstrait, c*est la 

(l) Cad «lail éerit qaand je ■• Miis rippeU an participa wiIm du» Bia4. da Goadé (p. K^ 
▼. en) : « Ma fiana loiaatéi .at ma faii M*a or maUd h etatafoii • (la «ariaMa, laviaMt, parla : 
ai*«fO«Mlii). Aoisi dans Band. da Saboore p. 00, v. Ml. 



gaité ; aa concret» la came (la liaison amooreiue) qui la pmduit, 
on la chanson par laquelle elle se manifeste (70« 28 ; 96» 2). 

28. Creanier^ promettre, puis assorer* affirmer. 

29 etsaiv. J*ai beaa tourmenter ces-yers de tontes les jQiK^ns, 
impossible d*y découvrir un sens satis&isant. Voici, tels qu'ils se 
présentent, ce que ces vers expriment : Pas plus que le soleil luit 
en été pendant la nuit, il ne peut rendre Tair rayonnant ni Tap- 
parence, ni n*est comparable à nul des autres attraits, ni au doux 
sourire de la belle Béatrice. » Evidemment» oe pasBage est malade. 
— Se prendre » se comparer, est connu. 

41. Somumterts:^ poster (v. 39), surpasser. 

44. Clés^ clef de voûte? ou « celle qui donne accôs » t 

46. NéSf pas môme. 

56. Déshérité^ dépossédé. — 60. 0», j'entends. 

18 (pp. 95^). 

10. £nettr^ p. oneur ; assourdissement de To, comme dans ê^or 
p. sqfor^ demaine p. domaine. 
16. Ellipse de que. 

49 (pp. 96^. 

4. Sanêplui^ tout simplement 

28. Aidier^ rendre service. -- 31 Doner poair, ici mettre en 
situation, rendre capable. 

36. Emploier, pr. appliquer, destiner (une faveur, un don, un 
service 66, 47) ; s^empMer^ se donner. 

40. Par ettovair (ou estavoir 184, 39), formule affirmative, pr. 
par nécessité, infailliblement, mais aussi a certainement ». 

20 (pp. 98-100). 

3. Par, adverbe complétif du très qui suit. — Chier tans , 
disette. 

9-10. Nus peut être envisagé soit comme a4iectif indépendant, 
» desveUus (il faut alors le fliire suivre d'une virgule), soit comme 



300 ROTES EXPLICATIVES (pp. 96-103). 

Fadverbe de desvestus, ayant pris (selon l'usage des anciens) la 
flexion de ce dernier : « dépouillé jusqu'à la nudité ». 

12. Reprendre, prendre racine, grandir, se multiplier. Gautier 
d*Argies : 

Et orgues (orgueuil) et cruautés 

Est reprii et raneinés. 

Gp. aussi 115, 34. 

15. ^en faindre, y mettre de la lenteur, de la mauvaise volonté. 

16. Et si^ et pourtant. 

2St. Contenement, attitude, manière d*agir; le mot est resté en 
anglais. 

33. Mes couvenanz, ma situation, les circonstances où je me 
trouve ; synonyme de couvine, affaire. 

35. Renumoir, rester en arriére, puis « ne pas se faire ». 

36. Taint, terni, troublé. 

43. Glaçant, glissant, ûg. insinuant. 

46. Je pense que le si^et depaint est Deœ (il faudrait donc sup- 
primer le point d*exclamation) et que li se rapporte à ïamie. 

52. Aorer (adorer) est construit avec le datif, de même queprt^, 
demander « enorter et verbes analogues ; cependant Taccusatif 
est plus souvent employé. 

21 (pp. 100-102). 

6. Paire (deparoir),Ee produise, se fiaisse entendre. — 7. Ren- 
voisiement, gaiement, JoZièmen^ (103» 1). Renvoisiéne dît rien de 
plus que envoieié. 

16. Essempîaire , preuve , certitude ; ces signiflcations se 
déduisent assez naturellement du sens primordial « chose qui 
démontre ». 

17. Al droit jugement, à tout bien considérer. 

25. Recordement, souvenir. — 26. Si fin dehonaire^ si vraiment 
doux. 

29. Mairier, prendre le dessus (cp. 126, 41). Trois étymologies 
ont été mises en avant sur ce verbe, dont Tusage est assez fré- 
quent cbez les trouvères. Dans mes notes sur Baudouin de Condé 



GILB8RT DE BBRNBTILLE. 301 

(p. 419), je rai rattaclié à l'a^j^ maire, lat. tnctfor , au sens de 
« plus fort » , maître. Depuis . le professeur Tobler (Oôttinger 
gelehrte Anzeigen, ISd?, p. 918) , en rencontrant ma manière de 
voir, a cru devoir se prononcer en faveur du lat. maceraref 
macérer, âg. énerver, affaiblir, tourmenter. Enân M. Darmesteter 
s'en est occupé dans son beau travail sur la « Formation des mots 
composés » (Paris, 1875, p. 26), à propos du composé marsatdt et 
de ra4j. mar (» lat. maSf maris^ mâle), et en citant un passage 
de Martin de Cambrai (Romvart, p. 299) : Qtuxnt plus me maire 
s'amours et point. Le savant romaniste français rapporte ce 
présent tTiatr^ à rinflnitiftTiarer, frapper violemment, que, d'ac- 
cord avec Burguy, il fait venir de mas, maris, mâle et bélier ; 
mais cette opinion est contredite par le participe passé féminin 
mairie (Baud. de Condé, p. 88, v. 251), lequel impose un infinitif 
mairier, et non pas marer (d'ailleurs un mot hypothétique) ; je 
balance encore entre mcfjor et macerare ; le sens du verbe étant 
identique avec maistrier (cp. 103, 22), et emportant généralement 
ridée de supériorité, de puissance (cp. 166, 134), je ne démors pas 
volontiers de m(nfor. 

42. Finer, ici ce avoir une fin, un but, une tendance » (« tendre 
V.50). 

48. Et s^ament (« et si ament), « et qu'il veulUe amender, 
réparer. » 

51. Sur Colart le BoutetUier, le trouvôre Artésien, voy. Dinaux, 
Trouvères, III, p. 131 , et l'Histoire litt. de France, XXIII, p. 545. 

22 (pp. 102-104) (1). 

10. STamor ai, [car] j'ai son amour (non pas « si j'ai amour »). 

13. Compaignie, courtoisie (procédés de bonne compagnie) ; voy. 
mon gloss. de Froissart. 

25. Et ferai, c'est-à-dire et servirai. — Recovfvrer, obtenir, ici 
au sens absolu « arriver à ses fins ». 

(1) J*ai négligé de dire, dam la note introdaetive du texte* qae cette chanson a été imprimée, 
d*aprèe la Icfon da fol. KH du ms. D, par Dinaax III, IIS, à l'article Robert de le Pierre. Mal- 
beareoMment elle y a été fort malmenée tant «oui le rapport du texte que lout celui de la coupe 
rhytiimiqtte. 



308 NOTES IXPLICATIVES (pp . 1 04-i 11). 

82. 8e douter^ aroir de l'appréhension. 

37. Suppléez le devant U ; « le lui permet ». 

38. A/ter, ici donner conflanoe, assurer (une personne), ailleurs 
promettre (v. 53). 

45-46. Bn avoir la nUUour partie^ en prendre le meilleur parti, 
s*y prendre le plus sagement. 

53. Copin ; œ personnage m*e8t inconnu ; il se représente dans 
un Jeu-parti entre Robert de le Pierre et Mahieu de Gand (139, 53) 

23 (pp. 105106). 

5. Derver^ tourner en folie. — 8. Seu, Je sus ; forme analogue 
& eu de aooir^ et concurrente de soi^ so, seuc, 

9. Satnblanoe » eanMant^ figure. — IL Mese$tance^ mauvaise 
situation, malheur, mauvaise chance. 

16. Se contirrer de^ se passer ; voy. ma note En&nces Ogier, 

3884 (p. 287). 

19. Avancier^ ici « prévenir » ; « mais, à moins que la mort ne 
m*en empoche, Je ne me lasserai pas de.. ». 

20. Se faindre, se lasser, cesser. 

31. X*a, c*e8t-à-dire mon cœur. — 32. Suppléez le devant U. 
33. Setenanoe, voy. 16, 23. 

24 (pp. 106-100). 

8. Kalemeler, pr. jouer du chalumeau , puis souffler dans un 
instrument de musique quelconque. 

9. Il n'est pas sans intérêt de signaler l'emploi du terme de 
musique bourdon au .13« siôcie. 

13. S'aatir^ se mettre en tôte. 

15. Past, 3« pers. sing, du subj. prés, de passer. — Notez le 
nom du saint servant & désigner aussi le nom de sa fôte ; li sains 
Remis, non pas li ou la (s. ejors ou feste) Saint Rémi (forme du 

génitif). 

17. D'icest an , cette année niéme {de servant à désigner le 

temps). 
25. Lamviçoireà Vaisselle doit être une espèce de danse, que 



GILBBRT DB BBENBVILLB. 303 

je ne saurais préciser ; muçoire vient sans doute de mwM&r^ 
cacher. 

27. On connaît remploi de la préposition entre^ avec la valeur 
de « ensemble ». 

38. Eelos ne 8*aocorde pas avec la forme Eéhiis (Uéloîse) que 
présente le v. 46 ; peut-être faut- il lire le vers ainsi : Heluis ne 
fU muéle, ^ Muël^ forme diminutive de mti, muet . type mutelUM. 

99. Si à devis, si à souhait, parûdtement. 

45. Comme prix de la danse, on mentionne la tourierele, la 
fisele, les gans (gants) et la çcùnCurele. Le sens de fiseîe n'est pas 
certain pour moi ; le mot pourrait être une forme allégée de /Ut* 
seUt féminin de fiiiseh fuseau ; d'autre part on peut l'expliquer 
par fUoeUa, panier d*osier fnotre faisselle) , en admettant que 
dans fisele Ys soit prononcé fort (ss). 

51. Corés doit être le pluriel de ooret, cornet. Corel est bien une 
dérivation un peu irréguliôre, le primitif étant car — cam, mais 
elle a son analogue dans coron, coin , et dans touret de tour 
= toum (tumus). 

25 (pp. 109-111). 

3. Ce gue^ le ÙM que. — 5. Il manque une virgule à la fin du 
vers. 

6-8. « Et si je pouvais négliger, sans lui rendre honneur, la 
meilleure connue. » Je pense que c'est 1& le sens, bien que la tour- 
nure iia««a^ qqn. de faire honor soit un peu étrange. 

17. ITest a pour st^et li ris' (le sourire). 

32. Son doux essemplaire, les douces preuves de sa bonté f 
Ou essemplaire serait-il ici Féquivalent de samblant f 

84. Fumir, produire. 

44. Tort, sulj. prés, de tomer. 

47. Seignorie^ est adjectif» « la magnifique, l'excellente ». 

49. Bien mise, bien adressée. 

26 (pp. 11M13). 

t. L'a4)ectif composé firi^menti (qui a menti & sa foi, paijure) 
est bien connu, mais l'absence d'accord avec le genre de la per- 



504 NOTES BXPLICATIVBS (pp. 112-122). 

sonne a qui a menti », constitue ici une irrégularité qu*il faut 
mettre sur le compte de la rime. 

10. Lisez ne p. me, 

27. Chaut coexiste comme subjonctif avec cJtailîe (148 , 15), 
comme aui (de cOer) avec aille. Voy. Burguy , Gramm., H, 27. 

29. Detrier, au sens neutre, tarder, se faire attendre; cp. 
185, 19. 

36. Corrigez uns tôt (ou tos) sens p. un tôt seul. 

37. Mettez une virgule après 90«, car les mots votant tox (publi- 
quement) du vers suivant se lient avec le verbe du v. 39. 

41. Achaisony forme variée de ochaison, oehoison^ etc. (lat. 
occduionem), cause, motif. 

27 (pp. 113-115). 

5. Prochain, sens figuré, « qui est à cœur », définition donnée 
par le vers suivant. Cp. le contraire lointain v. 9. 

10. Très ce que^ depuis que. 

11. Lige demaine, propriété absolue. 

20. Bontés action salutaire {vertu saine ^ v. 24). 

34. Reprendre, voy. la note 98, 12. 

35. Ostage « ostelage, demeure. Au v. 41, nous avons à faire & 
son homonyme « otage, garantie ». 

39. Lame^.mela est de règle dans Tancienne langue. 

40. De tout, tout à fait. 

44. Car, particule exhortative (cp. 87, 37) ou optative (cp. 120, 
14). Voy. Diez, Gramm. III, 214. 

43. Son aage, comme son aé, = son vivant, durant toute sa vie ; 
cp. la loc. adv. vostre vie 124, 9. 

28 (pp. 115-117). 

6. Lisez comparé. — 7. Cist maus, cette maladie . 
10. Au degré, sur le seuil de la porte. 

15. S'oublier, s*amu3er ; v. sisejoer. 

18. Garer = garir, sauver, guérir. Les deux verbes, tout syno- 
nymes quils sont, ont une origine distincte; guarir , garir. 



GILBBRT D£ BERMBVILLE. 305 

ffuérir est Tall. toerjan (acg. wehren), défendre, protéger ; l'autre, 
rail, toar&n (auj. wahren\ conserver, garder. 

34. Trahi n*a pas ici son sens propre ; « comme Je me suis fait 
du tort ». 

38. Tenser vers^ défendre contre, sauver de. 
60. Feeutë dérive de feel , tandis que la forme featUé dérive de 
feah 

29 (pp. 118-120). 

4. EntMsier, être d'humeur gale (cp. IftO, 9). — Aussi renvoi- 
sier (cp. 181, 19). 

5. Sauvage, rude, rigoureux. 

10. S'en tenir chier^ s^en féliciter. 
18. Pîegier qqn., lui servir de caution (plege v. 21). 
23. « Si, avec sa permission. Je puis encore renforcer le gage du 
cœur par celui de mon corps ». 
39-40. Construisez : « de prendre B*aîe & son plaisir ». 

41. Setit, desoloir, avoir coutume. 

42. Au venir, dès Tabord. 

47. Consti'uisez : « De tolir cuer & homme ». — 48. Périr, actif, 
= faire périr, détruire. 

54. 2)^5», jusques. — 56. « Faites Tentendre», déclarez-le vous- 
même. Ou faut-il prendre le pour la forme picarde de la et rap- 
porter mentalement ce pronom & chanson, d'autant plus que la 
rente viagère que s*impose le poète, doit consister en chansons. 

3U (pp. 120-122). 

Cette chanson est mise, par le poète, dans la bouche de sa maî- 
tresse. 

26. Recrerrai, je ferai recroire (se rendre) ; nous avons vu le 
mot au sens neutre (sous la forme modifiée requerrai) 66, 3. 

35. Ellipse de ^ue. —91 A ce tor, loc. adv. ; nous dirions aujour- 
d'hui « du coup » ; aussi par ce tor 123, 34. 

46. /es ai. Je les tiens. — 48 « Criez hou hou » ! La bonne leçon, 
toutefois, doit être huez, hues. 

20 



306 NOTES BIPLIGATIYES (pp. 123-132). 

31 (pp. 122-125). 

23. PîetHr^ garantir. « Je garantis avec certitude que ma mort 
ne troublera pas la paix ». Sur Tofigine de pîevir et de pUge, 
Toy. mon Dictionnaire, y^pîeige. 

86. Rompre par mi^ se briser en deux. 

32 (pp. 125-127). 

1. Thomas Eerier, est un auteur de chansons (La Borde, II, 
824, lui en assigne douze), sur lequel on ne connaît aucune parti- 
cularité biographique. 

2. Partir gieu à qqn., lui poser un jeu-parti. 

5. Oaignart^ rogue, brutal; du môme thème que gaignon, 
chien, voy. mes notes Bueves de Comarchis, p. 1Ô5. 

6. 1 savoir de renart, loc. y mettre de la ruse, y cacher une 
arriôre-pensée. 

7. Manantie, bien, terre, propriété. 

8. £i»celle. — 9. Yostre vie, loc adv., pour la vie, à tout 
Jamais. 

10. Otierpir^ renoncer à, de même 130, 14. 

11. Il manque une virgule & la un du vers. 

12. « Je suis décidé & Taccepter » (le Jeu-parti). 
25. « EtqueJ*en devinse le possesseur ». 

86. Mes conrois , mon arrangement. « Je m'arrangerais de 
manière & ce qu*on me serve des pois trois fois par jour n. 
41. Maire f maîtrise, voy. plus haut ma note 101, 29. 
43. Retraire, raconter. — 47. Rostie faire* faire un régal. 

49. En se rapporte & gens, et maire signifie bien ici chef, voire 
même chef de commune. 

50. « Et ferez justice (prendrés loi) des malfaiteurs ». Giilebert 
plaisante son adversaire en lui disant : Votre stoîque passion pour 
les pois au lard vous fera bien venir des gens et ceux-ci se feront 
une fôte de vous élire leur bourgmestre. 

52. Entresait, absolument, c*est décidé. 
58. « Je n*y renoncerai pas pour une fortune. » 
70-72. Robert le Bouteillier et Michel le Waisdier (teinturier) 
ne sont pas autrement connus. 



MitTHIEV DK GAND. 



. MATHICO ht OAHb. 



I (pp. 12a-130) 



8. Sam gherredoH, sans disposition ft récompenser. 
IS. Coi, paisible, modeste, pr. qui n'aime pas le brait, l'éclat. 
20. Soupeçon, inquiétude, souci. — 29 Pert, Je perds. 
33. Reeouvrier, rémunération. — 40 Pénitence, sacrifices, pri- 
vations. 

44. J^ «0 danffier = envo baillie (v. Si). 

54. Faintise, ici prétexte & reldcbement ^ ■ sans imaginer des 
motib d'élofgnement ■. 

2 (pp. 130-132). 

2. Comeneement, cause première. 

7. Vate (aide) ou le secon (135, 19) de la dame aimée, dans les 
ctiansonB d'amour, est synonyme de don, guerredon, bonnes 
grâces ; cp. 136, 9. 

8. Por que, pour peu que. cp. 134, 45- 

9. Meneitrel implique ici l'idée du podte gui tert de menés- 
trandie (v. 13), c'est-à-dire qni chante par ordre et & la solde d'an 
seigneur, du rimeur de métier, opposé au chantre d'inspiration 
spontanée et désintéressée. 

10. Le tréma sur \'i dans vueil est une faute d'impression. 
22. Là est ici = là où. 

30. Iveus, de inel (lat. aequalisj, égal. « S'il n'est votre égal par 
sa fortune et sa naissance » [lignie, descendance de fomllle). 
33. Ouni, uni, égal, ici impartial. 
38. Prendre envaie vers, se jeter sur, jeter son dévolu. 

45. Anieua — anuieut, ici mal venu. 

46. Bretel. irouvôre d'Arras bien connu, sur lequel voy. Dinaux. 
Trouvères, II, 2S3etsuir.,etHist. litt. de France, t. XXIII, S3d. 
Jehan Bretel, dont il s'agit ici, est distinct, comme on sait, du 
Hainuyer Jacques Bretel (nom. sing. Bretex ou Bretiaux), l'au- 
teur des Tournoi» de Chauvency. 



308 NOTES EXPLICATIVES (pp. i32-i38). 

3 (pp. 1S2-134). 

10. Faire hoir, mettre en possession, gratifier. 

14. Faire consir, périphrase p. se consirer, se passer, se priver. 

17. Merd tenir, retenir ou reAiser sa faveur. 

37. Esmovoir^ neutre, ici s*attendrir. 

41. Construisez : de honir les mesdisans. 

43. Doloir est parailôle à decheoir et dépend de font. 

47. Sire kvdefroi ; s'il s'agit d^AudefVoid le Bâtard, le célèbre 
romancier Artésien , ce serait un argument contre l'opinion de 
M. Paulin Paris (Romancero français, p. 3), qui fait de ce poète 
le contemporain de Quenes de Béihune. 

48. FavA, n*a pas de succès. 

4 (pp. 135-136). 

12. « Qull me semble qu*elle annonce à tout le monde... » 
29. Fojçon, pr. facture, puis » semblant, figure, personne. 

42. Si dans s'ain exprime Tidée de « toutefois, malgré tout ». — 
Easchie, hachie douleur, voy. ma note 170, 252. 

44. Nis en pardon, même à titre gratuit. 

46. Eenri Amion ; Baude Fastoul d^Arras en fait mention dans 
son Congé, v. 98 : 

Pitiés, va t'ent plus que le trot 

Henri Amion et Cabot 

Congié rouver sans plus atendre. 

On connaît de lui une chanson, débutant par Feuilles ne flours 
ne mi font pas chanter, publiée, d'après le ms. du Vatican n» 1490, 
par Keller (Romvart» p. 278) et, par Mâtzner, (Altfranz. Lieder, 
p. 34). Un autre Amion, avec le prénom Nevelot, figure également 
parmi les trouvères Artésiens ; il est Fauteur d'un dit â^amour, 
inséré en partie dans Dinaux, Trouvères II I, p. 757 (Keller en 
donne les premiers vers, d'après le ms. du Vatican n» 1490, Rom- 
vart p. 31ù). 

49. Peut, mieux penst, subj. dep^n^^r ; cp. ^apeni, 85, 45. 



s (pp. 137-139). 

Le contradicteur de Mathieu de aaod, dans ce Jeu-parti, eat 
appelé dans la rubrique du ma. de Berne Robers de Lepi ; il ftnt 
entendre par la le trouvère Artésien Robert de le Pierre, dont la 
chansonnier du Vatican n*H90 renferme six cI]aiisons(Keller en 
a publia une). Voy. aussi Dinaux, III, 417. 

8. Auan, pr. cette année, mais la sens s'élargit en celui de ■ de 
longtemps ». Atcan est une variété de ouan (16S, Si). 

g. Aperué, cp. 138, il ; dans un passage analogue 19B, lE, on 
trouve le syaonyiae porperué. 

17. Moulé doit âtre ici un mot différent de molle (moulé) que 
nous avons rencontré 73. 53 {au cors molU); 11 nous faut un 
synonyme de riche ou de rente (v. 32), et Je prends moulé pour 
une forme ancienne de meublé, qoi a des biens meubles {moOIe, 
V. 26). 

20. Issu de merci, sorti de la dépendance d'autrut. 

25. Becroire de, renoncer à : au v. 38, le verbe est pris absolu- 
ment et revêt le sens n se déclarer satisfait ■. 

34. Uieus est ici un superlatif, a le mieux ». — J'aurais bien ftUt 
d'écriro Al mieus prendre (litt. au choisir le mieux) ; j'ai d^& eu 
occasion de dire que dans les textes lorrains et vallons ol, ou so 
réduit & un a long. 

i2. Ssbahi. égaré, fourvoyé. 

44. Souffi. p. tougit (subjectus), est irrégnlier, comme le serait 
di, Il p. dit. Ut ; il ne s'agit pas ici d'un retranchement dn t final 
comme dans fini (de flnitus), mais d'une déviation systématique. 
Plusieurs verbes, dont l'inflnJt if normal est, ou a été, en ire (repré- 
sentant tat. ic're ou ig're) et le part, passé en a (répondant A tat. 
ectus on ictuit). ont , par des causes littérales on par négligence, 
dégagé une forme en ir et se sont groupés ainsi dans ta classe des 
verbes de cette catégorie. Ce changement a déterminé également 
celui du part.' it, ite en t'. ie. Nous voyons de cette &çon collir 
devenir coefUir (au lieu de eoeilîire), d'où le part, coeilli (f 
de coeillit , fém.-t'e) (l) , benedicere , par l'infinitif 
benetr (contracté en tenir), faire beneC (béni) au part' 

(l)CWi«lw ilHoraliuUiilt HBilifamacHlIMI (ip. iMAuH-f' 



310 HOTES EXPLICATIVES (pp. 138-142). 

de deneitrite (1), d*où hénit^-ite, enfin desconfire , par desconfir, 
développer un participe féminin desconfie (Baud. deSebourcI, 
39Î0. Notre sougi appartient au même ordre de faits ; i] tient à un 
infinitif sougir, tandis que sougit se déduit de sougire (» svUlh 
Jic're), comme dit de dire (= dic're). 

47. Les mss. varient entre vilenie (131, 34), vilanie (185, 15) 
et viUmie (ici). 

48. Chiece, subj., de cfieoir, comme siece de seoir. 

49. Boutillier ; Colard le Bouteillier, un des plus féconds chan- 
sonniers de l*Artois (voy. Dinaux, III, 131), ami aussi de Gilbert 
de Berneville, lOd, 51. 

53. Coppin se trouve aussi mentionné dans un envoi de Gilbert 
de Berneville, (104, 53). 

6 (PP* 139-140). 

Il est probable que le Robert de ce jeu-parti est le même que 
celui qui a proposé le précédent. 

9. SCemploier^ se donner. 

20. Acointier n^est pas « fréquenter », comme traduit Dinaux, 
mais a nouer des relations ». 

24. Dinaux ne s*est pas aperçu de la lacune d'un vers que j*ai 
signalée. * 

30. Pr^ti, subst., profit, avantage. 

39. Herbegier a ici le sens neutre « loger » (Dinaux a mis fier- 
hagier!) 

40. Avoir chier, employé absolument, avoir ses affections. 

7 (pp. 141-143). 

5. Devant li en présent^ tournure traînante p. en sa présence. 
8. Henri, probablement Henri Amion 136, 46. 
20. L'emploi réfléchi de vivre est fï*équent. 
20. Sfaploier^ bonne forme française p. le terme savant s'appli- 
qtter ; le sens premier est « se pliej & ». 
30. Escient, ici caractère. 

(1) AoMl ftfiMotl ^d'oft Bmoff). 



MATBIEV DE CAKO. 511 

31. Amorgement ib'est inconna ; il renroie & un verbe amorgier 
et celui-ci à qd type amordicare, forme dérivatire de amordera. 
De sorte que mettre en amorgement serait « fïiire mordre qqn. 
& qqch. ■, exciter, instlguer. Notez que la rar. L porta amor- 
demettt. 

35. Si ettre çaint d'une coroie équivaut & « porter Jupon » (rof. 
18, !5), notre vers reTient & dire: a C'est une femme de singa* 
liâre espace ». 

37. Ele 86 rapporte non pas & l'épouse légitime de Mabiea, mais 
A la rivale. — Enchéement manque aux glossaires imprimés , 
mais je l'ai trouvé dans te glossaire mannscrit de Sainte Palace, 
qui cite les deux passages suivants, le premier tiré de QuîUauma 
le Vinler, le second de Jean Erard. 

1. Amours gracl, si me lo de l'outrage 
Que j'ai par son encbeement empris. 

2. Las, pourquoi vi sa blaut4, son cors gent 
Et son cler vis, sa foce encolorée. 

Ses dois regars, où pris l'encheement 
De ceste mors qui m'est langors nomée. 

Le sens du mot se révèle aussi racilemeut qne son origine ; U 
signifie incitation, impulsion, représente A la lettre le lat. fncJ- 
tamentian et accuse un verbe encheer =- iocitare. Je ne eaia si 
quelque contMre a d^A relevé soit ce verbe on son substantif; 
pour moi il était inconnu et il doit l'avoir été aussi A M. Littré, 
quand il a fait son article inciter. Ce dernier citant encUer comme 
employé dans les Sermons de Saint-Bernard, nous avons Aenregis- 
trer un nouveau numéro dans la liste des doublets de l'ancienne 
langue ftanoaiseiindtare'-formaUon spontanée encAeer, forma- 
tion savante enciler (aaj. inciter). 

38. Etrement, errement, maniire d'agir. 

39. Poor =-paor, peur ; cela rappelle damage, poon, noél, etc. 
p. damage, paon, naêl (natalis). 

42. Qeter en voie, litL Jeter loin, flg. fUre â da j cp. ail. vieg- 
werfen. 

43. Se mettre en, s'en remettre A. — YUain tCArraa; voy 
sur ce trouvère, Dinauz, III, 405. 



312 NOTES EXPLICATIVES (pp. 144-151). 

47. Le seigneur Hermenfroi n'est pas autrement connu. 
Avoier^ mettre sur la voie, instruire. 



VI. POETES mTERS. 

Pierre de Gand (pp. 144-146). 

1. Brunetto Latini , en parlant de Tunicorne (éd. Chabaille , 
p. 253) : « Ocis peut il bien estre, mais vif ne le puet on avoir. Et 
neporquant li veneor envoient une vierge pucele celé part où 
l'unicorne converse, car ce est sa nature -que maintenant s'en va à 
lapucêletout droit et dépose toutes fiertez et s'en dort soêfel 
giron à la pucele, et en ceste manière le deQoivent li veneor. » 

7. Semblant^ manière. ~9. ITen puis ^ ne le puis, idiotisme 
connu. 

16-18. Nous voilà tombés en plein roman de la Rose avec son 
fastidieux allégorisme. 

21. Signors est incorrect et amené par la rime ; il fout le singu- 
lier signor, qu'a en effet le ms. de Berne. 

23. Dongier^ variété de dangier^ plus rapprocliée du type dom"- 
niarium. 

25. PosteU est conforme au ms. et se voit encore ailleurs; 
néanmoins Je crois que c'est une forme vicieuse p. poêstis {Càs- 
régime poëstif), dérivation de poésie (tj^e potésta), ou p.poesteis 
{'if) qui répond à un ij^ potestativus. 

26. Mieux vaut, me parait-il, rattacher ce vers au précédent en 
admettant l'ellipse du que corrélatif de tant, — Proti, preux. 

28. Tristors, que 'recommande la rime, ne donne pas un sens 
aussi satisfaisant que le mot essauls (assauts) que donne le 
ms. A ; on comprend bien les tourments que font subir les trois 
portiers, mais non pas leurs tristesses, d'autant moins que deux 
d'entre eux ont nom Bonté et Beausemblant. 

34. Amors a ici son verbe au pluriel ; au vers préc., nous trou- 
vons le singulier vaint. 

36. Pitié, évidemment, ne convient pas aussi bien que la 
variante secors. 



POÈTES DIVERS. OIO 

nenant de Trie (pp. U7-149). 

13. Nés = ne les, (c'est-à-dire met detiri (v. 8). 

30. En guérir, y échapper, m'; soustraire. 

Couplets propres ad mb. B. Ancel de Lille, personnage in- 
connu: Dinaux tire de la mention d'un personnage Lillois un 
argument en faveur de sa thèse, d'après laquelle Renaut de Trie 
doit être identique avec Renier de Tritb, de Valencienne3:cet 
argument est bien faible (voy. l'Introduction]. 

Esckuer, même mot qu'eschlvcr, esquiver, éviter. — Osient 
= ocient (tuent}. 

•Icban du Xuurnal (pp. 150-151). « 

5. Voiltot (nom. sg. voihoi), variété de wihot (v. 4SJ ou huihot , 
cocu, sur lequel voy. mes notes Jean de Condé, 1, 410 etll, 379. 
8. De bon ieatre, de bonnes mœurs, = hanneste (v. i3). 

10. Esgarder, bien considérer, bien juger. 

11. Sempirier, b8 faire du tort. 

18. H En agissant trop étourdiment >>. L'emploi réfléchi de esrer 
(errer) est rare. 

16. Adestrer, aborder, ici n>équenter. 

17-18 « Celui-U aura peu de satisbction, quF^e parvient & se 
tranquilliser ». 

19. Sn dangier, précairement, mal A l'iûse. 

!!. Tenir le chemin d diestre, tourner & droite, changer de 
route. 

23. Viser, avoir en télé. 

24. Cranche, forme contracte de CfeoncAé, promesse ; seniestre, 
t&Mï (le contraire de droit, sincère) ; cette eigniflcation figurée est 
intéressante A noter. 

39. Eslre, demeure, maison. 

31. Nel '-•ne le, mais le mot le est ici la forme picarde de la. 
M. Gaston Paris (Romania IT, 4) conteste, mâmc pour les textes' 
en dialecte picard, l'esislence des formes del, al let par const!quent 
aussi de notre neh au féminin ; l'éminent professeur aura sans 
doute changé d'avis depuis l'oxamen do cotte question par 
H. Tobler (dans les Gâttinger gelehrte Anzeigon, 1874, p. i034-^), 



314 NOTES RXPLICATIVES (pp. 151-155). 

& propos du Richars li bicttis de M. Fôroter. Nous avons relOYé 
un nel féminin 82, 20. 

35. Guemier, forme picarde p. grenier. Le sens du proverbe 
est ici : une conâance exagérée Unit par crever. 

38. Tenser, préserver, peut-ôtre ici guérir. 

40. Sevestre^ Silvestre. 

45. Droite au sens de sentence, maxime, est connu (cette signi- 
fication découle de celle de vérité), les drois dTancestre sont donc 
les proverbes traditionnels. 

46. Le nominatif foiAos est conforme à la syntaxe ancienne. 

47. Li est une faute dlmpression p. le, 

48. « Il ne cherchera plus & s*échapper ». 

Jlean de la Fontaine de Toarnal (pp. 152-153). 

5. Du retenir t d*y faire bon accueil, voy. ma note 16, 22. 

7-8. « Car je ne puis attendre mon malheur dans le bonheur 
auquel j*e8père arriver ». M&tzner corrige inutilement au en 
dtt} 8*il fallait corriger. Je préférerais ou «» el (dans le). 

JLO. FcUirt manquer. — 12. Cuer cuefr^ placer son cœur. 

14. Achiever^ mener & bonne fin, accomplir. 

15. Son plaisir, son bon plaisir, ses caprices. 

17. « Je ne lui demanderai chose dont Amour fût en droit de 
me blâmer ». 

18. Vaurait forme picarde p. vorrai (voudrai). 
23. Présenter =■ se présenter, s'offrir. 

25. Le spjet do ont fait est li vel du v. préc. 

26. De falir, périphrase p. faussement ; ou bien faut-il lire ainsi : 
que mes cuers nepuist àesloiaument amer de faUr (de tromper) ; 
aimer construit avec de ne m*est toutefois pas assuré. 

28. Hastieus de merir^ trop hâtif (impatient) d*ôtre récompensé ; 
infinitif actif au sens passif. 

29. a Aussi ne Test il pas, car ce qui lui impose la réserve, c'est 
que... o 

31. AriereeeX pléonastique, comme souvent. 
82. SouffHr, patienter. 

33-40. M. Paulin Paris, dans Tartide consacré â notre auteur 
dans THist. litt. de France , t. XXIII, 642, reproduit ce dernier 



POETES DIVKRS. '>>5 

couplet oomms ftjant été incorrectement publié par H. Kelter ; 
cependant je n'ai pas remarqué qa*]) ait redressé antre chose que 
les mauvaises divisions tain *•'. cou viegne, en n ip- l'ahtsi, eou- 
viegne, ensi) à dessein imitées par le premier édit«nr ; par contre, 
il y a commis de son c6té une erreur étrangôre an ma. et an texte 
de la Romvart, savoir, au v. 37. doit p. doi. 

33. En merci, comptant sur sa merci. — Eagarder, ici attendre 
passivement. 

36. K Elle ne me f^t plus de bien que par le doux sonvenlr ». 

37. Lisez plutôt mi (•= me) comme aux vv. 34 et 38. 

38. Jfaù>(t^ jamais. — Recouarer, sens neutre, ici chercher 
ma satisfaction. 



JOGILIlt DE BkDGES. 



I (pp. lM-158). 

5. En haut, & haute voix, cp. v. 40. — Noter, chanter. Le dire 
qni précède indique peu-étre que le nouveau son (v. 6.) était en 
partie parlé, en partie chanté. 

6. 5bn (primitifde<onn«f). = cAaiuon(v. S): le mot s'applique 
aussi, et peut être essentiellement, A la mélodie, cp. 158, 10. 

7. Refraindre, pr. réfléchir, puis répéter, de 1& le subst. refirain. 

8. Tois, mélodie. 

10. Laa, lacs, lacet ; t'épilbète corsor m'est intelligible ; existet- 
il quelque terme technique de chasse laqueua curtùr (jeté & la 
course) (1). Le ms. Douce donna d lor eouMor, qui est tout aussi 
énigmatique (lor poumût fitre btrum, courroie, bride, mais 
cousùrt). 

17. Notez la construction requerre à qqn. d'une chose, l'en prier. 

il. Ensi n'ensi, locution adverbiale, & aucune condition. 

22. Oiurn, cette année(hocanno), puis une désignation de tumps 
indéterminée, da manière que ne., ouan devient presque syno- 
nyme de nulJor,Jd mais ; cp. 137, «. 

(1) Ja lii « rBM diai Ifi >wm da UnkiIniBn ^nc ?*\u\t !>•[•;« utimH pir • 1km c*a- 



SIC NOTES rxPLicATiviis (pp. 1â5-i63). 

25. Pour remploi de Tinfinitif comme impératif prohibitif , 
voy. Diez, Oramm. 1113, 211. 

33. Deçain moi, je me déceins , j*ôte ma ceinture. 

34. Soie merci, signifie ici de bon gré, sans difficulté. 

36. Avoir ses aviaits, voy. 71, 63. 

37. Lisez/oi p. /oc. 

41. Eareu, interjection, cri de celui qui appelle au secours. 

42. A = avec. — 46 A un mot, aussitôt (la demande et la réponse 
se confondant). 

48. a Je me fUsse trouvée en mauvaise situation, il me fût arrivé 
malheur ». 

50. Nonal, nenni ; Burguy cite nanal et nenal, mais nonal lui 
fait défaut. 

70. Droit de parent ; cen*était pas le baiser légitime qu*on se 
donne entre parents. 

71. Est noiant dcl,., c*cn est fait du.., cp. 171, 283. 

77. Cri, réputation. — 80. Mignot implique une idée défavora- 
ble, peut-être celle de mignardise. Ou bien la bergère veut-elle 
dire sérieusement que Robin était trop mignot, trop désirable, 
pour qu*elle n*ûût pas en vain jeté ses visées sur lui. 

81. Dans notre rédaction la fille est infiniment moins grossière 
que dans le texte du ms. Douce, dans la manière dont elle rem- 
barre les soupçons de sa mère. 

2 (pp. 158-161). 

22. En pardon, en pure perte. 

26. Se cointoier, se vanter, être fier : le sens fondamental est 
« faire le beau ». 

33-34. c( Si, pour paysan ou chiens Je cessais de vous solliciter 
(V. ^,proier d'amour). »— Laissier, au sens de cesser, est d'habi- 
tude suivi de Tinfinitif avec de ou d. 

38. Leupars ; j'ai laissé la syllabe îeu de mon ms. A (dialecte 
bourguignon) ; les formes îiu, lie et lu sont plus usuelles. 

40. Vilené, forme extensive de vilain au vilon, comme felené 
de feUm. 
60. La var. portés conviendrait mieux. 



POËTES DIVEBS. 317 

63. ■ Le médecin ne m'eât servi grand'cbose, si.. ». 

6*. £eJor, ca jonHi, alors. 

66. TbUer Varçon, tendre l'arc. 

68. Motaer, monter A cheval. 

75. i'ai subgtitné, avec M. Bartsch, & la leçon vers ovia ou ou» 
des mss., la leçon vers lor, que recommande la rime. A la vârité. 
je ne sais si l'on a d'autrea exemples de lor comme régime de 
préposition ; mais d'autre part ota [ois), qui au besoin peut &ire 
rime avec or, our, est une forme trop parilculièrement bourgui- 
gnonne pour l'oser attribuer à la langue de Jocelin de Bruges. 



VII. iàCQOtS DE BAISIBUX. 

1 (pp. 162-174) (1). 

1-18. D'aprôs le prologue de cette pièce , celle-ci aurait pour 
objet de démontrer les difflcultés que les hommes loyaux ont ft 
Tatncre pour mettre & néant les machinations des fous intri- 
gants qui sont parvenus A surprendre leurs secrets: mais avec 
la meilleure volonté, il est difficile d'appliquer cette moralité au 
récit qu'elle présente. Rien n'y est dit de persécutions auxquelles 
le héros du fablian (chil dont velh conter, v, I87 aurait été en 
butte de la part de félons plein* d'ire, abusant de sa confiance. 

6. Le sens doit être : « Ils n'auront do repos qu'ils n'aient... » ; 
mata est -~ jamais, et ti (dans s'aront) "» jusqu'à ce que. Seule- 
ment l'expression n'avoir rien semble un peu forcée. 

10. Recroire de, renoncer à, cesser de. 

12 Deschachier peut signifier déchausser, flg. dépouiller, ou 
déchasser, éloigner, repousser ; le dernier sens est préférable. 

19. La proposition subordonnée introduite par que (dans c'une) 
est restée sans suite par l'eSet de la longue parenthèse ouverte 
après dame. 

sa. Laiens (litt. là-dedens), dans sa maison. — Repaire, action 



318 HOTIS EXPLICATITBS (pp. 163-168). 

de repcUrier (retourner aouvent dans an lieu), donc fréquenta- 
tion. C*est un synonyme du mot retour dont j*ai relevé un sens 
analogruB dans mon Glossaire de Froissart sous le n9 6. 

30. HerbegiereSf nom. sing. de herbegeeur^ hospitalier. 

33. PrU^ estime. — 34. Prendre (un tomoiement) « locution 
usuelle p. prendre jour (pour un t.); le verbe devient ainsi syno- 
nyme de erier^ annoncer, publier. -* AooU est ici impersonnel, 
-= « il y anrait » ou « on avait ». Il est possible que la bonne leçon 
soit i avoit ; elle écarterait Tbiatus e-a, qui toutefois se présente 
souvent (cp. v. 217 et 177, 56). 

38. Valoir, être en renom ;de^ii cause de, pour. 

41. Au tomoiSf en monnaie de Tours. 

42. Sainte Palaye traduit douz cens par douze cents ; il a mé- 
connu la forme dialectale douz p. deus, deux (cp. v. 70). 

50. Saison, parole. — 52. Destroit^ soucieux. — 53 Pooir, ici 
richesse, c]^. jouissance S17, 101. 

56. Sor^ contre. 

57-58. Texte évidemment corrompu, que je ne réussis ni à réta- 
blir, ni à comprendre. Le mot greftre est Introuvable ; serait-il 
p. greffe et le sens, « de me laisser dessécher comme une greffe »f 
Sainte Palaye, sans rien dire, traduit cooune si le v. 57 n'exis- 
tait pas. 

60. Hendre son sens, déclarer son sentiment, ses intentions. 

81. Chanse, chainse; Sainte Palaye, on a lieu de s*en étonner, 
transcrit constamment chainse par chanise ou canise, en Texpli- 
quant par chemise. Mieux que personne, il aurait dû connaître 
Tancien substantif masculin cîianse ou chainse, coexistant avec 
le fém. camise, cemise. 

84. Faire delivranche, périphrase pour livrer (v. 87) ou deU- 
vrer, remettre. 

86. Purement, simplement, sans se faire remarquer. 

92. Chacheûre, chaussure ; voy. la note v. 231. 

107. Acuet, 3« ps. sing. de Tindic. présent de acueiUir, prendre. 

112. Parra, ici ^parera, au v. suiv. ^parlera. 

116. Lisez viaire p. vaire. 

125. Revient, vient d'autre part, à son tour. 

127. « De quelle manière que les choses tournent ». Ici la forme 
mouillée prengne, trois vers plus bas, prende ; la dernière est celle 



JACQuis iti Binnox. 319 

oiiUe par l'aDtenr puiwia'oi) la troare en rime arec rtnde 
▼. ItM. 

130. Xié$ venir, mieux rnloir. 

134. Màtrter tiqn., avoir le desniB Bur Ini, le malMeer. V07. ma 
note 101. » (p. 300). 

150. DoHtpIta n'aooU, le sanl qull posséd&t. 

151. Sueoe, do rmer, demander. 

155. Ent, dedeos, o'est-A-dira dans le ohainso. op. r. 1S8. 

15T. Sainte Palaye traduit fanseement îaehiex par « lAobw » 
au lion de laeeM (s. e. tes heaumes, ou tes chances, op. t. Sio)- 

162. Anuit, prés. snbj. d'oniuMer, foire nuit. 

167. Loier, forme dialectale p. laer on louer ; Quant •> de oe 
qnOi cp. T. £99. 

108. ifyure, prâa. de morer, ■= lat. morari, demeurer. Je ne me 
Bouviena pas d'avoir d^jA rencontré ce verbe. — Je laiaie cette 
note, puisqu'elle correspond & mon texte imprimé. Heureuse- 
ment qu'une note que j'avais prise il y a dix ans en lisant le ms. 
de Turin et qui s'était égarée, me permet encore A temps de 
revenir et sur mon texce et sur ma note. L'auteur n'a pas écrit 
meure, mais neure, qui est la 3* ps. sg. du prés, indic. de norir 
(coqjogaison non-incboative) ; norir a id le sens neutre s être 
entretenu, demeurer, loger •> j cp. Baud. de Condé. p. 108, v. 85 ; 

Envie envenimée, ù neure 
Tousmaus... 

169. Uaez ffaehier p. éCacMert. ' 

174. Deemoir, ici démentir. 

180. Iraccmter, en tenir compte. 

190. Achier pourrait représenter le verbe hacher (c'est ainsi 
qu'a traduit Sainte Palaye) , mais l'absence de l'A aspirée hit 
quelque difficulté ; Je préfère 7 voir le subst. acier et traduira : 
■ il faut qu'il rende sa chair aussi résistante que l'acier ». 

197. Le que (dans e'd) est une répétition pléonastique du que 
V. 19S ; op. le même fait v. 153. 

202 Pieche de terre, place où l'on se fixe soit pour camper on 
pour combattre ; ici champ clos, lice. 

£05. Son poair = & son pouvoir, selon ses forces ; cp. t. t09 
droiture — à droiture, avec Justice. 



320 NOTBS EXPLICATIVES (pp. 169-171). 

213. « L'échange du chainse contre le (al) i^ns fort haubert 
d*Anger8 ». Sainte Palaye a lu cTAiiçiera^ je suppose, mais cela 
ne l'autorisait pas à songer au haubert (VAtigier le Danois. 

216. Lisez, aux variantes, pZ^'ta^ p. pîeinst. 

221. Elme est ici insolitement traité de féminin ; son elme a 
prise. La forme son devant les féminins, commençant par une 
voyelle, se rencontre à plusieurs reprises dans notre auteur; 
voy. pi. bas v. 293 et 188, 106. 

222-23. Sainte Palaye : « Pour éprouver ses étriers, il s*y appuie 
encore en partant ». Contresens manifeste ; traduises : « Peu s'en 
faut que son étrier ne se brise, tant il s'y appuie en partant ». 
Esmuevre, forme secondaire de esmovoir^ comme rechoivre de 
rechevoir ; cp. 889, 426 la croupe muenre. — Pour pou que ne* 
cp. V. 296, et 87, 85. 

226. Contenir sens abstrait, lutte; sens concret (comme ici): 
adversaire, » contraire (228). 

227. Bmbuisié {embxiaqvLé), tapi, enfoncé ; cp. 810, 154. 

228. Buisié (s double est généralement écrit comme simple, cp. 
enibuisié, v. préc), =» buscié, busché^ heurté, frappé. 

231. Eabiers ; a p. au (cd) est un des traits phonétiques de notre 
ms. ;cp. chacheûre (v. 92), hiame (v. 232), «ncocAiér (179, 123). 
Cependant le scribe ne s'en tient pas & une règle fixe : il écrit 
?iaiU)ert v. 214, chauces v. 219, etc. La présomption que l'auteur 
prononçait a peut s'appuyer du mot roiame (v. 20) rimant avec 
dame. — Ros, plur. régime de rot^ roui « lat. ruptus. — Enbarrer 
TfUame est d'ordinaire interprété par enfoncer (signification que 
ce verbe a en effet dans l'expr. « enbarrer l'espée » et sembl.), 
mais n'est-ce pas plutôt « y faire des barres , des entailles » ? 
(^tte idée m'est suggérée par le terme debarrer du v. suiv., appli- 
qué au chainse ; certes, on ne saurait traduire ce dernier verbe 
par « défoncer », mais bien par couvrir de déchirures, « déchi- 
queter », synonyme de depechier. 

233. Sainte Palaye, contrairement au texte et & la grammaire : 
« les chatcsses de notre Intrépide chevalier étoient fendues et 
déchirées en lambeaux ». 

236. Angoisse, douleur (au physique). 

238. Entait, =-» lat. intadus ; ici le sens c< intact, entier » s'est 
modifié en celui de « tout entier à ». 



JACQUES DK ■&I&IXOX. Ô2I 

241. OiMOût (03àt) ; ai rëpoadant ft IM. ou s'eet d^à tu pi. ta. 
V. IST) d&Da loi^r = laodare. PIqs baa (289) noua verrong otêrent. 

tu. Anetier, selon Sainte Patayd, amorcer (de etca) ; Roque- 
fort, sans citation , donna enetier , avec la r&ieur « exposer en 
vente ». Je penas en effet qno le type do mot est in-eKore, verbe 
latin bien connu et dont la signification première « remplir de 
nourriture, rassasier ■ convient ici parfaitement et est corroborée 
par l'analogue poutre du vers suivant. 

S52. fffuc&iere, supplice , pâlne, douleur, de l'anc hant-all. 
hamucara , même signification (propr. partie soufflranto) ; voy. 
Diezet Gacbet. Le mot plus usuel est luucie (136, 42; 881, SA), que 
l'on prend génâr&lement pour une forme écourtée de hatcMere. 

S54. Lisez l'OMirUe p. ta caitUe. 

S65. Btpart, dispersé, dissous. — sn. En voie, adverbe, loin 
de là. 

Z70. iluer, bire autrement ; ■ il ne peut s'empêcher ». 

875. Cfta«curu, ailleurs (w. 70, 248, 3(e) la forme wallonne 
chateoyu. Ces inconséquences d'orthographe sont le folt des scribes 
et C'est & nue étude approfondie du texte qu'il est réservé de fixer 
l'asage propre & l'auteur même. 

880. ContalMé, composé de teUhié inconnu aux glossures. 

S8L La forme del est moins ttéquente dans le ms. que de; on 
voit aussi dou (345) ■ 

883. « Qu'il ne tient plus A la vie •, on plutiit c qnlt ne lui 
reste pins guôre de vie >■ 

£86. Faire ton dit ettcMe, vérifier sa parole, tenir sa promesse. 

895. Kt se reporta & la plaie. 

29S. On peut douter si le siget du verbe est X'ict^er on la àanu ; 
Je me suis décidé pour le premier en l'affublant d'un t qui n'est 
pas dan« le ma. — La traduction de Sainte Palaye est tout-&-fUt 
fautive en cet endroit. 

897- Contre exprime ici , oe qui est assez rare, la cause d'an 
effet Du reste la signification « par l'effet de » se dégage belle- 
ment de celle ■ en présence de ». 

899. €ant, de ce que, op. v. IST. 

301. Par tôt me semble être un lapsus p. del tôt. — Damage, 
perte. 

M 



S22 NOTBS BXrLIGATiTBS (pp. 171-176). 

dOM. Constraisez : avoit apris (était aocoutamé) d tenir beUes 
cors. Notez raccord grammatical entre cors et (xprises. 

317. Lisez Après p. Apris, 

818. Lisez out p. ont ; traduisez oui par « il y eut » ; op. y. 34. 

326. Il m*est avis quil y a une lacune de deux vers aprôs oelui-ci. 

3id. J'ai mis roiatd p. loiata, (cp. 181, 196) ; mais on pourrait 
garder la leçon du ms., en prêtant ici au mot loUa le sens de légal» 
légitime, tandis que dans le vers précédent, il a celui de fldôle. 

350-351. « Et promit de Tendosser avant de commencer À servir 
à boire et à manger ». La traduction de Sainte Palaya présente 
enoore ici des contresens. 
. 352. Ellipse régulière de le devant limle lui demande ». 

355. Coser ou choser qqn., blâmer ; sur rétymologie du verbe, 
voy. Diez I, v» cosa, 

362. CesH^ cette chose, cette circonstance. 

365. Le^ forme picarde p. la ; le pronom se rapporte À la dame, 
et non pas à son mari, comme Tentend Sainte Palaye. 

370. « R m'est ente de qqch. », j'en suis peiné. J*ai déjà traité le 
mot enté{l) dans mes notes de Baudouin de Condé (p. 474) & pro- 
pos du passageKd : 

Il ne trouve de touz les cors (= c6tés) 
Ami ne parent ne parente 
Cul ne Aist plus griefô et plus ente 
De luLdeus nuis & herbreger, 
Qu'il ne seroit d'un ort breger. 

L'adjectif entiff pénible, que j'ai rencontré dans les Poésies de 
Froissart (J'en n<» entieus et très pensieus) et que je cberchaisa 
expliquer tant bien que mal dans le glossaire des Poésies, doit 
être, me semble-t-il maintenant, un dérivé du mot ente qui nous 
occupe. 

873. Voy. la note suivante. 

374. Basiu ne concorde pas avec la rime (taisir) ; toutefois, il 
n'y a rien À changer à la terminaison de Basiu^ qui revient encore 
deux fois en rime avec des adjectifs en iu (paisiu, Dit de l'Espée, 

(1) Ja m*iipp«rçoit malateout Motemem que HIpp«a doniM Mltf, peiaé, et Roqaalbrl !• mtet. 
9Uléi, maladJe de langaenr ; niait quant k ente, je sa tache pu qu'il ah été nUaH avant M aprèt 

moi. 



JACQUES BB BAISIEtHL. 325 

211, et asiu. Dit sur les cinq lettres de Maria, 238). Il faut donc 
redresser le vers précédent, pour lequel je propose Ne main» par- 
lier (causeur), ne mains iaiiiu (taciturne). La faute provient, 
sans doute, de ce qu'un scribe trop scrupuleux a hésité à donner 
kviik la fois un complément-verbe et un complément-adUectif. — 
Pour la correspondance entre Basiu^ qui vient de Bacivum, et 
Baisietix, comparez le Panihiu (de Pontiviu), devenu le.Pon- 
thieu, •— Dans le recueil de Le Grand d*Au8sy, Basiu est une fois 
estropié en Basir (ce qui est un effet de la rime taisir)^ une autre 
fois en Baein. 

2 (pp. 175-182). 

5. BUipse de le devant li. 

9. Bn maint lieu^ sous maint rapporti cp. v. 04. 

11. Lisez : tresorrierpredeus. 

22. Noméementt expressément. 

24. Le mot abstrait tresorrie (contraction de trésorerie) est & 
prendre (ici et au v. 5) dans le sens de trésorier ; c*est ainsi que 
Froissart encore se sert du féminin la capitaine (propr. •« capi- 
tainie) dans le sens de capitanu». — Mètre defoi (défi), s*opposer, 
empêcher; voy. sur le mot deibi et son rapport avec defoie 
(défense), mes notes sur Baud. de (^ndé, p. 437 (v. 297). 

26. Le mot trésorier^ qui aux w. 11 et 23 a la signification d 
gardien du trésor, a ici, comme souvent, la valeur « lieu où * 
conserve le trésor » ; cp. la (}6ste de Liège par Jean d*^ 
meusé, 5054 : De la cripte fut il son trésorier faisans. 

30-31. Très or en avant » dans ce qui suit. 

35-36. Ces vers sont obscurs et font supposer un ' 
V. 84. — Aûwe^ aide, moyen. 

38. Cuchie^ couchée; up. ou est une no^ 
notre ms. 

39. « De cadavres et de puant brouillar^ 

40. L*e muet dans cfuxmbre fait sy' 
souvent. 

41. a Fovoite, mot omis dans ' 
« moite ; il tient, semble -t-il, a* 

« mais Je ne me rends pas ce* 



324 HOTES EXPL1CATITE8 (pp. 176-180). 

cette note telle qae je Tavais imprimée en 1870 , bien que je 
sois dans le cas de devoir la rétracter ; il n*e8t pas sans intérêt de 
ûdre voir comment un éditeur, quelque consciencieux qu*il soit, 
peut se fourvoyer dans ses interprétations. Bn relisant ma copie, 
le mot qui m^avait tant embarrassé, perd tout d*un coup son air 
d*étrangeté. Me souvenant des nombreux participes en oit que 
j*ai rencontrés dans les textes de Froissart {poursievoit^ cheoit^ 
ooit, afuioU), j'ai aussitôt reconnu dans fbvoit le participe de /bfr, 
fouir, creuser, de sorte qu*il s*agit ici d'une couche non pas de 
« terre moite », mais de « terre fouillée ». Cette découverte m'oblige 
naturellement à refaire du v de fovoite un u et de Mvefouoite. En 
cherchant, j'ai trouvé dans Phil. Mouekés deux passages (cités d^à 
par Burguy), présentant les participes enfouois (v. 1301) et 
enfouoite (v. 1881), aussi Baudouin de Sebourc, p. \tA» v. 4. 

44. Aukes (lat. aliquld), quelque peu ; cp. la valeur analogue de 
rail, ettùoi^ angl. sometohat. 

46. Berehueh bas-lat. berceolum, berceau^ abri. 

48. Galée^ gelée ; e atone, devant la tonique, changé eii a , est un 
fait fréquent, cp. planter p. pîenier 178, 316. 

52. « Un trésorier chargé d'un travail aussi pénible (fort) ». 

62. Je me fie^ je me sens capable. 

70. Maire (mi^or), maître . 

71. Construction lâche ; suppléez devant avoir les mots que il 
doit. 

76. PoinÇy poignée : v, 86, pugnie. 
Tl. « Et eux, & leur tour, lui doivent le respect ». 
78. Oaengnier a ici son premier sens de a travailler, s'efToroer » ; 
synonyme de laborer qui suit. 

84. Cuivre est un mot curieux ; il panJt signifier ennui, inquié- 
tude, et être le subst. verbal du verbe ouvrier, covrier , que 
Froissart emploie souvent avec le sens de tourmenter, harasser, 
en l'associant à fierier, travailler. Sainte Palaye, en marge de la 
oopib Mouchet, traduit le mot fautivement par « cuisson ». 

85. Ei » si on. « Si on les laissait faire ». 

95. SetiSy plur. de heut {Jielt), branche de la poignée ; voy. sur 
ce mot, Diez, t. II, v>* elsa (p. 26) et hendure (p. 845), et Cachet 
ypung. L'ensemble des heiu dont se compose la croix ou poignée 
de l'épée, est appelé au v. 110 hodure ; ce mot, qui est une forme 



JACQUES DE BAISIEUX. 335 

Tariée de heudure^ fournit un argument contre la forme hendure^ 
qui se rencontre parfois dans des textes imprimés et que Ton vou- 
drait ramener & l^all. hand, main. 

M. Airaire, ici représenter, symboliser, figurer. 

103. NuUars^ plus souvent nuisons (ennemis). 

112. Taillant, &pre, ardent; cp. ma note Jean de Condé 1 • 

p. 442, et II, p. 357. 

117. A monde ; d est ici la forme wallonne p. au ; pour la recon- 
naître, il fondrait la noter par à ; nous la retrouvons dans Tinti- 
tulé du fabliau vesde dprestre. 

120. Eyame est tantôt traité en trissyllabique, comme ici et 157, 
tantôt en bissyllabique, comme vv. 36 et 181. 

121 . Son estovoir, ce qu*il lui fout, son attirail. 

123. Eût comme (de même 148); encackier =» enchaucier, pour- 
suivre ; a p. au (voy. la note 169, 231). 

124. Alplain, au plein, à tottte force ; au v. préc. » in piano, 
dans la plaine. 

125. Menuement, & coups redoublés. Cp. la locution « souvent 
et menu ». 

127. « Qu*il fende les rangs ». 

130. Dures présente un exemple de cette assimilation de Tad- 
verbe àra^jectif qu*il détermine, dont j*ai consigné ailleurs d'in- 
téressantes applications (voy. mon éd. de Watriquet de Couvin, 

pp. 437, 446, 466). 

132. Hardiment, p. hardement (de même 196 , 380 ; 906, 5), 
hardiesse , courage ; i p. est un trait wallon {dimi , chimin, 
rivel, etc.). 

139. Taz, mêlée , cp. Baud. de Condé, p. 57, v. 313 : 

Et il est assis comme tors 

Sor le destrier enmi le tas. 

Si flert à Tespée & maint tas, 
et p. 90, V. 299 : 

Ou tas, ou caple des espées. 

144. A fasembler, & la lutte. 

146. Samaine m'est inconnu; serait-ce. un dérivé de same , 
saume, somme t donc » charge. 
152. Dopoi est un terme suspect et je tiens ce vers pour altéré. 



3S6 ROTES BXPLIGATITM (pp. 180-188). 

156. Bspeer, trancher, est oa tiré du subst; espée^ ou vient d*aa 
verbe spadare^ couper, chAtrer. Je ne le trouve consigné nulle 
part, mais j*y reconnais le liégeois sipii (au présent <2iet«)» briser. 

171. Ld — lêL où. 

180. Moiiiche, fém. de nuusi^ » lat. mcuêicku. 

186. Adenter (mettre à dens, & plat ventre), renverser par terre. 

192. Vaillant^ précieux. 

196. jRoiàZ, comme seigneuri , signifie souvent « ayant on grand 
prix, jouissant d*une haute estime ». 

202. Comparer équivaut ici à consentir. 

206. Avoier, ranger., opp. & desvaier (v. 204), déranger, détour- 
ner, litt. faire dévier. 

212. PaisiUf forme variée de jpaic</(;^ résolu en «). 

213. Lèvent^ présent de laver. 

218. Brisié, ici corrompu ; môme métaphore que dans com/^- 
tui et Topposé integer^ entier, intègre. 
224. Afblé^ en parlant de Tépée, ébréché. 
227. Lonc» selon {noUmc 198, 880). 

3 (pp. 188-204). 

16. Sagnie (baignée) en, môme métaphore que « imbu de ». 

24. Faire elamur, demander, solliciter. 

25. Noveles se rapporte à questions. 

31. Notez la disparité de construction aservi à et aservi en, 
pour exprimer le môme rapport. 
34. Sele, seille » lat. sîtula. 

26. JS'^tiif^rpoursuitrimagedela fontaine; sans cela» j'aurais 
proposé la correction esprisiert apprécier parflùtement. 

42. Os, j*eus ; je tiens cette forme pour fttutive ; il faudrait o ou 
oc ou oi. 

47. En présence de la controverse qu*a soulevée Tétymologie 
du mot fief, je note ici que mon ms. écrit fiez ou fiés ou fieœ à 
tous les cas. 

49. Ellipse de le (le fief) devant lor. 

58. Fùrjugier &, flaire ii^ustice. 

60. Mettre en vesture (v. 427 faire envesturef), périphrase pour 
vesHr (v. 48) ou envestir (v. 485), investir. 



lACQUu a* BAïauux. 327 

tt. K«loittg,itanix'oti. 

<7. On ne croirait pas qos cette location y être p. « avoir trouvé 
la solatlon d'ans question », remonte anssi haut dans la langue. 

70. Dapondre = etpondre, exposer. 

77. S'eurent (!'* final n'est pas correct] est peu cl^r;<> et en 
effet]'apprends»(!}. 

79. Si, tontefoU. 

81. Amonter a, se rapportw, conoerner. 

BS. De/biir d'ans chose, en &ire la définition, en traiter. 

8S. Mesdire, ici, comme allleors, a le sens étymolo^qœ de mal 
dire, se tromper. 

89. Mayener-este, féminin de moyenere, mâdiatear (cp. 806, 81). 
Plas bas, t. 93> moiene, fém. de moyen, terme ordin^re p. média- 
tsar et primitif da verbe moyener, négocier. 

95. Lisez deteorde, p. ditcorde. 

loe. Notez>ORAonurp.A'Aonour;cf. ▼. ^99«M(Il»tn■p.«'amtlr 
flt V, Aeo ion ire p. s'i'rc. 

111. B Si l'on décompose le mot amor ». 

lit. Sn se partie, pour sa part. 

12S. Be^tas, de retpaster, reprendre vts. 

l!7. Exemple (andennement féminin), enseignement. 

128. Anpte, emplit; emplir avait jadis ao présent de llndicatif 
à la fbis la forme incboativs (-ia.-ii-iat) et la forme non-lnoboaUve. 

134. Divers, contraire. 

139. Celestyens a quatre syllabes : la terminaison yen repré- 
sente lat. i-anvs ; la même terminaison dans terryen, au vers 
suivant [ainsi que w. 141 et US}, egttraîtée,ftjuBteUtre, comme 
ose seale syllabe, car elle est une simple modification de ein 
répondant au lat. enua (terrenns). Cette considération étymolo- 
gique, toutefois, n'empécbe pas notre rimeur de prononcer f«rrv«n 
en trois syllabes au v. 259. 

146. Honte, masculin ; voy. Baud. de Condé, notes, p. 430. 

150. Anceterie, tradition des ancêtres. 

1S6. Le sajet de puelent (peuvent) est sous-enlendu : les féalOn 
(V. 160). 

159. Son gré, de son gré; op. lonpootr 168, 205. — Coniges U 
p. Il , qui est. Je pense, une faute de ma oopie. 

162. Le nu. ];iorte maiiU, qo) ne donne pas de sens ; en oorri- 



328 NOTES EXPUCATIYES (pp. 188-193). 

géant, on peut hésiter entre mant, commandement , et maifif 
manoir, coar. On conteste, toutefois, Texistence de ce mot, du 
moins au masculin, car au féminin on lui voit plusieurs fois pren- 
dre le sens de maison dans Richars li Biaus (voy. la note de 
M. Fôrster ad v. 1077). 

169. Es8achier, p. esstOchier, essaiichier, exhausser, faire hon- 
neur. 

172. Cor^ particule exhortative (^ que or), allons, voyons ; sa 
valeur se confond ainsi avec celle de la coi^. car.— 5omme, vérité. 

175. L'ellipse de hommes ou gens devant de réligUm est curieuse. 

184. Huys et fenestre, expression métaphorique, semble*t-ii , 
pour moyen, condition. 

185. Vers obscurs. Le premier damage parait être synonyme de 
dangier et signifier sujétion, vasselage (par conséquent un dérivé 
de dominus\ le second « dommage^ dérivé de damnum, 

188. Raison^ matière  parler, sujet de discours. 

195-199. Ces vers méritent d*étre éclaircis ; j*ai laissé à dessein 
la leçon du ms. : entre ,if. ses mains, comme pouvant être con- 
forme ft l'usage du temps. — En bone parsût être une locution 
elliptique p. dûment, convenablement. 

205. Maisière, muraille. 

218. ce II n*est pas juste que Ton en fasse retomber la faute sur 
le baiser en soi ». 

219. La rime recommande la forme boivre, 

222. « N*a rien de commun i^^atoce, n*atouche) avec Tamour ». 

223. Descendre, découler, provenir. 

236. Endamer, bien que se confondant, pour le sens, avecmto- 
m^r, en est distinct par Torigine et signifie propr. endommager. 
Le mot se rencontre plus d'une fois dans Baudouin et Jean de 
Condé, ainsi Baud. de C. 184, 30 en la pume enâamée, 

242. A/ler, engager sa fol, promettre. 

257. Estuist, faille. Les formes habituelles de la .3* pers. sg. du 
subj. prés, de estovoir sont estuece, estttce, estuisse. Comp. voist, 
aut, puist, coexistant avec voise, aille, puisse, — Estovoir se voit 
parfois suivi de Tinfinilif avec d; cependant j'ai préféré écrire 
aâevaler p. à dévaler, notre auteur faisant encore ailleurs (v. 526) 
usage de ce composé. 

252. Révéler pourrait signifier se rebeller, mais le v. 489 indique 
clairement qu'il s'agit de revelare, dévoiler, révéler. 



JàCQtES DE BAISI8UX. OZU 

270. Aiaier = ettaier, mettre h l'épreuve. 

m. ya mes, n'est demeuré ; partie, passé de manoir. 

879. ^engramier, se f&cher, dérivé de gram, grain, fScbé, 
chagrin (l'ail, gram), cp. 318, 132. 

ttl. Tout, 3* sing. indio. prés, de tolre, toUir, enlever. 

2S6. Se crexter, laver la crête. 

28S. Nuisance me semble butif ; le sens appelle muance, chan- 
gement. 

290. Déserter, mettre dans le dénuement, dérivé de l'adj. désert 
(T. 308). . 

291. Zongur paraît revêtir Ici le sens de tolérance. 

ses. RoMcet, raittcet {auj. rinceau), branchetta (lat. ramicellus), 
est employé Id de la même Taçon que grain dans « un gn^n 
de caprice ■» (cp. notre expr. a un brin »). On trouve le primitir 
rain revêtu de la même valeur : ainsi dans Baud. de Condé, Pri- 
son d'amours, 214! : Aucuns rains d'amours i convierse ; Jean de 
Condé, Chev. d la manche, 1159 : Un rain de rage ; Adenés li Rois, 
CUomad^, 4104 : Qu'il a fait rain de traison. 

S99. On trouve dans l'ancienna langue t&nlôt perde, i^ntàt perte ■■ 
la première (cp. l'anc. it. perda) est tirée du radical perd, la 
seconda, du féminin du participe passé perdita (per'te) ; perde est 
& perte, comme faille est & faute. 

300. Se (fewwnrtr équivaut aie faindre, te recroire, te repen- 
tir dans le sens de se relâcher, renoncer d... 

301. Mérite, fém., récompensa, action de merir, récompenser. 
De là meritable (v. 315), digne de récompense. 

307. Déserte, service, mérite. 

308. L'adj. désert, abandonné, ruiné, a ici le sens détourné de 
« insensé ». 

309. La rime exigeait la correction tament (p. ternetU^, forme 
que j'ai d^A rencontrée ailleurs ; cp. la pronondation et l'or- 
tbographe famé p. femme. 

314- Faiffnant, négligent, en défaut. 

326-7. Vers obscurs ; covient semble altéré. 

335. Parole, parle. Je prends occasion de rectifier une erreur 
dans laquelle j'ai versé avec un grand nombre d'autres lexico- 
graphes et qui consiste à admettre un infinitif paroïer, qui sa 
serait abrégé par la suite en parler. M. Cornu (Romania IV, 45T) 




350 NOTES EXPUGATITBS (pp. lttS-202). 

.a parftdtement démontré que le radical paroi n'a Jamais été 
appliqué que 1& où la flexion verbale est atone, donc aux 1«,2«, 
3* pers. sing. et d* plor. du présent de Tindio. et du sabj», ainsi qu'à 
la 1* pers. de Timpératif. Un infinitif parole n'a jamais existé. 

841. Clamur^ manière de nommer {damer); par ma etamur 
signifie donc « par le terme même dont je me sers ». 

359. Il est intéressant de remarquer comment Tauteur* & quel- 
ques lignes dlntenralle, fait usage, selon les besoins du mètre, des 
deuTfoTmeBdeehoivre^rechaitn^eidechevoir, rechewdr (963-4). 

370. On sait que merir a le double sens de mériter et de récom- 
penser (y. 806). 

388. Riait forme masculine de riote, rihote (prov. riata)^ que- 
relle, débat , synonyme de tance qui raccompagne; peut-être, 
cependant, riot n*est-il qu'une erreur de copiste. 

890. Je soupçonne une lacune après ce vers. 

399. Son amur^ voy. la note du y. 106 (un peu pi. h., yy. 882 et 
389, s'amur). 

402. Le cors, locution adverbiale, au pas de course. 

407. IVoire, tirer , ici firapper ; le sijet de exporte n*e8t pas 
TAmour, mais celui pour qui la dame soupire. 

412. Droiturier^ ici » bien disposé. 

417. Aquiter^ exempter, dispenser. 

440. Covine^ situation, disposition, ici sentiment. 

448. Envier^ inviter, chercher à gagner ;jowelet, petit Joyau. 

452. Sans mesaisier^ sans peine. 

457. Lié, plus haut (v. 285), la forme lové. 

458. Letis ou lues que^ aussitôt que. 

461. Yitance^ plus souvent viltanee ou vitOance, mépris. 

475. Pon^^,po«n^, arrogance. 

476. Mervilhous^ capricieux, hautain, revôche. 
490. Avenandise, grâce (manières gracieuses). 
494. Avoir durée » durer^ résister. 

496. Sarditement, forme primordiale de hardiement. 

503. Pert, parait (de jparoîr). 

508. Bien arivé^ opportun ; on serait tenté de voir dans ce 
terme maritime une imitation intentionnelle du latin qpportunus 
{deportus). 

525. Aie, détruit» anéanti. 



jActton WL lAisuux- 331 

sa. Tmir, abatenir, > car alla aongealant * renoncer ft leur 
aarrioe, ila ne le ponnaient, pas ploa qne le s^gneor ne peut.. ■ 

630. liège, lige, anbst, terre libre, dont on peut diapomr. 

542. A mé», Toy. t. !74. 

M7. La leçon ta maiiu dn ma. (•= a'd moAu), aurait pu âtre oon- 
aerrde; j'ai ploaleura fbia laissé aabsiater lldloUsme picard d 
p. al on OH. 

S6. IMemati, en aucune maniàre. On sait qne md, dans l'an- 
ciennne langue, prend, comme aucun, un sena afflrmatif quand 
le Terbe n'est pas accompagna de la négation ne., cp. 811, 183. 

560. Ajomer , assigner & jour fixe ; ici ettre qfomé semble 
vouloir dire ■ être retenu par une assignation Judûsaire ». 

SOI. Vier, avoir la jouissance. 

568. « Oa sans qnll soit mortellement blessé ■. Notes la forme 
aie p. ait Ir. 579) ; cp. la double fonmpufil tipuiue. Yoj. ma 
note T. !97. 

570. Empirier de mort, blesser mortellement. 

574. Ou mêM, dana la maison. 

575. « S'il ne peut alléguer en sa fliraur, que... » (litt s'attacher 
& ce qne.) 

580. ■ On, pour l'apparence (semUatios), quelque motif (oJtot'- 
lon] par lequel il., n 

SSe. Lisez MaU p. Matr. 

585. Compara, égaU 

694. Retraire, rapporter, dire. 

598. ite^tfr (lat. repu/ore) qqn. deqqcb. ^imputer qqc&. &qqn. ; 
c'est rare que l'imputation soit, comme ici, prise en bonne part. 

604. Aerdre, de neutre qu'il est ét^mologiquement (adhaerere, 
s'attacber) , s'est tait actif avec le sens de prendre en mains, 
obtenir (cp. 207, 74); une conversion analogue se prodoîtdaoa 
w laitir d'une chose et taieir uae chose. 

610. Pour te démentir, voy. v. 300; dana le passage que je 
rappelle, le verbe est an aul^onctif (dnnence) ; ici, c'est l'iadioatif 
qne réclame le aeiu (1). Or, selon la règle, celui-ci est dément. On 
pourrait au besoin faire oette correction, en modiOant le vers 
précédent par : De celui qui por nui torment ; mais je ne penae 



332 NOTES £Xi-LiCATiyfi6 (pp. 902-210). 

pasqn^il faille rien changer. J*al rencontré d^autres verbes en ir 
terminant la 3* pers. sing. de Tindicatlf présent en « , ainsi veste 
(p. veet) 880, 133, et acueille (p. acnet) 857, 450 ; saille p. saut 
Bneves de Commarcbis, 1102 ; je laisse de côté les cas o cette 
flexion est commandée par la consonnance qai termine le radi- 
cal, tels que emple (emplir), siueffre (souffrir), œvre (ouvrir), etc. 

611. DelaieTf abandonner, différer, littéralement délaisser; 
detrier (v. 613), ajourner. 

626. Pardoner, lié ft ire ou mautalent , a la valeur (étymolo- 
gique) de Mte abandon, renoncer, mettre fin. — Pour son ire^ 
au lieu de s'ire^ voy. v. 106. 

630. Recroire, ici remettre en créance, en possession, prendre à 
merci. 

645. Il fait, c.-à-d. il plaît. 

649. As homes, & ses vassaux. 

652. EssUhier, détruire, anéantir. 

661. roct'^r, toucher (au sens de traiter). 

4 (pp. 205-213). 

4. Afaire, état ; ici état intellectuel, capacité. 

10. Il se peut que Tapparence d*une lacune ne provienne que 
d*une altération commise par un scribe, et que Fauteur ait écrit 
les vv. 8-9 de cette façon : 

Car je vCen saroie esposer. 

Trestoz les biens ne (ou nés) esprisier, 

21. Moyeneresse, voy. 186, 89. 

25. « Car je me dérobe à lui ». Tôle de tolre, enlever. 

27. Oetre, j'ouvre. 

32. Anemi, le diable, cp. v. 59. 

84. S'eslaissier, s*élancer vers. 

41. Ame, p. emme, la lettre m. L*auteur parait avoir une pro- 
pension pour le son a ; nous avons déjà noté sament p. sèment. 

42. Vers suspect; peut- être nos /a»Y promiers: v sur votre nom 
elle nous donne en premier lieu un enseignement ». 

44. Vers obscur ; voy. aux variantes la correction que je pro- 
pose. 



JACQUBft DB BAISIBUX. 333 

55. Nejd nH qtdde d tens (assez tôt) venir ; cette plirase revient 
dans le fabliau suivant (881, 218 : Jd nH cuidiérefU d tens estre). 

64. En corrigeant le ms., Je voulais produire un sens sans tou- 
cher ÈLjta {osier jtu serait « enlever, eflàcer », cp. v. 164 limer fus) ; 
mais, aux variantes , j*ai essayé d'une correction qui conserve 
n*cuieis et substitue sus kjus ; je laisse le choix au lecteur. 

67. Vers négligé dans sa construction. 

68. Cp. V. 217 , « prendre maille pour marc » , autre locution 
proverbiale pour exprimer la générosité d'un créancier ; cp. aussi 
en sens contraire, v. 92. 

73. Perdre, sens neutre, synonyme dépérir, 

95. Avueler (pron. aoetOer), aveugler. 

96. Vuele , vain , vide. Pour l'origine de ce mot , voy. Diez , 
Etym. Wdrt. II, 452. 

102. Sans est un adverbe, mais, comme souvent, il a pris flexion 
par accommodation à rac^ectif qu'il accompagne ; cp. 180, 130. 

107-8. Ataindre signifie, la première fois, atteindre, frapper ; la 
seconde fois^ c'est un composé de taindre (teindre). 

111. Peurire, forme dialectale p. perriere (cp. tinent » tienent 
V. 188, 159). 

112. ren««n ici mettre en sûreté. 

114. Bsqtds^ épuisé , dépourvu : voy. ma note» Baud. de Condé , 
p. 473, où Ton trouve ntis et esquis. 
122. Le corsy à la course. 
126. La lettre r se prononce erre, en deux syllabes. 

129. Escueresse (pron. u =» ou), fémin. de escouêre, celui qui es- 
coût, rescout (délivre, sauve), du verbe escourre ; le défini res- 
eotut (du composé rescourre) s'est présenté v. 77. 

130. Restorresse, forme contracte de restoreresse ; cp. emper^ 
resse p. empereresse (de emperere), ou enperris (v. 173) p. empe- 
reris (lat. imperatricem). 

141. Acreûe peut se prendre ici à la fois dans le sens d'emprunter 
{acroire} et dans celui d'augmenter {acroistre) ; le descreOe du 
V. suiv. favorise le dernier. 

145. Raie, sillon, raie (bas-lat. riga). 

150. Raie de ravoir. 

l^SZEnmolue ^esmolite; la permutation des préfixes 0« et en 
se voit beaucoup dans les textes du domaine wallon ; je ne citerai 



334 NOTES BXPLICATIYBS (pp. 910-218). 

que enlire, ensauehier^ ensaier^ enbahir, et ù'duxtte part eiMengne 
p. ensengne {Y. 195). 

171. /est en effet l'abréviation de Imperator. 
178. Vaner, vanner, flg. nettoyer. 

195. Btessengne, ma marqne, ma tache ; forme variée de en- 
sengne^ voy. v. 15£. 

209. Vois, son. — 217. Cp. v. 68. 

218. « Effacez le titre {Vescrit) et la taille » (tablette entaillée, 
sur laquelle s'inscrivent les marchandises livrées par le vendear 
à son client). 

224. Joint marages^ Joncs de marais. Je conteste l'étymologîe 
prêtée par M. Darmesteter (Formation des mots composés, Paris, 
1875, p. 27) & ra4]ectif mam^^ ou marrage. Le savant philologue 
le dérive de l'ancien a^J. mar (lat. nuzs, maris) , mâle , qui a 
laissé des traces dans marsault, saule mâle, et dans Tesp. maron, 
bélier ; il est bien plus simple d'y voir un dérivé du même thème 
mar qui a donné marais et marécage (voy. mon Dict.), que d'y 
chercher des sens figurés (fort, violent, sauvage) déduits de la 
notion de mâle ; lesparftmz marages de la Chronique des ducs 
de Normandie, allégués par M. D. et pris pour deux a(Uectifl9, ne 
signifient pas autre chose, à mon avis, que des « profonds marais ». 

226. lussiere, jachère, cp. le wallon jouhire (ft Namur gieiéré). 

228. Savagine^ bêtes sauvages. 

232. Embarré, obstrué, couvert de bourres, 

235. Semé ; J*ai mis same pour satisfiûre & la rime ; voy. pi. 
haut. Fiez d'amours 309. 

237 Asiu =3 aisif, aisé, facile, avec l'/'résolu en u. 

240. Trés^ nom. sing. de tref^ tente, ici « demeure. 

241. Nés, nom. sing. de net. 

242. Voy. les Variantes. 

243. FUjomt est peut-être fitutif p. flairer. 

5 (pp. 214-224). 

2. Ufi voir, une histoire véritable. 

4-5. Vers obscurs ; li remanans doit se lier ft de son avoir ^ et le 
sens de la phrase paraît être : « Ce qu'il possédait outre sa fortune 
était très-remarquable ». 



J&CQCU DB BAIStBUI. 33S 

9. JUbMtf, pourra de biens mmaiet. 

IG. Sutropi^ue, altération i'hjfdropiquB. 

16. Tenu prend lia la valear de ■ Jngé, apprécié >. 

n. Neis (plor. de M«f^, ne^> vaiiHlle. 

3S. Vers trop court, Toy. aux Variantes. 

42. S'eitadtier (dérivé à'estache, pieu> s'affermir, flg. fUre son 
profit ; le mot m'est nonvean. 

43. a Quant ils vont ramènera» bon sentier une ftme fonrvoyée. > 
— Hotflz la manvaise rime ravoient : voie. 

50. Tautter ; cp tauaer (d'où taux) p. taœer. 
ao. JVwrJr, verbe neutre, Ità grandir, se développer. 
61. Curer, ici guérir, au vers suivant : prendre soin. 
60. Lé, legs ; p. leg (subst. verbal de léguer). 
71. Or i parra (parutra), location consacrée — « maintenant 
Il s'aura de bire voir •>. 
77- Affrevé, accablé, midade ; voy. Gloss. de Proissart 
8B. Empioiié, bien appliqué, approprié, convenable. 
«2. Tïauf (monosyllabe) doit être ramené au tbôme vel, forme 
contracte de veel (plur. tjiaut). 

W. Prendre êon vivre, tirer ses moyens de subsistance. — J'ai 
négligé de remarqner aux Var. qne Méon donne en to* iaau p. 
mtor iOM* ; an fond, cette leçon peut être admise. 
101. PuïMonos, état de fortune, cp. l'ail. vermSgen. 
106, SoUoR, compte, ration . 
lis. Uoret* =- morrett ; de même v. 267. 
U8. Renooper (re-inculpare), reprocher. 
119. Par exemplaire, ft titre de preuve. 
181. Rappeler = retraire, révoquer. 

12!. MéDn(et Mouchett): vorime»; j'en ai ûjt KWirnea (Ton- 
lûmes) ; on ponrraitaussi corriger par voriemei (Tondrions).. 
123. Adreehier = avoyer, diriger dans la bonne voie. 
UT. Peut-être vaat-il mieux mettre «n p. d ; cp. v. 305. 
135. ■ Ils se repentiront de l'avoir serré de si près. » 

137. Héon a noi p. vot. 

138. Suel s'emploie à la fois pour toiso et pour toM. 
141. HaiUi, en bonne sasté. 

144. MOrchie (ol^t valant an marc) se rapporte A ntare, comme 
denrée A denier. 



336 NOTBS EXPLICATIVES (pp. 218-325). 

153. Ou Dieu plaisir, h la merci de Dieu. 

154. Vo promesse, la chose qui vous est promise ; cp. v. 197. 
161. En audience^ coram omnibus. 

168. Mot nouvieh nouvelle. 

170. Poison ^ poisson^ comme le prouve le v. 317. 

171. Je ne comprends pas fion ; peut-ôtre une forme patoise 
p. flon, comme on dit à Nancy kiou p. dou, piomb p. plomb (voy. 
Diez, Qramm., éd. fr., 1, 196); or flon (qui se dit k Genève) est 
contracté de flaon (voy. les dict. sous flan). 

174. Vin de despense, vin ordinaire ; despense, pr. distribution 
(ordinaire de vivres), puis lieu où se fait cette distribution (signi- 
fication restée). 

176. Baisent a baissent. « Baisser (incliner) le hanap », vider 
le verre. 

180. Bondir, retentir. 

181. « Gomme s'il y avait exhibition de reliques ». 

182. Saint, subjonctif prés, de saigner, signer. 

188. Je ne trouve pas de sens k ferré, et je soupçonne qu*il y a 
là une erreur de lecture pour serré. A Tarrivée du monde les bons 
frôres ont perdu la contenance et se sont mis au plus vite à cacher 
{serrer) ce qui restait sur la table. ^ Le genre féminin de reste 
n*a rien dlnsolite. 

190. Divers, étrange. 

206. Miner, mener ; i p. « atone est un Cedt caractéristique des 
dialectes du Nord ; cp. vv. 146 et 241 ramineis, aminé. 

212. Méon : n^a ni sage. 

215. Otrier leplait, accorder, ici concerter la chose. 

218. La môme phrase se voit dans le dit précédent v. 55. 

224-25. ^il a mué son mal s'analyse ainsi : s'il a son mal mué 
= si son mal lui est changé (s'il va mieux) ; c'est le même tour que 
quand on dit : il a le pied cassé. 

228. Desconoistre^ désavouer, ou mieux peut-ôtre» perdre de 
mémoire. 

230. Bstre en voie d'une chose, se disposer à l'accomplir. 

233. Qrevance, difficulté. 

242. Ils étaient cinq fcp. v. 285), à savoir les deux d^à venus la 
veille, Louis et Simon (v. 249), puis Guillaume, Nicole et Robert 
(vv. 208-211). Le nombre quatre exclut le convers Robert qui était 
allé chercher les échevins et revenait avec eux. 



338 NOTES EXPLICATIVES (pp. 225-228). 

8*écarte passablement de ma traduction et me fait supposer qu*il 
a lu Nom devons ou Ke devons, au lieu de Ne devons^ ce qui en 
effet rendrait cette entrée en matière plus naturelle. 
4. Saveis ; la désinence eis alterne dans le ms. avec ez. 

8. Ponce sovine^ la panse en Pair ; cp. vy. 298 et 446. 

9. Siett suit : forme insolite pour sitU i sieut. — Sa pour lor ; 
transition brusque du rapport numérique* transition familière 
aux trouYôres. 

10. (c Ceux qui lui tiennent de plus prôs, ses proches, cp. v. 228». 

11. Tienent, retiennent, empêchent. 

14. « Comment je vais » = comment il me va, ce que j*éprouve. 
17-18. tt Que Dieu ne permette que je le voie («qu*il m'arrive ; 
en ail., dass ich es erlebe)^ que Je repasse par ce chemin ». 
19. iSï', jusqu'à ce que. 

22. Durer, continuer d'exister, ou bien « résister ». 
25. Criher; h diérétique, resté dans trahir, envahir. 

28. Rueve (prononcez reuve), indic. prés, de rouoer , demander, 
commander, « £^t allumer les cierges ». 

29. Triole est un substantif omis dans les glossaires ; je n*hésite 
pas à le rapporter au verbe trioler que je trouve dans Roquefort 
avec le sens de « aller et venir, perdre son temps ». Quant à trioler, 
j*y vois le môme radical qui a donné detrier (retarder), joint à un 
suffixe diminutif. ' 

37. Clugner est le même mot que cligner. On trouve aussi dut- 
gner et diner. 

43. On voit, par la comparaison du v. 45, que la forme ramoi- 
nent (ramènent) est celle du 'copiste, et ramainent , qui se trouve 
en rime avec mainent (de manoir), celle de Tauteur. Au reste , le 
présent moine de mener est parfaitement correct. 

48. Luex, nom. sing. de duel^ deuil. — Refiroide, de refiroidier 
(non pas refroidir). 

50. Raison, manière. 

53. Asteis (êtes) est encore une forme courante dans les patois 
du Nord ; elle se rapporte à Tinfinitif e^^er, la t. stare. Du reste , 
en ce point comme en beaucoup d'autres, lems.esttrôs-inconsé- 
quent; au v. suivant on lit esteis. 

57. « Gomme nos afliaîres (no chose) prospéraient {oenoit) ». 

63. Atoan «• oan , ouan (hoc anno), ces derniers temps ; cp. 
vv. 290, 333 et 342. 



•GAtTBIKE LE LOKG, LA TBOVB. 33U 

tt. Anrtmuf, nouTsI an, Jour de l'an ; T07. Roqnafort y rcnMf, 
et )ean da Condé, Dit da la mortal vis, 89 (t. I, p. B68}. La valeur 
ezaota da ca terme a ^é euminée, an point de vue de la paléo* 
gr^hia chronologiqne. par Gachet, Recherches enr les noms des 
mois, etc. p. 03 et suiv., mais il reste encore & en discuter la 
forme. fienu<^ est-il un simple composé de nue/' (neuO. donc un 
adjectif I II 7 a lien d'en douter, par la raison que l'on n'a paa de 
oomposltion analogue en ftangaia & lui comparer (1) et qu'en latin 
11 n'eiiste pas de rtnwv*. Si renuef n'est pas an adiecUf, 11 doit 
être le substantif correctement abstr^t de rénover et signifler 
reaoareliement. Dans ce cas, anrenvef, que l'on trouve le plus 
souvent ticrlt en ns seul mot, vent dire « renouvellement de 
l'année » ; an est nn gdnitif et nons avons ici une composition 
analogue A orpiment (anri pigmentnm), terremu^, ftal. tremvMo 
(terrae motus), et sembl. Pourrsnue/' de rénover, cp. lesubst. 
Irwe^de fraver (Jean de Condd, II, p. 13. v. 3B9:Quantdounitd'nn 
oisiel fiUt truefi. 

04. Bncor suivi du sttt{]-> <=- bien que. 

69. Le sens ancien et fondamental de hitdeta, hidêua est ■ hor- 
rible • (pr. ce qui fUt dresser les cheveux). Le mot vient de l'ad- 
jectif latin A^fdiu. 

«7. £'a*rifer, rairfrtai*. l'autrejour. 

7S. Je ne sala oe que c'est qu'âne cAope d ptron. Ce dernier mot 
•artit-U on nom propre, de sorte qu'il s'agirait de la « chape i 
Pierre, le voisin a 1 

74. Pion, p.pZoni!,aQb8t. verbal de jjlon^er.en picard jitonguer. 

81. Soittff, sein. Au v. «4 nons aurons, hors rime, la forme 
insolite aainch. 

SX. « Et cette circonstance me donnait également & réfléchir >. 
AMtiet, subst. verbal de aueotr, donc action de s'asseoir. 

89. Sunement , murmure , du verbe rwner , murmurer (ail. 
rotmen). 

H. Li conteit est nn nominatif pluriel, ■ les délibérations >. 

88. 7seAten, fbrme dialectale p. voisin (40). La copie Monchet 
porte, par bévue, necAtetu et, en mai^, la traduction ■ nitees > (T). 

H. Tmir enpait, se tenir tranquille, se taire. 



340 NOTES BXPLiCATiTBS (pp. 228-231). 

98. Faire chiereê^ Mte des mines. 

104. Je ne sais ce qu'il faut entendre par îembeh 

106. Dame, subst. masc., perte. 

107 et suiv. Ce passage m'embarrasse fort ; quel est le mal- 
heureux dont il va être question et « ki ne volt Mre bien por 11 1 » 
Rien ne l'indique et Ton ne devine pas comment il se rattache & 
notre histoire. Le Qrand d'Aussy, dans son analyse, ne touche 
pas d'une syllabe cet épisode, qui pourrait bien s'être glissé par 
mégarde dans le contexte de notre manuscrit. — Serait-il question 
de la manière dont le mari, si chaudement pleuré, était traité de 
son vivant f Plusieurs traits du récit rendent cette coiQecture peu 
plausible. 

107. Celi. « Vers le milieu du XIII* siôde, dit Burguy (1, 155), 
on commence à voir usurper cheH, au lieu de cMui, au mas* 
culin ». 

112. Apoi dToooison, pour le moindre motif. 

117. Mettez une virgule à la fin du vers. 

126. Atendre c^ rechercher. 

129. Moïekin s'appelait la fine étoffe de toile dont on faisait les 
vêtements légers, puis, par extension , les robes faites de cette 
étoffe. De là les mots mtdquinier, mtdquinerie. 

130-132. Je ne me rends pas compte des mots raoerquin (mot 
d'origine flamande d'après sa terminaison), cos muscas d corez 
(plur. de coret, petit coin ?), estivez (le mot comence ne permet 
pas de penser à une forme variée de esUvaX, bottine). 

133. La forme veste, comme présent indic. de vesUr, est ano- 
male ; il faudrait vest (868, 461) ; J'ai relevé d'autres anomalies de 
ce genre & propos de démente 302, 610. — Reube d remtuyers, 
costume de rechange ; voy. sur cette expression, la note de 
M. Tobler & la suite du Dit du vrai aniel v. 377 (STont dras de 
voir d remtders) : la forme remuier, observe le professeur de 
Berlin, se rapporte au verbe remuer (changer), comme les subst. 
reprovier, destrier, encombrier, recovrier aux verbes reprover, 
deeirer, encombrer, recavrer. 

134. Ostoirs muierê, autour qui a passé la mue. 
142. T^c^^ta^, querelleuse. 

145. Rute et venvoîe servent de termes de comparaison à Tatti- 
tude dégagée, aux mouvements vifb et fringants de la Jeune veuve. 



549 H0TB8 BXPUCATiTBS (pp. 251 -234). 

176. « Voilà tout mon tissu de projets rompu ». Oienevems est 
nn dérivé de cannabis au moyen du suffixe alU ; notre mot actuel 
canevas, par contre, représente un type cannabaeeus. 

177. Lochier pourrait être loucher; cependant le voisinage de 
jplat'^^y discuter* et de elochier, boiter, flg. balancer, recom- 
mande plutôt le sens « branler, balancer, bésiler ». 

178. Closcier, corrigez dochier. 

179. « Mais elle s'empresse de se rendre aussi fMche et sédui- 
sante que possible. » 

180. « Souvent toutefois elle se tourmente (litL elle Mi le signe 
de la croix) sur ce que ses cheveux commencent & grisonner. » 
Ou serait-ce : « EUe se fkit saigner pour avoir le teint plus p&le t » 

184. QidtnpU, morceau d'étoffe dont les femmes se couvraient 
la tète et dont elles se servaient quelquefois de voile. 

185. OrenêSy parties chauves de la tète ; voy. ma note du Glos- 
saire de LillCf p. 9. La leçon grates o^ gretes du ms. m'a semblé 
inadmissible. 

186. Ce vers reste obscur. 

187. B^fnmrej sens neutre, se cacher, se tenir à Técart 

191-2 « Que le rameau (sens obscène) qui lui chasse le mal de ses 
reins. » 
193. Aquerre^ ici ^porqusrret rechercher. 

195. Bechier signifie d'ordinaire becqueter ; Je ne sais si ce sens 
convient id. 

196. S'ageUner, rouchi s'agligner, s'agenouiller. 

197. J'attends d'autrui les éclaircissements sur le sens de ce 
vers. NtUton signifie lutin, mais eschalcire, quidf Je ne connais 
qu'un verbe escalcirer, recalcitrare. Le sens est-il : « et elle les 
(ses "->si les) repousse comme par ruades »! 

202. Ici etis, au v. 204 iauz. 

205. Pice^ depichier, piquer (ou pincer « ail. pfizxen f). 

211. Le mes » me l^s est une bizarre métathèse que j'ai souvent 
remarquée chez les écrivains du Nord ; voy. mon glossaire des 
poésies de Froissart au mot mes. 

218. Set tans, sept fois. — 215. Par tans, bientôt, op. v. 854. 

217. Nouveliere , une cancannière , qui aime à annonchier 
(V. suiv.). 

220. Ce discours est plein de naturel, de vie et de mouvement. 



CiDTBIER LB LODG, LA TBDTB. 343 

tSS. Cointe, ocxiaMe. 

224. SetToer, se proposer, avoir envie. 

325. Esbanoyer, a'amuBer, et parUonllârement « blre an tour 
de promenade». 

tSi. a Car TOUS devez, an dire de osa ni6re, être un peu de la 
famtlle ». Monter d n'a pas d'autre sens i<â. Il est synonyme 
A'apartenir, qui vient pins bas, T. 337. Voy. aussi V. 10. 

232. Deffendre, ici = ordonner. — 237. Met boru, mes caprices. 

237. Chaucher (chausser), fournir de vêtements, synonyme de 
vestir;cç. v. 315. 

S3S. ttavettir = envettir ; « Il m'avut A^k mis en possession... ■ 

U9. Sstre éCavoir soprit est nne curieuse expr^eion p. possé- 
der de la fortune. 

£51. Baiielette, fillette. 

258. PaiUs signifie ici, il me semble, non pas des tissns de drap 
ou des couvertures, mais des poêles de coisine, iat répond ainsi 
non pas kpaUium, mais kpateUa, Ce dernier type a d'abord îaii 
paéle ipaesle), puis par contraction paile ; cp. cateaa, cAoAie, 
chaîne. La conversion çnfin de ai en oi, a donné tant pour paUa 
•=pàllium, que ponr^ile <^ patella, le mot moderne jJoAe. 

259. Chailit de chailit, chaalit, comme paOe depa£le ; aq}. ehâ- 
lit, voy. mon Dictionnaire d'étymologie. 

260. Cuete (prononcez Jteute), aitlenrs coûte, kieute, etc., mate- 
las, lit de plume. 

261. Lingne, ad], dérivé de lin ; langne, adj. dérivé de laine. 

262. B De deux sortes de laine. » - Louage» sort de la rime qui 
vent langnes ; je n'ose rien proposer, bien que Umgttê p. Ia*M soit 
admissible ; mais avec cette correction II fondra, pour la mesure, 
mettre encore p. encar. Le maipangne» conviendrait aussi ,* forme 
mouillée de panne, étoffe. 

267. Harnais parut s'appliquer XtA * toot l'ameublement de la 
maison. 

268. Benam de lenal, benel, diminnUf de Jmme, banne, mot 
appliqué & différents meubles destinés à renfermer des ot^ieta : 
panier, vase à mesurer, botte, tombereau. Je ne sais pas a qnel 
ot^et la veuve &it ici allusion. — Notez la mauvi^se rime hamait; 
benava ; elle autorise à supposer que l'auteur avait écrit, i la 
manière wallonne, benaia. 



344 NOTES BXPL1CAT1VB8 (pp. 234-957). 

209. Al m*estor^ & mon installation ; c'est le senl sensqneje 
paisse troayer à ces mots ; mais comment estor, subst. verbal de 
eêtorer (instaurare), se trouve-t-il employé comme féminin ? Al 
aussi est irrégolier, il faut à. Je pense donc qu*il faut supprimer 
en, qui est inutile, et lire Li uns fu fais d mon estor 

270. A Vor, au bord ; reverseit, garni d'un revers ou rebord? 

272. Tout en protestant qu'elle ne tient pas & vanter ses richesses, 
elle le ftdt avec une intention bien marquée qui n'échappait pas à 
la commère. 

284. Ascorce , écorce ;(up.es: comme osiez p. estes, » Pour 
la pensée» cp. Scarron : 

On Juge du bois par l'écorce 
Et du dedans par le dehors. 

290. Message^ ici déclaration d'amour ; cp. 82, 29. 

291. Ci parent, dans ces environs, cp. v. 348. J'ai d^à relevé cet 

adverbe parent, inconnu aux lexicographes, dans un passage du 

Dit du lévrier de Jean de Condé, v. 1347 (mon éd. p. 345« et notes 

p. 454) : 

Pour ce qu'il avoit Id parent 

Assés priés manant maint parent. 

Je ne me rends pas compte de sa formation. Il serait hasardeux 
d'y voir le Iskt, perinde, pareillement. 

295. La veuve excepte Gomer du nombre de ceux qui lui ont fait 
des propositions (v. 290). 

299. Sur chercler, voy. aux variantes. 

306. Assené, établi, marié. 

307. Et vos, vous aussi. 

311. Tant équivaut ici & tant seulement. 

812. « Car je n'ai jamais su en agir ainsi » (c.-à-d. promettre 
pour ne pas tenir). 

316 et SB. La veuve signale & sa commère quelques noms qu'elle 
recommande particulièrement ft son attention et dont elle indique, 
& ce qu'il paraît , la demeure , par les mots en la chauchie 
(chaussée) et les autres qui suivent. Je renonce & faire le com- 
mentaire de ces derniers. 

320. Cette froideur envers Isabelle de la part du « fils ft monsieur 
Qodefroit » a pour la veuve de l'importance^ comme on pense bien. 



GADTHUBR LE LONG» LA TIUVB. 545 

— Sentant qu'elle a déih ùât assez de confidences, celle-ci a l'air 
de cesser ici son entretien et de renvoyer sa commdre an 
dimanche ; mais au moment de le ûdre (an ▼. dSl), il loi vient one 
nouvelle idée, qui la fkit déborder de nouveau. 

325. La forme ancienne diemenche^ d'où dimanche^ vient de die 
dominicOf par llntermédiaire de diedminca (chute de la proto- 
nique o et de la posttonique i). 

S28. Je n'ai pas connaissance de ce bon vin de l'Aunois. 

329. Alez à Dieu (avec Dieu), formule variée de d Dieu vos 
cornant. — Cet «n^ (« en), placé & la fin du vers, constitue un 
cAjambement peu gracieux. 

345. Bescosse se trouve, dans le glossaire de Barbasan (d'où il 
a passé dans celui de Roquefort), traduit par eeeousee, affiiaiion.% 
()ette signification convient par£ûtement id, prise dans un sens 
obscône. 

346. Garbe scose (ou escosee), gerbe dont on a ùàt sortir le grain 
et dont il ne reste que la paille. Cp. Philippe Mousket, 5466 : 

Mi chevalier déprime barbe. 
Si n'ont cure d'escouse barbe (1), 

c.-&*d. ils ne se contentent pas d'une gerte secouée, d'une gerbe 
de paille. Barbe p. gerbe se trouve dans les locutions bien connues 
barbe de paille ou barbe de feurre. 

348. Chi parent, voy. v. 291. 

349. La commôre, impatientée de ces bordées de confidences, 
lève tout à coup le pied, sans môme laisser à son interlocutrice le 
temps d'achever sa phrase. 

350. « Du dos de la main ». 

356. Le sens de cette locution proverbiale est ûusile à saisir ; je 
n'avais, cependant, pas encore rencontré le géant Goliath, grâce 
à sa parenté onomastique avec ffoulu, goliafre, personnifier la 
concupiscence chamelle. 

358. Sachier d prise, attirer dans ses filets. 

361. Enviaus (de entialU provocations, agaoeriee. Voy. Baud. 
de (X>ndé, p. 428. 



(1) M. dfl Rsiffenberf ■ ma] eomprli m piiMft va rialtiprêUBt aimi : Btrbi uewlt : • Qal 
M M font pM pritr pou Meoctr la barbt è f oalqa*!», «'art-h dira hardif, qMrallaan. ■ 



346 NOTES EXPUCATiTES (pp. 237-240). 

383. Cottener (peut-être fkut-il lire cotrener)^ s'approcher char- 
nellemeot, yient sans doute de coûte, keuie (=> culcita) ou de 
coutre (= culcitra). Hécart donne cotranner. Les deux verbes qui 
suivent sont des synonjrmes. Pour cropener.cp, t. 426. ' 

369. Estre — aistre, âtre. 

972. Brehier m*est inconnu ; c'est sans doute une forme variée 
de brehain^ impuissant. 

373. Un defeû, un défUnt (deftinctus : qui a cessé de fonctionner). 
Le mot est un composé de feû (d*où notre a4j. feu), mort* sur 
rétjrmologie duquel je renvoie au Dictionnaire de Littré. tCe savant 
philologue aurait pu ci^er. encore Texpression dur feû, malheu* 
reux, que je trouve dans le lai de roiselet (Barbazan, III, p. 126), 
et qui prouve en faveur du primitif fatuius.] Defeû p. défïini est 
aussi consigné dans le glossaire du comte Jaubert. — Dehuré m^esi 
inconnu. Serait-ce un composé de de + eûré, malheureux, la lettre 
h servant de signe diérétique ? Ou un composé de hure, chevelure, 
avec quelque sens métaphorique ; ou peut-être un simple syno- 
nyme de chauve? 

375. Ou, eus. — Chiés est obscur. Le vers exprime : « qui ai 
refusé ou laissé passer tant de beaux partis ». 

379. « Qui me l'ont indiqué et proposé pour mari ». 

8S1. Langier a ici un sens extraordinaire, déduit de celui de 
puissance, savoir : faculté, liberté. 

384. Bùuker, ronfler , mot nouveau pour moi. Roquefort a 
rcuchier, et le glossaire montois de M. Sigart donne rcuhler, qui 
reproduit le flam. rockelen, ail. rôcheln, 

402. Bstre en defois signifie d'ordinaire : être interdit, défendu ; 
mais ici le sens paraît être « vous êtes dans votre tort ». 
408. Un recréant est celui qui n'en peut plus. 
410. Je ne saisis pas le sens de l'adjectif more. 
410. Ive, jument, du latin equa. 

421. Lime^ chose qui ronge, chagrin ; cette application métapho- 
rique du mot lime se rencontre aussi dans l'italien lima, 

422. Grime, chagrine, irritée. Cet a4]ectifmanquey avec cette 
signification, dans les glossaires. Nous le trouvons dans les trou- 
badours avec le même sens, ainsi que les dérivés grimar, grinar, 
grineza, grinos. Pour son étymologie, voy. mon Dictionnaire. 
Littré ne connaît pas notre grim comme un ancien adjectif de la 
langue ; Diez n'en fait pas mention non plus. 



348 NOTES EXPLIGÀTITK8 (pp. S41-S51). 

477. Maug, pluriel de mail. — La paix revient au ménage ; la 
femme redouble d'attentions pour son mari. 

486. Je ne saisis pas le sens de ce dicton. Leus^ le loup , est le 
8i\jet de trait, 

487. La moralité qui suit perd de vue la première partie du 
fkbliau, qui nous présente la veuve inconsolable et si tôt consolée s 
elle ne se rapporte qu*au dernier tableau» en prêchant aux maris 
la piété pour les ftâblesses de leurs épouses. 

491. Aduin (prononcez adouin) est un mot inconnu ; il paridt 
signifier : doux, pacifique. 
494. Afoi*, bon temps, plaisir. 



IX. COMBAT DB ST. POL CONTRE LES CiBMOIS (pp. 242<-266). 

4. QiMer est un infinitif, employé ici substantivement. 

10. Li maistre, les poètes ou écrivains qui ont traité la matière. 

23. On ne sait pas quel membre de la famille de Berlaimont a 
donné lieu au sojet de notre poème. 

36. VerseiUier^ chanter des versets, réciter des psaumes. 

51. Cette comtesse de Luxembourg est Béatrice, fille de Bau- 
douin, seigneur de Beaumont, et femme de Henri, deuxième comte 
de Luxembourg ; née à Valendennes, elle y fonda le monastère 
dit de Beaumont, composé de religieuses de Tordre de saint Domi- 
nique, où elle fbt enterrée en 1320. 

86. Les formes eschefr^ sei^r^ ve(r sont dominantes aussi dans 
Froissart 

70. La note du texte imprimé traduit chiere moume par « chiur 
morte », qui est un contresens un peu violent. 

84-85. « Et. je t'en prie , veuille ne pas tarder ijnettre) , afin 
que tu puisses y être pour y passer la nuit. » Cette valeur du verbe 
mettre est bien connue (voy. mon glossaire de Froissart). 

102. « A fut semblant de ne pas regarder ». 

112. Sui iaui deuSf à quelque distance d'eux deux. — S^estoit^ 
se tenait. 

126. Laiêsier convenir^ laisser faire ; cp. w. 224 et 269. 

130. Pùichon^ pochûn, pot (cp. v. 147). — Ansoire (ou Affaire f) 
« Auœerre (en Bourgogne). 



COMBAT DE SAINT H)L COMTES LBS CARXOIS. S49 

146. D*aprô8 l06 éditeurs « poire de Calville ». 

144-45. D*aprô8 les éditeurs, il s'agit d'un Terre fUt à Fléquier, 
village situé entre Boucbain et Douai, renommé par sa verrerie, 
mais qui a disparu par suite de quelque événement inconnu. 

147. Envers, ac^., couché sur le dos. 

15S. Le vin de Bourgogne est ici opposé au vin de l'Ile-de- 
Prance. 

163. Blanquetf peau blanche ; « des chausses de chamois » f 

172. Entenoe, forme correcte de sul)|)onctif présent dans le 
dialecte picard ; cp. camenche (de eontentir) v. 435; assouee (de 
assoudre) v. 689 ; démence (de démentir) 198, 3(K). 

190. Le texte imprimé a tout par tout. 

196. Dévotion^ intérêt ; cp. v. 232. 

199. Preste curet tient ensemble, « prêtre & cure d*ftmes », curé 
de paroisse (op. v. 401). Le texte imprimé met une virgule entre 
les deux mots. 

201. S'avoientt se mettent en chemin . 

205. Beauiieu, nom de la partie du village de Marly la plus voi- 
sine de Yalenciennes. 

221. Se mesler, engager une lutte. 

222. CauSf coups ; au p. ou résultant de ol est un trait picard ; 
on voit de même souvent taut p. toiU (» tollit), vaut p. voui 
(« voluit). 

240. L'aval, locution adverbiale, en bas, plus loin. 

242. Tron, firmament, ciel ; voy. Diez, Dictionnaire II, 446. 

224. (Jointe se dit de celui qui fait Félégant ou le brave, mais 
s'emploie aussi dans le sens de « distingué, de noble apparence, 
huppé». 

246. Comperi^ prés, du subj., 3* pers. sing. de comparer, expier 
(une faute). 

248. Mèeme (a lat. maœime), particulièrement. 

249. Avoir draps (de qqn.), porter la livrée, être au service. 
251. Peut-être faut-il lire chU doux (ces deux). ^ Aati au ahati, 

plein d'ardeur ; le mot n'a, étymologiquement, rien de commun 
avec haste ; l'orthographe ahasH du texte imprimé est Teflét d'une 
confusion fï'équemment commise au 14* siècle ; voy. mon gloss. de 
Proissart. Le verbe s'aatir [ahatir), s'empresser, s'acharner, a 
donné le subst. aatine, que nous verrons v. 612. 



3S0 NOTBS BXPUCATIYES (pp. 9S1-356). 

256. Tous, oomme nom. plar., est inoorreet (il faudrait tuU oa 
tout) , mais la rime m'a engagé à ne rien changer. 

260. JBn$oigne, embarras, diffleolté. 

270. Qm vel^tf formule elliptique, équivalant : « 11 ftdiait voir ■• 

274. Siège représente le subjonctif de seoir (convenir, plaire) ; 
cette forme est insolite (d*ordinaire ou trouve siée ou siece^ sieche^ 
cp. V. 625) ; cependant elle est correcte, car siège répond exactement 
au type latin sedeat. 

282. L'u/fire; j*ai rencontré cet adjectif dans la 0>ur de mai, 
V. 1209 (voy. mon éd. des Poésies de Froissart, t. III, p. 36) : 

Quant tu verras luffires maintiens 
En dames, loings d'elles te tiens. 
Et croy qu^elles ont petit sens. 

Quant à la signification , je ne saurais la préciser, mais si la 
cozgecture étymologique que j*ai émise dans mon glossaire des 
Poésies de Froissart ijiubricus — lubre — lufire) se confirmait , 
ce serait lubrique, indécent. Cependant ce sens ne se recommande 
pas trop ni id, ni dans le passage suivant tiré du ms. Aramç; 12615 
de la Bibl. Nat., fol. 210 : 

Li camus qui est nés d*Arras 
Dist du mards de Monferras, 
Qui n*est ne lufires n*esbahis, 
Ains est sires de sen pais. 

On traduirait volontiers par « étourdi ». 

293. Effroi^ synonyme de noise^ bruit (cp. v. 508) ; la rime nous 
Tamône au pluriel au v. 514. 

297. yertus^ actions de force ; faire vertus^ sMvertuer. 

305. Arester^ rester fixe. 

306. Engaigne, chagrin, peine. Voy. sur les diverses acceptions 
de ce mot, ma note Enûmces Ogier, 5599. 

310. Content, lutte (cp. v. 616). 

317. Boursieh propr. bosse, puis le coup qui la produit; Tex- 
pression est analogue & buffe. Le dictionnaire rouchi de Hécart 
donne boursiau^ bosse ft la tôte causée par la percussion d*un 
corps dur» et bourseîer, faire des bosses. 

818. (H«^se rapporte à la couronne (tonsure). 



COMBAT DB SAINT POL CONTRH LBS CARMOIS. S51 

325. En amender , en payer Tamendâ , subir la peine (y. 921 
Vcunender) ; synonyme de le comparer. 

330. Je crois que gouchet est un mot patois au sens de « petit 
cliien », et le diminutif de gouce, que j*ai traité dans Jean de 
Gondé II, 349 (oaj*ai eu tort, comme je Tindique d^à au glossaire, 
d'écrire gonce). 

336. Notre mot actuel mine (bonne ou mauvaise mine) ne re- 
monte, d*après Littré, qu'au 15» siècle ; notre exemple démenti- 
rait-il Topinion de Téminent philologue t ou faut^il admettre que 
le copiste du 16* siècle ait youIu rs^cunir l'expression ancienne 
faire chiéret ou, enfin, oserait-on prendre minée (leçon du texte 
imprimé) au sens du lat. minœ (menaces) , sans autre preuve de 
l'existence du mot avec cette acception latine t 

338. Putier (putassier) est consigné dans le dictionnaire rouchi 
de Hécart avec une citation de Tan 1094. 

348. Enquerquier^ forme picarde p. enoargier (charger). 

363. Laier^ laisser, négliger. 

366. Grouchier^ grogner^ murmurer, se plaindre. 

369. Oaster, comme perdre^ &ire ou dire inutilement. 

375-77. « A cette époque la boucherie^ à Valenciennes, était an 
coin de la rue de la Nouvelle-Hollande et de la rue Cardon. — Le 
pont Néron (Noiron) était situé à l'entrée de la rue de Tournai, 
dans laquelle se trouve le couvent des Carmes. » Note des pre- 
miers éditeurs. 

880. Lisez pau p. peu ; cp. v. 284. De môme v. 458. 

385. C^'ronctdi», petits cirons (v. 613), petits cierges ; mot 
rouchi. 

395. Travaily échafaudage en bois, ici catafalque. 

398. Main est adverbe, ^ demain. 

482. Saquier, tirer (cp. v. 265) ; d'ordinaire on dit traire d eon- 
sea. 

407. Despaisié, troublé (litt. mis hors de paix). 

412. Moustier de saint Pol^ couvent des Jacobins. 

413. a Vous avez raison [droit) » [de vous mettre en peine]. 

419. « Contre la Vierge Marie et Saint-François. » 

420. Ce sont est expUcatifde2>om»nigt4ef;=> J'entends, Je veux 
dire. — Bediel (bedeau), employé comme terme dli^ure, m*est 
nouveau ; Roquefort a bedier, sot, ignorant, stupide. 



S52 NOTES BKPUCATITBS (pp. SBÏ-SGS). 

438. Ifo^ Je mène 0*abB6noe de Ve final est conforme à la gram- 
maire ancienne). 

445. Bnoie^ sQbjonctif de etiofr» exaucer. 

447. A ehitef venir de, réoisira. 

4e8w Départ, dieirlbue (an v. 882, le sabst. départ, répartition). 

465. Contre, forme variée et dialectale de oanUe (chasuble). 
Littrë la cite d'aprôs la Chronique de Raina. Pour la mutation de 
{ en r, cp. nauHre p. navile, anc. ft. mire p. mUe. 

470. Dévotement, vivement 

488. Ce vers constitue une parenthèse. 

494 Deut, forme variée de dut, particulière au parler du Nord ; 
on trouve de mémeiMu^ p. put, mais ce dernier mot est bien un 
présent au v. préo. —Je dois reconniûtre que Je n'admets ici deut 
« dut que par analogie kpeut = put et que Je ne saurais appuyer 
cette forme d'aucun texte. Le dialecte liégeois dit deut p. doit ; 
peut-on attribuer au parler populaire de Yàlenciennes la même 
forme de présent? En tout cas, le présent conviendrait parfaite- 
ment. 

517. Ce vers précise Tind^ni on du v. préc. 

525. Du commun, parmi les bourgeois ne ûdsant pas partie des 
mestiers. 

527. Becanelgp est probablement un nom composé : Recan^'Oy» 

535. Une note de MM. Dinaux et Leroy nous apprend que 
Jean Dernier, seigneur de Thiaut, de Maing, etc., prév6t-le*comte 
a Yàlenciennes, était au commencement du 14* siècle le person- 
nage le plus considérable de cette ville ; il mourut en 1841. — Yoy. 
aussi la table onomastique des noms historiques cités dans les 
Chroniques de Froissart, par le baron Kervyn de Lettenhove. 

544. Ne chou (ce) ne quoi, locution usuelle « rien du tout. 

562. Eavot signifie proprement « sac, pillage » ; op. Phil. 
Mousket, 21030 : 

Lors vint al Dem & son estore.. 
Si flst crier : havot as nés ! 

(& sac les navires 1), et v. 25230 : 

Et tout si com qou ihst havœ, 
Prendoit et reuboit le pais, 



GOMBàT ra SAIMT POL CONTRE LB8 GARMOIS. 3S3 



Je pense que o^eet an subst. abstrait d*iin yerbe havoter^ croobe- 
ter (dimin. de haver, accrocher, d'où havet^ crochet). Les Anglais 
ont encore le mot havoc avec le sens de ravage (l). 

5S6. Pour la forme contracte asseure p. Oft^re, voy. v. 660. 

668. Mst, Je mets. « Je mets mon âme (en garantie) & votre 
place». 

672. JNanpaur titire ; cette remarque ironique ûdt allusion à la 
profession des gens de métier qui firent irruption dans l'église ; 
voy. y. 487. — TMre est la bonne forme ancienne p. tisser; parti- 
cipe tissti. Au vers suivant le verbe fouler ûut de même allusion 
àfnîlon. 

575. Renumair , demeurer » rester, revôt souvent l'acception 
cesser, finir. 

58(^-81. Le sens et Torigine de ce juron m'échappe; plice » 
pelisse. 

582. Se gaUiert se mettre en garde. 

500. Il y avait donc des chevaux dans l'église ; cp. v. 614. 

502. Gbi^, présent de clamer^ réclamer (cp. j'at'n de amer). 
Trois vers plus loin clamer part^ location identique de sens avec 
le simple ^damer^ mais signifiant pr. « réclamer sa part ». Elle est 
suivie d*un régime indirect, car une grant hart, malgré l'absence 
de d, doit être envisagé comme tel. 

897. Arrier&'main^ synonyme de main enverse. 

500. OieM de... , tournure familière , dont je n'ai pas d'autre 
exemple ; peut-être le texte est-il altéré. 

606. Snirepiés p. entre piés^ foulé aux pieds ; voy. mon Qlps- 
saire des chroniques de Froissart. 

608. Heurs, forme variée de hors. Peut-être vaut-il mieux cor- 
riger à la rime j)liifor«, car plus loin, v. 651, la rime (cors) démon- 
tre que la forme usuelle de l'auteur était hors^ et non heurs. 

612. Ahatine^ voy. v. 251. 

620. Cor, coin, cp. v. 482. 

621* Qui se rapporte à le, qui représente le drap d'or. 

624. Leschirer^ sens neutre, se déchirer. 

685. Bieche^ voy. v. 274. 

(1) Pif«Ilti|Ms4*MhBltéaamérét|Mr ProbMrt dtas TBipIaetto tmowwit (PoéiiMl. 
p. SB; V. M9t «a NMoati* M«il« JM da A«mI ; J« «ils ee bit ■• prtlt 4m IctiMgnplMi. 

23 



354 HOTES Bxn.icATiTB8 (pp. 963-966). 

esn. Yaire^ bien entendu; adverbe restrictif» sur leqaei voy. 
mon glossaire des clironiqnes de Froissart. 

dS9. Aloieret gibecière ; voy. mon glossaire des poésies de Frois- 
sart. 

630. EiguiUeref aigoiilôre, sac à aiguilles. 

635. Ssmar^re , adjectif curieux , signifiant : pétrifié (par la 
peur); l'annotateur du texte imprimé traduit par « blanchies par 
la peur »; Je pense qull se trompe. 

643 Garant, reftige ; TadU- sauf a le sens actif « qui sauve », 
comme dans sauf 'Conduit, êouoe cuiwrance (Marot). 

650. Bïïooié « âeïïcoié^ esmari^ éperdu. 

660. La contraction asieur p. asseUr avidt déyà cours au com- 
mencement du 14« siôde ; cp. le verbe asseur^ v. 566. 

664. S*apparoir, &ire apparition, se présenter; tournure réflé- 
chie fréquente dans Froissart. 

680. AifOMce, voy. v. 172. — 690. Lame, dalle, pierre tombale. 



GLOSSAIRE. 



Nou n'aTou reeneilli diu ce gtotuln que la * oetbiM tes plat dW- 
dlet el les plu tnl^reutnti k Doter ; de mêine eerUlMi ptrtiealariléi 
gnmiullciles digoei d'être tlgDelto eai InTetliftilean de Vtt 
liDgiie. Le chiffre notoie t la page des Motet eipUcatlTCf. 



Aeklover, fenlr k Kl Bu, réuHr, BeBal, bentai [rnenble}, 3U. 

m. Bmmmc, leconne, 545. 

««■la, idj., dfu, paiiible? 548. 
*««UB«r ($■), •'ageMniller, 342. 
AlB«e, rabj. préf. de amer, 391. 

*Bi«r |Wf l, 311. 

«■BMcr [laeican), 3S1. 
Mmr*mm»t, nonvel en, 338. 
«•rcr, conitrnit avec à, 300. 
Api*ier {i"), l'appliquer, 310. 
«riv« (bieK), opportne, 330. 
AtBiadiw, teindre, 333. 
Atralre, reprëwnter, figarer , 32S. 
Artera, If M, 541. 
Awaa EPOwan (hoc anBO), 309. 
•ctllel, stoplde ? SSl. 



»aht>rt,adJ.,(M,331. 

••■■ (m), adT.iSSS. 

••nrp, baanleot«r, on penlréUe 
=• tvtborttr, remplir •• bonne, 
l'enricbir (cp. Band. de Cond4, 
•, ISO), 975. 

BeardaM, batte (t. de ■ariqne)t 
309. 

■•■nirl, coep.SSO. 

■rehlcr, impalitaitT 346. 

Brtolé, corrompu (an moyen d'ar- 
gent OD de promette*), SW. 

BMlalrr (p. hnMMr), bocber, frap- 



356 



GLOSSAIRE. 



CiMirsicr (en) à qqn., en imposer, 
«70. 

CkasdeleU, dim. de ehaudel, chau- 
deao , 547. 

Chler (a tor du), loc. adv., 275. 

enter {s'en tenir) , s'en féliciter, 
305. 

C«BipalCB>«* courtoisie, 301. 

Comparer, condescendre, consen- 
tir, 326. 

C«Bslr (faire) =: se consirery 308. 

C«Bt«lhlé , couvert de taillades, 
321. 

rentre, par Teffet de, 321. 

€«BTelilé, subst., convoitise, 273. 

C»rei(dimih. de oor, corne), cor- 
net, 303. 

Comle, ceinture ; estrecaint dufie 
eoroie, locution analogue à « por- 
ter Jupon »? 275, 311. 

C«rMr (las) ? 315. 

€ô« mnmcmm, quld 1 340. 

C^iiener (ou cotrcner f) , terme 
obscène, 346. 

Cranehe, promesse, 313. 

Crcflter (te), 329. 

Cropeaer, terme obscène, 346. 

GolTre, ennui, désagrément, 324. 

Daigner, employé comme imper> 
sonnet, 288. 

Damiiffe, sujétion, vasselage, 328. 

»«iisler, faculté, loisir, 346. 

Debarrer, déchiqueter, 320. 

Defett, mort, amorti (sans force), 
546. 

QeffoU (estre en), être dans son 
tort, 346. 

Dehnré, quid ? 346. 



Deneaflr (m) de, renoncer à, 929. ; 

prés. Indic, 3* ps. slng. te da- 

ffitn/e, 331. 
BeseaiiTrlr sa raison , lâcher son 

mot, dire son fait, 281. 
De«eTrer, trancher , décider (une 

question), 290. 
Deatamer (san$) , sans hésiter, 

292. 
Deviser, méditer, 281. 
Dieaire {tetiir le chemin à) , se 

détourner de sa routC) 313. 
Oomarfl, mardi, 347. 
Drollnrler, prêt, disposé, pr. en 

droite voie, 330. 
Elme, heaumCf du genre féminin, 

320. 
Bmkarrer l'hlaume, 520. 
Bnprendre p. esprendre ^ s'em- 
braser, 277. 
BBclièenieiil, lat. ffiatomtfifum , 

311. 
Kadamer, pr. endommager, puis 

entamer, 328. 
KncraniVer (t*), se fâcher, 329. 
Enmoia, p. etmolt^^ 333. 
Eawi amenai, en aucune manière, 

315. 
Eataii, tout entier à, 320. 
Ente {il mVtQde qqch.,322. 
Enirepiéa, loc. adverb., foulé aux 

pieds, 353. 
BBTlal, subst., 345. 
Eavler, inviter, 330. 
Esealcirer, repousser, 312. 
Eschuer, éviter, 313. 
Bselabarl, coup, 347. 
EscnereiMie, libératrice, 333. 



GL08ftAlM< 



357 



(O» ^ proposer, 543. 

■•■iveirirv, 590. 

Bspéer, Uilter, briser, 396. 

■m«r («*), te conduire, 515. 

■MMBSMe, p. emengne^ 551. 

■«Mrber, p. offoffter, effiieer,t85. 

BsUMdiler («•). s'éUjfer, flg. s'enri- 
chir, 535. On r= i'tUUuher, âa 
sens iigorë de slnsinaer ; ou 
enfin un Ispsas p. ettocWer, se 
rehausser (cp. p. 188, ▼. 169). 

BatUcB, quidf540. 

Batre (y), avoir compris, 597. 

«■▼•lé, éperdu, 354. 

FA«Bler, on fnusmer , tromper, 

979. 

ranlre {vendre le) pour bon dtap^ 
locution proverbiale, 533 (▼. 68). 

Fier (««) de qqcb., s'en croire ca- 
pable, 594. 

mmtft, riser, tendre, 501. 

Wîmn (monosjli.), flan, 556. 

FlMle?S05. 

F«llete, subst. (î), dimin. de foUe, 

994. 
Ferjacler (Â), faire ll^usUce, 596. 
FMi«u, part, passé de fowr, 595. 
OalcaarC, rogne, 505. 
iuirbe •€••€ ^ efcoMe, gerbe bat- 
tue (sens figuré), 545. 
csiafaal, glissant, insinuant, 500. 
«•iiM, Goliath, employé comme 
personnification de la concupis- 
cence chamelle, 545. 
oreB«,partie chauve de la tète,549. 
Ortaae, adj., fém. de ^ffath, grin, 
fiché, 546. 



IMMlMMÉt» p. harieméMf Ittbit., 



■«v«t, pillage, 559. 

■eus, plur. de Aett, heui, 594. 

tt#«ttro, p. heiid»Bf 594. 

■•ir ifabt), mettre en possession, 

993,508. 

ilala •• ieMeetre, an sens né- 
uphorique de condition, moyen , 
598 ; cp. une eipression sembla- 
ble dans Band. de Condé p. 141, 
V. 948 : Cet* eiper<mcenét(ti^ei 
pw'U D^amar ei de prieon d^amer. 

■■talUf acUr h fens passif» 981, 

514. 
j«»ael, subst., quidt (peulrêue 

p. jà ifiiiel), 994. 
LU, là où, 507. 
I,embel, qoid ? 540. 
1^ Bicfl e=s me les, 54S> 
LIese, subst., tcfte Ubre, 351. 
LiM, lieux, 341. 
■.iMteri, bandeat, 547. 
i»lBi«, chagrin, 546. 
Mr, eux, régi par une préporiMeii, 

517. 

lL«ffr0, adjectif, 550. 

■al , bon temps, plaisir, 548. 

■•la, mise., manoir, 598. 

■alM prieler — mesprisier^ 977. 

«•irlwr, verbe, maîtriser, prendre 
le dessw, 500, 519. 

medhm {prenéréi pot mare^ locu- 
tion proveri»iale, 555 «(v. 68). 

■•rase, adi*$ de mamls, 584. 

HMviito, chose vatasit «n Mrc, 

535. 



1 - ■ 



358 



GtOftMlMlS. 



■•blé, <iQi a des biens neoblas. 



■•iMe, meable« 309. 
■•te— rc M C , médUtrica» 317. 
■•lié. Jeté en monle, fig. bien 

fait, S95 ; cp. Tournois de Ghta- 

Yoncy, 743, Bsloit si biens et si 

moilez.. De chief, de cors et de 

▼fsaige, 
■•■ter à qqn„ être de sa famille, 

343. 
■•re, quid ? homme robuste ?346. 
Met (à Ml), anssitêt, 316. 
■•■lé » moblé, 309. 
Maç^lre à VaisselU, 303. 
■■•r, faire autrement, 321 . 
■■MMi, voy. coz, 
«•I SB ne la, 313. 
ai««rr, prés, de norir^ 319. 
»•■•! ss fMnt/, 316. 
iv^rir, neutre, élre entretenu, 

demeurer, loger, 168 ; en parlant 

d'un maladie : grandir, s'invëté- 

rer, 335. 
Matera (en), quid ? 341 . 
Matol, part, passé de mtire^ S97. 
•I (dipbthongne) répondant à lat. 

au, 321. 
•lr (tnal^ avoir un mauvais renom, 

282. 
•Mbra (vendre) por eoUU, loc. 

proverbiale, 333 (v. 68). 
•■tece, demeure, 304. 
Palte p. paUc^ lat. patelle, 343. 
^mrpmt(d), adv., dans ces environs, 

344. Gf Baudouin de Sebourc , 

Chant X, v. 364. 
PM*li«r, loquace, opp. à totiiii, 323. 



(effre oti), 297. 
^, certain, 290. 
riTOB {chape à), quid ? 330. 
Plala (ai), à toute force, 323. 
MalMter, fléchir, dompter, 273. 
rtol (eêtre et), 283. 
MM (à chiefdé), 347. 
PMiteis, p. po&Hs, 312. 
SPreBëre (un tournoi), annoncer, 

318. 
Pr«BicteB0, 289. 
par«fli«Bi, sans se fkire remar- 
quer, 318. 
■•■••I (im), un brin, 329. 
■•Ter^MlB, quid ? 340. 
■eatalers (robe à), 340, 
■•paire, fréquentationt 317. 
■•preadr», prendre racine, 300. 
■•^■•rro à qqn. d'une chose , la 

lui demander,^ 313. 
■••tea, raton, crêpe, 347. 
■••terr«Me, restauratrice» 333. 
■•verser, garnir d*un rebord ? 344. 
■Ivel, p. revel, sauvagerie, 270; 

opposition, 291. 
■Mite, régal, 306. 

% ronfler, 346. 
% crécelle, 340. 
Saaialae , somme (charge) , ou 

bât 1 323. 
flambai, sèment (de semer), 329, 

334. 
?28l. 
I (p. eicos), dans garbe scoee, 343. 
«•atesire, faux, opp. à droU , sin« 

cère, 313. 
0tece, subj. de seoir, 3 30. 
Siwe, sienne, 347. 



GL08SÀ1RB. 



359 



isi p. iougit (subjectos), 309. 
Taille , Itoie des marchaBdiBes 

founiies à im client et does par 

lai, 334. '- 
Talflla, taciturnev 323. 
Tas, mêlée, 395. 
Ttos, monosjll., flanuDd, 337. 
valser, bander (l'arc), 317. 
Tamar (te) à qqch. , s'en soucier, 

275. 
Ta»le, p. folle, prise, 270. 
Tralaa (nefire en), 281. 
Traaaria, trésorier, 323. 
Traaariar, lien oft le trésor est 

déposé, 323. 
vriala, retard, 338. 



▼aahlaa, voisin, 530. 

Vaavale, chose léi^ère, 341. L'éty- 
mologie par vani -f- ^^oier , n^est 
qu'apparente; la véritable est 
fwtfi + voU (veille). Voy. Diez, Et. 
Wœrt 11, 452. 

w^mêm^ 3^ ps. sg. indic. prés., p. 
Mif,340. 

VeaSara, invesUtOfe, 326. 

¥laaa (monosyll.), plnr. de oel, 
contr. de vcel (vean), 335. 

Valhas OQ10ÎAOI, mari trompé, 313. 

¥alr, sobst., histoire vraie, 334. 

¥aala, vain, 333. 

irihac, voy. vaikoi.